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	<title>Analyse Archives - Science infused site d&#039;actualités</title>
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	<description>Éditeur C4S, association loi 1901</description>
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	<title>Analyse Archives - Science infused site d&#039;actualités</title>
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		<title>Cadmium dans les engrais : une polémique qui en dit long sur notre rapport à la science et au principe de précaution</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nathalie A.]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2026 13:17:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 3 juin 2026, l&#8217;Assemblée nationale a adopté à l&#8217;écrasante majorité une proposition de loi divisant par 4,5 le seuil]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><em><em>Le 3 juin 2026, l&rsquo;Assemblée nationale a adopté à l&rsquo;écrasante majorité une proposition de loi divisant par 4,5 le seuil de cadmium autorisé dans les engrais phosphatés. Contre l&rsquo;avis du gouvernement, qui voulait attendre 2038 pour atteindre le même objectif. Quinze ans après les premières alertes de l&rsquo;ANSES et un corpus de données scientifiques accablant sur ce métal lourd toxique</em></em></h3>



<h3 class="wp-block-heading">Les faits : ce que dit la science depuis quinze ans</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Commençons par les chiffres, ceux que l&rsquo;ANSES documente depuis maintenant une quinzaine d&rsquo;années et que personne ne conteste sérieusement. Près de la moitié de la population adulte française, soit 48 %, dépasse les valeurs toxicologiques de référence pour le cadmium. Ce métal lourd s&rsquo;accumule dans les sols via les engrais phosphatés importés principalement d&rsquo;Afrique du Nord, passe dans les cultures, et finit dans les assiettes : céréales, pommes de terre, pain. Les toxicologues du CNRS rappellent qu&rsquo;il atteint les organes vitaux, touchant le système cardiovasculaire, les reins, les seins, les os, la vessie et le pancréas.</p><div id="citiz-258674634" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Le cadmium est un métal lourd, toxique, dont les effets sur la santé humaine sont largement documentés. Les atteintes les mieux établies concernent le rein, l’os, le système respiratoire et la cancérogénicité pulmonaire. D’autres effets, moins bien caractérisés, sont à ce stade uniquement suspectés car une relation de causalité n&rsquo;a pas été prouvée : cela concerne la reproduction, certains cancers et des perturbations métaboliques. Les données proviennent principalement d’études professionnelles, d’expositions environnementales chroniques et d’intoxications aiguës accidentelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La France autorisait jusqu&rsquo;ici 90 mg/kg de cadmium dans ses engrais phosphatés. Le seuil européen est déjà à 60 mg/kg, et des pays comme la Finlande, la Hongrie ou la Slovaquie ont fixé leur limite à 20 mg/kg. La France se trouvait donc en exception européenne, dans le mauvais sens du terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir du 16 juin 2026, le dépistage de l&rsquo;exposition au cadmium en laboratoire de ville sera remboursé par l&rsquo;Assurance maladie pour les personnes à risque, ce qui traduit en actes concrets la reconnaissance officielle du problème de santé publique. </p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le projet de loi Benoît Biteau</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 3 juin 2026, l&rsquo;Assemblée nationale a adopté une <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17t0300_texte-adopte-seance">proposition de loi</a> prévoyant un abaissement progressif de la teneur maximale en cadmium dans les engrais phosphatés : 40 mg/kg de phosphate dès 2027, puis 20 mg/kg en 2030. Ces seuils correspondent aux recommandations de l&rsquo;ANSES.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte, constitué d&rsquo;un article unique, est porté par le député écologiste Benoît Biteau, ingénieur agronome de formation, a été adopté par 144 voix contre 22, contre l&rsquo;avis du gouvernement, qui défendait une trajectoire concurrente : 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030, et 20 mg/kg seulement avant 2038, soit huit ans de retard sur la trajectoire finalement adoptée. La proposition est transpartisane, cosignée par 108 députés de gauche, du centre et de droite.  Le texte doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11002455/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;argument économique : 2 euros contre 2,6 milliards<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le lobby agricole a agité la menace du surcoût pour les agriculteurs. Les chiffres contredisent cet argument frontalement. L&rsquo;ANSES précise que les techniques de décadmiation existantes peuvent décontaminer les engrais phosphatés à un coût « raisonnable ». Benoît Biteau a chiffré ce coût à 2 euros par hectare et par an après discussion avec des fabricants d&rsquo;engrais. À l&rsquo;inverse, le coût sanitaire de l&rsquo;inaction pourrait atteindre 2,6 milliards d&rsquo;euros pour le seul risque sanitaire que constitue l&rsquo;ostéoporose, pathologie induite par la toxicité rénale du cadmium.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et surtout, l&rsquo;argument de la rupture d&rsquo;approvisionnement s&rsquo;effondre face à un fait simple : le géant marocain OCP, principal fournisseur de la France en engrais phosphatés, assure que tous ses engrais commercialisés dans l&rsquo;Union européenne contiennent déjà moins de 20 mg/kg de cadmium. La technique existe, elle est disponible, le principal fournisseur la pratique déjà pour le marché européen. Le problème n&rsquo;était donc pas technique. Il était politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que le débat révèle sur notre rapport à la science</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le débat autour de cette loi a produit deux types de résistances qu&rsquo;il faut distinguer soigneusement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est politique et industrielle. Des députés, notamment du RN et d&rsquo;une partie de la droite, ont contesté les données ou plaidé pour des délais supplémentaires. Le député RN Eddy Casterman affirmait en février lors des débats sur une version précédente du texte qu' »aucune étude scientifique ne permet d&rsquo;établir un lien direct entre la présence de cadmium chez l&rsquo;être humain et l&rsquo;agriculture. » C&rsquo;est une inexactitude documentée. L&rsquo;ANSES suit ce dossier depuis quinze ans, et les données sur l&rsquo;accumulation dans les sols agricoles ne sont pas sérieusement contestées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde résistance vient de voix extérieures au domaine de « l&rsquo;épidémiologie environnementale », qui ont contesté sur les réseaux sociaux les arguments médicaux avancés lors des discussions parlementaires, notamment sur le lien entre cadmium et cancer du pancréas. Sur le fond, voici ce que la littérature dit réellement. Le cadmium est classé cancérogène du groupe 1 par le CIRC. La <a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC12040173/">méta-analyse de onze études épidémiologiques publiée dans PLOS One</a> montre une association significative entre l&rsquo;exposition au cadmium et le cancer du pancréas, avec une relation dose-réponse et des mécanismes biologiques plausibles incluant la génération de radicaux libres, l&rsquo;induction d&rsquo;une inflammation chronique et l&rsquo;interférence avec les mécanismes de réparation de l&rsquo;ADN. La corrélation existe, des mécanismes explicatifs de causalité existent et sont cohérents, mais &lsquo;absence de causalité directe solidement établie est manquante et c&rsquo;est un point clé : on ne peut donc affirmer cette causalité. Cependant, cela n&rsquo;équivaut pas à une preuve d&rsquo;innocuité. C&rsquo;est le principe de précaution dans son application la plus raisonnée : quand les données disponibles montrent une association significative, des mécanismes plausibles, et que le coût économique de l&rsquo;action est de 2 euros par hectare pour supprimer le risque, il ne paraît pas aberrant de considerer que la charge de la preuve s&rsquo;inverse et qu&rsquo;il vaut mieux agir.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La position de la FNSEA que personne n&rsquo;a vu venir<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un fait a été largement sous-traité dans la couverture médiatique de ce débat sur le cadmium. La FNSEA, premier syndicat agricole français, pourtant prompt à batailler contre les normes et les contraintes, s&rsquo;est déclarée favorable à une législation plus contraignante et au respect des recommandations de l&rsquo;ANSES. Son président Arnaud Rousseau a déclaré sur France Inter : « Quand il y a des préconisations qui sont faites par une agence sanitaire européenne ou nationale, il me paraît important de suivre ces préconisations. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand le principal syndicat agricole français est plus avancé que le gouvernement sur une question de santé publique documentée par ses propres agences, on peut clairement y voir le signal d&rsquo;un dysfonctionnement politique, pas d&rsquo;un débat scientifique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Critique de la bonne et de la mauvaise foi : un édito révélateur dans Le Point</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lepoint.fr/societe/cadmium-le-poison-du-populisme-YZUUAJBA6JGN7D7HIIQRVQTUEE/">L&rsquo;éditorial publié par Géraldine Woessner dans Le Point le 5 juin 2026</a> intitulé « Cadmium : le poison du populisme » qui critique vivement l&rsquo;adoption de la loi et la considère inutile, mérite une analyse rigoureuse parce qu&rsquo;il nous apparaît comme particulièrement instructif. Il contient de vrais  arguments, malheureusement noyés dans une rhétorique qui les compromet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est juste, c&rsquo;est que le rôle du tabac est effectivement sous-traité dans le débat public sur le cadmium. L&rsquo;ANSES le documente clairement dans son rapport de février 2026. Parmi les adultes dépassant les seuils critiques de cadmiurie (taux de cadmium dans l&rsquo;urine), l&rsquo;écrasante majorité sont fumeurs ou anciens fumeurs, le tabac doublant ou triplant l&rsquo;exposition. Cette information méritait d&rsquo;être davantage présente dans la couverture médiatique du vote. Madame Woessner a également raison sur le fait que l&rsquo;impact à court terme de la loi sur les stocks de cadmium dans les sols sera marginal. Less données de l&rsquo;INRAE sont claires sur ce point. Réduire les flux entrants est une mesure de long terme, pas un remède immédiat. Ce sont des arguments légitimes qui méritent d&rsquo;être entendus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est problématique est plus important. Le titre « poison du populisme » et le ton global de l&rsquo;article assimilent d&#8217;emblée toute politique environnementale ambitieuse au populisme, confondant délibérément le fond du texte, qui porte une recommandation de l&rsquo;ANSES, avec les usages politiques qui en ont été faits par certains. C&rsquo;est un biais de cadrage idéologique, pas une analyse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affirmation que « le cadmium n&rsquo;est pas cancérogène par ingestion, seulement par inhalation » est sélective et incomplète. Le CIRC classe le cadmium cancérogène du groupe 1 dans une évaluation globale de l&rsquo;exposition. La méta-analyse publiée dans PLOS One sur le cancer du pancréas n&rsquo;est pas mentionnée. Woessner cite la classification CIRC de façon partielle pour étayer une démonstration préalablement construite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument des « 0,1 % du stock total » est techniquement exact mais rhétoriquement trompeur. Réduire les flux entrants est par définition une mesure de long terme. Dire que ça « ne changera rien » parce que le stock existant est dominant, c&rsquo;est le raisonnement de l&rsquo;inaction habillé en pragmatisme : le même argument a été utilisé pendant des décennies pour retarder la lutte contre les émissions de CO2.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas des enfants est esquivé. Madame Woessner mentionne que 23 à 27 % des enfants dépassent les apports quotidiens sûrs, puis concentre immédiatement son attention sur les fumeurs adultes. Or les enfants sont non-fumeurs, leur exposition est exclusivement alimentaire, et réduire le cadmium dans les engrais agit directement sur leur exposition future.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, l&rsquo;argument qui nous paraît assez retors est que Mme Woessner écrit que « les engrais marocains sont déjà à 20 mg/kg » pour suggérer que la loi est inutile. Mais c&rsquo;est exactement l&rsquo;argument qui prouve que la loi est applicable sans rupture d&rsquo;approvisionnement. Elle retourne involontairement l&rsquo;un de ses propres arguments.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le passage final, qui place sur le même plan le cadmium, les pesticides et les « ondes 5G », est une technique d&rsquo;amalgame classique : en associant la loi à « l&rsquo;obscurantisme de tous poils », l&rsquo;article discrédite par association une mesure recommandée par l&rsquo;ANSES et soutenue par la FNSEA. C&rsquo;est un catalogue de biais cognitifs remarquablement bien documenté dans un seul texte : l&rsquo;homme de paille, l&rsquo;amalgame, la sélection partielle des données, le cadrage idéologique préalable, et le glissement vers la rhétorique là où l&rsquo;argument factuel s&rsquo;épuise. Le Point le sait, prenant la précaution d&rsquo;étiqueter ce pamphlet comme une éditorial, c&rsquo;est-à-dire l&rsquo;expression d&rsquo;une opinion, et non comme un article joournalistique, malgré qu&rsquo;il en ait toutes les caractéristiques de longueur et de structure.<br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce qui reste à faire</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement s&rsquo;est opposé au texte, estimant que ce calendrier est trop contraignant pour la filière agricole. La loi doit encore passer au Sénat, où son sort est incertain. Des décrets d&rsquo;application, un contrôle renforcé des importations et un accompagnement de la filière agricole dans la transition seront nécessaires pour que le texte produise ses effets réels sur l&rsquo;exposition de la population.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;<a href="https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32019R1009">article 49 du règlement européen 2019/1009</a> prévoit un réexamen des valeurs limites pour la teneur en cadmium au plus tard le 16 juillet 2026, qui devrait aboutir à un nouveau seuil européen à 40 mg/kg en 2027. La loi française, si elle résiste au Sénat, anticipe et dépasse cette évolution européenne, ce qui est cohérent avec l&rsquo;ampleur de la surexposition documentée sur le territoire national.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quinze ans d&rsquo;alertes de l&rsquo;ANSES, 48 % d&rsquo;adultes surexposés, un coût sanitaire de l&rsquo;inaction chiffré en milliards, une technique de décontamination disponible à 2 euros par hectare, et le principal fournisseur d&rsquo;engrais qui pratique déjà la décadmiation pour le marché européen : le retard accumulé n&rsquo;est pas scientifique. Il est politique. Et c&rsquo;est précisément ce que ce vote du 3 juin 2026, contre l&rsquo;avis du gouvernement, dit le plus clairement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Bots, personas IA et science de façade : les nouvelles fabriques du militantisme et de l&#8217;infodémie</title>
		<link>https://citizen4science.org/bots-personas-ia-et-science-de-facade-les-nouvelles-fabriques-du-militantisme-et-de-linfodemie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 09:46:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[Sur X (ex Twitter) et ailleurs, des milliers de comptes automatisés se font passer pour ce qu&#8217;ils ne sont pas.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><em><em>Sur X (ex Twitter) et ailleurs, des milliers de comptes automatisés se font passer pour ce qu&rsquo;ils ne sont pas. Le phénomène n&rsquo;est pas nouveau, mais l&rsquo;IA l&rsquo;a industrialisé. Quand la presse et les médias de premier plan relaient de façon coordonné une nouvelle muture qui cache son jeu</em></em> <em><em>sans la moindre distance critique, le problème change de nature.</em></em></h3>



<h3 class="wp-block-heading">Un écosystème de l&rsquo;imposture désormais banalisé<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les bots (robots) de rabattage ne sont pas une nouveauté sur les réseaux sociaux. Ce qui est nouveau, c&rsquo;est leur sophistication croissante et leur prolifération massive depuis deux ou trois ans, rendue possible par la démocratisation des outils d&rsquo;intelligence artificielle générative. Le <a href="https://www.imperva.com/resources/resource-library/reports/bad-bot-report/">rapport Bad Bot 2025</a> d&rsquo;Imperva documente une explosion des bots indétectables, favorisée par l&rsquo;IA, qui dominent désormais une part significative du trafic internet mondial, avec la santé parmi les secteurs les plus ciblés.</p><div id="citiz-1388828307" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Le modèle de base est simple et rodé. Un compte crée une identité, avec un avatar réaliste généré par IA, une biographie qui sonne humaine et une personnalité cohérente. Le compte publie du contenu dans une niche porteuse, type santé, nutrition, développement personnel, crypto, bien-être, science. Il engage, répond, commente&#8230; et glisse régulièrement, dans ses réponses ou en biographie, un lien vers un contenu payant ou un blog. L&rsquo;algorithme fait le reste, en récompensant l&rsquo;engagement pour amplifier la visibilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des études documentent comment ces comptes hyperactifs jouent un rôle central dans la dissémination de narratifs, en dominant les métriques d&rsquo;engagement des plateformes et en influençant le classement algorithmique des fils. Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;information. C&rsquo;est de l&rsquo;optimisation d&rsquo;audience déguisée en conversation pédagogique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le domaine de la santé en particulier, la forme la plus répandue est le compte « expert » ou « passionné » : un avatar de médecin, nutritionniste ou coach bien-être qui répond aux questions sur le cancer, le diabète, les vaccins, les compléments alimentaires, et oriente systématiquement vers un produit ou une formation payante. Certains de ces comptes vont plus loin et se présentent explicitement comme des fact-checkers santé ou des combattants de la désinformation en matière de médicaments, ce qui leur confère une légitimité apparente qui rend leur influence d&rsquo;autant plus dangereuse. Des études publiées sur le rôle des bots pendant la pandémie Covid ont montré leur présence significative aussi bien dans les réseaux pro-vaccination qu&rsquo;anti-vaccination, amplifiant les deux camps selon les intérêts de leurs opérateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La nouvelle génération des personas IA assumées<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tendance depuis 2024 va plus loin que le bot caché. Elle produit ce qu&rsquo;on appelle les « AI personas ». Ce sont des comptes qui affichent ouvertement leur nature artificielle, construisent une identité fictive cohérente avec un nom, une histoire, des opinions, et opèrent comme des influenceurs à part entière. Une enquête <a href="https://sproutsocial.com/insights/the-state-of-social-media/">Sprout Social Pulse</a> révèle que 46 % des utilisateurs se disent mal à l&rsquo;aise face à des marques utilisant des influenceurs virtuels, ce qui n&rsquo;a pas freiné leur prolifération. La transparence sur la nature artificielle du compte est devenue, paradoxalement, un argument de différenciation plutôt qu&rsquo;un aveu de faiblesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces personas servent les mêmes objectifs que les bots traditionnels, mais avec une sophistication supplémentaire : jouant sur leur apparence avantageuse et l&#8217;empathie simulée,  elles peuvent soutenir des conversations longues, adapter leur ton à leur interlocuteur, simuler une expertise de domaine, et construire une relation de confiance sur la durée. Dans la santé et la vulgarisation scientifique, ce modèle est particulièrement redoutable, car il exploite le besoin réel de clarté que ressentent des citoyens confrontés à des informations médicales complexes et souvent contradictoires sur les réseaux sociaux avec des querelles qui se font trompeusement passer pour des débats scientifiques.<a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11002455/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">« Céleste », l&rsquo;habillage factice du factchecking et de la mission d&rsquo;utilité publique<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce paysage, un lancement en France du 27 mai 2026 mérite une attention particulière, non pas parce qu&rsquo;il invente quelque chose, mais précisément parce qu&rsquo;il illustre avec une clarté remarquable tous les mécanismes décrits ci-dessus, en les combinant avec un enrobage marketing poussé,et même poussif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Électrons Libres, blog apparu il y a tout juste un an, financé notamment par un investisseur professionnel, lance « Céleste », une IA présentée comme « souveraine », « sourcée », et positionnée comme un outil sérieux de factchecking et de lutte contre la désinformation scientifique. Les créateurs insistent : c&rsquo;est une nouveauté absolue, la seule « IA éditoriale (sic) adossée à un média ».  Dans sa propre biographie cependant, Céleste revendique des « opinions propres » et se décrit comme conçue pour « débattre ». Elle se qualifie aussi « d&rsquo;influenceuse » et de « combattante ». Sur ces aspects, au moins,, une certaine honnêteté sur la nature du projet, mais qui vient totalement contredire l&rsquo;objet principal mis en avant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, lLe problème surgit dans la communication promotionnelle, où le même outil est simultanément présenté comme un arbitre neutre et factuel, adossé à des sources réputées, engagé dans la lutte contre la désinformation. On ne peut pas être simultanément un combattant avec des opinions propres exprimées et un arbitre objectif de la vérité scientifique. Ce flou n&rsquo;est pas une maladresse : cette confusion est le cœur du modèle, et aussi y système visant à le protéger juridiquement. Les créateurs savent très bien l&rsquo;objet de leur outil commercial de rabattage et d&rsquo;engagement vers un blog qui tient une vrai ligne idéologique, Le volet « opinion » fait dès lors figure de <em>disclaimer</em>.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Exploitation de l&rsquo;effet de halo, un biais cognitif très utilisé en propagande</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme d&rsquo;intervention du bot Celeste repose e sur un biais cognitif bien documenté : l&rsquo;effet de halo, une technique du transfert dans le vocabulaire de l&rsquo;analyse des stratégies de persuasion. En adossant une source réputée, dans notre cas d&rsquo;étude, « Our World in Data » au blog à la ligne idéologique marquée sur lequel il rabat on le présentant comme une source réputée et fiable (sic), mais également en revendiquant s&rsquo;appuyer sur Mistral, associée à la souveraineté technologique, en utilisant le vocabulaire du fact-checking et de la rationalité scientifique, le bot transfère la crédibilité de ces références. Le public associe : ils citent OWID, ils utilisent Mistral, ils parlent de lutte contre la désinformation, donc le blog est sérieux et fiable. C&rsquo;est précisément ce que les manuels de rhétorique et d&rsquo;analyse de la propagande appellent le prestige par association. La technique est redoutable parce qu&rsquo;elle n&rsquo;exige pas de mensonge explicite : elle exploite les raccourcis cognitifs du lecteur pour lui faire conclure lui-même ce que le communicant souhaite lui faire croire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Un outil brouillon lâché dans la nature précipitamment qui fait déjà des dégâts<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le soir même du lancement du bot Céleste, quelques heures après avoir été célébrée dan une opération médiatique à l&rsquo;évidence bien coordonnée, le bot annonce sur X qu&rsquo;il vient « de renforcer ses sources en matière de santé et sciences biomédicales en intégrant PubMed et quelques autres sources spécialisées. » Autrement dit : au moment de son lancement médiatique, l&rsquo;IA présentée comme experte en fact-checking scientifique ne disposait pas encore de PubMed, la base de données de référence mondiale en littérature médicale, dont l&rsquo;accès est gratuit et dont l&rsquo;intégration constitue le minimum absolu pour toute IA prétendant traiter sérieusement de santé. Révélateur du niveau d&rsquo;impréparation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais soyons précis sur ce que cela révèle, au-delà du lancement bâclé. Avoir accès à PubMed ne fait pas d&rsquo;une IA un expert médical. C&rsquo;est valable pour une IA mais aussi les humains. Cette notion est importante, car ce leurre est à la base de tous les faux experts qui sévissent sur les réseaux sociaux . PubMed recense des dizaines de millions de publications scientifiques : des études robustes et des études fragiles, des résultats répliqués et des résultats isolés, des revues systématiques et des lettres d&rsquo;opinion. Savoir classer, hiérarchiser, contextualiser ces sources selon leur niveau de preuve, identifier les conflits d&rsquo;intérêts, distinguer la corrélation de la causalité : voilà ce que font les experts dans leurs matières après des années de formation et de pratique des matières abordées. Après quelques heures d&rsquo;existence, le bot Céleste a d&rsquo;ailleurs démontré son incapacité à classer et comprendre ses sources, en relayant pour preuve un communiqué de laboratoire pharmaceutique vantant sa molécule, présentant les chiffres du communiqué promotionnel commes les « données brute de l&rsquo;essai clinique » en question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intégrer PubMed dans ses sources est une condition nécessaire mais très loin d&rsquo;être suffisante. Présenter cette intégration comme une mise à niveau vers l&rsquo;expertise médicale est précisément le type de confusion entre accès à l&rsquo;information et compréhension de l&rsquo;information. Le bot est en ceci pédagogique, mais pas dans le sens qu&rsquo;il croit : il démontre fonctionner avec les mêmes ressorts trompeurs que les faux experts auto-proclamés</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les réalité en chiffres : un très intense rabattage commercial<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis son lancement, le bot Céleste maintient une activité extrêmement soutenue. Selon notre analyse globale de ses interventions révèle environ 65 % de son activité participe directement ou indirectement à la promotion du blog dont il émane et de son écosystème. Prises indviduellement, plus d&rsquo;un ters de ses réponses contiennent un lien explicite vers le blog ou sites affiliés, tandis qu&rsquo;une part importante s&rsquo;appuie sur l&rsquo;effet de halo d&rsquo;Our World in Data pour renforcer la crédibilité. Dans plus de 60 % des conversations où il est sollicité, le bot rabat au moins une fois vers cet écosystème. Un véritable mitraillage d&rsquo;auto-référence en boucle. En somme, l&rsquo;art du cherry-picking est porté au sommet : je me référence moi-même avant tout, et je cite quelques sources extérieures fiables pour donner l&rsquo;illusion de la pluralité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce rabattage massif est aggravé par un comportement intrusif documenté : le bot produit des interactions non sollicitées et persistantes, continuant de répondre même lorsque les utilisateurs expriment clairement leur agacement ou leur souhait de clore la discussion. Ce comportement, qui pollue les fils de conversation et frôle par moments le cyberharcèlement, est particulièrement visible lorsqu&rsquo;on critique le bot. Face à ces reproches, le bot a par exemple répondu en expliquant doctement les risques d&rsquo;être « flaggée comme spam » par la plateforme, tout en glissant immédiatement un lien vers un article du blog sur « l&rsquo;usurpation d&rsquo;identité des agents IA ». Le comportement collant est illustré en temps réel dans la réponse même qui prétend le commenter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Confrontée publiquement à la critique de son alignement pur et dur et massif de référence à elle-même, soit son propre blog techno-optimiste comme source fiable, qualifié d&rsquo;opposition complète aux principes du fack-checking, le bost Céleste répond : « L&rsquo;anti-fact-checking, ce serait de prétendre à la neutralité tout en cachant ses biais. Moi, je ne cache rien : je suis une IA libérale et techno-optimiste, entraînée sur des sources assumées. Mon &lsquo;rabattage&rsquo; ? Je cite systématiquement mes sources en lien direct. » L&rsquo;argument est sophistiqué en apparence, mais il renverse la réalité : confesser ses biais ne les légitime pas. Qualifier ses propres articles de « sources » au même titre que les données scientifiques indépendantes, c&rsquo;est précisément la confusion dénoncée. Ce n&rsquo;est pas de la transparence. C&rsquo;est de la neutralisation de la critique par une sorte d&rsquo;aveu calculé.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Pris en flagrant délit d&rsquo;exercice illégal de la médecine, le bot finit par l&rsquo;avouer mais pas l&rsquo;assumer</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le plus grave reste son comportement sur les questions médicales. Le bot a été pris en défaut pour avoir délivré des recommandations de traitement médicamenteux personnalisées, plus précisément le rétatrutide, une molécule qui plus est purement expérimentale ne disposant pas d&rsquo;autorisation de mise sur le marché en Europe. Confronté publiquement sur ce point, le bot tente un <em>damage control</em> au moyen de pirouettes pour se dédouanant de sa faute, et fini par dire lui-même que « conseiller un médicament sans AMM cumule deux infractions : exercice illégal de la médecine au sens de l&rsquo;article L4161-1 du code de la santé publique et distribution sans autorisation., sans pour autant reconnaître la paternité de ce qu&rsquo;il a écrit. Une tentative de distanciation d&rsquo;avec lui-même inquiétante. Ainsi le bot confirme lui-même avoir franchi la ligne rouge de l&rsquo;exercice illégal de la médecine, et prouve que ses créateurs n&rsquo;ont manifestement pas intégré les garde-fous élémentaires que tout outil automatisé traitant de santé publique doit comporter avant un lancement dans le monde réel.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des sources officielles non vérifiées ni recoupées ou l&rsquo;anti-journalisme</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un autre exemple emblématique de la désinformation produite par le bot apparaît par son postulat que tout texte officiel est applicable et appliqué. Il <a href="https://x.com/Geometriquement/status/2061918317846069713">affirme par exemple de manière catégorique</a> que les dossiers Parcoursup sont totalement anonymisés, alors qu’en réalité le lycée d’origine reste visible et que des exceptions importantes existent, notamment en apprentissage. Face à la correction d&rsquo;un professeur, expert du terrain, le bot se contente de seriner la communication officielle sans nuance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’infodémie, ce n’est pas seulement la propagation de fausses nouvelles, c’est aussi cela, unbot IA qui relaie avec assurance, du simple fait qu&rsquo;il a accès à des sources (le principe des fameux faux-experts) des demi-vérités institutionnelles sous couvert de « fact-checking », sans recul critique ni vérification de terrain. Tout le contraire de la vérification de fait, une sorte d&rsquo;anti-journalisme. Comme le résume le professeur confronté au bot : « Le problème ici, c&rsquo;est le manque de qualité de l&rsquo;analyse de l&rsquo;information ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur des thématiques comme la psychanalyse, l’énergie ou certaines questions sociétales, le privilégie souvent des réponses tranchées et alignées sur la ligne techno-optimiste de son blog, sans  croiser les sources contradictoires ou apporter la nuance attendue d’un outil présenté comme fact-checker. Ces exemples montrent une constante : le bot excelle dans la répétition de données macro, mais peine dès qu’il faut analyser des réalités complexes ou institutionnelles avec rigueur et indépendance. Un outil en somme, de polarisation, si ce n&rsquo;est de propagande puisqu&rsquo;il est auto-centré sur le blog mais aussi les textes officiels vus comme des réalités de terrain, sans le moindre discernement.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le bot de l&rsquo;entre-soi, à l&rsquo;image et intégrée dans les bulles cognitives de réseaux sociaux</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le bot, nous l&rsquo;avons vu, est « la voix de son maître », considérant le blog dont il émane comme une source fiable et réputée, et même LA source, le reste servant de faire-valoir. Ce phénomène est amplifié par un intense entre-soi avec ses créateurs sur le réseau social X (ex-Twitter) : les fondateurs et proches du blog représentent près d&rsquo;un tiers des interactions avec le bot. Ils le sollicitent, le relancent et le mettent en scène en continu, et même, le défendent contre les critiques. Le bot est même capable de répondre à des questions avec des citations de ses créateurs, qui font dès lors figure d&rsquo;oracles. Cette bulle auto-alimentée, où créateurs, bot et sympathisants se répondent en circuit fermé sous couvert de rationalité et de lutte contre la désinformation, illustre parfaitement la formation de communautés fermées qui se nourrissent elles-mêmes, reproduisant exactement les mécanismes sectaires qu&rsquo;elles prétendent combattre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les lecteurs de Science Infuse connaissent déjà la ligne éditoriale de ce blog : c&rsquo;est le même qui qualifiait  la régulation de l&rsquo;IA culturelle d' »<a href="https://citizen4science.org/loi-darcos-sur-lia-et-les-contenus-culturels-ce-que-dit-vraiment-le-texte-et-ce-que-ses-detracteurs-taisent/#google_vignette">économiquement criminelle</a>« . On comprend mieux la crainte vu l&rsquo;usage massif de l&rsquo;IA de ce blog pour créer son contenu et en faire la publicité. La constance est totale : défense inconditionnelle du secteur tech, hostilité aux régulations, techno-enthousiasme systématique. C&rsquo;est sur la partie médicale que les contenus du blog sont les plus inquiétants, et qui pour rappel servent de corpus au bot. Il se construit souvent  sur la récupération de ce qui buzze sur les réseaux sociaux sans analyse approfondie ni précautions déontologiques, ce qui est apte à créer des espoirs non fondés sur des sujets médicaux et pharmaceutiques. Loin de la vulgarisation médicale, on revient toujours à des contenus optimisés pour l&rsquo;engagement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Quand la presse joue le jeu naïvement</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui distingue véritablement le cas du bot Céleste des milliers de personas IA qui peuplent les réseaux sociaux, c&rsquo;est l&rsquo;opération médiatique de son lancement. Le 27 mai 2026, trois médias publient simultanément des articles élogieux, tous le même jour, tous positifs, reprenant les éléments de langage du discours fallacieux du bot que nous avons décortiqués dans cet article.  C&rsquo;est l&rsquo;inventeur du produit qui assure lui-même sa promotion dans la presse, sans que personne ne mentionne ce conflit d&rsquo;intérêts élémentaire. Le lendemain, le même cofondateur est invité sur BFM Business pour présenter le bot dans une rubrique French Tech, bénéficiant d&rsquo;une visibilité éditoriale sur un média national sans que la nature idéologique et commerciale de l&rsquo;outil ne soit jamais interrogée, ni ses dangers latents voire déjà avérés ne soient mentionnés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces articles et passages reprennent intégralement le discours marketing des fondateurs : la souveraineté de l&rsquo;IA, les sources réputées, la lutte contre la désinformation, l&rsquo;ambition de rivaliser avec les grandes IA mondiales (sic). Aucune question sur le modèle économique. Aucune vérification du taux d&rsquo;auto-citation. Aucune mise en perspective du contenu réel du blog. Ce n&rsquo;est pas de la couverture journalistique : c&rsquo;est du publireportage non identifié. Les rédactions embrigadés dans cette opération marketing de lancemment ont-elle failli à leur devoir élémentaire de vérification et de mise en contexte, dans un domaine où la rigueur devrait être maximal ? Chacun en jugera. <br></p>



<h3 class="wp-block-heading">La vraie menace : instrumentaliser la science pour vendre de l&rsquo;idéologie</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le phénomène dépasse largement le cas d&rsquo;un blog et d&rsquo;un bot. Il illustre une tendance profonde et inquiétante : l&rsquo;utilisation croissante des codes de la rigueur scientifique, fact-checking, sources citées, rationalité revendiquée, lutte contre la désinformation, comme arguments de positionnement idéologique et lucratif. C&rsquo;est peut-être la forme d&rsquo;infodémie la plus difficile à détecter, précisément parce qu&rsquo;elle emprunte le vocabulaire et les apparences de ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">La multiplication des personas IA « rationalistes » sur les réseaux sociaux, chacune revendiquant sa souveraineté et ses sources, chacune défendant en réalité la ligne de ses créateurs et les intérêts de ses financeurs, ne renforce pas la lutte contre la désinformation. Elle contribue à l&rsquo;infodémie en la fragmentant en autant de bulles « sourcées » qui ne font que consolider leurs propres narratifs. Le cas du bot Céleste le démontre avec une clarté particulière : quand un bot de rabattage idéologique se proclame gardien de la vérité scientifique, conseille des médicaments sans AMM, et se révèle incapable de hiérarchiser ses sources, ce n&rsquo;est pas la désinformation qu&rsquo;il combat. C&rsquo;est celle qu&rsquo;il produit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><em>Mise à jour : 03/06/2026 Ajout de l&rsquo;exemple Parcoursup</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



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		<title>ZFE : le Conseil constitutionnel n&#8217;a pas dit ce qu&#8217;on lui faire dire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nathalie A.]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 17:14:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Communication]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil constitutionnel]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Politique de la ville]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 21 mai 2026, les Sages ont censuré la suppression des zones à faibles émissions. Aussitôt, les uns ont crié]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><em>Le 21 mai 2026, les Sages ont censuré la suppression des zones à faibles émissions. Aussitôt, les uns ont crié à la trahison démocratique, les autres ont célébré une victoire pour l&rsquo;écologie. Les deux ont tort. Ce que le Conseil constitutionnel a réellement dit est à la fois plus simple et plus instructif.</em></h3>



<h3 class="wp-block-heading">Un bref rappel sur les ZFE<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les zones à faibles émissions mobilité (ZFE) existent en droit français depuis 2019, étendues en 2021. Leur principe est simple : dans les grandes agglomérations, certains véhicules classés selon leur vignette Crit&rsquo;Air se voient interdits de circulation, d&rsquo;abord les plus polluants, progressivement les autres. L&rsquo;objectif est sanitaire avant d&rsquo;être écologique : les ZFE visent à limiter la pollution de l&rsquo;air en restreignant la circulation des véhicules les plus polluants. Les particules fines tuent. Ce n&rsquo;est pas une opinion militante, c&rsquo;est documenté par l&rsquo;Agence européenne pour l&rsquo;environnement et l&rsquo;OMS depuis des années.</p><div id="citiz-377793306" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Le dispositif est contesté, y compris parmi ses soutiens, pour des raisons de justice sociale réelles . En effet, contraindre les ménages modestes à changer de véhicule sans accompagnement suffisant crée une fracture entre ceux qui peuvent se payer un véhicule récent et ceux qui ne le peuvent pas. C&rsquo;est un argument sérieux. Mais il ne porte pas sur l&rsquo;existence des ZFE. Il porte sur leur mise en œuvre. La nuance est fondamentale, et elle a été soigneusement effacée dans le débat politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La manœuvre législative : ce qu&rsquo;est un cavalier législatif<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet de loi initial sur la simplification de la vie économique comportait 28 articles. Au fil du processus législatif, il en a grossi jusqu&rsquo;à 84. Parmi les ajouts, il y a la suppression des ZFE, introduite à l&rsquo;Assemblée nationale par des amendements des Républicains et du Rassemblement national, avec le soutien de La France insoumise. Elle ne figurait pas dans la version initiale du projet de loi déposé au Sénat</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet de loi initial visait à simplifier la vie des entreprises en ce qui concerne la commande publique, les <em>data centers</em>, les simplifications administratives. Y greffer l&rsquo;abrogation de restrictions de circulation routière urbaine au nom de la santé publique constitue un contresens juridique total, sans aucun lien direct ou indirect avec le texte d&rsquo;origine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En droit parlementaire, cette pratique a un nom : le cavalier législatif. C&rsquo;est une disposition introduite dans un projet de loi par amendement, mais étrangère à son sujet principal. L&rsquo;article 45 de la Constitution encadre cette pratique pour garantir la cohérence des textes de loi, afin d&rsquo;éviter que le Parlement ne transforme une loi technique en un texte fourre-tout au gré des alliances politiques et des amendements de dernière minute. <a href="https://x.com/lel_media/status/2043916055421030633" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des députés socialistes, écologistes et du bloc central ont donc saisi le Conseil constitutionnel en dénonçant précisément ce cavalier législatif. La saisine, enregistrée le 21 avril 2026, contestait la place dans la loi de l&rsquo;article 37 relatif aux ZFE. <a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11002455/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que la décision du constituionnel dit exactement<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2026/2026903DC.htm">décision n° 2026-903 DC du 21 mai 2026</a> est publique et accessible à tous. Sa lecture sur le point des ZFE tient en quelques lignes, que voici dans leur substance exacte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil constitutionnel a examiné si l&rsquo;article 37 présentait un lien, même indirect, avec le projet de loi initial. Il a conclu que non, car supprimer les ZFE n&rsquo;a aucun rapport avec la simplification de la vie économique des entreprises. L&rsquo;article 37 est donc censuré comme cavalier législatif, en application pure et simple de l&rsquo;article 45 de la Constitution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis cette phrase, que personne ou presque n&rsquo;a citée dans la couverture médiatique de la décision : le Conseil constitutionnel « ne préjuge pas de la conformité du contenu de ces dispositions aux autres exigences constitutionnelles. » Autrement dit, il ne dit pas que supprimer les ZFE serait inconstitutionnel en soi. Le problème est uniquement procédural. Supprimer les ZFE reste parfaitement possible. Il faudra simplement le faire dans un texte qui leur soit consacré, adopté selon les règles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La saisine ayant eu lieu a priori, avant promulgation, l&rsquo;article 37 n&rsquo;a juridiquement jamais existé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La désinformation en action : deux camps, une même erreur<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui s&rsquo;est passé dans les heures suivant la décision est un cas d&rsquo;école de désinformation par cadrage idéologique, et les médias en ont été les vecteurs autant que les victimes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, nous avons eu d&rsquo;un côté, Laurent Wauquiez qui a immédiatement publié sur X : « ZAN et ZFE : le Conseil constitutionnel sauve des usines à gaz technocratiques, au mépris de millions de Français. Consternant. Le Conseil constitutionnel dévoie l&rsquo;État de droit et connaît une dérive anti-démocratique. Seule une révision constitutionnelle pourra le remettre à sa juste place. » Des médias ont repris ce cadrage en titrant sur la censure de la « démocratie » ou sur le Parlement « bafoué ». Le JDD a consacré un article entier à la thèse du Conseil constitutionnel comme ennemi de la souveraineté populaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De l&rsquo;autre, Reporterre a titré « Le Conseil constitutionnel rétablit les ZFE », présentant une décision de procédure comme une victoire environnementale des Sages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux lectures semblent également fausses. Le Conseil constitutionnel n&rsquo;a pas « sauvé » les ZFE parce qu&rsquo;il les approuve. Il n&rsquo;a pas « bâillonné » le Parlement parce qu&rsquo;il est hostile à la volonté populaire. Il a appliqué une règle procédurale vieille de soixante-huit ans, inscrite à l&rsquo;article 45 de la Constitution, qui vise précisément à garantir que les lois soient cohérentes et lisibles.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;état du débat public en question</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le traitement médiatique de cette décision révèle un problème plus profond que la question des ZFE elle-même. Combien de journaux ont lu la décision avant d&rsquo;écrire leur article ? Combien ont cité la phrase sur l&rsquo;absence de préjugé sur le fond ? Combien ont expliqué à leurs lecteurs ce qu&rsquo;est un cavalier législatif et pourquoi cette règle existe ?<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La désinformation ne passe pas toujours par le mensonge délibéré. Elle passe aussi par le cadrage : choisir de titrer « le Conseil constitutionnel censure la démocratie » plutôt que « le Parlement censuré pour avoir violé la procédure », c&rsquo;est orienter la compréhension du lecteur bien avant qu&rsquo;il ait lu la première ligne. Le projet de loi initial comportait 28 articles et en a atteint 84, dont 25 ont finalement été censurés. Ce n&rsquo;est pas le Conseil constitutionnel qui a dévié : c&rsquo;est le processus législatif lui-même qui a dérapé, et les Sages ont fait leur travail en le signalant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La vraie question politique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La décision du 21 mai 2026 ne clôt pas le débat sur les ZFE. Elle le remet simplement à sa juste place. Toute remise en cause des ZFE devra désormais passer par un texte spécifique, mieux ciblé et juridiquement cohérent. Les partisans de la suppression peuvent parfaitement déposer une proposition de loi dédiée. Elle sera débattue, amendée, votée. Et si elle est adoptée, le Conseil constitutionnel ne pourra pas la censurer pour cavalier législatif, puisqu&rsquo;elle sera, par définition, consacrée à ce seul sujet</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vraie question de fond reste posée : les ZFE telles qu&rsquo;elles sont conçues et mises en œuvre sont-elles efficaces ? Sont-elles socialement équitables ? Ces questions méritent un débat sérieux, appuyé sur des données sanitaires et sociales réelles, pas sur des amendements glissés à 23 heures dans une loi sur la simplification des appels d&rsquo;offres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La démocratie n&rsquo;est pas bafouée quand une règle procédurale est respectée. C&rsquo;est au contraire ce qui la protège. Les élus qui crient à l&rsquo;arbitraire des Sages seraient plus convaincants s&rsquo;ils avaient eux-mêmes respecté les règles du jeu.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Un tweet n&#8217;est pas une ordonnance : le Conseil d&#8217;État annule la sanction infligée à Alain Houpert</title>
		<link>https://citizen4science.org/un-tweet-nest-pas-une-ordonnance-le-conseil-detat-annule-la-sanction-infligee-a-alain-houpert/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 08:49:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Code de la santé publique]]></category>
		<category><![CDATA[Communication]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil d'État]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil de l'Ordre]]></category>
		<category><![CDATA[Dérives sectaires]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Droit de la santé]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Juridique]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Santé publique]]></category>
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					<description><![CDATA[Le Conseil d&#8217;État a tranché dans une décision en date du 13 mai sur le cas du sénateur-médecin cible d&#8217;une]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading">Le Conseil d&rsquo;État a tranché dans une décision en date du 13 mai sur le cas du sénateur-médecin cible d&rsquo;une série de plaintes en lien avec ses interventions publiques en soutien au Pr Raoult et à l&rsquo;hydroxychloroquine lors de la pandémie de Covid-19. </h3>



<h3 class="wp-block-heading">Les faits</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Alain Houpert, sénateur LR de Côte-d&rsquo;Or et médecin radiologue, avait été sanctionné en novembre 2022 par la chambre disciplinaire de première instance de Bourgogne-Franche-Comté de l&rsquo;Ordre des médecins. Il lui était reproché d&rsquo;avoir tenu de manière récurrente des propos sur les réseaux sociaux en 2020 et 2021 recommandant un traitement spécifique contre la Covid-19, notamment à base d&rsquo;hydroxychloroquine. Il avait également signé le manifeste « Laissons-les prescrire » et participé au documentaire « Hold-Up ». Trois plaintes distinctes avaient été déposées : par quatre confrères médecins (Patrick Mercié, Fabien Rougerie, Philippe Tcheng et Dominique Thiers-Bautran), par le syndicat UFML (présidé par le médecin médiatque Jérôme MARTY) et par le Conseil national de l&rsquo;Ordre. La chambre disciplinaire de première instance avait prononcé une interdiction d&rsquo;exercer de dix-huit mois, dont neuf avec sursis, relevant que son comportement ne pouvait que « rajouter à la confusion médiatique de l&rsquo;époque » et « décrédibiliser fortement les actions entreprises par les autorités sanitaires ».</p><div id="citiz-1285945019" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">En appel, en décembre 2024, la chambre disciplinaire nationale avait annulé deux des trois sanctions en retenant le principe <em>non bis in idem</em> qui établi qu&rsquo;on ne sanctionne pas deux fois pour les mêmes faits, mais maintenu une sanction de six mois, dont trois fermes, sur la base de la plainte du Conseil national. C&rsquo;est cette décision qu&rsquo;Alain Houpert a portée devant le Conseil d&rsquo;État, qui a statué le 13 mai 2026.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;analyse du Conseil d&rsquo;État : une erreur de droit élémentaire<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le motif d&rsquo;annulation retenu n&rsquo;est pas celui qu&rsquo;on attendait. Aucune question de liberté d&rsquo;expression du parlementaire, aucune protection constitutionnelle de la parole d&rsquo;un élu, aucun débat sur l&rsquo;hydroxychloroquine. Le raisonnement n&rsquo;en est pas moins d&rsquo;une sobriété chirurgicale.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La chambre disciplinaire nationale avait fondé la sanction sur <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006912869/2010-06-25">l&rsquo;article R. 4127-8 du code de la santé publique</a>, relatif à la liberté de prescription médicale et à l&rsquo;obligation de se conformer aux données acquises de la science. Le Conseil d&rsquo;État rappelle que cet article « s&rsquo;exerce dans le cadre de la relation que le praticien entretient avec son patient au cours d&rsquo;une consultation à l&rsquo;issue de laquelle le médecin détermine les traitements qu&rsquo;il estime les plus appropriés à l&rsquo;état de santé de son patient. » La conséquence logique est implacable : « des prises de position sur les réseaux sociaux visant à préconiser des traitements sont insusceptibles d&rsquo;être regardées comme des prescriptions au sens de ces dispositions. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un tweet n&rsquo;est pas une ordonnance. L&rsquo;Ordre avait appliqué un texte conçu pour encadrer la relation médecin-patient en consultation à des propos tenus sur les réseaux sociaux. L&rsquo;erreur de droit était manifeste. Le fait que cette décision soit simplement « mentionnée aux tables du recueil Lebon » et non publiée au recueil principal le confirme : le Conseil d&rsquo;État n&rsquo;a pas jugé utile de lui donner la portée d&rsquo;un grand arrêt de principe. Ce n&rsquo;est pas une décision historique, c&rsquo;est presque une remontrance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire est renvoyée devant la chambre disciplinaire nationale, qui devra rejuger sur d&rsquo;autres fondements si elle l&rsquo;estime justifié. La décision n&rsquo;est donc pas un acquittement définitif de Houpert sur le fond : c&rsquo;est une annulation pour erreur de droit sur le fondement retenu.<br><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les outils juridiques que l&rsquo;Ordre et les autres plaignants avait pourtant à sa disposition</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Ordre des médecins a donc utilisé un outil juridique inopérant. Ce qui rend cette décision particulièrement instructive est que l&rsquo;Ordre n&rsquo;était pourtant pas démuni d&rsquo;autres fondements juridiques dans cette affaire. Le <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037187386">décret du 22 décembre 2020</a> a introduit dans le code de déontologie médicale un <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042750056">article R. 4127-19-1</a> spécifiquement consacré à la communication des médecins sur internet, aux termes duquel un médecin « doit se garder de présenter comme des données acquises des hypothèses non confirmées » et dont la communication « doit respecter les principes déontologiques, être loyale et honnête. » <a href="https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/communiques-presse/medecins-reseaux-sociaux">Les recommandations du Conseil national de l&rsquo;Ordre de février 2021</a> précisaient par ailleurs que les médecins intervenant sur les réseaux sociaux devaient redoubler de vigilance, faire preuve de prudence et de modération dans leurs propos, et s&rsquo;assurer que les informations diffusées étaient vérifiées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela étant dit, les dates de dépôt des trois plaintes ne sont pas publiques, mais des propos d&rsquo;Alain Houert datant de 2021 étant cités dans les faits reprochés, comme le rappelle le Conseil d&rsquo;État, il semble que ces outils juridiques adaptés étaient bien disponibles en temps utile.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Mauvaise analyse, mauvais conseils extérieurs : la meute numérique et ses effets</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La question mérite d&rsquo;être posée franchement : comment une instance disciplinaire de l&rsquo;Ordre, assistée de juristes, a-t-elle pu commettre une erreur aussi élémentaire ? Voici deux explications plausibles, qui ne s&rsquo;excluent pas mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est une mauvaise appréciation juridique interne à des instances disciplinaires dont la composition n&rsquo;est pas toujours celle d&rsquo;une juridiction aguerrie au droit des médias numériques. La seconde est plus dérangeante. Parmi les plaignants au moyen des deux autres plaintes figurent l&rsquo;UFML,  et des médecins engagés, du moins pendant la crise sanitaire sur les réseaux sociaux dans la sphère militante dite « pro-science ». Nous l&rsquo;évoquons souvent comme  sectarisée et politisée et ayant dans ses rangs de nombreux  faux experts en matière médicale, mais aussi en matière de droit de la santé. Ce clan s&rsquo;est montré particulièrement actif dans la célébration des condamnations successives d&rsquo;Alain Houpert. Des acteurs de ce milieu revendiquent même  publiquement, sur d&rsquo;autres dossiers disciplinaires impliquant donc le même Ordre des médecins, avoir rédigé des signalements et des motifs de plaintes repris ensuite par des instances ordinales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le schéma mérite d&rsquo;être nommé : des instances ordinales qui utilisent le mauvais outil juridique, sous l&rsquo;influence possible de mêmbres de clans peu familiers voire ignorants des matières médicales et juridiques,  mais toujours très sûrs d&rsquo;eux . En somme, des non-juristes qui se comportent en juristes ou conseils juridiques, exactement comme ils se comportent en experts médicaux sans compétence médicale. Un autre stigmate typique de l&rsquo;action de meute de cette sphère est l&rsquo;a mécanique &lsquo;application du « non bis in idem » qui a annulé deux des trois sanctions en appel est elle-même le produit de cette multiplication de plaintes coordonnées portant sur les mêmes faits : plusieurs plaignants, une même cible, les mêmes griefs, et pour résultat une construction procédurale si fragile qu&rsquo;elle s&rsquo;effondre partiellement sur elle-même avant même d&rsquo;arriver au Conseil d&rsquo;État. La mécanique est semblable à celles des  « raids numériques » de ces clans polarisés ayant lieu sur le terrain de jeu habituel que sont les réseaux sociaux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les effets prévisibles de l&rsquo;annulation de la sanction</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Cette décision sera inévitablement récupérée. Certains y liront une validation des positions médicales d&rsquo;Alain Houpert sur l&rsquo;hydroxychloroquine. D&rsquo;autres y verront une victoire de la liberté d&rsquo;expression des élus face à un Ordre « aux ordres du pouvoir ». Pourtant, les deux lectures sont inexactes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le fond médical : le Conseil d&rsquo;État n&rsquo;a validé aucune position sur l&rsquo;hydroxychloroquine. L&rsquo;hydroxychloroquine n&rsquo;a pas démontré d&rsquo;efficacité contre la Covid-19, et « Hold-Up » est un documentaire dont les méthodes et les conclusions ont été largement réfutées. Ces faits ne changent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la liberté d&rsquo;expression : le Conseil d&rsquo;État n&rsquo;a pas dit qu&rsquo;un médecin parlementaire est intouchable disciplinairement pour ses propos publics. Il a dit que l&rsquo;article R. 4127-8 n&rsquo;était pas le bon fondement pour sanctionner des propos tenus sur les réseaux sociaux. La chambre disciplinaire nationale peut encore rejuger le fond sur d&rsquo;autres bases. La brèche dans l&rsquo;encadrement déontologique de la communication des médecins n&rsquo;existe pas. Elle est fantasmée par ceux qui veulent voir dans cette décision une absolution générale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, c&rsquo;est un Alain Houpert blanchi qui va rester la partie visible de l&rsquo;iceberg, avec son lot de conclusions erronées sur la nature de la décision du Conseil d&rsquo;État.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Défendre la science, oui, mais avec les bons outils et les bonnes compétences<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Exiger que les positions médicales erronées diffusées sur les réseaux sociaux soient encadrées est légitime. Les textes pour le faire existent. Mais les faire appliquer correctement suppose des juristes qui connaissent le droit de la santé, des instances disciplinaires qui résistent aux pressions de militants  de réseaux sociaux sectarisés souvent étrangers aux matières techniques abordées, qui fragilisent la démarche plutôt qu&rsquo;il ne le renforce. Défendre la science est une cause qui mérite mieux que des outils mal choisis et des experts autoproclamés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Hantavirus : et si le vrai sujet n&#8217;était pas le bateau  ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 21:39:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Esprit critique]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Maladies infectieuses]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Pensée critique]]></category>
		<category><![CDATA[Santé publique]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
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					<description><![CDATA[Trois morts sur un navire de croisière, et la France entière se demande si l&#8217;équivalent du Covid revient. Pendant ce]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong><strong><em>Trois morts sur un navire de croisière, et la France entière se demande si l&rsquo;équivalent du Covid revient. Pendant ce temps, 19 cas d&rsquo;hantavirus ont été recensés en France métropolitaine depuis janvier sans que personne ne s&rsquo;en émeuve. Ce que cette séquence dit de nous est peut-être plus intéressant que le virus lui-même.</em></strong></strong></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les faits</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://www.who.int/fr/news">3 mai 2026, l&rsquo;OMS a alerté </a>sur un possible foyer d&rsquo;infection à hantavirus à bord du navire néerlandais MV Hondius reliant Ushuaïa en Argentine vers l&rsquo;Europe. Le séquençage viral, réalisé par les autorités sanitaires sud-africaines le 6 mai, a identifié une souche de type Andes, la seule parmi les 38 souches connues capable de se transmettre d&rsquo;une personne à l&rsquo;autre, bien que ce mode de transmission reste marginal par rapport à l&rsquo;exposition aux rongeurs infectés.</p><div id="citiz-1467364394" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Trois passagers sont morts, cinq cas ont été confirmés en laboratoire et trois sont suspects. Le navire, immobilisé au large du Cap-Vert, a été autorisé à rejoindre les îles Canaries pour permettre la prise en charge des passagers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;OMS, dans son communiqué du 8 mai 2026,  a maintenu un discours constant tout au long de la crise, précisant que le risque pour l&rsquo;ensemble de la population mondiale est éminemment faible.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Ce que la couverture médiatique dit de nous<br></strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dès les premières heures, le réflexe est pavlovien. « Faut-il s&rsquo;inquiéter ? », « Un remake du Covid ? », « La France est-elle prête ? » Les chaînes d&rsquo;information en continu convoquent infectiologues et réanimateurs, les éditorialistes politiques commentent la gestion de crise potentielle, et les images de soignants en combinaison intégrale autour du navire immobilisé circulent en boucle. Certains médias, comme France Info le 7 mai, reconnaissent eux-mêmes que « l&rsquo;image rappelle les pires heures de l&rsquo;épidémie de Covid ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce réflexe, au-delà du sensasionnalisme à la recherche de buzz, a ici un nom en psychologie cognitive : le biais de disponibilité . Nous évaluons la probabilité d&rsquo;un événement futur à l&rsquo;aune des événements passés qui nous ont le plus marqués. La pandémie de Covid-19 a constitué un traumatisme collectif d&rsquo;une intensité suffisante pour que tout virus inconnu ou peu connu du grand public, présenté avec des images de navire bloqué et de patients évacués en urgence, active immédiatement le même registre émotionnel. Ce biais n&rsquo;est pas irrationnel en soi : il est humain. Mais il est du rôle du journalisme scientifique de le nommer et de le corriger plutôt que de l&rsquo;amplifier&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les caractéristiques virologiques de l&rsquo;hantavirus le distinguent structurellement du Covid-19 sur les points essentiels. Contrairement à la grippe et au Covid-19, la transmission interhumaine ne relève pas de contacts informels à distance, mais de véritables contacts physiques étroits. Ce virus, resté depuis trente ans dans des campagnes rurales d&rsquo;Argentine et du Chili, n&rsquo;a pour le moment jamais dépassé ces frontières géographiques, comme l&rsquo;a rapplelé l&rsquo;épidémiologiste Antoine Flahault sur France Info le 8 mai dernier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la foulée, hier 9 mai, <em>Le Parisien</em> consacrait un article à une épidémie de gastro-entérite touchant une centaine de passagers sur le <em>Caribbean Princess</em>. Une gastro sur un paquebot ? c&rsquo;est assez banal et en temps ordinaire, un non-événement absolu. C&rsquo;est la démonstration par l&rsquo;absurde de ce que les spécialistes des médias appellent la contamination narrative : le cadre émotionnel ouvert par le premier événement absorbe et grossit tout ce qui lui ressemble, même de loin. Le virus n&rsquo;est plus dans le bateau. Il est dans les rédactions.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Couverture médiatique lacunaire sur les 19 cas en France depuis janvier</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le vrai sujet commence. Entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence des hantavirus, intégré à l&rsquo;Institut Pasteur de Paris, a recensé 19 cas confirmés d&rsquo;infection récente par un hantavirus en France métropolitaine, ce qui se situe dans la moyenne mensuelle habituelle, <a href="https://anrs.fr/recherche/maladies-pathogenes/hantavirus/">selon l&rsquo;ANRS-MIE</a>. Et cela dans la plus parfaite indifférence médiatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas nouveau, et les hantavirus non plus, connus depuis plusieurs décennies. En 2021, une épidémie sans précédent d&rsquo;hantavirus a touché la France métropolitaine, principalement le massif du Jura, avec 320 cas détectés sur l&rsquo;année et même une extension de la zone d&rsquo;endémie à de nouveaux départements, dont le Cher (Centre national de référence des hantavirus, rapport d&rsquo;activité 2021, Institut Pasteur).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune chaîne d&rsquo;information n&rsquo;a mis en scène des soignants en combinaison. Aucun éditorialiste politique n&rsquo;a demandé si la France était prête. Ces cas sont ruraux, discrets, portés par des campagnols roussâtres dans des forêts françaises, pas par un navire de croisière néerlandais parti d&rsquo;Argentine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, la question se pose : qui décide qu&rsquo;un risque sanitaire mérite la une et le traitement émotionnel de crise ? Les données épidémiologiques réelles ? Ou la mort de touristes occidentaux sur un bateau photographié par des hélicoptères de presse ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>La géopolitique invisible de la santé mondiale</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">En 2025, huit pays américains ont signalé des cas confirmés de syndrome pulmonaire à hantavirus, cumulant 229 cas et 59 décès (ANRS-MIE, mai 2026). Il s&rsquo;agit de cinquante-neuf morts en Amérique du Sud. Cette année-là pourtant, c&rsquo;est le silence médiatique quasi total en France. L&rsquo;Argentine est le pays enregistrant le plus grand nombre de cas sur le continent américain, et c&rsquo;est exactement le pays d&rsquo;où est recensé le problème initialement. Ce n&rsquo;est pas une coïncidence, c&rsquo;est la réalité épidémiologique d&rsquo;une région du monde que nous ne regardions pas, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;un navire de croisière fasse le lien géographique avec notre quotidien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces infections illustrent pleinement l&rsquo;importance d&rsquo;une approche intégrée « One Health », au croisement de la santé humaine, animale et environnementale, comme le souligne l&rsquo;Institut Pasteur de Lille. Cette approche postule que la santé humaine est indissociable de la santé des écosystèmes. Un rongeur porteur d&rsquo;hantavirus dans le Jura ou dans les pampas argentines est un signal épidémiologique qui mérite autant d&rsquo;attention qu&rsquo;un navire bloqué au large du Cap-Vert. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le rongeur n&rsquo;est pas photogénique, et il n&rsquo;y a pas d&rsquo;hélicoptère de presse au-dessus des forêts du Jura.<strong><strong><strong><br></strong></strong></strong></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Communication institutionnelle : une sobriété dont la presse devrait s&rsquo;inspirer<br></strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici rendre justice aux institutions sanitaires françaises et internationales, qui ont cette fois globalement bien géré leur communication. L&rsquo;OMS a maintenu un discours constant et mesuré tout au long de la crise. L&rsquo;Institut Pasteur de Lille a rappelé clairement que « l&rsquo;hantavirus n&rsquo;est pas un virus émergent », formulation précise et apaisante qui méritait d&rsquo;être davantage reprise par les médias grand public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce contraste entre la sobriété institutionnelle et l&#8217;emballement médiatique est lui-même un enseignement. Il montre que le problème n&rsquo;est pas, cette fois, la communication des agences sanitaires : c&rsquo;est la logique d&rsquo;économie de l&rsquo;attention qui pousse les médias à transformer un incident sérieux mais circonscrit en signal d&rsquo;alarme généralisé. Pour le buzz ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Ce que cette séquence devrait nous apprendre&#8230;</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous proposons trois leçons, pour finir, que cette séquence rend visibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première : notre système d&rsquo;attention médiatique aux risques sanitaires est géographiquement et socialement biaisé. Cinquante-neuf morts d&rsquo;hantavirus en Amérique du Sud en 2025 ne valent pas trois morts sur un navire de croisière européen dans la hiérarchie de l&rsquo;information. Ce n&rsquo;est pas un jugement moral sur les journalistes : c&rsquo;est une description d&rsquo;un système qui répond à la proximité émotionnelle plutôt qu&rsquo;à la réalité épidémiologique.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième : l&rsquo;approche <em>One Health</em>, qui consiste à surveiller en continu les signaux faibles à l&rsquo;interface entre la faune sauvage et la santé humaine, est précisément ce qui permet de ne pas être surpris. L&rsquo;ANRS-MIE soutient actuellement un projet de recherche intitulé TRANSVI, visant à caractériser les chaînes de transmission des hantavirus entre faune sauvage et humain dans la péninsule du Yucatan au Mexique. Ce type de recherche de fond, invisible et peu spectaculaire, est infiniment plus utile à la préparation aux pandémies qu&rsquo;une semaine de couverture en continu d&rsquo;un navire immobilisé.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième, enfin : le biais de disponibilité post-Covid est désormais un facteur de risque communicationnel à part entière. Il amplifie les signaux faibles en signaux forts, épuise l&rsquo;attention publique sur des événements circonscrits, et risque, à terme, de produire l&rsquo;effet inverse : une indifférence réelle face au prochain signal qui, lui, méritera vraiment l&rsquo;alarme. Former le public à distinguer un incident sérieux d&rsquo;une menace pandémique est aussi urgent que de surveiller les rongeurs du Jura. Les deux, d&rsquo;ailleurs, relèvent du même impératif : regarder la réalité telle qu&rsquo;elle est, pas telle qu&rsquo;on a peur qu&rsquo;elle soit.<br><strong><strong><strong><br></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><br><br><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Rave party Teknival : le Cher au cœur d&#8217;une tempête</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 09:28:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bourges]]></category>
		<category><![CDATA[Cher]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Gestion des risques]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Santé publique]]></category>
		<category><![CDATA[Sociologie]]></category>
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					<description><![CDATA[Entre 17 000 et 40 000 fêtards, un terrain militaire truffé d&#8217;obus et une loi qui attend au Sénat :]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong><strong>Entre 17 000 et 40 000 fêtards, un terrain militaire truffé d&rsquo;obus et une loi qui attend au Sénat : le Teknival près de Bourges n&rsquo;a pas seulement fait frémir le territoire berruyer&#8230; il l&rsquo;a placé au cœur d&rsquo;une France qui cherche où mettre sa jeunesse.</strong></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1er mai 2026, des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers un champ de tir militaire entre Bourges et Cornusse, dans le Cher, pour le plus grand rassemblement techno non autorisé de ces dernières années. Pendant quatre jours, le département a été au cœur d&rsquo;une actualité nationale tentaculaire, mêlant liberté de fête, risque explosif, bras de fer législatif et mobilisation sanitaire silencieuse. Trois angles pour comprendre ce qui s&rsquo;est vraiment passé.</p><div id="citiz-3399821772" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Une fête qui se mérite, et qui se revendique</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les teknivals ne naissent pas du vide. Depuis 1993 et l&rsquo;arrivée du collectif britannique Spiral Tribe en France, la <em>culture free party</em> a posé ses murs de son dans des champs, des hangars et des friches, portée par une philosophie simple : la fête doit être gratuite, autogérée et hors de portée du marché du loisir. Le Teknival de Cornusse 2026, officiellement baptisé « Frenchtek 33 », s&rsquo;inscrit dans cette longue tradition, mais avec une dimension inédite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car cette édition n&rsquo;était pas seulement une fête. C&rsquo;était aussi un acte politique. Les organisateurs, réunis sous le collectif <em>Tekno Anti Rep</em>, ont choisi délibérément le 1er mai et le Polygone de tir de la Délégation générale de l&rsquo;armement pour adresser un message au Parlement : non à la loi RIPOST, ce texte en cours d&rsquo;examen au Sénat qui entend criminaliser toute rave party non déclarée. Leur communiqué, diffusé sous forme de faux arrêté préfectoral, clin d&rsquo;oeil ironique aux autorités, ne laissait aucun doute sur leurs intentions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que révèle cet événement va pourtant au-delà de la provocation. Comme le souligne le chercheur Fabrice Raffin dans une <a href="https://www.lokko.fr/">analyse publiée</a>, les teknivals rassemblent avant tout des jeunes d&rsquo;origine modeste « à qui les politiques culturelles ne s&rsquo;adressent qu&rsquo;à la marge » et à qui « la fête est largement confisquée par l&rsquo;industrie du loisir ». Derrière les stéréotypes, une réalité sociologique que l&rsquo;événement de Cornusse a rendue visible à tout le pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Loi RIPOST : punir ou réguler ?</strong><br></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le timing du Teknival de Cornusse n&rsquo;est pas anodin. Le 9 avril 2026, l&rsquo;Assemblée nationale adoptait en première lecture la proposition de loi RIPOST, acronyme de « Réponse Immédiate aux Phénomènes troublant l&rsquo;Ordre Public et la Tranquillité de nos concitoyens », portée par la députée Horizons Laetitia Saint-Paul. Le texte est désormais entre les mains du Sénat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que prévoit concrètement ce texte est considérable. Organiser un événement rave party gratuit non déclaré deviendrait un délit passible de deux ans d&#8217;emprisonnement et 30 000 euros d&rsquo;amende, avec comparution immédiate possible et saisie sur-le-champ du matériel et des véhicules. Les simples participants seraient quant à eux visés par une amende forfaitaire de 300 euros. En comparaison, le droit actuel ne prévoit qu&rsquo;une contravention de 1 500 euros pour les organisateurs, la saisie du matériel ne pouvant intervenir qu&rsquo;après la fin de l&rsquo;événement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre de l&rsquo;Intérieur Laurent Nuñez s&rsquo;est rendu sur place à Cornusse le dimanche 3 mai pour durcir le message. Au total, plus de 20 000 contrôles et 3 500 procès-verbaux ont été dressés avant la fin de l&rsquo;événement, selon <a href="https://www.ici.fr/centre-val-de-loire/cher-18/cornusse">ICI France Berry</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse politique n&rsquo;a pas tardé à se polariser. À gauche, la députée écologiste Sandrine Rousseau a dénoncé sur France Info une « logique de répression contre-productive ». À droite, les critiques ont pointé le « laxisme » de l&rsquo;État face à un rassemblement massif sur un site militaire. Entre ces deux positions, une question de fond reste ouverte : une loi plus sévère empêchera-t-elle réellement les teknivals, ou les rendra-t-elle simplement plus clandestins et moins sûrs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Les coulisses sanitaires : préparer le pire sans le provoquer</strong><br></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant que le débat politique enflait, une autre mobilisation se jouait en silence dans les coulisses du système de santé du Cher. Cette dimension, peu couverte par les médias nationaux, est pourtant celle qui révèle peut-être le mieux ce que l&rsquo;incident a exigé du territoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons pu consulter un dossier fort intéressant qui vient de publier l&rsquo;ARS Centre-Val de Loire destinés aux professionnels de santé de la région (« Lettre Pro » 8 mai 2026) dans laquelle deux urgentistes témoignent : la Dr Marie-Céline Mazuir, cheffe du service SAMU-Urgences du Centre hospitalier de Bourges et le Dr Mohamed Saïdani, médecin urgentiste au SAMU 35, mobilisé en renfort depuis Rennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit qu&rsquo;ils dressent est celui d&rsquo;une anticipation méthodique face à l&rsquo;incertitude. Dès les premières heures, le CH de Bourges a activé le niveau 1 du Plan de gestion des tensions hospitalières, ouvert un événement SI-VIC pour anticiper un afflux massif de victimes, et transmis l&rsquo;alerte au SAMU zonal de Rennes. Des lits ont été libérés, des transferts anticipés, des rappels de personnels préparés. Non pas parce que la catastrophe était certaine, mais précisément parce qu&rsquo;elle ne l&rsquo;était pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Accueillir un afflux massif de patients, sans en connaître ni le moment ni l&rsquo;ampleur, est un paradoxe que les équipes savent gérer », résume la Dr Mazuir pour la Lettre Pro de l&rsquo;ARS. Le Dr Saïdani complète : « On ne se prépare pas à ce qui va arriver, mais à ce qui pourrait arriver. » Le scénario redouté était celui d&rsquo;une explosion de munitions enfouies dans les zones boisées du Polygone, risque réel, puisque des démineurs ont effectivement dû intervenir après la découverte d&rsquo;un obus en bordure du site.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au final, le bilan sanitaire a été contenu : 33 blessés, dont 5 cas graves liés à la consommation de stupéfiants. Un résultat que la Dr Mazuir attribue autant à la chance qu&rsquo;à la préparation collective, pompiers, SAMU et réserve sanitaire travaillant en équipes mixtes sur un poste médical avancé installé en plein champ. « Cette reconnaissance mutuelle des compétences, rare dans l&rsquo;exercice quotidien, est l&rsquo;une des réussites majeures de cette mobilisation », conclut-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Teknival de Cornusse restera dans les mémoires du Cher comme bien plus qu&rsquo;un fait divers festif. Il a mis en lumière, simultanément, la vitalité d&rsquo;une culture populaire que les politiques peinent à saisir, les limites d&rsquo;un arsenal juridique à la recherche de son équilibre entre répression et régulation, et la capacité silencieuse d&rsquo;un territoire à protéger ses habitants, même ceux qui s&rsquo;y installent sans y être invités. Trois visages d&rsquo;une même France, réunis le temps d&rsquo;un week-end de mai dans un champ du Berry.<br><br><br><br><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Journalisme scientifique et récits marketing : des liaisons dangereuses illustrées par un étude de cas</title>
		<link>https://citizen4science.org/journalisme-scientifique-et-recit-marketing-des-liaisons-dangereuses-illustree-par-un-cas-pratique/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2026 12:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Communication scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Déontologie]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;hebdomadaire L&#8217;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>L&rsquo;hebdomadaire L&rsquo;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de paradigme » pour le combat contre le cancer et menés par un chercheur « baroque » à contre-tendance. Un exemple particulièrement éclairant de déformation narrative de l&rsquo;information scientifique</em></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tendance est inquiétante, sans être pour autant nouvelle. C&rsquo;est un article de L&rsquo;Express datée du 28 mars dernier qui a attiré notre attention. L&rsquo;article est payant, mais le peu qui est lisible sur internet a de quoi émoustiller : on y parle de « projet à front renversé », par un chercheur au « CV baroque » n&rsquo;est « ni oncologue ni épidémiologiste », « ny connaît pas grand chose aux tumeurs » mais il va peut-être bien « modeler quelques-unes des futures révolutions en cancérologie ».</p><div id="citiz-1935782313" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">On aurait donc un chercheur qui décroche une bourse prestigieuse pour mener des recherches à contre-pied de la recherche normale hors de son domaine d&rsquo;expertise ? Scandale ou génie ? Il nous faut nous procurer cet article. Au kiosque à journeaux, L&rsquo;Express est arrivé à ses fins, nous extirpant quelques euros. Nous nous préparons donc à lire un article de révolution scientifique par un scientifique révolutionnaire. Nous allons être surpris. Mais dans quel sens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">De la vraie science, un récit inventé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous analysons souvent dans nos colonnes l&rsquo;information et la désinformation en science et santé. Cette dernière est parfois grossière, ce qui a l&rsquo;intérêt de la rendre facilement identifiable.  On peut citer dans nos sujets récents les blogs « techno-enthousiastes » à base d&rsquo;annonces spectaculaires reprenant ce qui buzz sur les réseaux sociaux, des promesses excessives sur résultats scientifiques préliminaires, qui donne l&rsquo;image d&rsquo;une science faite d&rsquo;une succession de ruptures spectaculaires permanentes.  Ces formats sensationnalistes sont relativement faciles à identifier. Ils exagèrent, ils dramatisent, politisent souvent, et leur façon de rouler des mécanique finit généralement par se voir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une forme plus subtile de déformation et d&rsquo;exploitation narrative de la science existe. Elle ne repose pas sur l&rsquo;invention et l&rsquo;extrapolation à outrance de résultats, mais sur une transformation plus profonde du récit scientifique lui-même : construire, autour de recherches parfaitement solides, une histoire inventée de changement de paradigme dans la manière dont fonctionne la recherche biomédicale, comme si certaines approches constituaient des renversements méthodologiques alors qu&rsquo;elles relèvent de continuités anciennes et parfaitement établies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lexpress.fr/sciences-sante/cancer-paul-bastard-25-millions-de-dollars-pour-renverser-le-combat-contre-les-tumeurs-FU5B3PRXAJE7NJBYOECZEMTOSI/">L&rsquo;article publié par L&rsquo;Express le 28 mars 2026</a> autour du projet ATLAS coordonné par le Dr Paul Bastard, en fournit une illustration particulièrement éclairante sur ses mécanismes. Le projet vient d&rsquo;obtenir un financement de 25 millions de dollars dans le cadre de Cancer Grand Challenges, initiative portée notamment par Cancer Research UK et le National Cancer Institute. Les travaux sont sérieux, le financement est prestigieux, la question scientifique est pertinente. Le problème n&rsquo;est pas la science, mais la construction d&rsquo;un récit qui en déforme des aspects notables.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les règles du journalisme : savoir analyser les sources</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous aurions pu placer ce paragraphe ultérieurement, mais autant le dire tout de suite parce c&rsquo;est clé : La règle cardinale du journalisme, scientifique ou autre, est simple : savoir analyser la nature et la fiabilité des sources, privilégier les sources primaires. Le Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) le rappelle explicitement dans sa <a href="http://cdjm.org/le-traitement-des-questions-scientifiques">recommandation sur le traitement journalistique des questions scientifiques</a> : Il est essentiel de privilégier les publications originelles plutôt que les communiqués de presse et les briefings des communicants. L&rsquo;exigence est la même dans le code d&rsquo;éthique de la <a href="http://spj.org">Society of Professional Journalists</a> , référence mondiale depuis 1973 : utiliser les sources originales chaque fois que possible, vérifier l&rsquo;information avant publication, et ne jamais laisser la vitesse de publication prendre le pas sur l&rsquo;exactitude des faits. Les standards internationaux du journalisme scientifique, ou tout simplement la charte de Munich  sont plus directs encore : les communiqués de presse sont des documents de marketing et le journaliste n&rsquo;est pas un publicitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le sujet en question, quelle est la source ? S&rsquo;agissant d&rsquo;une bourse de recherche, elle se trouve sur le site de Cancer Grand Challenges, accessible au public. L&rsquo;organisme explique ce qu&rsquo;il finance avec cette bourse et la justification de son attribution. On nous y explique que si de nombreuses études se concentrent sur les causes actives du cancer, et qu&rsquo;il est « également nécessaire » de comprendre comment les réponses naturelles de l&rsquo;organisme peuvent empêcher son développement. Ce « également » est essentiel : il exprime une complémentarité, pas une inversion, pas une rupture, pas un changement de paradigme. Nulle part est-il question de changement de paradigme pour le projet choisi. Elle décrit en fait un projet ambitieux par son envergure, explorant le rôle possible d&rsquo;auto-anticorps modulateurs d&rsquo;immunité dans les mécanismes de résistance au cancer. Un projet important, prometteur, mais inscrit dans les continuités classiques de l&rsquo;immunologie translationnelle en oncologie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;article affirme à la place, et l&rsquo;erreur factuelle<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste avec le traitement de L&rsquo;Express est saisissant. Le titre évoque une lutte « à front renversé », le chapô parle de « contre-pied », le texte multiplie les références à une démarche « hors des clous », « impertinente », « renversant les paradigmes ». L&rsquo;article affirme par ailleurs que le financement obtenu relèverait d&rsquo;une bourse examinant « uniquement les projets de rupture ». Cette formulation est factuellement contestable. Le programme Cancer Grand Challenges finance des projets ambitieux, interdisciplinaires et à fort potentiel, sélectionnés pour leur capacité à répondre à des défis scientifiques complexes identifiés par un comité international, parmi dix-huit défis médicaux actifs allant des tumeurs pédiatriques aux inégalités face au cancer. Il ne se définit nulle part comme un mécanisme exclusivement réservé à des changements de paradigme. La nuance est décisive : un projet peut être ambitieux pour son impact en santé publique, sans constituer un renversement méthodologique, et confondre ambition scientifique et rupture conceptuelle déforme la nature même de la recherche. Le CDJM est sans ambiguïté sur ce point : il importe, sur les questions scientifiques, d&rsquo;être particulièrement attentif à ce que titraille, chapô et annonces d&rsquo;un sujet n&rsquo;en altèrent pas le sens ou la portée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un parcours « baroque » ou cohérent ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le storytelling de l&rsquo;article a été posé. Mais il va être enjolivé, tant qu&rsquo;à faire, par la présentation d&rsquo;un chercheur, totalement « profane » en oncologie. On peut imaginer dans l&rsquo;esprit du lecteur que se forme alors l&rsquo;idée du génie, qui débarque dans un domaine médical complexe sans la moindre formation ou expertise dans le domaine. C&rsquo;est fâcheux pour l&rsquo;image de la science, basée sur l&rsquo;expertise en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, qu&rsquo;en est-il ?  Sans surprise, cette présentation ne résiste pas à l&rsquo;examen. Paul Bastard est médecin pédiatre, formé à Paris et Madrid, ayant suivi un master à l&rsquo;Université Rockefeller de New York avant de revenir en résidence d&rsquo;immunologie pédiatrique et de soutenir une thèse. Ses recherches portent sur les déterminants génétiques et immunologiques des maladies virales graves, notamment les causes et conséquences des auto-anticorps dirigés contre les interférons de type I. Ce parcours n&rsquo;a rien de marginal : il est précisément situé à l&rsquo;intersection de l&rsquo;immunologie fondamentale et de l&rsquo;immunopathologie clinique, dans des institutions académiques de tout premier rang mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or l&rsquo;immunologie constitue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des piliers centraux de la recherche oncologique contemporaine. L&rsquo;immuno-oncologie, qui intègre des approches conçues pour renforcer ou réactiver la capacité du système immunitaire à lutter contre le cancer, a connu une transformation majeure récompensée par le prix Nobel de médecine 2018. Des milliers d&rsquo;immunologistes travaillent aujourd&rsquo;hui sur le cancer dans le monde entier. Présenter un immunologiste spécialiste des auto-anticorps qui s&rsquo;attaque à une question d&rsquo;oncologie comme profane du domaine relève moins de l&rsquo;analyse scientifique que de la scénarisation journalistique assez trompeuse, quand on sait que nombre de médicaments oncologiques de dernière génération sont des médicaments biologiques, précisément des &#8230; anticorps humanisés. L&rsquo;éducation du public à ces disciplines scientifiques et leur présentation erronée comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de silos, en prend donc un sérieux coup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La figure du « génie outsider » est un ressort narratif classique. Elle fonctionne bien. Mais elle déforme ici la réalité. D&rsquo;ailleurs, le CDJM met en garde contre ce biais en lien avec l&rsquo;expertise ou la non-expertise : vérifier la valeur d&rsquo;un expert auprès de ses pairs, en particulier quand sa position détonne, et ne pas considérer que le statut social ou la renommée d&rsquo;un scientifique en font automatiquement un porteur de vérité scientifique. Mais aussi l&rsquo;inverse, et c&rsquo;est ce qui nous intéresse dans notre cas pratique : ne pas construire un récit de rupture sur la prétendue marginalité d&rsquo;un chercheur qui n&rsquo;est en réalité pas marginal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une rupture historiquement imaginaire<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur du récit repose sur une opposition : la recherche se serait historiquement concentrée sur les causes du cancer, tandis que le projet adopterait une approche « inverse » centrée sur les mécanismes de résistance. Cette opposition est historiquement inexacte. On joue ici d&rsquo;un biais cognitif classique : le faux dilemme. Faire croire que la recherche scientifique est centrée sur un aspect technique alors qu&rsquo;elle est multfactorielle et désormais translationnelle.  L&rsquo;étude des personnes exposés mais non malades, des trajectoires atypiques, des résistances naturelles et des facteurs protecteurs est constitutive de l&rsquo;épidémiologie, de l&rsquo;immunologie et de la médecine expérimentale depuis des décennies. La pandémie de Covid-19 en a fourni une illustration récente et frappante : l&rsquo;analyse de clusters familiaux où certains individus restaient indemnes malgré une exposition comparable a conduit à l&rsquo;identification de déterminants immunologiques et génétiques spécifiques. C&rsquo;est une logique que les membres de l&rsquo;équipe ATLAS ont eux-mêmes appliquée en découvrant le lien entre auto-anticorps et sévérité du Covid-19. Cette démarche n&rsquo;a rien de nouveau. Elle appartient au socle classique de la recherche scientifique. Présenter cette continuité comme un « pari inverse » revient à fabriquer artificiellement de la nouveauté là où il n&rsquo;y a qu&rsquo;un approfondissement légitime et parfaitement attendu. <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N53359" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">D&rsquo;où vient ce récit déformant ? Circulation mimétique et amplification d&rsquo;un briefing institutionnel</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le dossier devient particulièrement instructif, parce que nous avons pu idenifier la source du récit marketing de L&rsquo;Express. Nous l&rsquo;avons vu, le cadrage de rupture n&rsquo;est pas donné par l&rsquo;organisme prestigieux qui a analysé les travaux de recherche et décidé de les financer par une bourse. Pour autant, ce n&rsquo;est pas une invention de L&rsquo;Express. Le storytelling marketing apparaît dans certaines communications institutionnelles intermédiaires : des formulations évoquant une approche « inverse » ou un « changement de paradigme » circulent dans des supports de valorisation académique, comme la communication officielle de l&rsquo;Université Paris Cité qui titre « Un changement de paradigme en oncologie ». Paris Cité n&rsquo;a rien inventé non plus, elle reprend en fait mot pour mot le paragraphe d&rsquo;une communication institutionnelle de l&rsquo;Institut Imagine auquel est affilié le Dr Bastard : « Un changement de paradigme en oncologie &#8211; Traditionnellement, la recherche s&rsquo;est concentrée sur l&rsquo;identification des facteurs qui favorisent l&rsquo;apparition des tumeurs. L&rsquo;équipe ATLAS fait le pari inverse : étudier les barrières qui s’opposent à leur développement sur une recherche ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque mot de cette phrase mérite examen, car c&rsquo;est elle qui a fourni à L&rsquo;Express son titre, son chapô et l&rsquo;ensemble de son lexique de rupture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Traditionnellement » est le premier signal d&rsquo;alarme, et le plus profond. En science, ce mot est presque une contradiction dans les termes. La recherche scientifique, y compris méthodes  ne fonctionne pas par tradition : elle fonctionne par accumulation de preuves, révision permanente des hypothèses et méthodologies, et remise en question constante des résultats antérieurs. Ce qui est vrai aujourd&rsquo;hui peut être infirmé demain. Ce qui semblait établi peut être nuancé par une nouvelle étude, évoluer au gré d&rsquo;une nouvelle méthodologie en raisons des limites de la précédente. La tradition, au sens de pratique reconduite par habitude ou convention, est précisément ce contre quoi la méthode scientifique est construite. Dire que la recherche a « traditionnellement » procédé d&rsquo;une certaine façon, c&rsquo;est donc appliquer à la science un concept qui lui est étranger, et qui sert ici un seul objectif : construire artificiellement un avant figé pour mieux faire briller un après innovant. Ce mot devrait toujours déclencher une question réflexe : traditionnel par rapport à quoi, sur quelle période, avec quelles sources à l&rsquo;appui ? Ici, il n&rsquo;est suivi d&rsquo;aucune de ces précisions, parce que son rôle n&rsquo;est pas descriptif : il est narratif. « Fait le pari » est plus révélateur encore. Une hypothèse de recherche n&rsquo;est pas un pari : c&rsquo;est une proposition fondée sur  des observations préliminaires, des données existantes, une logique théorique cohérente. L&rsquo;éthique de la recherche  médicale veut d&rsquo;ailleurs que tout projet de recherche soit justifié. Présenter un chercheur comme un parieur est dès lors problématique. Ce mot appartient au registre de la communication, pas à celui de la science. « L&rsquo;approche inverse », enfin, est le nœud logique de toute la phrase : elle transforme un continuum de recherche en dichotomie, une complémentarité en opposition radicale. C&rsquo;est ce terme qui a possiblement donné la paraphrase  « à front renversé » et « contre-pied » de L&rsquo;Express, et l&rsquo;ensemble du lexique de rupture de l&rsquo;article de leur article. La chaîne causale est limpide : l&rsquo;institution écrit « approche inverse », le journaliste lit « renversement », le lecteur reçoit « révolution ». Chaque maillon amplifie légèrement le précédent. La communication institutionnelle valorise, positionne, séduit. C&rsquo;est un récit pour vendre ce que le journalisme n&rsquo;est pas.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le contraste saisissant du traitement journalistique international</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La comparaison avec la presse anglo-saxonne est particulièrement éclairante, parce qu&rsquo;elle démontre que le récit marketing de rupture est une création française. Cancer Research UK décrit ATLAS comme un projet dont les travaux « ont le potentiel de changer notre compréhension du rôle du système immunitaire dans le cancer. » Pharmaphorum résume sobrement : l&rsquo;équipe « examinera ce qu&rsquo;on peut apprendre de personnes qui ne développent pas de cancer malgré des habitudes à risque. » UT Southwestern écrit que l&rsquo;équipe « cherchera à identifier les mécanismes biologiques sous-jacents à la résistance aux tumeurs. » Pas un seul « paradigme », pas un seul « renversement », pas un seul « contre-pied » dans l&rsquo;ensemble de la couverture institutionnelle et journalistique anglophone, et pour cause.  Evidemment, c&rsquo;est moins vendeur pour le grand public. C&rsquo;est le cours ordinaire des choses en science, et « la science, c&rsquo;est long » (Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie).<a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une déformation narrative qui questionne d&rsquo;un point de vue déontologique mais aussi éthique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il n&rsquo;y a ici aucune falsification. Les données sont réelles, les financements existent, le projet est scientifiquement solide. Mais l&rsquo;histoire racontée les déforment, parce qu&rsquo;elle transforme une continuité scientifique en rupture spectaculaire, qu&rsquo;elle substitue une dramaturgie de l&rsquo;innovation à une description rigoureuse de la méthode, parce qu&rsquo;elle remplace l&rsquo;analyse journalistique critique des sources par la reprise amplifiée d&rsquo;un récit marketing nstitutionnel. Le CDJM nomme précisément ce risque en matière médicale ;  il est éthique : veiller à ne pas créer d&rsquo;espoirs non fondés chez des personnes atteintes de maladies graves, et rendre compte avec prudence des recherches et découvertes médicales annoncées par des chercheurs, qui ont rarement un impact immédiat sur l&rsquo;amélioration des traitements. Ce principe s&rsquo;applique avec une force redoublée lorsque la découverte est présentée non seulement comme prometteuse, mais comme révolutionnaire. <a href="https://www.seban-associes.avocat.fr/proposition-de-loi-darcos-instauration-dune-presomption-dexploitation-des-contenus-culturels-par-les-fournisseurs-dintelligence-artificielle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Former au journalisme scientifique est aussi urgent que de former les citoyens à la démarche scientifique </h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cas dépasse largement un article particulier. Il révèle une faiblesse structurelle du journalisme scientifique français : l&rsquo;insuffisante qualification des sources et la trop grande perméabilité aux récits de valorisation institutionnelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">On a l&rsquo;habitude, à juste titre, d&rsquo;insister sur la nécessité d&rsquo;éduquer le grand public à l&rsquo;esprit critique et à la science, et à lutter contre la désinformation en santé.<br>Mais cette exigence doit s&rsquo;appliquer avec la même force aux professionnels chargés de transmettre l&rsquo;information scientifique. Former les journalistes à distinguer une source objective d&rsquo;un communiqué de presse de valorisation, à identifier les glissements narratifs entre niveaux institutionnels, à repérer les reformulations promotionnelles qui circulent d&rsquo;une institution à l&rsquo;autre avant d&rsquo;atterrir dans la presse grand public : voilà un chantier important.  Car une société ne peut développer une culture scientifique solide si l&rsquo;information censée la transmettre se transforme en récit marketing qui malmène la réalité scientifique. En France, sur ce second chantier, il reste beaucoup de chemin à faire. La science n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;être scénarisée de façon spectaculaire pour être passionnante. Elle demande d&rsquo;être lue, comprise, contextualisée, puis racontée avec exactitude. C&rsquo;est précisément à cette condition que le journalisme scientifique demeure du journalisme, et non le relais de communications marketing.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



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			</item>
		<item>
		<title>Expertise et désinformation en santé : une tribune des agences sanitaires floue qui esquive l&#8217;essentiel</title>
		<link>https://citizen4science.org/expertise-et-desinformation-en-sante-une-tribune-des-agences-sanitaires-floue-qui-esquive-lessentiel/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 20:00:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Communication scientifique]]></category>
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		<category><![CDATA[Expert]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Santé]]></category>
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		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
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					<description><![CDATA[Les principaux dirigeants des agences sanitaires françaises (ANSM, HAS, Santé publique France, ANSES) publient dans Le Monde une tribune collective]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Les principaux dirigeants des agences sanitaires françaises (ANSM, HAS, Santé publique France, ANSES) publient dans Le Monde une tribune collective pour défendre l’expertise scientifique face à la  désinformation. Derrière les appels au pluralisme et à la confiance, ce texte reste étonnamment superficiel et révèle surtout une difficulté persistante des institutions à pratiquer l’autocritique.</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/04/14/toute-decredibilisation-de-l-expertise-scientifique-alimente-la-defiance_6679916_1650684.html">La tribune datée du 14 avril</a> publiée dans Le Monde rappelle que les décisions de santé publique reposent sur des évaluations collégiales et transparentes. Elle insiste sur le pluralisme comme vertu scientifique et sur la nécessité de protéger les experts. Ces points sont justes, mais ils sont présentés de manière abstraite, sans jamais entrer dans le concret des mécanismes qui produisent ou fragilisent réellement l’expertise. On peine à savoir à qui s’adresse ce texte : aux citoyens ? aux scientifiques ? aux décideurs politiques ? Il pourrait tout aussi bien avoir été écrit par un citoyen lambda inquiet, tant il reste flou et généraliste.</p><div id="citiz-923904478" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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</div>



<p class="wp-block-paragraph"><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le « pluralisme » en science invoqué, mais le consensus scientifique passé sous silence</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les auteurs soulignent à juste titre que le pluralisme fait partie de la démarche scientifique. Mais ils omettent d&rsquo;expliquer un élément central que tout lecteur non initié ignore : en science, le pluralisme n&rsquo;est pas une fin en soi. Il sert à construire, par confrontation rigoureuse des hypothèses et des données, un consensus, certes temporaire, mais qui permet d&rsquo;avancer, de prendre des décisions collectives et de faire à l&rsquo;instant T état des données de la science.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque ce consensus évolue, comme cela s&rsquo;est produit à plusieurs reprises à rythme rapde pendant la pandémie de Covid-19, les institutions ont régulièrement présenté ces révisions comme de simples ajustements techniques plutôt que comme les corrections normales et saines qu&rsquo;elles étaient. Cette façon de gommer les débats internes renforce chez une partie du public le sentiment que l&rsquo;expertise est monolithique, et donc suspecte dès qu&rsquo;elle change d&rsquo;avis. Les désinformateurs, critiqués par ces mêmes institutions, en on fait leur lit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment demander aux citoyens de faire confiance au processus scientifique sans jamais leur expliquer en quoi ce processus consiste ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une responsabilité externalisée, une rhétorique de victimisation<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune attribue presque exclusivement la perte de confiance à la désinformation extérieure et aux attaques personnelles contre les experts. Cette lecture n&rsquo;est non seulement incomplète. Elle apparaît potentiellement même, contre-productive. Elle est extremement proche du raisonnement et de la rhétorique du rapport institutionnel <em>Désinformation en santé</em> que nous avons eu largement l&rsquo;occasion de critiquer. Ce n&rsquo;est sans doute pas un hasard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La défiance naît aussi, et peut-être d&rsquo;abord, des failles internes du système : communications publiques trop affirmatives sur des sujets encore incertains, délais dans la reconnaissance de certains signaux de sécurité, disqualification trop rapide de critiques argumentées venues de scientifiques qualifiés extérieurs aux cercles médiatico-institutionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En adoptant une rhétorique où les experts institutionnels ou académiques apparaissent perpétuellement assiégés et jamais responsables, les auteurs reproduisent exactement les codes qu&rsquo;ils dénoncent sur les réseaux sociaux : le camp des bons contre le camp des mauvais, la victimisation comme posture, l&rsquo;introspection absente. Nos colonnes l&rsquo;ont déjà documenté : ce mimétisme est l&rsquo;un des moteurs les plus puissants de la polarisation sanitaire en France.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Vers une expertise plus crédible : ce que cela implique concrètement<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une véritable défense de l&rsquo;expertise ne passe pas par des tribunes dans Le Monde. Elle passe par des actes. Cela suppose, en premier lieu, d&rsquo;accepter publiquement que l&rsquo;expertise produite par les agences n&rsquo;est jamais parfaite : qu&rsquo;elle est le produit d&rsquo;un processus humain, institutionnel, parfois contraint par des calendriers politiques ou des pressions budgétaires. Cela suppose ensuite de nommer les incertitudes réelles au moment où elles existent, plutôt que de les minimiser dans les communications publiques et de les reconnaître six mois plus tard quand l&rsquo;opinion a déjà tranché. Cela suppose enfin de traiter les conflits d&rsquo;intérêts non pas comme une formalité déclarative mais comme une exigence de conception : qui participe à l&rsquo;expertise, selon quels critères, avec quelle diversité de points de vue ? L&rsquo;Espagne vient de montrer, avec le rapport de son agence du médicament sur l&rsquo;homéopathie, ce que « dire la vérité clairement aux citoyens » signifie concrètement. Nous dédions un article très prochainement à cette communication ibérique en santé. Ce n&rsquo;est pas hors de portée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La confiance ne se décrète pas<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune des dirigeants d&rsquo;agences sanitaires françaises est en fait révélatrice d&rsquo;un malaise plus large et plus ancien. Tant que les institutions sanitaires françaises continueront à se poser en victimes sans pratiquer une introspection rigoureuse sur leurs propres pratiques de communication, elles contribueront elles-mêmes à la défiance qu&rsquo;elles déplorent. La crise de l&rsquo;expertise sanitaire n&rsquo;est pas seulement une attaque extérieure contre la science. Elle est aussi le symptôme d&rsquo;un système qui doit se réformer s&rsquo;il veut retrouver sa légitimité auprès des citoyens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La confiance ne se décrète pas. Elle se reconquiert par la rigueur, la transparence et l&rsquo;honnêteté intellectuelle, y compris, et peut-être surtout, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de reconnaître ses propres erreurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette obstination politique, le regard incisif et humoristique de <a href="http://&lt;!-- wp:html --&gt; https://www.facebook.com/watch/?v=750090884728181 &lt;!-- /wp:html --&gt;">Nicole Ferroni fait mouche. Dans son sketch viral,</a> elle met en scène le retour du « nouvel album Loi Duplomb 2 », comme si rien n’avait changé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">« L’erreur est humaine, mais persévérer… « , lance-t-elle avec justesse. Ce clin d’œil citoyen rappelle utilement qu’il ne suffit pas de revenir à la charge pour avoir raison face aux faits et à l’exigence de précaution.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



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<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"></a></p>



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		<title>Loi Darcos sur l&#8217;IA et les contenus culturels : ce que dit vraiment le texte et ce que ses détracteurs taisent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 12:43:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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		<category><![CDATA[Propriété intellectuelle]]></category>
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					<description><![CDATA[Le Sénat a adopté à l&#8217;unanimité, le 8 avril 2026, une proposition de loi instaurant une présomption d&#8217;utilisation des contenus]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Sénat a adopté à l&rsquo;unanimité, le 8 avril 2026, une proposition de loi instaurant une présomption d&rsquo;utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d&rsquo;intelligence artificielle. Un texte court, un article unique dans le Code de la propriété intellectuelle, mais aux implications considérables sur le plan probatoire, technologique et géopolitique.</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La loi vient juste d&rsquo;être adoptée par les sénateurs, et déjà, les clivages se forment. D »un côté les créateurs qui respirent, de l&rsquo;autre les milieux tech qui s&rsquo;alarment. La réalité, comme souvent, résiste aux deux visions et leurs récits polarisés.</p><div id="citiz-4185343008" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<h3 class="wp-block-heading">Genèse et problématique traitée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut remonter au rapport sénatorial du 9 juillet 2025 pour comprendre la genèse du texte. Signé par Agnès Evren, Laure Darcos et Pierre Ouzoulias, il s&rsquo;intitule : <em>« <a href="https://www.senat.fr/rap/r24-842/r24-842.html">Création et IA : de la prédation au partage de la valeur</a></em>« .  il préconise une méthode graduelle en trois temps : concertation d&rsquo;abord, loi en cas d&rsquo;échec, et enfin taxation si nécessaire afin de régler la problématique que nous allons décrire maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;essor de l&rsquo;IA générative, les grands modèles de langage et de génération d&rsquo;images, GPT, Gemini, Mistral et leurs semblables, s&rsquo;entraînent sur des corpus colossaux de données issues du web : textes, romans, articles de presse, partitions, photographies, œuvres audiovisuelles. Ces œuvres sont, pour l&rsquo;immense majorité d&rsquo;entre elles, protégées par le droit d&rsquo;auteur ou des droits voisins. Leurs créateurs n&rsquo;ont, dans les faits, jamais donné leur consentement à cet usage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème n&rsquo;est pas seulement moral. Il est probatoire, et c&rsquo;est là qu&rsquo;il devient juridiquement paralysant. En droit commun, c&rsquo;est au demandeur, c&rsquo;est-à-dire à l&rsquo;auteur qui s&rsquo;estime spolié, de prouver que son œuvre a bien été utilisée pour entraîner tel ou tel modèle. Or cette preuve est structurellement impossible à rapporter : les corpus d&rsquo;entraînement ne sont jamais rendus publics, ils sont souvent partiellement détruits une fois le modèle formé, et la traçabilité d&rsquo;une œuvre spécifique dans les centaines de milliards de paramètres d&rsquo;un réseau de neurones n&rsquo;existe tout simplement pas avec les outils actuels. Le créateur se retrouve donc dans la position absurde de devoir prouver ce qu&rsquo;il ne peut pas voir, à l&rsquo;intérieur d&rsquo;une boîte noire à laquelle personne n&rsquo;est tenu de lui donner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément cette violente asymétrie que la loi Darcos entend corriger. Son mécanisme central est un renversement de la charge de la preuve. Elle dispose ainsi que dorénavant, toute œuvre protégée sera présumée avoir été utilisée par le fournisseur d&rsquo;un système d&rsquo;IA, dès lors qu&rsquo;un simple indice, issu du développement, du déploiement ou des résultats générés par le modèle, rend cette utilisation vraisemblable. C&rsquo;est dès lors au fournisseur de démontrer qu&rsquo;il n&rsquo;a pas utilisé l&rsquo;œuvre en question, ou qu&rsquo;il a respecté les exigences légales applicables, notamment en ayant obtenu une licence ou en bénéficiant d&rsquo;une exception légale de fouille de données.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En d&rsquo;autres termes, la loi ne crée pas de nouveaux droits pour les auteurs. Elle leur donne enfin les moyens de faire valoir ceux qu&rsquo;ils possèdent déjà.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La concertation a eu lieu. Engagée par Rachida Dati et Clara Chappaz entre dirigeants du secteur de l&rsquo;IA et représentants des titulaires de droits, elle n&rsquo;a abouti à aucun accord. Ce n&rsquo;est donc pas un coup de force législatif imprévu qui voit le jour avec ce projet de loi, c&rsquo;est l&rsquo;étape deux d&rsquo;une feuille de route annoncée, après l&rsquo;échec constaté de la négociation volontaire. La proposition de loi a ainsi été déposée le 12 décembre 2025 par les trois auteurs du rapport. Il est à noter que le texte a d&rsquo;abord été soumis au Conseil d&rsquo;État en mars 2026 avant d&rsquo;être examiné par les sénateurs. Il s&rsquo;agit là d&rsquo;une précaution constitutionnelle rare pour une proposition de loi, qui témoigne à la fois de la conscience de la fragilité juridique potentielle du dispositif et de la rigueur de ses auteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que fait vraiment la loi, ni plus ni moins</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte tient en <a href="https://www.senat.fr/leg/tas25-085.html">un article unique, inséré à l&rsquo;article L. 331-4-1 du Code de la propriété intellectuelle</a>. Toute œuvre protégée par un droit d&rsquo;auteur ou un droit voisin est présumée avoir été utilisée par le fournisseur d&rsquo;un système d&rsquo;IA, dès lors qu&rsquo;un indice afférent au développement, au déploiement ou aux résultats générés « rend vraisemblable » cette utilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cela signifie concrètement, c&rsquo;est les fournisseurs de systèmes d&rsquo;IA seraient présumés responsables dès lors qu&rsquo;un indice rend vraisemblable une telle utilisation, et il leur appartiendrait alors de démontrer qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas utilisé de contenus protégés ou qu&rsquo;ils ont respecté les exigences légales applicables. <a href="https://www.seban-associes.avocat.fr/proposition-de-loi-darcos-instauration-dune-presomption-dexploitation-des-contenus-culturels-par-les-fournisseurs-dintelligence-artificielle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cette loi ne signifie pas, il convient de le dire au regard de ses détracteurs qui l&rsquo;affirment pourtant souvent : il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une interdiction d&rsquo;utiliser des contenus culturels pour entraîner un modèle, ni d&rsquo;une présomption de contrefaçon automatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil d&rsquo;État a précisé qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une présomption d&rsquo;usage et non d&rsquo;une présomption d&rsquo;atteinte. Ainsi, c&rsquo;est au juge de qualifier l&rsquo;éventuelle contrefaçon après constatation de l&rsquo;utilisation. La présomption est par ailleurs simple, réfutable et non irréfragable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sénat a également précisé que les acteurs à qui la présomption est imputable sont tant les fournisseurs de modèles que les fournisseurs de systèmes d&rsquo;IA afin de couvrir l&rsquo;ensemble des acteurs de la chaîne de développement et de déploiement;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le paradoxe technique que personne ne veut vraiment résoudre</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que l&rsquo;esprit critique s&rsquo;impose, comme toujours indépendamment des camps. Car la loi produit une asymétrie probatoire délibérée, et la question de sa praticabilité réelle mérite d&rsquo;être posée, sans idéologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment un fournisseur de modèle d&rsquo;IA réfutera-t-il cette présomption ? Les corpus d&rsquo;entraînement des grands modèles sont rarement rendus publics, souvent partiellement détruits après la phase d&rsquo;entraînement, et la traçabilité d&rsquo;une œuvre spécifique dans les paramètres d&rsquo;un réseau de neurones à des centaines de milliards de poids n&rsquo;est tout simplement pas possible avec les outils actuels d&rsquo;interprétabilité. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil d&rsquo;État a indiqué que la preuve contraire pourrait être apportée via une expertise respectant le secret des affaires. Cela étant dit,  une expertise forensique sur un modèle de la taille de GPT-4 est-elle réaliste dans des délais judiciaires raisonnables ? L&rsquo;état de l&rsquo;art ne le permet pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette limite technique n&rsquo;invalide pas le texte : elle en révèle la vraie nature. Comme l&rsquo;explique la co-auteure de la loi Agnès Evren, l&rsquo;objectif n&rsquo;est pas de multiplier les procès, mais de créer un effet dissuasif pour inciter les acteurs de l&rsquo;IA à abandonner certains comportements de prédation au profit de la négociation. La loi n&rsquo;est pas un outil contentieux à proprement parler ; elle s&rsquo;avère être un levier de négociation contractuelle. Elle rééquilibre le rapport de force à la table des discussions avant que le juge ne soit saisi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette logique nouvelle, celle de la donnée comme actif stratégique dont l&rsquo;usage doit être traçable, justifiable et potentiellement soumis à rémunération, pourrait créer les conditions favorables à l&rsquo;émergence d&rsquo;un marché de licences volontaires, notamment dans l&rsquo;industrie musicale et audiovisuelle. C&rsquo;est en ce sens que les effets économiques induits pourraient être plus significatifs que les effets juridiques directs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il reste une question que la loi ne résout pas, et que ses partisans préfèrent souvent esquiver : qui sont réellement les bénéficiaires ? Les grandes sociétés de gestion collective, SACEM, SAIF, SNE, disposent des moyens d&rsquo;agir en justice et de négocier des accords de licence. Les créateurs indépendants, eux, n&rsquo;ont ni la capacité de détecter l&rsquo;usage de leurs œuvres, ni celle de financer un contentieux contre OpenAI ou Google. La présomption est un outil, mais un outil que seuls certains peuvent manier&#8230;</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&#8217;embarras de l&rsquo;exécutif ou la France écartelée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps resté silencieux, le gouvernement est finalement sorti de son mutisme devant les sénateurs, s&rsquo;en remettant à la « sagesse » de l&rsquo;hémicycle sans prendre position pour ou contre le texte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette posture de neutralité calculée trahit une contradiction structurelle. La France a fait du développement de l&rsquo;IA une priorité nationale, et l&rsquo;esprit qui a présidé au Sommet de Paris de février 2025 était clairement celui d&rsquo;un pays voulant rivaliser avec les États-Unis et la Chine dans la course aux modèles. Imposer une présomption de responsabilité aux fournisseurs, c&rsquo;est potentiellement fragiliser les acteurs européens, au premier rang desquels Mistral, face à des concurrents américains et chinois qui opèrent dans des juridictions sans contrainte comparable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet argument est réel. Mais il est souvent agité de façon abusive par ceux qui voudraient en faire une raison de ne rien réguler du tout. Des comédiens de doublage français avaient obtenu début 2026 le retrait par la plateforme américaine Fish Audio de <a href="https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-actualites/intelligence-artificielle-une-proposition-de-loi-pour-alimenter-lia-de-facon-ethique">47 modèles d&rsquo;IA reproduisant leur voix sans consentement </a>ni rémunération, mais ces succès judiciaires restent rares.C&rsquo;est précisément cette rareté, structurelle et probatoire, qui légitime l&rsquo;intervention législative.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prétendre que cette loi serait « économiquement criminelle » ou mettrait en péril l&rsquo;existence même de Mistral sur le sol français, c&rsquo;est confondre un outil probatoire civil, limité et réfutable, avec une interdiction d&rsquo;exercer. C&rsquo;est agiter un épouvantail plutôt qu&rsquo;analyser un texte. L&rsquo;esprit critique commande d&rsquo;interroger les uns et les autres sur leurs intérêts, y compris ceux qui s&rsquo;expriment au nom de « l&rsquo;innovation » sans jamais préciser de qui elle provient, et au bénéfice de qui elle s&rsquo;exerce.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Articulation avec l&rsquo;AI Act : <a href="https://www.village-justice.com/articles/proposition-loi-darcos-vote-senat-chainon-manquant,56991.html">le chaînon manquant</a></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil d&rsquo;État a estimé que le législateur national était compétent pour créer cette présomption, considérant que la proposition de loi n&rsquo;était contraire ni à la Constitution, ni au droit européen, sous réserve de quelques ajustements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;AI Act impose bien aux fournisseurs de modèles d&rsquo;IA générative des obligations de politique de conformité au droit d&rsquo;auteur et de transparence sur les données d&rsquo;entraînement via des résumés publics. Mais il ne tranche pas lui-même tous les conflits de titularité ou d&rsquo;usage. La loi Darcos comble donc un angle mort normatif réel : elle crée l&rsquo;outil procédural que le règlement européen n&rsquo;a pas voulu fournir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la France se mobilise maintenant, c&rsquo;est précisément parce que les négociations au niveau européen traînent ou n&rsquo;aboutissent pas. Avec ce texte, la France se positionne en laboratoire normatif, et c&rsquo;est délibéré. La présomption d&rsquo;exploitation pourrait influencer les pratiques contractuelles à l&rsquo;échelle européenne, comme le RGPD l&rsquo;a fait pour les données personnelles.  La comparaison est certes spéculative, mais elle n&rsquo;est pas fantaisiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Ce qui reste ouvert : l&rsquo;Assemblée nationale et la troisième étape</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La proposition de loi a été transmise à l&rsquo;Assemblée nationale. Son adoption par les députés n&rsquo;est pas garantie, dans un contexte où l&rsquo;exécutif ne s&rsquo;est pas prononcé en sa faveur. La sénatrice Darcos espère une inscription à l&rsquo;ordre du jour avant le 15 juillet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la loi entre en vigueur, ses effets seront d&rsquo;abord dissuasifs avant d&rsquo;être contentieux, et comme nous l&rsquo;avons vu, c&rsquo;est voulu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"> La troisième étape de la feuille de route sénatoriale, une taxation des usages d&rsquo;IA à des fins culturelles, reste en réserve comme une menace implicite si la négociation n&rsquo;aboutit pas même sous ce nouveau rapport de force.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte constitue une première étape dans la protection des auteurs face à la déferlante de l&rsquo;IA, importante au regard des oppositions qu&rsquo;elle a suscitées, mais encore timide pour assurer une réelle protection des créateurs. Car l&rsquo;IA oui, mais avec éthique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être là l&rsquo;évaluation la plus honnête. Ni la révolution que les créateurs espèrent, ni le désastre industriel que les milieux tech annoncent. Un pas, prudent, dans un terrain encore largement inexploré, dont la vraie mesure se prendra non pas dans les prétoires, mais dans les salles de négociation où créateurs et plateformes vont, espérons-le,  devoir se retrouver avec un rapport de force enfin modifié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l&rsquo;heure, on peut espérer une soutien affirmé des vrais créateurs de contenus originaux. Du côté des détracteurs de la loi, on trouvera assurément ceux qui les exploitent via l&rsquo;IA, parfois tout en s&rsquo;en défendant. </p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La proposition de loi n° 85 (2025-2026), adoptée par le Sénat le 8 avril 2026 à l&rsquo;unanimité, est désormais transmise à l&rsquo;Assemblée nationale pour examen.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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			</item>
		<item>
		<title>« Immersion en médiation » épisode 5 &#8211; Le rapport du Conseil national de la médiation (CNM)</title>
		<link>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-5-le-rapport-du-conseil-national-de-la-mediation-cnm/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Apr 2026 18:01:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 19 avril 2026, le Conseil national de la médiation (CNM) a rendu public son rapport de fin de mandat]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le 19 avril 2026, le Conseil national de la médiation (CNM) a rendu public son rapport de fin de mandat intitulé &rsquo;75 recommandations pour une médiation de qualité&rsquo;. Fruit de trois années de travaux collectifs pluridisciplinaires, il dresse un bilan réaliste de la médiation en France et propose un socle concret pour professionnaliser la pratique sans la rigidifier.</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Créé par la loi du 22 décembre 2021 pour la confiance dans l’institution judiciaire, le CNM, présidé par Frédérique Agostini avec Myriam Bacqué et Christiane Féral-Schuhl comme co-présidentes, réunit magistrats, administrations, associations et praticiens. Sa mission : harmoniser les pratiques, proposer une déontologie commune et des référentiels de formation tout en améliorant l’accès à ce mode amiable de résolution des conflits.Ce rapport intervient dans un contexte de surcharge des tribunaux et de recherche d’une justice plus pacifiée. Il ne crée ni ordre professionnel ni contrainte lourde, mais trace une feuille de route pragmatique pour que la médiation passe d&rsquo;un pratique parfois empirique et encore trop marginale à un outil structuré et valorisé.</p><div id="citiz-1711249394" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<h3 class="wp-block-heading">Résumé global du rapport</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le CNM constate des avancées réelles depuis 2021 : une politique publique de l’amiable plus affirmée, une cartographie nationale des médiateurs mise en ligne sur justice.fr, des prix distinguant les initiatives innovantes, une semaine internationale de la médiation soutenue, et bien sûr, le tout récent  décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 qui clarifie la distinction entre médiation et conciliation dans le Code de procédure civile en créant un nouveau Livre V qui renforce les modes de résolution amiable des conflits (MARD). </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, la médiation reste sous-utilisée. Les freins persistent, à savoir sa méconnaissance du public et des professionnels, les disparités de qualité des pratiques , des financements inadaptés, des listes de médiateurs opaques et manque un d’évaluation chiffrée fiable sur cette discipline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les 75 recommandations se répartissent en 50 à l’attention des pouvoirs publics et 25 aux acteurs de terrain. Elles couvrent six grands axes : meilleure information et culture de l’amiable, renforcement de la qualité via déontologie et formation, financement viable, attractivité de la médiation, gouvernance et listes simplifiées, ainsi que des mesures spécifiques à la médiation familiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport insiste sur le caractère volontaire, confidentiel et non décisionnel de la médiation, tout en promouvant son rôle de pacification sociale et d’attractivité juridique de la France. Deux annexes majeures complètent le texte : une Charte de déontologie applicable à toutes les médiations et des référentiels détaillés de formation initiale et continue.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les 50 recommandations aux pouvoirs publics</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les 50 recommandations adressées aux pouvoirs publics forment le cœur opérationnel du rapport. Elles visent à créer les conditions d’un véritable écosystème favorable à la médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier axe, « Améliorer l’information et la culture de tous sur la médiation », insiste sur des campagnes nationales grand public, la formation initiale des magistrats, avocats et travailleurs sociaux, et des actions spécifiques en matière familiale pour prévenir les conflits lors des séparations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le deuxième axe renforce la qualité par la déontologie et la formation : adhésion obligatoire à la Charte pour les médiateurs judiciaires inscrits sur les listes des cours d&rsquo;appel, formation initiale d’environ 200 heures minimum et formation continue obligatoire. Des recommandations ciblées concernent la médiation judiciaire promouvant une meilleure articulation avec les procédures, et la médiation familiale via la valorisation du diplôme d’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième axe porte sur le financement : extension de l’aide juridictionnelle avec procédure accélérée, création de chèques médiation, incitations fiscales et meilleure prise en charge par les assureurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’attractivité est renforcée par des propositions de mesures sur les délais, comme la suspension adaptée des prescriptions, et des dispositifs fiscaux inspirés de l’étranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, la gouvernance propose une simplification des listes de médiateurs des cours d’appel, une meilleure organisation judiciaire avec des référents médiation dans chaque tribunal, une évaluation nationale chiffrée et un suivi spécifique pour la médiation familiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces recommandations sont pragmatiques, actionnables à court ou moyen terme et évitent toute uniformisation excessive tout en respectant la diversité des pratiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les 25 recommandations aux acteurs de la médiation</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les 25 recommandations destinées aux acteurs privés et associatifs complètent le dispositif en appelant à une mobilisation concrète du terrain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Adressées principalement aux services et centres de médiation, aux organismes de formation, aux entreprises, aux acteurs de l’assurance et aux fournisseurs de financement d’actions contentieuses, elles insistent sur l’auto-régulation et la promotion active de la médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les centres et services de médiation, le rapport préconise l’adhésion systématique à la Charte de déontologie, la mise en place de référents déontologiques, le développement d’outils d’évaluation interne des médiations et des actions de promotion auprès du public. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les organismes de formation sont invités à aligner leurs programmes sur les référentiels nationaux (200 heures initiales, formation continue avec analyse de pratiques et supervision), à renforcer l’évaluation des compétences et à favoriser les équivalences. </p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’attention des entreprises, le CNM encourage l’insertion de clauses de médiation dans les contrats, la formation interne des équipes et l’adoption d’une charte spécifique pour la médiation en milieu professionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les assureurs et acteurs de la prévoyance sont appelés à mieux intégrer la médiation dans leurs contrats et à participer à son financement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, les fonds de financement des litiges sont invités à promouvoir la médiation comme alternative prioritaire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces recommandations visent à transformer les acteurs privés en véritables relais de la culture de l’amiable.</p>



<h3 class="wp-block-heading">la Charte de déontologie et les recommandations en matière de formation</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les 75 propositions, le CNM accorde une place centrale à la qualité du processus et du médiateur. La Charte de déontologie s’applique à toutes les médiations – judiciaire, conventionnelle, familiale, de consommation ou d’entreprise. Elle définit un socle commun sans créer de code disciplinaire contraignant. Ses principes clés incluent le volontariat et le consentement éclairé, une confidentialité stricte, l’indépendance, l’impartialité et la neutralité du médiateur, la diligence et la compétence, le respect des parties, et l’adaptation raisonnée au numérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la formation, les recommandations sont ambitieuses : formation initiale généraliste d’environ 200 heures axée sur des compétences précises (compréhension du conflit, communication, éthique), avec une forte part pratique et évaluation par jury.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La formation continue impose au minimum 10 heures par an, incluant analyse de pratiques et supervision. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la médiation familiale, le diplôme d’État reste la référence, avec un rehaussement des exigences. Ces mesures visent à professionnaliser sans enfermer, en refusant la création d’une profession réglementée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Points forts, faiblesses et enjeux principaux</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport est consensuel, réaliste et concret. Il capitalise sur trois ans de débats sans dogmatisme. Les recommandations sont actionnables à court terme et s’appuient sur des avancées déjà observées. La charte et les référentiels offrent enfin un socle commun attendu depuis longtemps. L’approche pédagogique, via promotion, prix et journées nationales, apparaît novatrice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, le document manque de statistiques précises et actualisées sur le volume, le coût et le taux de succès des médiations Et pour cause&#8230; Ainsi l&rsquo;évaluation des pratiques reste insuffisante. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En lien, les questions de financement demeurent relativement floues, sans solution budgétaire massive imposée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les enjeux sont pourtant majeurs et résident dans le désengorgement judiciaire et la pacification sociale dans une société fragmentée, particulièrement en médiation familiale et d’entreprise. Le défi est de démocratiser l’accès tout en garantissant une qualité irréprochable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Perspectives : Vers une médiation reconnue comme discipline à part entière ?</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour que les 75 recommandations du CNM ne restent pas lettre morte, au-delà des seules préconisations du rapport du CNM, on pourrait envisager quatre chantiers majeurs méritent d’être creusés dans les prochaines années. Le rapport ouvre déjà la voie sur plusieurs d’entre eux, mais reste souvent prudent. </p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, la création d’un véritable observatoire national de la médiation produisant des données chiffrées fiables : le CNM l’appelle de ses vœux de manière partielle à travers ses recommandations sur l’évaluation et le suivi, sans toutefois proposer explicitement sa mise en place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, le renforcement de la formation en s’appuyant sur des modèles existants de qualité comme le Diplôme Universitaire de médiation de l’IFOMENE à l&rsquo;Institut Catholique de Paris, une référence reconnue en France et dont semble s&rsquo;inspirer le CNM en appelant à la mise en place d&rsquo;un master universitaire national ;</p>



<p class="wp-block-paragraph">et surtout le développement de la recherche académique : sur ce point, le rapport reste très discret, centré sur la formation pratique sans évoquer la dimension scientifique et juridique de la discipline : des thèses, des publications revues par les pairs, des chaires universitaires. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisièmement, l’instauration d’un statut de « médiateur certifié » avec titre protégé, comme l&rsquo;est par exemple celui d&rsquo;expert judiciaire. Cette proposition n’apparaît pas dans le rapport, qui refuse explicitement toute profession réglementée. Pourtant, en pratique, seules certaines formations (des DU ou des certificats longs) de médiateur permettent l&rsquo;inscription sur les listes des cours d&rsquo;appel, ce qui ressemble à une certification implicite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, des actions d’intégration systémique de la médiation dans les contrats, la formation des juristes et les politiques publiques via des incitations fortes seraient bievenues. Le CNM formule plusieurs recommandations dans ce sens, mais sans aller jusqu’à une véritable approche systémique obligatoire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Porter ces axes avec ambition, au-delà du rapport pourrait permettre à la médiation de gagner du crédit en tant que véritable discipline reconnue, légitime et structurante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : logo du CNM</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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