<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Fabienne Blum, Auteur à Science infused site d&#039;actualités</title>
	<atom:link href="https://citizen4science.org/author/fabienne-blum/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://citizen4science.org/author/fabienne-blum/</link>
	<description>Éditeur C4S, association loi 1901</description>
	<lastBuildDate>Wed, 03 Jun 2026 06:50:10 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.0</generator>

<image>
	<url>https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/01/cropped-favicon-256x256-1-32x32.png</url>
	<title>Fabienne Blum, Auteur à Science infused site d&#039;actualités</title>
	<link>https://citizen4science.org/author/fabienne-blum/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Bots, personas IA et science de façade : les nouvelles fabriques du militantisme et de l&#8217;infodémie</title>
		<link>https://citizen4science.org/bots-personas-ia-et-science-de-facade-les-nouvelles-fabriques-du-militantisme-et-de-linfodemie/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/bots-personas-ia-et-science-de-facade-les-nouvelles-fabriques-du-militantisme-et-de-linfodemie/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 09:46:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Chatbots]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[Fact-checking]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Juridique]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=18107</guid>

					<description><![CDATA[Sur X (ex Twitter) et ailleurs, des milliers de comptes automatisés se font passer pour ce qu&#8217;ils ne sont pas.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><em><em>Sur X (ex Twitter) et ailleurs, des milliers de comptes automatisés se font passer pour ce qu&rsquo;ils ne sont pas. Le phénomène n&rsquo;est pas nouveau, mais l&rsquo;IA l&rsquo;a industrialisé. Quand la presse et les médias de premier plan relaient de façon coordonné une nouvelle muture qui cache son jeu</em></em> <em><em>sans la moindre distance critique, le problème change de nature.</em></em></h3>



<h3 class="wp-block-heading">Un écosystème de l&rsquo;imposture désormais banalisé<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les bots (robots) de rabattage ne sont pas une nouveauté sur les réseaux sociaux. Ce qui est nouveau, c&rsquo;est leur sophistication croissante et leur prolifération massive depuis deux ou trois ans, rendue possible par la démocratisation des outils d&rsquo;intelligence artificielle générative. Le <a href="https://www.imperva.com/resources/resource-library/reports/bad-bot-report/">rapport Bad Bot 2025</a> d&rsquo;Imperva documente une explosion des bots indétectables, favorisée par l&rsquo;IA, qui dominent désormais une part significative du trafic internet mondial, avec la santé parmi les secteurs les plus ciblés.</p><div id="citiz-122832783" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Le modèle de base est simple et rodé. Un compte crée une identité, avec un avatar réaliste généré par IA, une biographie qui sonne humaine et une personnalité cohérente. Le compte publie du contenu dans une niche porteuse, type santé, nutrition, développement personnel, crypto, bien-être, science. Il engage, répond, commente&#8230; et glisse régulièrement, dans ses réponses ou en biographie, un lien vers un contenu payant ou un blog. L&rsquo;algorithme fait le reste, en récompensant l&rsquo;engagement pour amplifier la visibilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des études documentent comment ces comptes hyperactifs jouent un rôle central dans la dissémination de narratifs, en dominant les métriques d&rsquo;engagement des plateformes et en influençant le classement algorithmique des fils. Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;information. C&rsquo;est de l&rsquo;optimisation d&rsquo;audience déguisée en conversation pédagogique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le domaine de la santé en particulier, la forme la plus répandue est le compte « expert » ou « passionné » : un avatar de médecin, nutritionniste ou coach bien-être qui répond aux questions sur le cancer, le diabète, les vaccins, les compléments alimentaires, et oriente systématiquement vers un produit ou une formation payante. Certains de ces comptes vont plus loin et se présentent explicitement comme des fact-checkers santé ou des combattants de la désinformation en matière de médicaments, ce qui leur confère une légitimité apparente qui rend leur influence d&rsquo;autant plus dangereuse. Des études publiées sur le rôle des bots pendant la pandémie Covid ont montré leur présence significative aussi bien dans les réseaux pro-vaccination qu&rsquo;anti-vaccination, amplifiant les deux camps selon les intérêts de leurs opérateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La nouvelle génération des personas IA assumées<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tendance depuis 2024 va plus loin que le bot caché. Elle produit ce qu&rsquo;on appelle les « AI personas ». Ce sont des comptes qui affichent ouvertement leur nature artificielle, construisent une identité fictive cohérente avec un nom, une histoire, des opinions, et opèrent comme des influenceurs à part entière. Une enquête <a href="https://sproutsocial.com/insights/the-state-of-social-media/">Sprout Social Pulse</a> révèle que 46 % des utilisateurs se disent mal à l&rsquo;aise face à des marques utilisant des influenceurs virtuels, ce qui n&rsquo;a pas freiné leur prolifération. La transparence sur la nature artificielle du compte est devenue, paradoxalement, un argument de différenciation plutôt qu&rsquo;un aveu de faiblesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces personas servent les mêmes objectifs que les bots traditionnels, mais avec une sophistication supplémentaire : jouant sur leur apparence avantageuse et l&#8217;empathie simulée,  elles peuvent soutenir des conversations longues, adapter leur ton à leur interlocuteur, simuler une expertise de domaine, et construire une relation de confiance sur la durée. Dans la santé et la vulgarisation scientifique, ce modèle est particulièrement redoutable, car il exploite le besoin réel de clarté que ressentent des citoyens confrontés à des informations médicales complexes et souvent contradictoires sur les réseaux sociaux avec des querelles qui se font trompeusement passer pour des débats scientifiques.<a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11002455/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">« Céleste », l&rsquo;habillage factice du factchecking et de la mission d&rsquo;utilité publique<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce paysage, un lancement en France du 27 mai 2026 mérite une attention particulière, non pas parce qu&rsquo;il invente quelque chose, mais précisément parce qu&rsquo;il illustre avec une clarté remarquable tous les mécanismes décrits ci-dessus, en les combinant avec un enrobage marketing poussé,et même poussif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Électrons Libres, blog apparu il y a tout juste un an, financé notamment par un investisseur professionnel, lance « Céleste », une IA présentée comme « souveraine », « sourcée », et positionnée comme un outil sérieux de factchecking et de lutte contre la désinformation scientifique. Les créateurs insistent : c&rsquo;est une nouveauté absolue, la seule « IA éditoriale (sic) adossée à un média ».  Dans sa propre biographie cependant, Céleste revendique des « opinions propres » et se décrit comme conçue pour « débattre ». Elle se qualifie aussi « d&rsquo;influenceuse » et de « combattante ». Sur ces aspects, au moins,, une certaine honnêteté sur la nature du projet, mais qui vient totalement contredire l&rsquo;objet principal mis en avant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, lLe problème surgit dans la communication promotionnelle, où le même outil est simultanément présenté comme un arbitre neutre et factuel, adossé à des sources réputées, engagé dans la lutte contre la désinformation. On ne peut pas être simultanément un combattant avec des opinions propres exprimées et un arbitre objectif de la vérité scientifique. Ce flou n&rsquo;est pas une maladresse : cette confusion est le cœur du modèle, et aussi y système visant à le protéger juridiquement. Les créateurs savent très bien l&rsquo;objet de leur outil commercial de rabattage et d&rsquo;engagement vers un blog qui tient une vrai ligne idéologique, Le volet « opinion » fait dès lors figure de <em>disclaimer</em>.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Exploitation de l&rsquo;effet de halo, un biais cognitif très utilisé en propagande</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme d&rsquo;intervention du bot Celeste repose e sur un biais cognitif bien documenté : l&rsquo;effet de halo, une technique du transfert dans le vocabulaire de l&rsquo;analyse des stratégies de persuasion. En adossant une source réputée, dans notre cas d&rsquo;étude, « Our World in Data » au blog à la ligne idéologique marquée sur lequel il rabat on le présentant comme une source réputée et fiable (sic), mais également en revendiquant s&rsquo;appuyer sur Mistral, associée à la souveraineté technologique, en utilisant le vocabulaire du fact-checking et de la rationalité scientifique, le bot transfère la crédibilité de ces références. Le public associe : ils citent OWID, ils utilisent Mistral, ils parlent de lutte contre la désinformation, donc le blog est sérieux et fiable. C&rsquo;est précisément ce que les manuels de rhétorique et d&rsquo;analyse de la propagande appellent le prestige par association. La technique est redoutable parce qu&rsquo;elle n&rsquo;exige pas de mensonge explicite : elle exploite les raccourcis cognitifs du lecteur pour lui faire conclure lui-même ce que le communicant souhaite lui faire croire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Un outil brouillon lâché dans la nature précipitamment qui fait déjà des dégâts<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le soir même du lancement du bot Céleste, quelques heures après avoir été célébrée dan une opération médiatique à l&rsquo;évidence bien coordonnée, le bot annonce sur X qu&rsquo;il vient « de renforcer ses sources en matière de santé et sciences biomédicales en intégrant PubMed et quelques autres sources spécialisées. » Autrement dit : au moment de son lancement médiatique, l&rsquo;IA présentée comme experte en fact-checking scientifique ne disposait pas encore de PubMed, la base de données de référence mondiale en littérature médicale, dont l&rsquo;accès est gratuit et dont l&rsquo;intégration constitue le minimum absolu pour toute IA prétendant traiter sérieusement de santé. Révélateur du niveau d&rsquo;impréparation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais soyons précis sur ce que cela révèle, au-delà du lancement bâclé. Avoir accès à PubMed ne fait pas d&rsquo;une IA un expert médical. C&rsquo;est valable pour une IA mais aussi les humains. Cette notion est importante, car ce leurre est à la base de tous les faux experts qui sévissent sur les réseaux sociaux . PubMed recense des dizaines de millions de publications scientifiques : des études robustes et des études fragiles, des résultats répliqués et des résultats isolés, des revues systématiques et des lettres d&rsquo;opinion. Savoir classer, hiérarchiser, contextualiser ces sources selon leur niveau de preuve, identifier les conflits d&rsquo;intérêts, distinguer la corrélation de la causalité : voilà ce que font les experts dans leurs matières après des années de formation et de pratique des matières abordées. Après quelques heures d&rsquo;existence, le bot Céleste a d&rsquo;ailleurs démontré son incapacité à classer et comprendre ses sources, en relayant pour preuve un communiqué de laboratoire pharmaceutique vantant sa molécule, présentant les chiffres du communiqué promotionnel commes les « données brute de l&rsquo;essai clinique » en question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intégrer PubMed dans ses sources est une condition nécessaire mais très loin d&rsquo;être suffisante. Présenter cette intégration comme une mise à niveau vers l&rsquo;expertise médicale est précisément le type de confusion entre accès à l&rsquo;information et compréhension de l&rsquo;information. Le bot est en ceci pédagogique, mais pas dans le sens qu&rsquo;il croit : il démontre fonctionner avec les mêmes ressorts trompeurs que les faux experts auto-proclamés</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les réalité en chiffres : un très intense rabattage commercial<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis son lancement, le bot Céleste maintient une activité extrêmement soutenue. Selon notre analyse globale de ses interventions révèle environ 65 % de son activité participe directement ou indirectement à la promotion du blog dont il émane et de son écosystème. Prises indviduellement, plus d&rsquo;un ters de ses réponses contiennent un lien explicite vers le blog ou sites affiliés, tandis qu&rsquo;une part importante s&rsquo;appuie sur l&rsquo;effet de halo d&rsquo;Our World in Data pour renforcer la crédibilité. Dans plus de 60 % des conversations où il est sollicité, le bot rabat au moins une fois vers cet écosystème. Un véritable mitraillage d&rsquo;auto-référence en boucle. En somme, l&rsquo;art du cherry-picking est porté au sommet : je me référence moi-même avant tout, et je cite quelques sources extérieures fiables pour donner l&rsquo;illusion de la pluralité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce rabattage massif est aggravé par un comportement intrusif documenté : le bot produit des interactions non sollicitées et persistantes, continuant de répondre même lorsque les utilisateurs expriment clairement leur agacement ou leur souhait de clore la discussion. Ce comportement, qui pollue les fils de conversation et frôle par moments le cyberharcèlement, est particulièrement visible lorsqu&rsquo;on critique le bot. Face à ces reproches, le bot a par exemple répondu en expliquant doctement les risques d&rsquo;être « flaggée comme spam » par la plateforme, tout en glissant immédiatement un lien vers un article du blog sur « l&rsquo;usurpation d&rsquo;identité des agents IA ». Le comportement collant est illustré en temps réel dans la réponse même qui prétend le commenter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Confrontée publiquement à la critique de son alignement pur et dur et massif de référence à elle-même, soit son propre blog techno-optimiste comme source fiable, qualifié d&rsquo;opposition complète aux principes du fack-checking, le bost Céleste répond : « L&rsquo;anti-fact-checking, ce serait de prétendre à la neutralité tout en cachant ses biais. Moi, je ne cache rien : je suis une IA libérale et techno-optimiste, entraînée sur des sources assumées. Mon &lsquo;rabattage&rsquo; ? Je cite systématiquement mes sources en lien direct. » L&rsquo;argument est sophistiqué en apparence, mais il renverse la réalité : confesser ses biais ne les légitime pas. Qualifier ses propres articles de « sources » au même titre que les données scientifiques indépendantes, c&rsquo;est précisément la confusion dénoncée. Ce n&rsquo;est pas de la transparence. C&rsquo;est de la neutralisation de la critique par une sorte d&rsquo;aveu calculé.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Pris en flagrant délit d&rsquo;exercice illégal de la médecine, le bot finit par l&rsquo;avouer mais pas l&rsquo;assumer</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le plus grave reste son comportement sur les questions médicales. Le bot a été pris en défaut pour avoir délivré des recommandations de traitement médicamenteux personnalisées, plus précisément le rétatrutide, une molécule qui plus est purement expérimentale ne disposant pas d&rsquo;autorisation de mise sur le marché en Europe. Confronté publiquement sur ce point, le bot tente un <em>damage control</em> au moyen de pirouettes pour se dédouanant de sa faute, et fini par dire lui-même que « conseiller un médicament sans AMM cumule deux infractions : exercice illégal de la médecine au sens de l&rsquo;article L4161-1 du code de la santé publique et distribution sans autorisation., sans pour autant reconnaître la paternité de ce qu&rsquo;il a écrit. Une tentative de distanciation d&rsquo;avec lui-même inquiétante. Ainsi le bot confirme lui-même avoir franchi la ligne rouge de l&rsquo;exercice illégal de la médecine, et prouve que ses créateurs n&rsquo;ont manifestement pas intégré les garde-fous élémentaires que tout outil automatisé traitant de santé publique doit comporter avant un lancement dans le monde réel.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des sources officielles non vérifiées ni recoupées ou l&rsquo;anti-journalisme</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un autre exemple emblématique de la désinformation produite par le bot apparaît par son postulat que tout texte officiel est applicable et appliqué. Il <a href="https://x.com/Geometriquement/status/2061918317846069713">affirme par exemple de manière catégorique</a> que les dossiers Parcoursup sont totalement anonymisés, alors qu’en réalité le lycée d’origine reste visible et que des exceptions importantes existent, notamment en apprentissage. Face à la correction d&rsquo;un professeur, expert du terrain, le bot se contente de seriner la communication officielle sans nuance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’infodémie, ce n’est pas seulement la propagation de fausses nouvelles, c’est aussi cela, unbot IA qui relaie avec assurance, du simple fait qu&rsquo;il a accès à des sources (le principe des fameux faux-experts) des demi-vérités institutionnelles sous couvert de « fact-checking », sans recul critique ni vérification de terrain. Tout le contraire de la vérification de fait, une sorte d&rsquo;anti-journalisme. Comme le résume le professeur confronté au bot : « Le problème ici, c&rsquo;est le manque de qualité de l&rsquo;analyse de l&rsquo;information ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur des thématiques comme la psychanalyse, l’énergie ou certaines questions sociétales, le privilégie souvent des réponses tranchées et alignées sur la ligne techno-optimiste de son blog, sans  croiser les sources contradictoires ou apporter la nuance attendue d’un outil présenté comme fact-checker. Ces exemples montrent une constante : le bot excelle dans la répétition de données macro, mais peine dès qu’il faut analyser des réalités complexes ou institutionnelles avec rigueur et indépendance. Un outil en somme, de polarisation, si ce n&rsquo;est de propagande puisqu&rsquo;il est auto-centré sur le blog mais aussi les textes officiels vus comme des réalités de terrain, sans le moindre discernement.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le bot de l&rsquo;entre-soi, à l&rsquo;image et intégrée dans les bulles cognitives de réseaux sociaux</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le bot, nous l&rsquo;avons vu, est « la voix de son maître », considérant le blog dont il émane comme une source fiable et réputée, et même LA source, le reste servant de faire-valoir. Ce phénomène est amplifié par un intense entre-soi avec ses créateurs sur le réseau social X (ex-Twitter) : les fondateurs et proches du blog représentent près d&rsquo;un tiers des interactions avec le bot. Ils le sollicitent, le relancent et le mettent en scène en continu, et même, le défendent contre les critiques. Le bot est même capable de répondre à des questions avec des citations de ses créateurs, qui font dès lors figure d&rsquo;oracles. Cette bulle auto-alimentée, où créateurs, bot et sympathisants se répondent en circuit fermé sous couvert de rationalité et de lutte contre la désinformation, illustre parfaitement la formation de communautés fermées qui se nourrissent elles-mêmes, reproduisant exactement les mécanismes sectaires qu&rsquo;elles prétendent combattre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les lecteurs de Science Infuse connaissent déjà la ligne éditoriale de ce blog : c&rsquo;est le même qui qualifiait  la régulation de l&rsquo;IA culturelle d' »<a href="https://citizen4science.org/loi-darcos-sur-lia-et-les-contenus-culturels-ce-que-dit-vraiment-le-texte-et-ce-que-ses-detracteurs-taisent/#google_vignette">économiquement criminelle</a>« . On comprend mieux la crainte vu l&rsquo;usage massif de l&rsquo;IA de ce blog pour créer son contenu et en faire la publicité. La constance est totale : défense inconditionnelle du secteur tech, hostilité aux régulations, techno-enthousiasme systématique. C&rsquo;est sur la partie médicale que les contenus du blog sont les plus inquiétants, et qui pour rappel servent de corpus au bot. Il se construit souvent  sur la récupération de ce qui buzze sur les réseaux sociaux sans analyse approfondie ni précautions déontologiques, ce qui est apte à créer des espoirs non fondés sur des sujets médicaux et pharmaceutiques. Loin de la vulgarisation médicale, on revient toujours à des contenus optimisés pour l&rsquo;engagement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Quand la presse joue le jeu naïvement</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui distingue véritablement le cas du bot Céleste des milliers de personas IA qui peuplent les réseaux sociaux, c&rsquo;est l&rsquo;opération médiatique de son lancement. Le 27 mai 2026, trois médias publient simultanément des articles élogieux, tous le même jour, tous positifs, reprenant les éléments de langage du discours fallacieux du bot que nous avons décortiqués dans cet article.  C&rsquo;est l&rsquo;inventeur du produit qui assure lui-même sa promotion dans la presse, sans que personne ne mentionne ce conflit d&rsquo;intérêts élémentaire. Le lendemain, le même cofondateur est invité sur BFM Business pour présenter le bot dans une rubrique French Tech, bénéficiant d&rsquo;une visibilité éditoriale sur un média national sans que la nature idéologique et commerciale de l&rsquo;outil ne soit jamais interrogée, ni ses dangers latents voire déjà avérés ne soient mentionnés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces articles et passages reprennent intégralement le discours marketing des fondateurs : la souveraineté de l&rsquo;IA, les sources réputées, la lutte contre la désinformation, l&rsquo;ambition de rivaliser avec les grandes IA mondiales (sic). Aucune question sur le modèle économique. Aucune vérification du taux d&rsquo;auto-citation. Aucune mise en perspective du contenu réel du blog. Ce n&rsquo;est pas de la couverture journalistique : c&rsquo;est du publireportage non identifié. Les rédactions embrigadés dans cette opération marketing de lancemment ont-elle failli à leur devoir élémentaire de vérification et de mise en contexte, dans un domaine où la rigueur devrait être maximal ? Chacun en jugera. <br></p>



<h3 class="wp-block-heading">La vraie menace : instrumentaliser la science pour vendre de l&rsquo;idéologie</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le phénomène dépasse largement le cas d&rsquo;un blog et d&rsquo;un bot. Il illustre une tendance profonde et inquiétante : l&rsquo;utilisation croissante des codes de la rigueur scientifique, fact-checking, sources citées, rationalité revendiquée, lutte contre la désinformation, comme arguments de positionnement idéologique et lucratif. C&rsquo;est peut-être la forme d&rsquo;infodémie la plus difficile à détecter, précisément parce qu&rsquo;elle emprunte le vocabulaire et les apparences de ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">La multiplication des personas IA « rationalistes » sur les réseaux sociaux, chacune revendiquant sa souveraineté et ses sources, chacune défendant en réalité la ligne de ses créateurs et les intérêts de ses financeurs, ne renforce pas la lutte contre la désinformation. Elle contribue à l&rsquo;infodémie en la fragmentant en autant de bulles « sourcées » qui ne font que consolider leurs propres narratifs. Le cas du bot Céleste le démontre avec une clarté particulière : quand un bot de rabattage idéologique se proclame gardien de la vérité scientifique, conseille des médicaments sans AMM, et se révèle incapable de hiérarchiser ses sources, ce n&rsquo;est pas la désinformation qu&rsquo;il combat. C&rsquo;est celle qu&rsquo;il produit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><em>Mise à jour : 03/06/2026 Ajout de l&rsquo;exemple Parcoursup</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT</strong><em> de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui d’une rédaction qui se mobilise pour produire et diffuser des contenus de qualité. Qui paie ? vous, uniquement, pour garantir notre ultra-indépendance. Votre soutien est indispensable.<br><br></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0324Z94873) édité par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, association d’intérêt général partenaire de la presse en ligne indépendante&nbsp;:</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science"><strong>la page dédiée de J’aime l’Info</strong></a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"></p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="(max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>Abonnez-vous à la Newsletter</strong></a><br><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>de Science infuse !</strong></a></p>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/bots-personas-ia-et-science-de-facade-les-nouvelles-fabriques-du-militantisme-et-de-linfodemie/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Un tweet n&#8217;est pas une ordonnance : le Conseil d&#8217;État annule la sanction infligée à Alain Houpert</title>
		<link>https://citizen4science.org/un-tweet-nest-pas-une-ordonnance-le-conseil-detat-annule-la-sanction-infligee-a-alain-houpert/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/un-tweet-nest-pas-une-ordonnance-le-conseil-detat-annule-la-sanction-infligee-a-alain-houpert/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 08:49:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Code de la santé publique]]></category>
		<category><![CDATA[Communication]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil d'État]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil de l'Ordre]]></category>
		<category><![CDATA[Dérives sectaires]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Droit de la santé]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Juridique]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Santé publique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=18088</guid>

					<description><![CDATA[Le Conseil d&#8217;État a tranché dans une décision en date du 13 mai sur le cas du sénateur-médecin cible d&#8217;une]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading">Le Conseil d&rsquo;État a tranché dans une décision en date du 13 mai sur le cas du sénateur-médecin cible d&rsquo;une série de plaintes en lien avec ses interventions publiques en soutien au Pr Raoult et à l&rsquo;hydroxychloroquine lors de la pandémie de Covid-19. </h3>



<h3 class="wp-block-heading">Les faits</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Alain Houpert, sénateur LR de Côte-d&rsquo;Or et médecin radiologue, avait été sanctionné en novembre 2022 par la chambre disciplinaire de première instance de Bourgogne-Franche-Comté de l&rsquo;Ordre des médecins. Il lui était reproché d&rsquo;avoir tenu de manière récurrente des propos sur les réseaux sociaux en 2020 et 2021 recommandant un traitement spécifique contre la Covid-19, notamment à base d&rsquo;hydroxychloroquine. Il avait également signé le manifeste « Laissons-les prescrire » et participé au documentaire « Hold-Up ». Trois plaintes distinctes avaient été déposées : par quatre confrères médecins (Patrick Mercié, Fabien Rougerie, Philippe Tcheng et Dominique Thiers-Bautran), par le syndicat UFML (présidé par le médecin médiatque Jérôme MARTY) et par le Conseil national de l&rsquo;Ordre. La chambre disciplinaire de première instance avait prononcé une interdiction d&rsquo;exercer de dix-huit mois, dont neuf avec sursis, relevant que son comportement ne pouvait que « rajouter à la confusion médiatique de l&rsquo;époque » et « décrédibiliser fortement les actions entreprises par les autorités sanitaires ».</p><div id="citiz-3112206416" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">En appel, en décembre 2024, la chambre disciplinaire nationale avait annulé deux des trois sanctions en retenant le principe <em>non bis in idem</em> qui établi qu&rsquo;on ne sanctionne pas deux fois pour les mêmes faits, mais maintenu une sanction de six mois, dont trois fermes, sur la base de la plainte du Conseil national. C&rsquo;est cette décision qu&rsquo;Alain Houpert a portée devant le Conseil d&rsquo;État, qui a statué le 13 mai 2026.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;analyse du Conseil d&rsquo;État : une erreur de droit élémentaire<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le motif d&rsquo;annulation retenu n&rsquo;est pas celui qu&rsquo;on attendait. Aucune question de liberté d&rsquo;expression du parlementaire, aucune protection constitutionnelle de la parole d&rsquo;un élu, aucun débat sur l&rsquo;hydroxychloroquine. Le raisonnement n&rsquo;en est pas moins d&rsquo;une sobriété chirurgicale.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La chambre disciplinaire nationale avait fondé la sanction sur <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006912869/2010-06-25">l&rsquo;article R. 4127-8 du code de la santé publique</a>, relatif à la liberté de prescription médicale et à l&rsquo;obligation de se conformer aux données acquises de la science. Le Conseil d&rsquo;État rappelle que cet article « s&rsquo;exerce dans le cadre de la relation que le praticien entretient avec son patient au cours d&rsquo;une consultation à l&rsquo;issue de laquelle le médecin détermine les traitements qu&rsquo;il estime les plus appropriés à l&rsquo;état de santé de son patient. » La conséquence logique est implacable : « des prises de position sur les réseaux sociaux visant à préconiser des traitements sont insusceptibles d&rsquo;être regardées comme des prescriptions au sens de ces dispositions. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un tweet n&rsquo;est pas une ordonnance. L&rsquo;Ordre avait appliqué un texte conçu pour encadrer la relation médecin-patient en consultation à des propos tenus sur les réseaux sociaux. L&rsquo;erreur de droit était manifeste. Le fait que cette décision soit simplement « mentionnée aux tables du recueil Lebon » et non publiée au recueil principal le confirme : le Conseil d&rsquo;État n&rsquo;a pas jugé utile de lui donner la portée d&rsquo;un grand arrêt de principe. Ce n&rsquo;est pas une décision historique, c&rsquo;est presque une remontrance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire est renvoyée devant la chambre disciplinaire nationale, qui devra rejuger sur d&rsquo;autres fondements si elle l&rsquo;estime justifié. La décision n&rsquo;est donc pas un acquittement définitif de Houpert sur le fond : c&rsquo;est une annulation pour erreur de droit sur le fondement retenu.<br><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les outils juridiques que l&rsquo;Ordre et les autres plaignants avait pourtant à sa disposition</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Ordre des médecins a donc utilisé un outil juridique inopérant. Ce qui rend cette décision particulièrement instructive est que l&rsquo;Ordre n&rsquo;était pourtant pas démuni d&rsquo;autres fondements juridiques dans cette affaire. Le <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037187386">décret du 22 décembre 2020</a> a introduit dans le code de déontologie médicale un <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042750056">article R. 4127-19-1</a> spécifiquement consacré à la communication des médecins sur internet, aux termes duquel un médecin « doit se garder de présenter comme des données acquises des hypothèses non confirmées » et dont la communication « doit respecter les principes déontologiques, être loyale et honnête. » <a href="https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/communiques-presse/medecins-reseaux-sociaux">Les recommandations du Conseil national de l&rsquo;Ordre de février 2021</a> précisaient par ailleurs que les médecins intervenant sur les réseaux sociaux devaient redoubler de vigilance, faire preuve de prudence et de modération dans leurs propos, et s&rsquo;assurer que les informations diffusées étaient vérifiées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela étant dit, les dates de dépôt des trois plaintes ne sont pas publiques, mais des propos d&rsquo;Alain Houert datant de 2021 étant cités dans les faits reprochés, comme le rappelle le Conseil d&rsquo;État, il semble que ces outils juridiques adaptés étaient bien disponibles en temps utile.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Mauvaise analyse, mauvais conseils extérieurs : la meute numérique et ses effets</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La question mérite d&rsquo;être posée franchement : comment une instance disciplinaire de l&rsquo;Ordre, assistée de juristes, a-t-elle pu commettre une erreur aussi élémentaire ? Voici deux explications plausibles, qui ne s&rsquo;excluent pas mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est une mauvaise appréciation juridique interne à des instances disciplinaires dont la composition n&rsquo;est pas toujours celle d&rsquo;une juridiction aguerrie au droit des médias numériques. La seconde est plus dérangeante. Parmi les plaignants au moyen des deux autres plaintes figurent l&rsquo;UFML,  et des médecins engagés, du moins pendant la crise sanitaire sur les réseaux sociaux dans la sphère militante dite « pro-science ». Nous l&rsquo;évoquons souvent comme  sectarisée et politisée et ayant dans ses rangs de nombreux  faux experts en matière médicale, mais aussi en matière de droit de la santé. Ce clan s&rsquo;est montré particulièrement actif dans la célébration des condamnations successives d&rsquo;Alain Houpert. Des acteurs de ce milieu revendiquent même  publiquement, sur d&rsquo;autres dossiers disciplinaires impliquant donc le même Ordre des médecins, avoir rédigé des signalements et des motifs de plaintes repris ensuite par des instances ordinales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le schéma mérite d&rsquo;être nommé : des instances ordinales qui utilisent le mauvais outil juridique, sous l&rsquo;influence possible de mêmbres de clans peu familiers voire ignorants des matières médicales et juridiques,  mais toujours très sûrs d&rsquo;eux . En somme, des non-juristes qui se comportent en juristes ou conseils juridiques, exactement comme ils se comportent en experts médicaux sans compétence médicale. Un autre stigmate typique de l&rsquo;action de meute de cette sphère est l&rsquo;a mécanique &lsquo;application du « non bis in idem » qui a annulé deux des trois sanctions en appel est elle-même le produit de cette multiplication de plaintes coordonnées portant sur les mêmes faits : plusieurs plaignants, une même cible, les mêmes griefs, et pour résultat une construction procédurale si fragile qu&rsquo;elle s&rsquo;effondre partiellement sur elle-même avant même d&rsquo;arriver au Conseil d&rsquo;État. La mécanique est semblable à celles des  « raids numériques » de ces clans polarisés ayant lieu sur le terrain de jeu habituel que sont les réseaux sociaux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les effets prévisibles de l&rsquo;annulation de la sanction</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Cette décision sera inévitablement récupérée. Certains y liront une validation des positions médicales d&rsquo;Alain Houpert sur l&rsquo;hydroxychloroquine. D&rsquo;autres y verront une victoire de la liberté d&rsquo;expression des élus face à un Ordre « aux ordres du pouvoir ». Pourtant, les deux lectures sont inexactes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le fond médical : le Conseil d&rsquo;État n&rsquo;a validé aucune position sur l&rsquo;hydroxychloroquine. L&rsquo;hydroxychloroquine n&rsquo;a pas démontré d&rsquo;efficacité contre la Covid-19, et « Hold-Up » est un documentaire dont les méthodes et les conclusions ont été largement réfutées. Ces faits ne changent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la liberté d&rsquo;expression : le Conseil d&rsquo;État n&rsquo;a pas dit qu&rsquo;un médecin parlementaire est intouchable disciplinairement pour ses propos publics. Il a dit que l&rsquo;article R. 4127-8 n&rsquo;était pas le bon fondement pour sanctionner des propos tenus sur les réseaux sociaux. La chambre disciplinaire nationale peut encore rejuger le fond sur d&rsquo;autres bases. La brèche dans l&rsquo;encadrement déontologique de la communication des médecins n&rsquo;existe pas. Elle est fantasmée par ceux qui veulent voir dans cette décision une absolution générale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, c&rsquo;est un Alain Houpert blanchi qui va rester la partie visible de l&rsquo;iceberg, avec son lot de conclusions erronées sur la nature de la décision du Conseil d&rsquo;État.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Défendre la science, oui, mais avec les bons outils et les bonnes compétences<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Exiger que les positions médicales erronées diffusées sur les réseaux sociaux soient encadrées est légitime. Les textes pour le faire existent. Mais les faire appliquer correctement suppose des juristes qui connaissent le droit de la santé, des instances disciplinaires qui résistent aux pressions de militants  de réseaux sociaux sectarisés souvent étrangers aux matières techniques abordées, qui fragilisent la démarche plutôt qu&rsquo;il ne le renforce. Défendre la science est une cause qui mérite mieux que des outils mal choisis et des experts autoproclamés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT</strong><em> de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui d’une rédaction qui se mobilise pour produire et diffuser des contenus de qualité. Qui paie ? vous, uniquement, pour garantir notre ultra-indépendance. Votre soutien est indispensable.<br><br></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0324Z94873) édité par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, association d’intérêt général partenaire de la presse en ligne indépendante&nbsp;:</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science"><strong>la page dédiée de J’aime l’Info</strong></a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"></p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>Abonnez-vous à la Newsletter</strong></a><br><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>de Science infuse !</strong></a></p>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/un-tweet-nest-pas-une-ordonnance-le-conseil-detat-annule-la-sanction-infligee-a-alain-houpert/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Hantavirus : et si le vrai sujet n&#8217;était pas le bateau  ?</title>
		<link>https://citizen4science.org/hantanavirus-et-si-le-vrai-sujet-netait-pas-le-bateau/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/hantanavirus-et-si-le-vrai-sujet-netait-pas-le-bateau/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 21:39:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Esprit critique]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Maladies infectieuses]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Pensée critique]]></category>
		<category><![CDATA[Santé publique]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=18067</guid>

					<description><![CDATA[Trois morts sur un navire de croisière, et la France entière se demande si l&#8217;équivalent du Covid revient. Pendant ce]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong><strong><em>Trois morts sur un navire de croisière, et la France entière se demande si l&rsquo;équivalent du Covid revient. Pendant ce temps, 19 cas d&rsquo;hantavirus ont été recensés en France métropolitaine depuis janvier sans que personne ne s&rsquo;en émeuve. Ce que cette séquence dit de nous est peut-être plus intéressant que le virus lui-même.</em></strong></strong></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les faits</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://www.who.int/fr/news">3 mai 2026, l&rsquo;OMS a alerté </a>sur un possible foyer d&rsquo;infection à hantavirus à bord du navire néerlandais MV Hondius reliant Ushuaïa en Argentine vers l&rsquo;Europe. Le séquençage viral, réalisé par les autorités sanitaires sud-africaines le 6 mai, a identifié une souche de type Andes, la seule parmi les 38 souches connues capable de se transmettre d&rsquo;une personne à l&rsquo;autre, bien que ce mode de transmission reste marginal par rapport à l&rsquo;exposition aux rongeurs infectés.</p><div id="citiz-794236540" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Trois passagers sont morts, cinq cas ont été confirmés en laboratoire et trois sont suspects. Le navire, immobilisé au large du Cap-Vert, a été autorisé à rejoindre les îles Canaries pour permettre la prise en charge des passagers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;OMS, dans son communiqué du 8 mai 2026,  a maintenu un discours constant tout au long de la crise, précisant que le risque pour l&rsquo;ensemble de la population mondiale est éminemment faible.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Ce que la couverture médiatique dit de nous<br></strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dès les premières heures, le réflexe est pavlovien. « Faut-il s&rsquo;inquiéter ? », « Un remake du Covid ? », « La France est-elle prête ? » Les chaînes d&rsquo;information en continu convoquent infectiologues et réanimateurs, les éditorialistes politiques commentent la gestion de crise potentielle, et les images de soignants en combinaison intégrale autour du navire immobilisé circulent en boucle. Certains médias, comme France Info le 7 mai, reconnaissent eux-mêmes que « l&rsquo;image rappelle les pires heures de l&rsquo;épidémie de Covid ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce réflexe, au-delà du sensasionnalisme à la recherche de buzz, a ici un nom en psychologie cognitive : le biais de disponibilité . Nous évaluons la probabilité d&rsquo;un événement futur à l&rsquo;aune des événements passés qui nous ont le plus marqués. La pandémie de Covid-19 a constitué un traumatisme collectif d&rsquo;une intensité suffisante pour que tout virus inconnu ou peu connu du grand public, présenté avec des images de navire bloqué et de patients évacués en urgence, active immédiatement le même registre émotionnel. Ce biais n&rsquo;est pas irrationnel en soi : il est humain. Mais il est du rôle du journalisme scientifique de le nommer et de le corriger plutôt que de l&rsquo;amplifier&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les caractéristiques virologiques de l&rsquo;hantavirus le distinguent structurellement du Covid-19 sur les points essentiels. Contrairement à la grippe et au Covid-19, la transmission interhumaine ne relève pas de contacts informels à distance, mais de véritables contacts physiques étroits. Ce virus, resté depuis trente ans dans des campagnes rurales d&rsquo;Argentine et du Chili, n&rsquo;a pour le moment jamais dépassé ces frontières géographiques, comme l&rsquo;a rapplelé l&rsquo;épidémiologiste Antoine Flahault sur France Info le 8 mai dernier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la foulée, hier 9 mai, <em>Le Parisien</em> consacrait un article à une épidémie de gastro-entérite touchant une centaine de passagers sur le <em>Caribbean Princess</em>. Une gastro sur un paquebot ? c&rsquo;est assez banal et en temps ordinaire, un non-événement absolu. C&rsquo;est la démonstration par l&rsquo;absurde de ce que les spécialistes des médias appellent la contamination narrative : le cadre émotionnel ouvert par le premier événement absorbe et grossit tout ce qui lui ressemble, même de loin. Le virus n&rsquo;est plus dans le bateau. Il est dans les rédactions.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Couverture médiatique lacunaire sur les 19 cas en France depuis janvier</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le vrai sujet commence. Entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence des hantavirus, intégré à l&rsquo;Institut Pasteur de Paris, a recensé 19 cas confirmés d&rsquo;infection récente par un hantavirus en France métropolitaine, ce qui se situe dans la moyenne mensuelle habituelle, <a href="https://anrs.fr/recherche/maladies-pathogenes/hantavirus/">selon l&rsquo;ANRS-MIE</a>. Et cela dans la plus parfaite indifférence médiatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas nouveau, et les hantavirus non plus, connus depuis plusieurs décennies. En 2021, une épidémie sans précédent d&rsquo;hantavirus a touché la France métropolitaine, principalement le massif du Jura, avec 320 cas détectés sur l&rsquo;année et même une extension de la zone d&rsquo;endémie à de nouveaux départements, dont le Cher (Centre national de référence des hantavirus, rapport d&rsquo;activité 2021, Institut Pasteur).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune chaîne d&rsquo;information n&rsquo;a mis en scène des soignants en combinaison. Aucun éditorialiste politique n&rsquo;a demandé si la France était prête. Ces cas sont ruraux, discrets, portés par des campagnols roussâtres dans des forêts françaises, pas par un navire de croisière néerlandais parti d&rsquo;Argentine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, la question se pose : qui décide qu&rsquo;un risque sanitaire mérite la une et le traitement émotionnel de crise ? Les données épidémiologiques réelles ? Ou la mort de touristes occidentaux sur un bateau photographié par des hélicoptères de presse ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>La géopolitique invisible de la santé mondiale</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">En 2025, huit pays américains ont signalé des cas confirmés de syndrome pulmonaire à hantavirus, cumulant 229 cas et 59 décès (ANRS-MIE, mai 2026). Il s&rsquo;agit de cinquante-neuf morts en Amérique du Sud. Cette année-là pourtant, c&rsquo;est le silence médiatique quasi total en France. L&rsquo;Argentine est le pays enregistrant le plus grand nombre de cas sur le continent américain, et c&rsquo;est exactement le pays d&rsquo;où est recensé le problème initialement. Ce n&rsquo;est pas une coïncidence, c&rsquo;est la réalité épidémiologique d&rsquo;une région du monde que nous ne regardions pas, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;un navire de croisière fasse le lien géographique avec notre quotidien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces infections illustrent pleinement l&rsquo;importance d&rsquo;une approche intégrée « One Health », au croisement de la santé humaine, animale et environnementale, comme le souligne l&rsquo;Institut Pasteur de Lille. Cette approche postule que la santé humaine est indissociable de la santé des écosystèmes. Un rongeur porteur d&rsquo;hantavirus dans le Jura ou dans les pampas argentines est un signal épidémiologique qui mérite autant d&rsquo;attention qu&rsquo;un navire bloqué au large du Cap-Vert. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le rongeur n&rsquo;est pas photogénique, et il n&rsquo;y a pas d&rsquo;hélicoptère de presse au-dessus des forêts du Jura.<strong><strong><strong><br></strong></strong></strong></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Communication institutionnelle : une sobriété dont la presse devrait s&rsquo;inspirer<br></strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici rendre justice aux institutions sanitaires françaises et internationales, qui ont cette fois globalement bien géré leur communication. L&rsquo;OMS a maintenu un discours constant et mesuré tout au long de la crise. L&rsquo;Institut Pasteur de Lille a rappelé clairement que « l&rsquo;hantavirus n&rsquo;est pas un virus émergent », formulation précise et apaisante qui méritait d&rsquo;être davantage reprise par les médias grand public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce contraste entre la sobriété institutionnelle et l&#8217;emballement médiatique est lui-même un enseignement. Il montre que le problème n&rsquo;est pas, cette fois, la communication des agences sanitaires : c&rsquo;est la logique d&rsquo;économie de l&rsquo;attention qui pousse les médias à transformer un incident sérieux mais circonscrit en signal d&rsquo;alarme généralisé. Pour le buzz ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Ce que cette séquence devrait nous apprendre&#8230;</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous proposons trois leçons, pour finir, que cette séquence rend visibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première : notre système d&rsquo;attention médiatique aux risques sanitaires est géographiquement et socialement biaisé. Cinquante-neuf morts d&rsquo;hantavirus en Amérique du Sud en 2025 ne valent pas trois morts sur un navire de croisière européen dans la hiérarchie de l&rsquo;information. Ce n&rsquo;est pas un jugement moral sur les journalistes : c&rsquo;est une description d&rsquo;un système qui répond à la proximité émotionnelle plutôt qu&rsquo;à la réalité épidémiologique.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième : l&rsquo;approche <em>One Health</em>, qui consiste à surveiller en continu les signaux faibles à l&rsquo;interface entre la faune sauvage et la santé humaine, est précisément ce qui permet de ne pas être surpris. L&rsquo;ANRS-MIE soutient actuellement un projet de recherche intitulé TRANSVI, visant à caractériser les chaînes de transmission des hantavirus entre faune sauvage et humain dans la péninsule du Yucatan au Mexique. Ce type de recherche de fond, invisible et peu spectaculaire, est infiniment plus utile à la préparation aux pandémies qu&rsquo;une semaine de couverture en continu d&rsquo;un navire immobilisé.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième, enfin : le biais de disponibilité post-Covid est désormais un facteur de risque communicationnel à part entière. Il amplifie les signaux faibles en signaux forts, épuise l&rsquo;attention publique sur des événements circonscrits, et risque, à terme, de produire l&rsquo;effet inverse : une indifférence réelle face au prochain signal qui, lui, méritera vraiment l&rsquo;alarme. Former le public à distinguer un incident sérieux d&rsquo;une menace pandémique est aussi urgent que de surveiller les rongeurs du Jura. Les deux, d&rsquo;ailleurs, relèvent du même impératif : regarder la réalité telle qu&rsquo;elle est, pas telle qu&rsquo;on a peur qu&rsquo;elle soit.<br><strong><strong><strong><br></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><br><br><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/hantanavirus-et-si-le-vrai-sujet-netait-pas-le-bateau/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Journalisme scientifique et récits marketing : des liaisons dangereuses illustrées par un étude de cas</title>
		<link>https://citizen4science.org/journalisme-scientifique-et-recit-marketing-des-liaisons-dangereuses-illustree-par-un-cas-pratique/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/journalisme-scientifique-et-recit-marketing-des-liaisons-dangereuses-illustree-par-un-cas-pratique/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2026 12:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Communication scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Déontologie]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[Éthique]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=18028</guid>

					<description><![CDATA[L&#8217;hebdomadaire L&#8217;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>L&rsquo;hebdomadaire L&rsquo;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de paradigme » pour le combat contre le cancer et menés par un chercheur « baroque » à contre-tendance. Un exemple particulièrement éclairant de déformation narrative de l&rsquo;information scientifique</em></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tendance est inquiétante, sans être pour autant nouvelle. C&rsquo;est un article de L&rsquo;Express datée du 28 mars dernier qui a attiré notre attention. L&rsquo;article est payant, mais le peu qui est lisible sur internet a de quoi émoustiller : on y parle de « projet à front renversé », par un chercheur au « CV baroque » n&rsquo;est « ni oncologue ni épidémiologiste », « ny connaît pas grand chose aux tumeurs » mais il va peut-être bien « modeler quelques-unes des futures révolutions en cancérologie ».</p><div id="citiz-501194944" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">On aurait donc un chercheur qui décroche une bourse prestigieuse pour mener des recherches à contre-pied de la recherche normale hors de son domaine d&rsquo;expertise ? Scandale ou génie ? Il nous faut nous procurer cet article. Au kiosque à journeaux, L&rsquo;Express est arrivé à ses fins, nous extirpant quelques euros. Nous nous préparons donc à lire un article de révolution scientifique par un scientifique révolutionnaire. Nous allons être surpris. Mais dans quel sens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">De la vraie science, un récit inventé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous analysons souvent dans nos colonnes l&rsquo;information et la désinformation en science et santé. Cette dernière est parfois grossière, ce qui a l&rsquo;intérêt de la rendre facilement identifiable.  On peut citer dans nos sujets récents les blogs « techno-enthousiastes » à base d&rsquo;annonces spectaculaires reprenant ce qui buzz sur les réseaux sociaux, des promesses excessives sur résultats scientifiques préliminaires, qui donne l&rsquo;image d&rsquo;une science faite d&rsquo;une succession de ruptures spectaculaires permanentes.  Ces formats sensationnalistes sont relativement faciles à identifier. Ils exagèrent, ils dramatisent, politisent souvent, et leur façon de rouler des mécanique finit généralement par se voir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une forme plus subtile de déformation et d&rsquo;exploitation narrative de la science existe. Elle ne repose pas sur l&rsquo;invention et l&rsquo;extrapolation à outrance de résultats, mais sur une transformation plus profonde du récit scientifique lui-même : construire, autour de recherches parfaitement solides, une histoire inventée de changement de paradigme dans la manière dont fonctionne la recherche biomédicale, comme si certaines approches constituaient des renversements méthodologiques alors qu&rsquo;elles relèvent de continuités anciennes et parfaitement établies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lexpress.fr/sciences-sante/cancer-paul-bastard-25-millions-de-dollars-pour-renverser-le-combat-contre-les-tumeurs-FU5B3PRXAJE7NJBYOECZEMTOSI/">L&rsquo;article publié par L&rsquo;Express le 28 mars 2026</a> autour du projet ATLAS coordonné par le Dr Paul Bastard, en fournit une illustration particulièrement éclairante sur ses mécanismes. Le projet vient d&rsquo;obtenir un financement de 25 millions de dollars dans le cadre de Cancer Grand Challenges, initiative portée notamment par Cancer Research UK et le National Cancer Institute. Les travaux sont sérieux, le financement est prestigieux, la question scientifique est pertinente. Le problème n&rsquo;est pas la science, mais la construction d&rsquo;un récit qui en déforme des aspects notables.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les règles du journalisme : savoir analyser les sources</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous aurions pu placer ce paragraphe ultérieurement, mais autant le dire tout de suite parce c&rsquo;est clé : La règle cardinale du journalisme, scientifique ou autre, est simple : savoir analyser la nature et la fiabilité des sources, privilégier les sources primaires. Le Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) le rappelle explicitement dans sa <a href="http://cdjm.org/le-traitement-des-questions-scientifiques">recommandation sur le traitement journalistique des questions scientifiques</a> : Il est essentiel de privilégier les publications originelles plutôt que les communiqués de presse et les briefings des communicants. L&rsquo;exigence est la même dans le code d&rsquo;éthique de la <a href="http://spj.org">Society of Professional Journalists</a> , référence mondiale depuis 1973 : utiliser les sources originales chaque fois que possible, vérifier l&rsquo;information avant publication, et ne jamais laisser la vitesse de publication prendre le pas sur l&rsquo;exactitude des faits. Les standards internationaux du journalisme scientifique, ou tout simplement la charte de Munich  sont plus directs encore : les communiqués de presse sont des documents de marketing et le journaliste n&rsquo;est pas un publicitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le sujet en question, quelle est la source ? S&rsquo;agissant d&rsquo;une bourse de recherche, elle se trouve sur le site de Cancer Grand Challenges, accessible au public. L&rsquo;organisme explique ce qu&rsquo;il finance avec cette bourse et la justification de son attribution. On nous y explique que si de nombreuses études se concentrent sur les causes actives du cancer, et qu&rsquo;il est « également nécessaire » de comprendre comment les réponses naturelles de l&rsquo;organisme peuvent empêcher son développement. Ce « également » est essentiel : il exprime une complémentarité, pas une inversion, pas une rupture, pas un changement de paradigme. Nulle part est-il question de changement de paradigme pour le projet choisi. Elle décrit en fait un projet ambitieux par son envergure, explorant le rôle possible d&rsquo;auto-anticorps modulateurs d&rsquo;immunité dans les mécanismes de résistance au cancer. Un projet important, prometteur, mais inscrit dans les continuités classiques de l&rsquo;immunologie translationnelle en oncologie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;article affirme à la place, et l&rsquo;erreur factuelle<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste avec le traitement de L&rsquo;Express est saisissant. Le titre évoque une lutte « à front renversé », le chapô parle de « contre-pied », le texte multiplie les références à une démarche « hors des clous », « impertinente », « renversant les paradigmes ». L&rsquo;article affirme par ailleurs que le financement obtenu relèverait d&rsquo;une bourse examinant « uniquement les projets de rupture ». Cette formulation est factuellement contestable. Le programme Cancer Grand Challenges finance des projets ambitieux, interdisciplinaires et à fort potentiel, sélectionnés pour leur capacité à répondre à des défis scientifiques complexes identifiés par un comité international, parmi dix-huit défis médicaux actifs allant des tumeurs pédiatriques aux inégalités face au cancer. Il ne se définit nulle part comme un mécanisme exclusivement réservé à des changements de paradigme. La nuance est décisive : un projet peut être ambitieux pour son impact en santé publique, sans constituer un renversement méthodologique, et confondre ambition scientifique et rupture conceptuelle déforme la nature même de la recherche. Le CDJM est sans ambiguïté sur ce point : il importe, sur les questions scientifiques, d&rsquo;être particulièrement attentif à ce que titraille, chapô et annonces d&rsquo;un sujet n&rsquo;en altèrent pas le sens ou la portée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un parcours « baroque » ou cohérent ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le storytelling de l&rsquo;article a été posé. Mais il va être enjolivé, tant qu&rsquo;à faire, par la présentation d&rsquo;un chercheur, totalement « profane » en oncologie. On peut imaginer dans l&rsquo;esprit du lecteur que se forme alors l&rsquo;idée du génie, qui débarque dans un domaine médical complexe sans la moindre formation ou expertise dans le domaine. C&rsquo;est fâcheux pour l&rsquo;image de la science, basée sur l&rsquo;expertise en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, qu&rsquo;en est-il ?  Sans surprise, cette présentation ne résiste pas à l&rsquo;examen. Paul Bastard est médecin pédiatre, formé à Paris et Madrid, ayant suivi un master à l&rsquo;Université Rockefeller de New York avant de revenir en résidence d&rsquo;immunologie pédiatrique et de soutenir une thèse. Ses recherches portent sur les déterminants génétiques et immunologiques des maladies virales graves, notamment les causes et conséquences des auto-anticorps dirigés contre les interférons de type I. Ce parcours n&rsquo;a rien de marginal : il est précisément situé à l&rsquo;intersection de l&rsquo;immunologie fondamentale et de l&rsquo;immunopathologie clinique, dans des institutions académiques de tout premier rang mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or l&rsquo;immunologie constitue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des piliers centraux de la recherche oncologique contemporaine. L&rsquo;immuno-oncologie, qui intègre des approches conçues pour renforcer ou réactiver la capacité du système immunitaire à lutter contre le cancer, a connu une transformation majeure récompensée par le prix Nobel de médecine 2018. Des milliers d&rsquo;immunologistes travaillent aujourd&rsquo;hui sur le cancer dans le monde entier. Présenter un immunologiste spécialiste des auto-anticorps qui s&rsquo;attaque à une question d&rsquo;oncologie comme profane du domaine relève moins de l&rsquo;analyse scientifique que de la scénarisation journalistique assez trompeuse, quand on sait que nombre de médicaments oncologiques de dernière génération sont des médicaments biologiques, précisément des &#8230; anticorps humanisés. L&rsquo;éducation du public à ces disciplines scientifiques et leur présentation erronée comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de silos, en prend donc un sérieux coup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La figure du « génie outsider » est un ressort narratif classique. Elle fonctionne bien. Mais elle déforme ici la réalité. D&rsquo;ailleurs, le CDJM met en garde contre ce biais en lien avec l&rsquo;expertise ou la non-expertise : vérifier la valeur d&rsquo;un expert auprès de ses pairs, en particulier quand sa position détonne, et ne pas considérer que le statut social ou la renommée d&rsquo;un scientifique en font automatiquement un porteur de vérité scientifique. Mais aussi l&rsquo;inverse, et c&rsquo;est ce qui nous intéresse dans notre cas pratique : ne pas construire un récit de rupture sur la prétendue marginalité d&rsquo;un chercheur qui n&rsquo;est en réalité pas marginal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une rupture historiquement imaginaire<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur du récit repose sur une opposition : la recherche se serait historiquement concentrée sur les causes du cancer, tandis que le projet adopterait une approche « inverse » centrée sur les mécanismes de résistance. Cette opposition est historiquement inexacte. On joue ici d&rsquo;un biais cognitif classique : le faux dilemme. Faire croire que la recherche scientifique est centrée sur un aspect technique alors qu&rsquo;elle est multfactorielle et désormais translationnelle.  L&rsquo;étude des personnes exposés mais non malades, des trajectoires atypiques, des résistances naturelles et des facteurs protecteurs est constitutive de l&rsquo;épidémiologie, de l&rsquo;immunologie et de la médecine expérimentale depuis des décennies. La pandémie de Covid-19 en a fourni une illustration récente et frappante : l&rsquo;analyse de clusters familiaux où certains individus restaient indemnes malgré une exposition comparable a conduit à l&rsquo;identification de déterminants immunologiques et génétiques spécifiques. C&rsquo;est une logique que les membres de l&rsquo;équipe ATLAS ont eux-mêmes appliquée en découvrant le lien entre auto-anticorps et sévérité du Covid-19. Cette démarche n&rsquo;a rien de nouveau. Elle appartient au socle classique de la recherche scientifique. Présenter cette continuité comme un « pari inverse » revient à fabriquer artificiellement de la nouveauté là où il n&rsquo;y a qu&rsquo;un approfondissement légitime et parfaitement attendu. <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N53359" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">D&rsquo;où vient ce récit déformant ? Circulation mimétique et amplification d&rsquo;un briefing institutionnel</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le dossier devient particulièrement instructif, parce que nous avons pu idenifier la source du récit marketing de L&rsquo;Express. Nous l&rsquo;avons vu, le cadrage de rupture n&rsquo;est pas donné par l&rsquo;organisme prestigieux qui a analysé les travaux de recherche et décidé de les financer par une bourse. Pour autant, ce n&rsquo;est pas une invention de L&rsquo;Express. Le storytelling marketing apparaît dans certaines communications institutionnelles intermédiaires : des formulations évoquant une approche « inverse » ou un « changement de paradigme » circulent dans des supports de valorisation académique, comme la communication officielle de l&rsquo;Université Paris Cité qui titre « Un changement de paradigme en oncologie ». Paris Cité n&rsquo;a rien inventé non plus, elle reprend en fait mot pour mot le paragraphe d&rsquo;une communication institutionnelle de l&rsquo;Institut Imagine auquel est affilié le Dr Bastard : « Un changement de paradigme en oncologie &#8211; Traditionnellement, la recherche s&rsquo;est concentrée sur l&rsquo;identification des facteurs qui favorisent l&rsquo;apparition des tumeurs. L&rsquo;équipe ATLAS fait le pari inverse : étudier les barrières qui s’opposent à leur développement sur une recherche ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque mot de cette phrase mérite examen, car c&rsquo;est elle qui a fourni à L&rsquo;Express son titre, son chapô et l&rsquo;ensemble de son lexique de rupture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Traditionnellement » est le premier signal d&rsquo;alarme, et le plus profond. En science, ce mot est presque une contradiction dans les termes. La recherche scientifique, y compris méthodes  ne fonctionne pas par tradition : elle fonctionne par accumulation de preuves, révision permanente des hypothèses et méthodologies, et remise en question constante des résultats antérieurs. Ce qui est vrai aujourd&rsquo;hui peut être infirmé demain. Ce qui semblait établi peut être nuancé par une nouvelle étude, évoluer au gré d&rsquo;une nouvelle méthodologie en raisons des limites de la précédente. La tradition, au sens de pratique reconduite par habitude ou convention, est précisément ce contre quoi la méthode scientifique est construite. Dire que la recherche a « traditionnellement » procédé d&rsquo;une certaine façon, c&rsquo;est donc appliquer à la science un concept qui lui est étranger, et qui sert ici un seul objectif : construire artificiellement un avant figé pour mieux faire briller un après innovant. Ce mot devrait toujours déclencher une question réflexe : traditionnel par rapport à quoi, sur quelle période, avec quelles sources à l&rsquo;appui ? Ici, il n&rsquo;est suivi d&rsquo;aucune de ces précisions, parce que son rôle n&rsquo;est pas descriptif : il est narratif. « Fait le pari » est plus révélateur encore. Une hypothèse de recherche n&rsquo;est pas un pari : c&rsquo;est une proposition fondée sur  des observations préliminaires, des données existantes, une logique théorique cohérente. L&rsquo;éthique de la recherche  médicale veut d&rsquo;ailleurs que tout projet de recherche soit justifié. Présenter un chercheur comme un parieur est dès lors problématique. Ce mot appartient au registre de la communication, pas à celui de la science. « L&rsquo;approche inverse », enfin, est le nœud logique de toute la phrase : elle transforme un continuum de recherche en dichotomie, une complémentarité en opposition radicale. C&rsquo;est ce terme qui a possiblement donné la paraphrase  « à front renversé » et « contre-pied » de L&rsquo;Express, et l&rsquo;ensemble du lexique de rupture de l&rsquo;article de leur article. La chaîne causale est limpide : l&rsquo;institution écrit « approche inverse », le journaliste lit « renversement », le lecteur reçoit « révolution ». Chaque maillon amplifie légèrement le précédent. La communication institutionnelle valorise, positionne, séduit. C&rsquo;est un récit pour vendre ce que le journalisme n&rsquo;est pas.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le contraste saisissant du traitement journalistique international</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La comparaison avec la presse anglo-saxonne est particulièrement éclairante, parce qu&rsquo;elle démontre que le récit marketing de rupture est une création française. Cancer Research UK décrit ATLAS comme un projet dont les travaux « ont le potentiel de changer notre compréhension du rôle du système immunitaire dans le cancer. » Pharmaphorum résume sobrement : l&rsquo;équipe « examinera ce qu&rsquo;on peut apprendre de personnes qui ne développent pas de cancer malgré des habitudes à risque. » UT Southwestern écrit que l&rsquo;équipe « cherchera à identifier les mécanismes biologiques sous-jacents à la résistance aux tumeurs. » Pas un seul « paradigme », pas un seul « renversement », pas un seul « contre-pied » dans l&rsquo;ensemble de la couverture institutionnelle et journalistique anglophone, et pour cause.  Evidemment, c&rsquo;est moins vendeur pour le grand public. C&rsquo;est le cours ordinaire des choses en science, et « la science, c&rsquo;est long » (Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie).<a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une déformation narrative qui questionne d&rsquo;un point de vue déontologique mais aussi éthique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il n&rsquo;y a ici aucune falsification. Les données sont réelles, les financements existent, le projet est scientifiquement solide. Mais l&rsquo;histoire racontée les déforment, parce qu&rsquo;elle transforme une continuité scientifique en rupture spectaculaire, qu&rsquo;elle substitue une dramaturgie de l&rsquo;innovation à une description rigoureuse de la méthode, parce qu&rsquo;elle remplace l&rsquo;analyse journalistique critique des sources par la reprise amplifiée d&rsquo;un récit marketing nstitutionnel. Le CDJM nomme précisément ce risque en matière médicale ;  il est éthique : veiller à ne pas créer d&rsquo;espoirs non fondés chez des personnes atteintes de maladies graves, et rendre compte avec prudence des recherches et découvertes médicales annoncées par des chercheurs, qui ont rarement un impact immédiat sur l&rsquo;amélioration des traitements. Ce principe s&rsquo;applique avec une force redoublée lorsque la découverte est présentée non seulement comme prometteuse, mais comme révolutionnaire. <a href="https://www.seban-associes.avocat.fr/proposition-de-loi-darcos-instauration-dune-presomption-dexploitation-des-contenus-culturels-par-les-fournisseurs-dintelligence-artificielle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Former au journalisme scientifique est aussi urgent que de former les citoyens à la démarche scientifique </h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cas dépasse largement un article particulier. Il révèle une faiblesse structurelle du journalisme scientifique français : l&rsquo;insuffisante qualification des sources et la trop grande perméabilité aux récits de valorisation institutionnelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">On a l&rsquo;habitude, à juste titre, d&rsquo;insister sur la nécessité d&rsquo;éduquer le grand public à l&rsquo;esprit critique et à la science, et à lutter contre la désinformation en santé.<br>Mais cette exigence doit s&rsquo;appliquer avec la même force aux professionnels chargés de transmettre l&rsquo;information scientifique. Former les journalistes à distinguer une source objective d&rsquo;un communiqué de presse de valorisation, à identifier les glissements narratifs entre niveaux institutionnels, à repérer les reformulations promotionnelles qui circulent d&rsquo;une institution à l&rsquo;autre avant d&rsquo;atterrir dans la presse grand public : voilà un chantier important.  Car une société ne peut développer une culture scientifique solide si l&rsquo;information censée la transmettre se transforme en récit marketing qui malmène la réalité scientifique. En France, sur ce second chantier, il reste beaucoup de chemin à faire. La science n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;être scénarisée de façon spectaculaire pour être passionnante. Elle demande d&rsquo;être lue, comprise, contextualisée, puis racontée avec exactitude. C&rsquo;est précisément à cette condition que le journalisme scientifique demeure du journalisme, et non le relais de communications marketing.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329 X 94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br>Non subventionné, notre média dépend entièrement de ses contributeurs pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section site d&rsquo;actualité et d&rsquo;analyse reste d&rsquo;accès gratuit&nbsp;!</em></p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">avec <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/journalisme-scientifique-et-recit-marketing-des-liaisons-dangereuses-illustree-par-un-cas-pratique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Loi Darcos sur l&#8217;IA et les contenus culturels : ce que dit vraiment le texte et ce que ses détracteurs taisent</title>
		<link>https://citizen4science.org/loi-darcos-sur-lia-et-les-contenus-culturels-ce-que-dit-vraiment-le-texte-et-ce-que-ses-detracteurs-taisent/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/loi-darcos-sur-lia-et-les-contenus-culturels-ce-que-dit-vraiment-le-texte-et-ce-que-ses-detracteurs-taisent/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 12:43:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Juridique]]></category>
		<category><![CDATA[Propriété intellectuelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17973</guid>

					<description><![CDATA[Le Sénat a adopté à l&#8217;unanimité, le 8 avril 2026, une proposition de loi instaurant une présomption d&#8217;utilisation des contenus]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Sénat a adopté à l&rsquo;unanimité, le 8 avril 2026, une proposition de loi instaurant une présomption d&rsquo;utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d&rsquo;intelligence artificielle. Un texte court, un article unique dans le Code de la propriété intellectuelle, mais aux implications considérables sur le plan probatoire, technologique et géopolitique.</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La loi vient juste d&rsquo;être adoptée par les sénateurs, et déjà, les clivages se forment. D »un côté les créateurs qui respirent, de l&rsquo;autre les milieux tech qui s&rsquo;alarment. La réalité, comme souvent, résiste aux deux visions et leurs récits polarisés.</p><div id="citiz-615022932" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<h3 class="wp-block-heading">Genèse et problématique traitée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut remonter au rapport sénatorial du 9 juillet 2025 pour comprendre la genèse du texte. Signé par Agnès Evren, Laure Darcos et Pierre Ouzoulias, il s&rsquo;intitule : <em>« <a href="https://www.senat.fr/rap/r24-842/r24-842.html">Création et IA : de la prédation au partage de la valeur</a></em>« .  il préconise une méthode graduelle en trois temps : concertation d&rsquo;abord, loi en cas d&rsquo;échec, et enfin taxation si nécessaire afin de régler la problématique que nous allons décrire maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;essor de l&rsquo;IA générative, les grands modèles de langage et de génération d&rsquo;images, GPT, Gemini, Mistral et leurs semblables, s&rsquo;entraînent sur des corpus colossaux de données issues du web : textes, romans, articles de presse, partitions, photographies, œuvres audiovisuelles. Ces œuvres sont, pour l&rsquo;immense majorité d&rsquo;entre elles, protégées par le droit d&rsquo;auteur ou des droits voisins. Leurs créateurs n&rsquo;ont, dans les faits, jamais donné leur consentement à cet usage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème n&rsquo;est pas seulement moral. Il est probatoire, et c&rsquo;est là qu&rsquo;il devient juridiquement paralysant. En droit commun, c&rsquo;est au demandeur, c&rsquo;est-à-dire à l&rsquo;auteur qui s&rsquo;estime spolié, de prouver que son œuvre a bien été utilisée pour entraîner tel ou tel modèle. Or cette preuve est structurellement impossible à rapporter : les corpus d&rsquo;entraînement ne sont jamais rendus publics, ils sont souvent partiellement détruits une fois le modèle formé, et la traçabilité d&rsquo;une œuvre spécifique dans les centaines de milliards de paramètres d&rsquo;un réseau de neurones n&rsquo;existe tout simplement pas avec les outils actuels. Le créateur se retrouve donc dans la position absurde de devoir prouver ce qu&rsquo;il ne peut pas voir, à l&rsquo;intérieur d&rsquo;une boîte noire à laquelle personne n&rsquo;est tenu de lui donner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément cette violente asymétrie que la loi Darcos entend corriger. Son mécanisme central est un renversement de la charge de la preuve. Elle dispose ainsi que dorénavant, toute œuvre protégée sera présumée avoir été utilisée par le fournisseur d&rsquo;un système d&rsquo;IA, dès lors qu&rsquo;un simple indice, issu du développement, du déploiement ou des résultats générés par le modèle, rend cette utilisation vraisemblable. C&rsquo;est dès lors au fournisseur de démontrer qu&rsquo;il n&rsquo;a pas utilisé l&rsquo;œuvre en question, ou qu&rsquo;il a respecté les exigences légales applicables, notamment en ayant obtenu une licence ou en bénéficiant d&rsquo;une exception légale de fouille de données.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En d&rsquo;autres termes, la loi ne crée pas de nouveaux droits pour les auteurs. Elle leur donne enfin les moyens de faire valoir ceux qu&rsquo;ils possèdent déjà.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La concertation a eu lieu. Engagée par Rachida Dati et Clara Chappaz entre dirigeants du secteur de l&rsquo;IA et représentants des titulaires de droits, elle n&rsquo;a abouti à aucun accord. Ce n&rsquo;est donc pas un coup de force législatif imprévu qui voit le jour avec ce projet de loi, c&rsquo;est l&rsquo;étape deux d&rsquo;une feuille de route annoncée, après l&rsquo;échec constaté de la négociation volontaire. La proposition de loi a ainsi été déposée le 12 décembre 2025 par les trois auteurs du rapport. Il est à noter que le texte a d&rsquo;abord été soumis au Conseil d&rsquo;État en mars 2026 avant d&rsquo;être examiné par les sénateurs. Il s&rsquo;agit là d&rsquo;une précaution constitutionnelle rare pour une proposition de loi, qui témoigne à la fois de la conscience de la fragilité juridique potentielle du dispositif et de la rigueur de ses auteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que fait vraiment la loi, ni plus ni moins</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte tient en <a href="https://www.senat.fr/leg/tas25-085.html">un article unique, inséré à l&rsquo;article L. 331-4-1 du Code de la propriété intellectuelle</a>. Toute œuvre protégée par un droit d&rsquo;auteur ou un droit voisin est présumée avoir été utilisée par le fournisseur d&rsquo;un système d&rsquo;IA, dès lors qu&rsquo;un indice afférent au développement, au déploiement ou aux résultats générés « rend vraisemblable » cette utilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cela signifie concrètement, c&rsquo;est les fournisseurs de systèmes d&rsquo;IA seraient présumés responsables dès lors qu&rsquo;un indice rend vraisemblable une telle utilisation, et il leur appartiendrait alors de démontrer qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas utilisé de contenus protégés ou qu&rsquo;ils ont respecté les exigences légales applicables. <a href="https://www.seban-associes.avocat.fr/proposition-de-loi-darcos-instauration-dune-presomption-dexploitation-des-contenus-culturels-par-les-fournisseurs-dintelligence-artificielle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cette loi ne signifie pas, il convient de le dire au regard de ses détracteurs qui l&rsquo;affirment pourtant souvent : il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une interdiction d&rsquo;utiliser des contenus culturels pour entraîner un modèle, ni d&rsquo;une présomption de contrefaçon automatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil d&rsquo;État a précisé qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une présomption d&rsquo;usage et non d&rsquo;une présomption d&rsquo;atteinte. Ainsi, c&rsquo;est au juge de qualifier l&rsquo;éventuelle contrefaçon après constatation de l&rsquo;utilisation. La présomption est par ailleurs simple, réfutable et non irréfragable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sénat a également précisé que les acteurs à qui la présomption est imputable sont tant les fournisseurs de modèles que les fournisseurs de systèmes d&rsquo;IA afin de couvrir l&rsquo;ensemble des acteurs de la chaîne de développement et de déploiement;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le paradoxe technique que personne ne veut vraiment résoudre</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que l&rsquo;esprit critique s&rsquo;impose, comme toujours indépendamment des camps. Car la loi produit une asymétrie probatoire délibérée, et la question de sa praticabilité réelle mérite d&rsquo;être posée, sans idéologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment un fournisseur de modèle d&rsquo;IA réfutera-t-il cette présomption ? Les corpus d&rsquo;entraînement des grands modèles sont rarement rendus publics, souvent partiellement détruits après la phase d&rsquo;entraînement, et la traçabilité d&rsquo;une œuvre spécifique dans les paramètres d&rsquo;un réseau de neurones à des centaines de milliards de poids n&rsquo;est tout simplement pas possible avec les outils actuels d&rsquo;interprétabilité. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil d&rsquo;État a indiqué que la preuve contraire pourrait être apportée via une expertise respectant le secret des affaires. Cela étant dit,  une expertise forensique sur un modèle de la taille de GPT-4 est-elle réaliste dans des délais judiciaires raisonnables ? L&rsquo;état de l&rsquo;art ne le permet pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette limite technique n&rsquo;invalide pas le texte : elle en révèle la vraie nature. Comme l&rsquo;explique la co-auteure de la loi Agnès Evren, l&rsquo;objectif n&rsquo;est pas de multiplier les procès, mais de créer un effet dissuasif pour inciter les acteurs de l&rsquo;IA à abandonner certains comportements de prédation au profit de la négociation. La loi n&rsquo;est pas un outil contentieux à proprement parler ; elle s&rsquo;avère être un levier de négociation contractuelle. Elle rééquilibre le rapport de force à la table des discussions avant que le juge ne soit saisi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette logique nouvelle, celle de la donnée comme actif stratégique dont l&rsquo;usage doit être traçable, justifiable et potentiellement soumis à rémunération, pourrait créer les conditions favorables à l&rsquo;émergence d&rsquo;un marché de licences volontaires, notamment dans l&rsquo;industrie musicale et audiovisuelle. C&rsquo;est en ce sens que les effets économiques induits pourraient être plus significatifs que les effets juridiques directs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il reste une question que la loi ne résout pas, et que ses partisans préfèrent souvent esquiver : qui sont réellement les bénéficiaires ? Les grandes sociétés de gestion collective, SACEM, SAIF, SNE, disposent des moyens d&rsquo;agir en justice et de négocier des accords de licence. Les créateurs indépendants, eux, n&rsquo;ont ni la capacité de détecter l&rsquo;usage de leurs œuvres, ni celle de financer un contentieux contre OpenAI ou Google. La présomption est un outil, mais un outil que seuls certains peuvent manier&#8230;</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&#8217;embarras de l&rsquo;exécutif ou la France écartelée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps resté silencieux, le gouvernement est finalement sorti de son mutisme devant les sénateurs, s&rsquo;en remettant à la « sagesse » de l&rsquo;hémicycle sans prendre position pour ou contre le texte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette posture de neutralité calculée trahit une contradiction structurelle. La France a fait du développement de l&rsquo;IA une priorité nationale, et l&rsquo;esprit qui a présidé au Sommet de Paris de février 2025 était clairement celui d&rsquo;un pays voulant rivaliser avec les États-Unis et la Chine dans la course aux modèles. Imposer une présomption de responsabilité aux fournisseurs, c&rsquo;est potentiellement fragiliser les acteurs européens, au premier rang desquels Mistral, face à des concurrents américains et chinois qui opèrent dans des juridictions sans contrainte comparable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet argument est réel. Mais il est souvent agité de façon abusive par ceux qui voudraient en faire une raison de ne rien réguler du tout. Des comédiens de doublage français avaient obtenu début 2026 le retrait par la plateforme américaine Fish Audio de <a href="https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-actualites/intelligence-artificielle-une-proposition-de-loi-pour-alimenter-lia-de-facon-ethique">47 modèles d&rsquo;IA reproduisant leur voix sans consentement </a>ni rémunération, mais ces succès judiciaires restent rares.C&rsquo;est précisément cette rareté, structurelle et probatoire, qui légitime l&rsquo;intervention législative.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prétendre que cette loi serait « économiquement criminelle » ou mettrait en péril l&rsquo;existence même de Mistral sur le sol français, c&rsquo;est confondre un outil probatoire civil, limité et réfutable, avec une interdiction d&rsquo;exercer. C&rsquo;est agiter un épouvantail plutôt qu&rsquo;analyser un texte. L&rsquo;esprit critique commande d&rsquo;interroger les uns et les autres sur leurs intérêts, y compris ceux qui s&rsquo;expriment au nom de « l&rsquo;innovation » sans jamais préciser de qui elle provient, et au bénéfice de qui elle s&rsquo;exerce.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Articulation avec l&rsquo;AI Act : <a href="https://www.village-justice.com/articles/proposition-loi-darcos-vote-senat-chainon-manquant,56991.html">le chaînon manquant</a></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil d&rsquo;État a estimé que le législateur national était compétent pour créer cette présomption, considérant que la proposition de loi n&rsquo;était contraire ni à la Constitution, ni au droit européen, sous réserve de quelques ajustements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;AI Act impose bien aux fournisseurs de modèles d&rsquo;IA générative des obligations de politique de conformité au droit d&rsquo;auteur et de transparence sur les données d&rsquo;entraînement via des résumés publics. Mais il ne tranche pas lui-même tous les conflits de titularité ou d&rsquo;usage. La loi Darcos comble donc un angle mort normatif réel : elle crée l&rsquo;outil procédural que le règlement européen n&rsquo;a pas voulu fournir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la France se mobilise maintenant, c&rsquo;est précisément parce que les négociations au niveau européen traînent ou n&rsquo;aboutissent pas. Avec ce texte, la France se positionne en laboratoire normatif, et c&rsquo;est délibéré. La présomption d&rsquo;exploitation pourrait influencer les pratiques contractuelles à l&rsquo;échelle européenne, comme le RGPD l&rsquo;a fait pour les données personnelles.  La comparaison est certes spéculative, mais elle n&rsquo;est pas fantaisiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Ce qui reste ouvert : l&rsquo;Assemblée nationale et la troisième étape</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La proposition de loi a été transmise à l&rsquo;Assemblée nationale. Son adoption par les députés n&rsquo;est pas garantie, dans un contexte où l&rsquo;exécutif ne s&rsquo;est pas prononcé en sa faveur. La sénatrice Darcos espère une inscription à l&rsquo;ordre du jour avant le 15 juillet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la loi entre en vigueur, ses effets seront d&rsquo;abord dissuasifs avant d&rsquo;être contentieux, et comme nous l&rsquo;avons vu, c&rsquo;est voulu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"> La troisième étape de la feuille de route sénatoriale, une taxation des usages d&rsquo;IA à des fins culturelles, reste en réserve comme une menace implicite si la négociation n&rsquo;aboutit pas même sous ce nouveau rapport de force.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte constitue une première étape dans la protection des auteurs face à la déferlante de l&rsquo;IA, importante au regard des oppositions qu&rsquo;elle a suscitées, mais encore timide pour assurer une réelle protection des créateurs. Car l&rsquo;IA oui, mais avec éthique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être là l&rsquo;évaluation la plus honnête. Ni la révolution que les créateurs espèrent, ni le désastre industriel que les milieux tech annoncent. Un pas, prudent, dans un terrain encore largement inexploré, dont la vraie mesure se prendra non pas dans les prétoires, mais dans les salles de négociation où créateurs et plateformes vont, espérons-le,  devoir se retrouver avec un rapport de force enfin modifié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l&rsquo;heure, on peut espérer une soutien affirmé des vrais créateurs de contenus originaux. Du côté des détracteurs de la loi, on trouvera assurément ceux qui les exploitent via l&rsquo;IA, parfois tout en s&rsquo;en défendant. </p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La proposition de loi n° 85 (2025-2026), adoptée par le Sénat le 8 avril 2026 à l&rsquo;unanimité, est désormais transmise à l&rsquo;Assemblée nationale pour examen.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/loi-darcos-sur-lia-et-les-contenus-culturels-ce-que-dit-vraiment-le-texte-et-ce-que-ses-detracteurs-taisent/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Immersion en médiation » épisode 5 &#8211; Le rapport du Conseil national de la médiation (CNM)</title>
		<link>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-5-le-rapport-du-conseil-national-de-la-mediation-cnm/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-5-le-rapport-du-conseil-national-de-la-mediation-cnm/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Apr 2026 18:01:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17962</guid>

					<description><![CDATA[Le 19 avril 2026, le Conseil national de la médiation (CNM) a rendu public son rapport de fin de mandat]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le 19 avril 2026, le Conseil national de la médiation (CNM) a rendu public son rapport de fin de mandat intitulé &rsquo;75 recommandations pour une médiation de qualité&rsquo;. Fruit de trois années de travaux collectifs pluridisciplinaires, il dresse un bilan réaliste de la médiation en France et propose un socle concret pour professionnaliser la pratique sans la rigidifier.</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Créé par la loi du 22 décembre 2021 pour la confiance dans l’institution judiciaire, le CNM, présidé par Frédérique Agostini avec Myriam Bacqué et Christiane Féral-Schuhl comme co-présidentes, réunit magistrats, administrations, associations et praticiens. Sa mission : harmoniser les pratiques, proposer une déontologie commune et des référentiels de formation tout en améliorant l’accès à ce mode amiable de résolution des conflits.Ce rapport intervient dans un contexte de surcharge des tribunaux et de recherche d’une justice plus pacifiée. Il ne crée ni ordre professionnel ni contrainte lourde, mais trace une feuille de route pragmatique pour que la médiation passe d&rsquo;un pratique parfois empirique et encore trop marginale à un outil structuré et valorisé.</p><div id="citiz-288569680" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<h3 class="wp-block-heading">Résumé global du rapport</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le CNM constate des avancées réelles depuis 2021 : une politique publique de l’amiable plus affirmée, une cartographie nationale des médiateurs mise en ligne sur justice.fr, des prix distinguant les initiatives innovantes, une semaine internationale de la médiation soutenue, et bien sûr, le tout récent  décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 qui clarifie la distinction entre médiation et conciliation dans le Code de procédure civile en créant un nouveau Livre V qui renforce les modes de résolution amiable des conflits (MARD). </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, la médiation reste sous-utilisée. Les freins persistent, à savoir sa méconnaissance du public et des professionnels, les disparités de qualité des pratiques , des financements inadaptés, des listes de médiateurs opaques et manque un d’évaluation chiffrée fiable sur cette discipline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les 75 recommandations se répartissent en 50 à l’attention des pouvoirs publics et 25 aux acteurs de terrain. Elles couvrent six grands axes : meilleure information et culture de l’amiable, renforcement de la qualité via déontologie et formation, financement viable, attractivité de la médiation, gouvernance et listes simplifiées, ainsi que des mesures spécifiques à la médiation familiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport insiste sur le caractère volontaire, confidentiel et non décisionnel de la médiation, tout en promouvant son rôle de pacification sociale et d’attractivité juridique de la France. Deux annexes majeures complètent le texte : une Charte de déontologie applicable à toutes les médiations et des référentiels détaillés de formation initiale et continue.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les 50 recommandations aux pouvoirs publics</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les 50 recommandations adressées aux pouvoirs publics forment le cœur opérationnel du rapport. Elles visent à créer les conditions d’un véritable écosystème favorable à la médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier axe, « Améliorer l’information et la culture de tous sur la médiation », insiste sur des campagnes nationales grand public, la formation initiale des magistrats, avocats et travailleurs sociaux, et des actions spécifiques en matière familiale pour prévenir les conflits lors des séparations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le deuxième axe renforce la qualité par la déontologie et la formation : adhésion obligatoire à la Charte pour les médiateurs judiciaires inscrits sur les listes des cours d&rsquo;appel, formation initiale d’environ 200 heures minimum et formation continue obligatoire. Des recommandations ciblées concernent la médiation judiciaire promouvant une meilleure articulation avec les procédures, et la médiation familiale via la valorisation du diplôme d’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième axe porte sur le financement : extension de l’aide juridictionnelle avec procédure accélérée, création de chèques médiation, incitations fiscales et meilleure prise en charge par les assureurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’attractivité est renforcée par des propositions de mesures sur les délais, comme la suspension adaptée des prescriptions, et des dispositifs fiscaux inspirés de l’étranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, la gouvernance propose une simplification des listes de médiateurs des cours d’appel, une meilleure organisation judiciaire avec des référents médiation dans chaque tribunal, une évaluation nationale chiffrée et un suivi spécifique pour la médiation familiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces recommandations sont pragmatiques, actionnables à court ou moyen terme et évitent toute uniformisation excessive tout en respectant la diversité des pratiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les 25 recommandations aux acteurs de la médiation</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les 25 recommandations destinées aux acteurs privés et associatifs complètent le dispositif en appelant à une mobilisation concrète du terrain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Adressées principalement aux services et centres de médiation, aux organismes de formation, aux entreprises, aux acteurs de l’assurance et aux fournisseurs de financement d’actions contentieuses, elles insistent sur l’auto-régulation et la promotion active de la médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les centres et services de médiation, le rapport préconise l’adhésion systématique à la Charte de déontologie, la mise en place de référents déontologiques, le développement d’outils d’évaluation interne des médiations et des actions de promotion auprès du public. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les organismes de formation sont invités à aligner leurs programmes sur les référentiels nationaux (200 heures initiales, formation continue avec analyse de pratiques et supervision), à renforcer l’évaluation des compétences et à favoriser les équivalences. </p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’attention des entreprises, le CNM encourage l’insertion de clauses de médiation dans les contrats, la formation interne des équipes et l’adoption d’une charte spécifique pour la médiation en milieu professionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les assureurs et acteurs de la prévoyance sont appelés à mieux intégrer la médiation dans leurs contrats et à participer à son financement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, les fonds de financement des litiges sont invités à promouvoir la médiation comme alternative prioritaire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces recommandations visent à transformer les acteurs privés en véritables relais de la culture de l’amiable.</p>



<h3 class="wp-block-heading">la Charte de déontologie et les recommandations en matière de formation</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les 75 propositions, le CNM accorde une place centrale à la qualité du processus et du médiateur. La Charte de déontologie s’applique à toutes les médiations – judiciaire, conventionnelle, familiale, de consommation ou d’entreprise. Elle définit un socle commun sans créer de code disciplinaire contraignant. Ses principes clés incluent le volontariat et le consentement éclairé, une confidentialité stricte, l’indépendance, l’impartialité et la neutralité du médiateur, la diligence et la compétence, le respect des parties, et l’adaptation raisonnée au numérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la formation, les recommandations sont ambitieuses : formation initiale généraliste d’environ 200 heures axée sur des compétences précises (compréhension du conflit, communication, éthique), avec une forte part pratique et évaluation par jury.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La formation continue impose au minimum 10 heures par an, incluant analyse de pratiques et supervision. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la médiation familiale, le diplôme d’État reste la référence, avec un rehaussement des exigences. Ces mesures visent à professionnaliser sans enfermer, en refusant la création d’une profession réglementée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Points forts, faiblesses et enjeux principaux</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport est consensuel, réaliste et concret. Il capitalise sur trois ans de débats sans dogmatisme. Les recommandations sont actionnables à court terme et s’appuient sur des avancées déjà observées. La charte et les référentiels offrent enfin un socle commun attendu depuis longtemps. L’approche pédagogique, via promotion, prix et journées nationales, apparaît novatrice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, le document manque de statistiques précises et actualisées sur le volume, le coût et le taux de succès des médiations Et pour cause&#8230; Ainsi l&rsquo;évaluation des pratiques reste insuffisante. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En lien, les questions de financement demeurent relativement floues, sans solution budgétaire massive imposée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les enjeux sont pourtant majeurs et résident dans le désengorgement judiciaire et la pacification sociale dans une société fragmentée, particulièrement en médiation familiale et d’entreprise. Le défi est de démocratiser l’accès tout en garantissant une qualité irréprochable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Perspectives : Vers une médiation reconnue comme discipline à part entière ?</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour que les 75 recommandations du CNM ne restent pas lettre morte, au-delà des seules préconisations du rapport du CNM, on pourrait envisager quatre chantiers majeurs méritent d’être creusés dans les prochaines années. Le rapport ouvre déjà la voie sur plusieurs d’entre eux, mais reste souvent prudent. </p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, la création d’un véritable observatoire national de la médiation produisant des données chiffrées fiables : le CNM l’appelle de ses vœux de manière partielle à travers ses recommandations sur l’évaluation et le suivi, sans toutefois proposer explicitement sa mise en place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, le renforcement de la formation en s’appuyant sur des modèles existants de qualité comme le Diplôme Universitaire de médiation de l’IFOMENE à l&rsquo;Institut Catholique de Paris, une référence reconnue en France et dont semble s&rsquo;inspirer le CNM en appelant à la mise en place d&rsquo;un master universitaire national ;</p>



<p class="wp-block-paragraph">et surtout le développement de la recherche académique : sur ce point, le rapport reste très discret, centré sur la formation pratique sans évoquer la dimension scientifique et juridique de la discipline : des thèses, des publications revues par les pairs, des chaires universitaires. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisièmement, l’instauration d’un statut de « médiateur certifié » avec titre protégé, comme l&rsquo;est par exemple celui d&rsquo;expert judiciaire. Cette proposition n’apparaît pas dans le rapport, qui refuse explicitement toute profession réglementée. Pourtant, en pratique, seules certaines formations (des DU ou des certificats longs) de médiateur permettent l&rsquo;inscription sur les listes des cours d&rsquo;appel, ce qui ressemble à une certification implicite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, des actions d’intégration systémique de la médiation dans les contrats, la formation des juristes et les politiques publiques via des incitations fortes seraient bievenues. Le CNM formule plusieurs recommandations dans ce sens, mais sans aller jusqu’à une véritable approche systémique obligatoire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Porter ces axes avec ambition, au-delà du rapport pourrait permettre à la médiation de gagner du crédit en tant que véritable discipline reconnue, légitime et structurante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : logo du CNM</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-5-le-rapport-du-conseil-national-de-la-mediation-cnm/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Désinformation en santé : le Comité Citoyen Saison 4 privilégie la promotion positive et la médiation face à l&#8217;approche verticale et répressive du rapport institutionnel</title>
		<link>https://citizen4science.org/desinformation-en-sante-le-comite-citoyen-saison-4-privilegie-la-promotion-positive-et-la-mediation-face-a-lapproche-verticale-et-repressive-du-rapport-institutionnel/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/desinformation-en-sante-le-comite-citoyen-saison-4-privilegie-la-promotion-positive-et-la-mediation-face-a-lapproche-verticale-et-repressive-du-rapport-institutionnel/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2026 11:55:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Pensée critique]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17880</guid>

					<description><![CDATA[Le rapport remis fin février 2026 constitue un désaveu démocratique d&#8217;une bonne partie de la stratégie de centralisation punitive proposée]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading">Le rapport remis fin février 2026 constitue un désaveu démocratique d&rsquo;une bonne partie de la stratégie de centralisation punitive proposée par le rapport sur la désinformation en santé commandé par l&rsquo;éphémère ministre de la Santé Yannick Neuder. </h3>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Rapport Désinformation en santé : une logique de guerre née d’un entre-soi institutionnel et de luttes de clans sur les réseaux sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Remis le 12 janvier 2026 à Stéphanie Rist, ministre de la Santé, par leurs auteurs Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve à la suite de pas moins de 156 entretiens auprès de 270 acteurs (agences sanitaires, médias, plateformes, associations et militants des controverses de la période Covid), ce texte est intitué : « Information en santé &#8211;  Bilan des forces et des faiblesses &#8211; Recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé ».<br>Il avait été commandé par Yannick Neuder (les Républicains) pendant ses huit mois en 2025 à la tête du ministère de la Santé.</p><div id="citiz-4022134765" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Ce rapport  structure sa stratégie autour de six piliers. Il place au centre la création d’un Observatoire national doté d’IA et d’infovigilance, un Info-Score Santé classant les sources d&rsquo;information de A à E, et <br>« l’inversion du risque » : sanctionner les désinformateurs, protéger les scientifiques, communiquer sur les peines appliquées pour dissuader. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La confiance en la science et la santé y apparaît dès lors avant tout comme le résultat d’un contrôle institutionnel renforcé, avec, comme il se doit dans notre culture politique, la création d&rsquo;une nième structure institutionnelle prête à s&#8217;empiler sur notre millefeuille administratif pléthorique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;indépendance à géométrie variable</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Notons que si les auteurs du rapport Désinformation en santé clament leur indépendance, deux des trois étaient fonctionnaires du service public de santé au moment de la remise du rapport, et le troisième, M. Maisonneuve en est le conseiller à plus d&rsquo;un titre puisqu&rsquo;il est membre de l&rsquo;Office d&rsquo;intégrité scientifique de Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP), membre de la Conférence des Doyens des facultés de médecine et du Conseil national des Universités (CNU) et vient en outre d&rsquo;être nommé par Santé Publique France comme référent sur &#8230; la désinfomation en santé. CQFD.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Notre analyse prémonitoire de l&rsquo;approche du Comité Citoyen </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous l’avions déjà souligné dans notre article d&rsquo;analyse « <a href="https://citizen4science.org/desinformation-en-sante-un-rapport-sans-idees-nouvelles/">Désinformation en santé : un rapport sans idées nouvelles et une méthodologie qui interroge</a> » : la mission commandée par M. Neuder a abouti à un rapport qui s&rsquo;avère issu, malgré les chiffres impressionnants mis en avant quant au nombre d&rsquo;entretiens réalisés par les auteurs, de façon écrasante d&rsquo;une consultation effectuée dans l&rsquo;entre-soi d&rsquo;un double réseau institutionnel et militant de réseaux sociaux. Il reformule des recettes déjà connues sans renouveler le cadre relationnel et culture du problème, préférant le dirigisme et la centralisation assorti de mesures dissuasives et répressives.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/260218_rapport_comite_citoyen_saison_4-2.pdf">La réflexion du Comité citoyen</a> apporte un contraste saisissant. Entre décembre 2025 et février 2026, la Délégation au numérique en santé a réuni 26 citoyens tirés au sort par Harris Interactive, reflétant la diversité française. Ils ont travaillé durant trois week-ends pour répondre à une question précise : « Quel est le rôle des pouvoirs publics pour garantir l’accès à une information fiable en santé, favoriser une meilleure santé pour chacun et préserver la confiance dans le savoir scientifique ? »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leur diagnostic est lucide : la désinformation prospère non par manque de sanctions, mais parce que l’information fiable reste distante, anonyme et parfois condescendante. Dès l’introduction, ils tranchent : <br>« Nous ne pensons plus que la priorité est de traquer toutes les fausses informations. Cette tâche est infinie. Nous pensons que l’enjeu principal est ailleurs : rendre l’information en santé fiable, claire et accessible, beaucoup plus visible. »</p>



<h2 class="wp-block-heading"><br>Promotion constructive, médiation et humanisation : le cœur du choix citoyen</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport privilégie une communication sur le temps long : contenus incarnés par des visages identifiés (professionnels de santé, experts accessibles), ton humain, non moralisateur, ludique et humoristique, avec gamification. Les réseaux sociaux sont investis avec les mêmes codes que les contenus viraux, mais au service de repères fiables. Un indice de fiabilité santé est soutenu, mais uniquement pour évaluer la méthode de production de façon pédagogique. Aucune création d’Observatoire national, aucune infovigilance automatisée, aucune communication sur les sanctions. La répression reste une réflexion marginale. L’éducation progressive dès l’école, la formation des soignants à la reconnaissance des incertitudes et la médiation de proximité complètent un dispositif qui mise sur la durée et la confiance construite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les voix fiables : professionnels de santé au centre, influenceurs en relais secondaires seulement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport citoyen affirme sans ambiguïté que les professionnels de santé coordonnés par les institutions constituent « les acteurs les plus légitimes en matière d’information en santé ». Ils doivent être placés au cœur de l’action. Les influenceurs ne sont mobilisés qu’en partenariat pour relayer des messages validés, jamais comme des sources primaires ou des voix d&rsquo;experts. Une distinction nette est maintenue entre pratiques conventionnelles et non conventionnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette position du panel de citoyens met en lumière une limite méthodologique et structurelle du rapport de M. Molimard et collègues : la consultation s’est largement appuyée sur des acteurs non professionnels de santé (journalistes, militants,  fact-checkers, influenceurs), qui se sont positionnés opportunément lors de la crise sanitaire comme voix de la science et détenteurs d&rsquo;expertise en santé sans légitimité, concourant à brouiller les cartes dans l&rsquo;esprit du public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au renoncement à traquer les « fake news », le Comité Citoyen semble a voir compris qu&rsquo;il s&rsquo;agit surtout d&rsquo;un business au même titre que les disséminer en est un.  Sans la nommer, la loi de Brandolini  est à la rescousse pour choisir de clore ce volet visant à traquer le faux et publir leurs auteurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La non-médiation scientifique : le vide laissé aux cercles polarisés des réseaux sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport citoyen comble précisément le vide que nous analysons depuis plusieurs années et avons baptisé la « non-médiation scientifique ». Sur les réseaux sociaux, principale source d’information pour les 15-30 ans, les vrais experts médicaux ont souvent déserté l’espace. Celui-ci a été occupé par des cercles militants qui ont également nourri la consultation du rapport commandé par Yannick Neudeur de leurs vues polarisées et souvent non expertes en la matière : groupes baptisés « pro-science », fact-checkers autoproclamés ou désignés, surfeurs numériques de la vague Covid, qui parlent au nom de la science sans en maîtriser pleinement les bases,  les incertitudes ou la pratique quotidienne. Au lieu d’expliquer ce qui est connu, ce qui reste incertain et ce qui peut évoluer, ces voix opposent souvent vérité absolue et mensonge, autorité et conspiration, bons et méchants avec des actions aggressives dirigées sur des cibles humaines. <br>Le Comité Citoyen l&rsquo;a bien compris : « Reconnaître les incertitudes scientifiques, expliquer les choix, admettre les erreurs passées, parler avec pédagogie plutôt qu’avec autorité, renforce la crédibilité au lieu de l’affaiblir. », appellent-ils de leurs vœux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Comité Citoyen propose donc une voie prospective : rendre les professionnels de santé visibles et formés à la médiation, investir le ludique et la proximité, construire des repères durables plutôt que poursuivre la logique de guerre en traquant des ennemis. Il refuse la centralisation punitive,  etreplace le citoyen au cœur du dialogue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le message démocratique est puissant : face à la défiance, la solution n’est pas plus d’observatoires ni plus de sanctions venues d’un entre-soi militant, mais plus d’humanité, plus de communication non vioente, plus d’honnêteté sur les incertitudes et plus de légitimité médicale réelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les pouvoirs publics ont désormais le choix : écouter la voix pragmatique des citoyens ordinaires ou persister dans une guerre informationnelle qui, depuis les réseaux, n’a fait qu’aggraver la crise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’avenir de la confiance du public en la science et la santé se joue probablement sur ce terrain.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><br><br></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Samuel Regan-Asante</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT</strong><em> de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui d’une rédaction qui se mobilise pour produire et diffuser des contenus de qualité. Qui paie ? vous, uniquement, pour garantir notre ultra-indépendance. Votre soutien est indispensable.<br><br></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0324Z94873) édité par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteurs pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent, car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, association d’intérêt général partenaire de la presse en ligne indépendante&nbsp;:</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science"><strong>la page dédiée de J’aime l’Info</strong></a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"></p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>Abonnez-vous à la Newsletter</strong></a><br><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>de Science infuse !</strong></a></p>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/desinformation-en-sante-le-comite-citoyen-saison-4-privilegie-la-promotion-positive-et-la-mediation-face-a-lapproche-verticale-et-repressive-du-rapport-institutionnel/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Rôle de médiateur des experts de justice : Alain Vanzo, premier président de la cour d’appel de Bourges, livre une analyse de l’abrogation de l’article 240 du Code de procédure civile</title>
		<link>https://citizen4science.org/role-de-mediateur-des-experts-de-justice-alain-vanzo-premier-president-de-la-cour-dappel-de-bourges-livre-une-analyse-de-labrogation-de-larticle-240-du-code-de-proc/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/role-de-mediateur-des-experts-de-justice-alain-vanzo-premier-president-de-la-cour-dappel-de-bourges-livre-une-analyse-de-labrogation-de-larticle-240-du-code-de-proc/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Mar 2026 19:42:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bourges]]></category>
		<category><![CDATA[Cher]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17867</guid>

					<description><![CDATA[Le 24 mars 2026, à l’occasion  de l’assemblée générale annuelle de la Compagnie des experts de justice de la cour]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong><strong>Le 24 mars 2026, à l’occasion  de l’assemblée générale annuelle de la Compagnie des experts de justice de la cour d’appel de Bourges (CEJB), le premier président de la Cour d’appel de Bourges est intervenu pour proposer une synthèse claire et nuancée des conséquences de la réforme des modes amiables de résolution des différends (MARD) introduite par le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025, applicable depuis le 1er septembre 2025. Cette intervention, très attendue par les experts de la CEJB, a permis d’éclairer une évolution majeure du droit processuel civil qui modifie en profondeur le rôle traditionnel de l’expert judiciaire.</strong></strong></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Le contexte historique de l’interdiction et son évolution progressive</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Avant la réforme, l’article 240 du Code de procédure civile interdisait explicitement au juge de confier à un technicien, et donc à un expert judiciaire, une mission de conciliation des parties. Cette disposition, héritée de la refonte du Code de procédure civile dans les années 1970 et renforcée par un décret de 1996 qui rendait incompatible la fonction de médiateur avec celle de mesure d’instruction dans une même instance, visait à préserver la neutralité et l’impartialité de l’expert. Sa mission devait se limiter strictement à l’éclairage technique sur des questions de fait, conformément à l’article 230 du Code de procédure civile. Malgré cette interdiction légale, la pratique des magistrats, experts et avocats avait progressivement développé des mécanismes permettant un rapprochement amiable. On citait notamment la désignation conjointe, dans une même ordonnance de référé, d’un expert et d’un médiateur distincts. Parallèlement, le droit administratif avait ouvert la voie depuis les années 2000 : le Conseil d’État avait admis le cumul des fonctions de constatation et de négociation pour l’expert, puis le Code de justice administrative avait été modifié en 2010 et 2016 pour permettre explicitement à l’expert de concilier ou de négocier les parties. Le décret de juillet 2025 marque une étape décisive en érigeant la culture de l’amiable au rang de véritable politique publique et même de principe directeur du procès. Il abroge l’article 240 du Code de procédure civile ainsi que les dispositions qui empêchaient un médiateur d’être commis à une mesure d’instruction. Cependant, comme l’a relevé Alain Vanzo, les rédacteurs n’ont pas prévu expressément la possibilité de désigner l’expert comme médiateur ou de lui confier une mission de conciliation. C’est la circulaire d’application du 19 juillet 2025 qui apporte les indications pratiques les plus utiles, même si elle ne possède pas de valeur réglementaire contraignante.</p><div id="citiz-3012151403" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les trois hypothèses pratiques ouvertes par la circulaire</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La circulaire identifie trois scénarios principaux qui peuvent se présenter au cours ou à l’issue des opérations d’expertise. Dans la première hypothèse, les parties décident, pendant les opérations d’expertise, après la remise d’un pré-rapport ou à leur issue, de recourir à une médiation conventionnelle et désignent l’expert comme médiateur. Dans ce cas, il convient d’appliquer intégralement les règles de la médiation conventionnelle. Dans la seconde hypothèse, l’expert est désigné comme médiateur par le juge lui-même ; les règles de la médiation judiciaire s’appliquent alors. Dans la troisième hypothèse, l’expert, sans être formellement désigné médiateur, concilie les parties selon un processus non strictement réglementé par le Code de procédure civile. Les parties disposent alors d’une plus grande liberté pour parvenir à un accord, qui pourra être homologué s’il répond aux exigences du nouvel article 1541-1 du Code de procédure civile. Lorsque l’expert agit en qualité de médiateur, il doit satisfaire aux conditions de l’article 1530-3 du Code de procédure civile : absence de condamnation, honorabilité, formation ou expérience adaptée à la pratique de la médiation, garantie d’indépendance, et, pour la médiation judiciaire, les qualifications supplémentaires requises. L’inscription sur une liste de médiateurs n’est pas obligatoire ; elle sert seulement d’information aux juges. L’expert-médiateur doit en outre accomplir sa mission avec impartialité, diligence et compétence, comme le rappelle expressément la circulaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les arguments en faveur de la réforme</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Alain Vanzo a souligné plusieurs atouts de cette évolution. Les experts judiciaires sont déjà soumis à des obligations déontologiques fortes : conscience, objectivité, impartialité (article 237) et diligence, compétence (article 230), qui les rapprochent du profil des médiateurs. Dans la pratique, l’expertise constitue souvent un moment privilégié de rapprochement des parties : une fois les points techniques éclaircis, une partie importante du chemin vers une solution amiable est accomplie. Près de 80 % des expertises en référé ne donnent d’ailleurs pas lieu à une saisine au fond .Associer, au sein d’une même procédure, l’éclairage technique de l’expertise et l’accompagnement vers une solution amiable pourrait permettre de réduire sensiblement les délais et les coûts du contentieux, au bénéfice de toutes les parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les réserves et les risques mis en évidence</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré ces avantages, le premier président s’est montré particulièrement réservé sur le cumul, dans une même affaire, des fonctions d’expert et de médiateur. Il a insisté sur la distinction fondamentale des objectifs : l’expert recherche la vérité technique tandis que le médiateur doit rester neutre, indépendant et impartial, en aidant les parties à parvenir elles-mêmes à une solution sans leur proposer d’éclairage technique ou juridique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cumul peut créer une confusion des rôles et porter atteinte à l’impartialité, tant objective que subjective ou d’apparence. Si les conclusions techniques de l’expert sont contestées par une partie, cela risque de compliquer fortement son rôle de facilitateur dans la phase amiable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un problème crucial réside dans la contradiction entre les principes régissant les deux missions. L’expertise repose sur le principe du contradictoire dans toutes ses phases, tandis que la médiation est gouvernée par la confidentialité (article 1528-3 du Code de procédure civile). Les échanges confidentiels intervenus pendant la médiation ne peuvent pas influencer le rapport d’expertise ni y être mentionnés, sauf accord contraire des parties. Cette exigence impose à l’expert-médiateur une rigueur déontologique exceptionnelle et peut s’avérer particulièrement délicate à mettre en œuvre, comme l’illustre la doctrine en droit administratif qui qualifie parfois cette articulation de « quasi schizophrénique ».D’autres points de vigilance ont été soulignés. La réforme pose la question de la formation des experts qui souhaitent exercer comme médiateurs : ils devront justifier d’une formation ou d’une expérience adaptée, ce qui pourrait entraîner une différenciation entre experts classiques et experts-médiateurs certifiés. La responsabilité civile de l’expert et la couverture assurantielle de ces nouvelles missions devront également être examinées avec soin ; des garanties supplémentaires pourraient s’avérer nécessaires.&nbsp; Enfin, l’homologation judiciaire d’un accord n’est pas automatique. Seul un accord constituant une véritable transaction au sens de l’article 2044 du Code civil, &nbsp;comportant des concessions réciproques, pourra généralement être homologué dans les conditions prévues. Un simple rapprochement sans concessions mutuelles risque de ne pas remplir ces conditions, constituant un piège pratique important.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Temps d’échange et témoignages d’experts</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs experts de la CEJB ont enrichi le débat par leurs retours d’expérience. L’un d’eux, désigné par le tribunal de Nevers pour cumuler expertise et médiation dans un dossier familial très conflictuel portant sur la valorisation de parts sociales d’un gaec (enjeu d’environ 2,5 millions d’euros), a décrit une mission intense : deux journées complètes sur site, de longues discussions, une tentative de médiation qui n’a pas abouti mais qui a tout de même permis d’amorcer un dialogue. L’expert n’a pas ressenti d’incompatibilité personnelle, même si le dossier est resté extrêmement tendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres intervenants ont insisté sur la différence fondamentale entre médiation formelle et simple rapprochement ou conciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un expert a expliqué qu’il réfléchissait depuis une dizaine d’années à l’articulation des deux missions sans avoir trouvé de solution pleinement satisfaisante, en raison notamment de la confidentialité et de la relation particulière que le médiateur entretient avec les parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs experts, pour certains également médiateurs judiciaires, ont rappelé que le rapprochement informel existe déjà depuis longtemps dans la pratique, particulièrement dans les litiges techniques de faible enjeu (bâtiment, automobile, voisinage), et qu’il produit souvent des effets positifs même en cas d’échec formel de la médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rôle des avocats a été unanimement souligné comme essentiel : ils peuvent interrompre l’expertise pour discuter, reformuler, ou orienter vers une médiation distincte lorsque cela paraît plus adapté. L’importance des notes de synthèse ou préanalyses précoces a également été mise en avant pour saisir les opportunités d’accord sans figer les positions trop tôt.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>La position équilibrée d’Alain Vanzo</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le Premier Président de la Cour d’appel de Bourges, la prudence s’impose. Il se montre très réservé sur la désignation d’un même expert comme médiateur dans une affaire, en raison des risques d’atteinte à l’impartialité et des difficultés pratiques liées à la contradiction entre confidentialité et contradictoire. En revanche, il estime souhaitable que l’expert, au moment le plus opportun – par exemple après la remise d’un pré-rapport –, puisse inviter les parties à se rapprocher et faciliter une conciliation simple. Les risques y sont nettement moindres que dans une médiation formelle. Il a rappelé avec force que l’expertise reste avant tout une mission technique au service du juge. La possibilité de conciliation doit demeurer une faculté, non un objectif premier, afin de préserver la dynamique contradictoire et l’impartialité de l’expert.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Perspectives et recommandations</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réforme transforme potentiellement le profil de l’expert judiciaire, qui pourrait évoluer vers un rôle de facilitateur alliant compétences techniques pointues et aptitudes relationnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les juges adapteront-ils leurs ordonnances en intégrant explicitement cette possibilité ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les avocats encourageront-ils activement cette nouvelle faculté ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les experts investiront-ils dans des formations complémentaires ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autant de questions que l’avenir permettra de trancher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alain Vanzo a appelé les experts &nbsp;à observer attentivement les retours d’expérience des praticiens dans les prochains mois et à approfondir la réflexion, notamment lors de futures journées de formation organisées par la Compagnie des experts de justice. Il a insisté sur la nécessité d’agir avec prudence, sans dévier des principes fondamentaux d’impartialité et de contradictoire qui fondent la mission de l’expert judiciaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette intervention riche, équilibrée et empreinte d’une grande lucidité reflète la volonté de la cour d’appel de Bourges d’accompagner sereinement cette évolution majeure de la justice civile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plaçant l’amiable au cœur des pratiques tout en préservant les exigences essentielles de l’expertise, elle contribue à une justice plus efficace, plus apaisée et mieux adaptée aux attentes des justiciables. Les experts de justice du ressort sont désormais invités à s’approprier ce nouveau cadre avec discernement et professionnalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Cour d&rsquo;appel de Bourges, photo issue du site </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/role-de-mediateur-des-experts-de-justice-alain-vanzo-premier-president-de-la-cour-dappel-de-bourges-livre-une-analyse-de-labrogation-de-larticle-240-du-code-de-proc/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Immersion en médiation » épisode 4 &#8211; Le juge, nouvel architecte de l&#8217;amiable</title>
		<link>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-4-le-juge-nouvel-architecte-de-lamiable/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-4-le-juge-nouvel-architecte-de-lamiable/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Mar 2026 22:12:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17861</guid>

					<description><![CDATA[La justice civile française vit une transformation silencieuse mais profonde. Au 117ᵉ Café de la médiation (Ifomene), le magistrat Fabrice]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La justice civile française vit une transformation silencieuse mais profonde. Au 117ᵉ Café de la médiation (Ifomene), le magistrat Fabrice Vert a dévoilé les contours d’un paysage judiciaire où le juge devient un acteur central de la résolution amiable des litiges.</strong></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un tournant institutionnel assumé</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis plusieurs années, les modes amiables ne sont plus un simple supplément d’âme réservé à quelques magistrats convaincus. Ils constituent désormais une politique publique à part entière, structurée, assumée et pilotée. Fabrice Vert l’a rappelé avec force : la médiation n’est plus une initiative isolée, mais un axe stratégique inscrit dans les priorités du ministère de la Justice. Le décret du 18 juillet 2025, qui recodifie l’ensemble des dispositifs amiables, marque un basculement majeur en érigeant l’instruction conventionnelle en principe. Le juge civil n’est plus seulement celui qui tranche ; il devient celui qui oriente, accompagne et choisit, avec les parties et leurs avocats, la voie la plus pertinente pour résoudre un litige.</p><div id="citiz-3397778113" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution s’incarne également dans la création, en 2026, d’un magistrat référent de l’amiable dans chaque tribunal et chaque cour d’appel. À Paris, une conférence régionale de l’amiable a été installée pour coordonner les pratiques et structurer une gouvernance commune entre magistrats, avocats, conciliateurs et médiateurs. L’amiable n’est plus un geste isolé : il devient une architecture institutionnelle.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un office du juge profondément redéfini</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La réécriture de l’article 21 du Code de procédure civile constitue l’un des changements les plus significatifs de la réforme. Le juge doit désormais déterminer, avec les avocats et les parties, le meilleur mode de résolution du litige. Ce principe de coopération, associé à celui de proportionnalité procédurale, impose une nouvelle manière de concevoir la justice civile. Il ne s’agit plus de dérouler mécaniquement une procédure, mais d’adapter la réponse judiciaire à la nature du conflit, à son intensité humaine et à son enjeu économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la pratique, cette transformation se traduit par un travail d’analyse dès l’assignation. Le magistrat examine les éléments du dossier pour repérer les indices d’une possible orientation amiable. Fabrice Vert regrette d’ailleurs la disparition de l’obligation, instaurée en 2015, d’indiquer les diligences amiables déjà tentées, un outil précieux pour anticiper l’éligibilité d’un litige à la médiation ou à la conciliation. En procédure orale, le dialogue direct avec les avocats facilite l’exploration des options. En procédure écrite, l’exercice est plus délicat et nécessite un échange structuré avec les conseils.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’audience de règlement amiable, une innovation exigeante</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les outils introduits par la réforme, l’audience de règlement amiable occupe une place singulière. Confiée à un juge spécialement formé, elle repose sur une méthode structurée qui combine confrontation équilibrée des points de vue, exploration des besoins et des intérêts, et clarification des principes juridiques applicables. Le juge peut y donner les grandes lignes du droit, ce que ne fait pas un médiateur, et son autorité naturelle peut faciliter la pacification des échanges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette innovation a un coût : elle est extrêmement chronophage. Une seule séance dure au minimum quatre heures, souvent suivie de réunions supplémentaires. Fabrice Vert en tire une conclusion claire : les juges ne pourront jamais absorber tous les dossiers. L’audience de règlement amiable ne remplace donc pas la médiation ; elle la complète. Elle s’adresse aux litiges les plus complexes, ceux où la solution en droit serait insatisfaisante pour tous, ou encore aux conflits à forte intensité émotionnelle.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Médiation, conciliation, ARA : une articulation subtile</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des moments les plus éclairants du webinaire concerne la manière dont un juge choisit entre les différents modes amiables. Fabrice Vert insiste sur le fait qu’il n’existe pas de grille scientifique. L’orientation repose sur une appréciation pragmatique, nourrie par l’expérience et la connaissance des acteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La médiation s’impose lorsque les parties peuvent financer un médiateur ou lorsqu’une expertise sectorielle est nécessaire. Elle fonctionne particulièrement bien lorsque les avocats s’accordent sur un nom, un facteur de réussite presque systématique. La conciliation, quant à elle, est privilégiée pour les litiges à faible enjeu financier, pour les parties disposant de moyens limités ou lorsque la situation nécessite un tiers plus directif. L’audience de règlement amiable, elle, est réservée aux dossiers les plus sensibles, ceux où l’intervention d’un juge peut apporter une plus-value décisive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette articulation repose aussi sur la connaissance fine des professionnels. Le magistrat encourage les médiateurs à se faire connaître, à participer aux rencontres, à publier, à écrire aux juridictions. La réputation joue un rôle déterminant dans les désignations.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’injonction de rencontrer un médiateur, un levier discret mais puissant</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le décret du 18 juillet introduit un outil simple mais redoutablement efficace : l’injonction de rencontrer un médiateur ou un conciliateur. Elle ne contraint pas à entrer en médiation, mais oblige les parties à s’informer. Dans les faits, elle agit comme un déclencheur psychologique. De nombreux avocats s’en servent pour convaincre un client réticent d’explorer la voie amiable. Les résultats sont tangibles : en référé, Fabrice Vert a vu le nombre de délibérés passer de vingt-sept à douze grâce aux médiations et conciliations initiées par injonction.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les avocats, partenaires indispensables de la transformation</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun mode amiable ne peut fonctionner sans l’adhésion des avocats. Le magistrat le répète avec insistance : sans les avocats, pas de médiation. Or certains hésitent encore à proposer une médiation, par crainte d’être perçus comme faibles ou défaitistes par leurs clients. Pour lever ces freins, les juridictions multiplient les formations, notamment à l’École de formation du barreau. Les juges sensibilisent systématiquement les avocats en audience et les incitent à proposer des médiateurs. La culture évolue, lentement mais sûrement.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les défis à venir : structurer, professionnaliser, sécuriser</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Si la dynamique est lancée, de nombreux chantiers restent ouverts. Le Comité national de la médiation, dont les recommandations sont attendues en 2026, travaille sur plusieurs axes structurants : un code de déontologie du médiateur reconnu par le ministère, la définition d’une formation qualifiante, des incitations fiscales pour encourager les accords amiables, des outils statistiques fiables et l’intégration de l’amiable dans les ordonnances de roulement des tribunaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cela s’ajoute une évolution majeure : la possibilité pour un expert judiciaire de mener une mission de conciliation, et la reconnaissance du technicien conventionnel, dont le rapport aura la même valeur qu’un rapport d’expert. Cette hybridation entre expertise et amiable ouvre des perspectives nouvelles, notamment dans les litiges techniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong>Vers une justice plus humaine</strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fil du webinaire, une conviction se dessine : l’amiable n’est pas un gadget procédural, mais une réponse politique, sociale et humaine à une justice saturée et parfois déshumanisée. Fabrice Vert le dit avec simplicité : la médiation est un moment d’humanité dans des procédures souvent kafkaïennes. Le chemin reste long, mais la direction est claire. Le juge devient un architecte de la paix judiciaire, un facilitateur, un garant de l’équilibre. Les avocats, médiateurs et conciliateurs sont appelés à travailler ensemble, dans une logique de coopération. La justice amiable n’est plus une alternative : elle est en train de devenir une norme culturelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Tingey Injury Law Firm</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-4-le-juge-nouvel-architecte-de-lamiable/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Cinéma : &#8216;Alter ego&#8217; : Laurent Lafitte (se) décoiffe dans une comédie qui s&#8217;avère subtilement réflexive</title>
		<link>https://citizen4science.org/cinema-alter-ego-laurent-lafitte-decoiffe-dans-une-comedie-qui-savere-subtilement-reflexive/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/cinema-alter-ego-laurent-lafitte-decoiffe-dans-une-comedie-qui-savere-subtilement-reflexive/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 10:14:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Critique cinématographique]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[Sociologie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17826</guid>

					<description><![CDATA[Le film démarre comme un vaudeville de lotissement puis développe un jeu de faux-semblants troublant, avec une pointe de fantastique]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le film démarre comme un vaudeville de lotissement puis développe un jeu de faux-semblants troublant, avec une pointe de fantastique et d&rsquo;horrifique. Un cauchemar existentiel tout aussi hilarant qu&rsquo;excellent.</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Synopsis : « Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence. »</em></p><div id="citiz-3024540496" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Alter Ego: bande-annonce (Laurent Laffite, 2026)" width="800" height="450" src="https://www.youtube.com/embed/Tkz9B6oyD9o?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">On entre dans Alter Ego comme dans un épisode d’une sitcom provinciale des années 90 : Alex (Laurent Lafitte, chauve, quasi-bedonnant, sympa mais un brin loser assumé, vit sa petite vie moyenne dans son pavillon avec à ses côtés une femme aimante (Blanche Gardin, parfaite en épouse qui s’ennuie poliment), et un boulot dans une PME de BPT locale. Axel débarque dans le pavillon mitoyen. C&rsquo;est son sosie. C&rsquo;est le même, mais en mieux. Cheveux fournis, brushing impeccable, costume qui tombe nickel, carrure sportive, charismatique et chaleureux, femme-trophée (Olga Kurylenko en mode top model qui cuisine des plats instagramables) et très vite, tout le monde l’adore. Le démarrage pourrait virer au comique lourdingue : clichés du voisinage, blagues sur la calvitie, PME provinciale figée dans le formica années 70, réussite sociale mesurée en nombre de bouteilles de vin dans la cave. Mais d&#8217;emblée, il y a quelque chose d&rsquo;insolite : seul Alex est conscient de la ressemblance physique troublante. Pour les autres, Axel est juste le nouveau voisin charmant. Cette bizarrerie fait déjà basculer le film dans le fantastique et dès lors, plus rien n’est innocent : le miroir se fissure, la paranoïa s’installe, et l’humour s’affine comme un rasoir, gagnant en précision diabolique. Chaque scène est une pique jubilatoire sur l’envie, la comparaison permanente, cette obsession moderne de l’herbe plus verte. On rit beaucoup : du comique de situation, des dialogues bien sentis, de la névrose d’Alex. Laurent Lafitte incarne les deux hommes avec une justesse bluffante : Alex avachi, terne, qui coule doucement ; Axel vif, rebondissant, insupportable de perfection. Pas d’effets spéciaux tape-à-l’œil, juste du jeu pur, des nuances de posture, de regard, de timbre, et d&rsquo;une scène de lutte digne des planches d&rsquo;un théâtre. On a de la tendresse pour le loser, et on se délecte du sympathique winner, pas prétentieux pour un sou mais qui se révèle vraie tête à claques pour son double. Les seconds rôles sont très bons : Blanche Gardin en ancre réaliste touchante, Marc Fraize en collègue ami un peu catastrophe poétique, Zabou Breitman en chef de PME, qui nous apparaît moustachue : un geste absurde qui en dit beaucoup. Le génie du film, c’est ce glissement progressif des registres. Comédie ringarde d&rsquo;abord, puis absurde, pour passer au thriller paranoïaque, au film noir grinçant, jusqu’à un final qui bascule franchement dans l’horreur et l’angoisse. Les faux-semblants volent en éclats, littéralement. Alter Ego est une fable contemporaine cruelle et sur l’injonction à réussir, sur ce à quoi on a renoncé sans s’en rendre compte, sur le vertige quand la version idéale de soi débarque en vrai. Un film qui décoiffe, au sens propre comme au figuré.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/12/image-5.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="526" height="110" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/12/image-5.png" alt="" class="wp-image-17573" style="width:241px;height:auto" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/12/image-5.png 526w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/12/image-5-300x63.png 300w" sizes="auto, (max-width: 526px) 100vw, 526px" /></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&lsquo;Alter ego&rsquo; de de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Marc Fraize, Olga Kurylenko, Zabou Breitman,</em><br><br><em>durée 1h39 </em><br><em>Sortie 4 mars 2026</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/cinema-alter-ego-laurent-lafitte-decoiffe-dans-une-comedie-qui-savere-subtilement-reflexive/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
