<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Expertise Archives - Science infused site d&#039;actualités</title>
	<atom:link href="https://citizen4science.org/category/expertise/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://citizen4science.org/category/expertise/</link>
	<description>Éditeur C4S, association loi 1901</description>
	<lastBuildDate>Sun, 02 Aug 2026 19:32:09 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.1</generator>

<image>
	<url>https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/01/cropped-favicon-256x256-1-32x32.png</url>
	<title>Expertise Archives - Science infused site d&#039;actualités</title>
	<link>https://citizen4science.org/category/expertise/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Traduction : après la menace IA réalisée, la tentation de dévoyer le sceau judiciaire du traducteur assermenté</title>
		<link>https://citizen4science.org/traduction-apres-la-menace-ia-realisee-le-devoiement-du-sceau-judiciaire-du-traducteur-assermente/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/traduction-apres-la-menace-ia-realisee-le-devoiement-du-sceau-judiciaire-du-traducteur-assermente/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Aug 2026 19:24:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Déontologie]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Juridique]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=18252</guid>

					<description><![CDATA[Alors que l&#8217;intelligence artificielle a déjà dévasté le secteur de la traduction en réduisant l&#8217;humain au rôle de correcteur payé]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Alors que l&rsquo;intelligence artificielle a déjà dévasté le secteur de la traduction en réduisant l&rsquo;humain au rôle de correcteur payé au lance-pierre, un nouveau pas franchi par certaines agences pour réduire encore les coûts menace la traduction certifiée : des demandes peu orthodoxes auprès des experts traducteurs auxquelles ces derniers ne doivent pas céder</h2>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Contexte : effondrement du marché de la traduction sous la pression des algorithmes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le secteur de la traduction traverse la plus grave crise structurelle de son histoire. Comme nous le soulignions déjà dans nos colonnes sur <a href="https://citizen4science.org/intelligence-artificielle-et-traduction-quel-impact-sur-la-profession/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;impact de l&rsquo;intelligence artificielle et de la traduction</a>, l&rsquo;injonction généralisée à la post-édition de traduction automatique et de robots traducteurs a transformé un métier de haute précision intellectuelle en un travail d&rsquo;exécution dévalorisé.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">En cédant au mirage des baisses de coûts promises par l&rsquo;industrialisation des processus, les grands intermédiaires commerciaux que sont les agences de traduction ont tiré les tarifs vers le bas. Le traducteur professionnel est désormais quasiment systématiquement elégué au rôle de correcteur d&rsquo;erreurs logicielles ou de réviseur à la chaîne. Cette dégradation généralisée de la valeur du travail linguistique, régulièrement dénoncée par des collectifs spécialisés comme le <a href="https://www.google.com/search?q=https://www.revue-traduire.fr/250" target="_blank" rel="noreferrer noopener">collectif En Chair et en Os</a> ou la <a href="https://www.sft.fr/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Société française des traducteurs (SFT)</a>, tente désormais de toucher ce qui reste du dernier bastion de la rigueur et de la responsabilité personnelle : la traduction assermentée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br></p>



<h2 class="wp-block-heading">Tentative de « blanchiment de sceau de l&rsquo;expert traducteur » ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La traduction certifiée échappe aux dérives du marché de masse en raison des exigences strictes du statut d&rsquo;expert judiciaire, encadrée par le <a href="https://www.google.com/search?q=https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006411234/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Code de procédure civile</a>. L&rsquo;expert judiciaire inscrit près une cour d&rsquo;appel engage sa responsabilité civile et pénale. Pour ce qui est de l&rsquo;expert judiciaire traducteur, Il atteste sous serment de la conformité d&rsquo;un document au vu d&rsquo;un travail qu&rsquo;il réalise obligatoirement et personnellement sous sa seule signature.vLa réglementation  n&rsquo;autorise aucune sous-traitance ni simple validation d&rsquo;un travail tiers sous le sceau de l&rsquo;expert.  </p>



<p class="wp-block-paragraph">En raison de cette réglementation et d&rsquo;un statut qimpliquant compétences vérifiées par un collège de magistrats, engagement de réalisation personnelle et passage obligé pour les traductions légales, les tarifs pratiqués ne sont pas impactés par la dérive générale du marché de la traduction </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Pourtant, sous la pression de la rentabilité, des pratiques contestables émergent de la part de certaines agences de traduction. La stratégie déployée consiste à confierla traduction à bas coût à des traducteurs non assermentés, puis à solliciter un traducteur assermenté uniquement pour vérification et apposer son sceau. En proposant des tarifs de simple relecture pour des traductions déjà confectionnées, ces intermédiaires cherchent à capter la caution légale de l&rsquo;expert à moindre frais. On peut légitimement se demander s&rsquo;il ne s’agit pas d’une tentative de « blanchiment de sceau », visant à donner une validité légale à une chaîne de production externe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une menace directe pour la sécurité juridique des affaires</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette ingénierie tarifaire pose un problème déontologique et juridique majeur.  Les organisations professionnelles françaises et internationales rappellent régulièrement que la dégradation de la chaîne de production au profit de la seule vitesse d&rsquo;exécution altère gravement la fiabilité des documents produits. Vouloir  s&rsquo;attaquer à l&rsquo;expert traducteur en le transformanten simple valideur pour couvrir des processus d&rsquo;optimisation financière fait courir des risques réelss lourdes de conséquences pour les entreprises concernées et les experts traducteurs qui céderaient à cet appel hors la loi.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une simple intermédiation face à une responsabilité pénale personnelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette pression économique grandissante dans un secteur de la traduction en souffrance, un rappel du droit s&rsquo;impose à l&rsquo;ensemble des acteurs du secteur. Quelles que soient les étapes préalables de prospection, les montages commerciaux, les arguments de vente, les traductions humaines préalables ou l&rsquo;utilisation d&rsquo;outils de pré-génération algorithmique, les agences de traduction ne sont juridiquement que de simples intermédiaires entre le client final et le traducteur expert. Elles ne disposent d&rsquo;aucune qualité pour certifier un document et n&rsquo;assument aucune charge pénale sur la conformité de l&rsquo;acte traduit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seule la responsabilité personnelle, civile et pénale de l&rsquo;expert judiciaire est engagée dès lors qu&rsquo;il appose sa signature et son sceau sur un document officiel. Les traducteurs assermentés doivent prendre pleinement conscience de cette réalité juridique et refuser catégoriquement de céder aux exigences tarifaires des intermédiaires au détriment du travail d&rsquo;analyse personnelle. La préservation du serment et de la sécurité juridique des actes exige une rigueur intraitable et le refus absolu de toute prestation de complaisance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Note de contexte de la Rédaction : Fabienne Blum est expert-traducteur près la Cour d&rsquo;appel de Bourges</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT</strong><em> de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui d’une rédaction qui se mobilise pour produire et diffuser des contenus de qualité. Qui paie ? vous, uniquement, pour garantir notre ultra-indépendance. Votre soutien est indispensable.<br><br></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0324Z94873) édité par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, association d’intérêt général partenaire de la presse en ligne indépendante&nbsp;:</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science"><strong>la page dédiée de J’aime l’Info</strong></a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"></p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="(max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>Abonnez-vous à la Newsletter</strong></a><br><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>de Science infuse !</strong></a></p>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/traduction-apres-la-menace-ia-realisee-le-devoiement-du-sceau-judiciaire-du-traducteur-assermente/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Intégrité scientifique non négociable : le cas Étienne Klein et l&#8217;argument d&#8217;autorité</title>
		<link>https://citizen4science.org/integrite-scientifique-non-negociable-le-cas-etienne-klein-et-largument-dautorite/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/integrite-scientifique-non-negociable-le-cas-etienne-klein-et-largument-dautorite/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Jul 2026 15:40:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bonnes pratiques]]></category>
		<category><![CDATA[Bonnes pratiques de publication]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Fraude]]></category>
		<category><![CDATA[Intégrité scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=18210</guid>

					<description><![CDATA[L&#8217;Université Paris Cité a retiré début juin 2026 son doctorat en philosophie des sciences à Étienne Klein. La raison :]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><em><em><em>L&rsquo;Université Paris Cité a retiré début juin 2026 son doctorat en philosophie des sciences à Étienne Klein. La raison : des plagiats massifs dans sa thèse soutenue en 1999, portant sur près des deux tiers des pages. Au-delà du cas personnel, cette affaire dit quelque chose de profond sur notre rapport collectif à l&rsquo;autorité scientifique.</em></em></em></h3>



<h3 class="wp-block-heading">Les faits, ce qu&rsquo;ils révèlent</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En août 2024, <a href="https://www.arretsurimages.net/articles/etienne-klein-une-these-constellee-de-plagiats"><em>Arrêt sur images</em> révélait</a> que de nombreux passages de la thèse de Klein consistaient en copier-coller non sourcés ni mis entre guillemets. L&rsquo;enquête de l&rsquo;université Paris Cité, menée en lien avec les référents intégrité du CEA pendant vingt mois, a confirmé l&rsquo;ampleur des emprunts : près de deux tiers des pages étaient concernés, impliquant potentiellement une centaine d&rsquo;auteurs. La sanction est tombée début juin 2026 avec le retrait pur et simple du doctorat et interdiction de réinscription.<br></p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est notable, c&rsquo;est que cette affaire n&rsquo;est pas un fait isolé dans la trajectoire d&rsquo;Étienne Klein. Dès 2016, <em>L&rsquo;Express</em> avait révélé des passages copiés dans ses livres sur Einstein, sans que cela déclenche à l&rsquo;époque une procédure formelle. Ce que l&rsquo;enquête de 2024-2026 documente n&rsquo;est donc pas une erreur de jeunesse, mais une pratique qui s&rsquo;étend sur plusieurs décennies et plusieurs supports. Cette durée n&rsquo;est pas un détail. Elle révèle quelque chose sur le rapport difficile de M. Klein à la propriété intellectuelle, et sur la capacité des institutions à détecter et sanctionner ce type de fraude quand l&rsquo;auteur est une figure médiatique établie.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Étienne Klein a reconnu dès 2024 un « manque de rigueur » : « Sans doute pour me donner confiance, j&rsquo;ai parfois commis l&rsquo;erreur de m&rsquo;appuyer sur des éléments écrits par d&rsquo;autres, que j&rsquo;ai fait miens. » Le 12 juin 2026, après la révélation de la sanction, il a publié un texte de quatre pages sur le réseau X (ex Twitter), commençant par : « Nombreuses sont les personnes qui aiment réfléchir avant de juger. Ces quatre petites pages sont pour elles, exclusivement pour elles. » Il n&rsquo;a répondu à aucun média. Ce choix de canal mérite attention, car  s&rsquo;adresser directement à sa communauté sur les réseaux sociaux, en contournant la presse, est une stratégie de communication qui permet de contrôler le cadrage sans s&rsquo;exposer aux questions embarrassantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La question que personne ne pose : le jury de 1999<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a dans cette affaire une question systémique que la couverture médiatique a largement évitée. Comment une thèse plagiée aux deux tiers a-t-elle pu être validée en 1999 par un jury universitaire ? La question n&rsquo;est pas rhétorique. Elle pointe vers un dysfonctionnement institutionnel qui dépasse largement le cas de l&rsquo;affaire Klein. Les jurys de thèse lisent-ils les manuscrits qu&rsquo;ils valident ? En maîtrisent-ils les contenus pour déceler la véritable originalité requises par un travail de thèse ? À défaut ou en parallèle, vérifient-ils un minimum les sources ? <br>La réponse honnête est que les procédures de contrôle de l&rsquo;intégrité des thèses dans les années 1990 étaient quasi inexistantes, que les outils de détection du plagiat n&rsquo;existaient pas, et que la réputation de l&rsquo;auteur et de ses directeurs pesait souvent plus que la vérification systématique du texte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas une excuse, plutôt  un diagnostic. Il dit que le problème n&rsquo;est pas seulement Étienne Klein. C&rsquo;est un système qui a produit une opportunité de fraude et ne l&rsquo;a pas détectée pendant vingt-cinq ans, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;une enquête journalistique d<em>&lsquo;Arrêt sur images</em> fasse le travail que les institutions auraient dû faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11002455/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Étienne Klein conserve ses fonctions face au silence des institutions<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">M. Klein conserve son HDR, ses fonctions au CEA, mais finalement pas ses chroniques à France Culture. L&rsquo;institution qui l&#8217;emploi n&rsquo;a pas, à ce jour, communiqué sur les conséquences éventuelles de cette sanction sur sa collaboration avec lui. Ce silence est en lui-même une information, qui révèle que dans le paysage institutionnel et médiatique français, la notoriété protège encore, même quand la sanction est tombée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, la question n&rsquo;est pas de savoir si Étienne  Klein doit être banni de l&rsquo;espace public, car sa vulgarisation de la physique garde de la valeur indépendamment du titre. Mais le silence de son employeur, le  CEA, pose une question simple : si un chercheur anonyme avait commis les mêmes fraudes dans sa thèse, aurait-il conservé ses fonctions ? La réponse probable à cette question est précisément le « deux poids deux mesures » que l&rsquo;intégrité scientifique ne peut pas se permettre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;argument d&rsquo;autorité comme levier rhétorique : un classique très usité</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En épistémologie, l&rsquo;argument d&rsquo;autorité consiste à faire reposer la validité d&rsquo;une affirmation sur la personne qui la prononce plutôt que sur les preuves ou le raisonnement. En vulgarisation scientifique, ce biais est particulièrement dangereux : le grand public, qui n&rsquo;a pas toujours les outils pour vérifier, accorde souvent crédit sur la base du titre, du statut institutionnel ou de la visibilité médiatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Étienne Klein, le doctorat en philosophie des sciences et le parcours de physicien centralien ont longtemps servi de socle légitime pour aborder le temps, la physique quantique, l&rsquo;éthique de la recherche ou la lutte contre la désinformation. Quand ce socle est entaché, la crédibilité perçue vacille. Et c&rsquo;est là que l&rsquo;affaire Klein rejoint un phénomène plus large que nous documentons régulièrement dans nos colonnes.<br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Deux formes d&rsquo;imposture, un même mécanisme<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le brouillage des frontières entre spécialité réelle et expertise revendiquée prend des formes différentes selon le positionnement, mais s&rsquo;avère très florissant sur les espaces médiatiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines personnalités opèrent clairement en marge de l&rsquo;institution scientifique. Elles séduisent un public moins averti avec des titres multiples et spectaculaires, des concepts nébuleux et une posture de génie multidisciplinaire. Leurs doctorats réels, souvent dans des disciplines éloignées des sciences dures ou des sciences médicales complexes très briguées pour briller, sont présentés comme couvrant largement des domaines qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais pratiqués au prétexte d&rsquo;une « je suis scientifique » qui conférerait l&rsquo;omniscience, qui en soit, est une insulte à la science, basée sur l&rsquo;expertise en la matière et précisément la matière (pointue). Cela crée chez le grand public une confusion massive entre formation effective et champs de compétence revendiqués.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas Klein est plus insidieux parce qu&rsquo;il provient de l&rsquo;intérieur. Physicien formé à Centrale, chercheur au CEA, vulgarisateur institutionnel de référence : sa légitimité initiale est forte. La fraude contamine l&rsquo;édifice de l&rsquo;intérieur et envoie un signal délétère, à savoir qu&rsquo;on peut réussir et conserver une position éminente même en trichant, pourvu qu&rsquo;on appartienne au sérail.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce mécanisme n&rsquo;est pas sans écho avec d&rsquo;autres affaires que nous avons documentées : l&rsquo;imposteur qui se construit une autorité sur des titres frauduleux fonctionne sur le même ressort que ceux qui utilisent des titres académiques réels mais hors de leurs domaines de pertinence et de compétences. Dans les deux cas, le public paie l&rsquo;addition sous forme de brouillage épistémique et d&rsquo;effet de halo, mais aussi de mésinformation qui finit quasiment toujours par surgir des voix des imposteurs hors de leur domaine.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un phénomène amplifié depuis la crise du Covid<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le recours au titre de docteur comme dangereux argument d&rsquo;autorité n&rsquo;est pas isolé. La pandémie a fait se tourner les projecteurs vers les experts médicaux. Cela a attiré son lot d&rsquo;imposteurs subjugué par ces figures. les docteurs dans le langage courant sont ceux qui soignent. les médecins et autres professionnels de santé. Tout un lot de docteurs ont ainsi surgi pendant la crise sanitaire pour parler Covid, épidémiologie et vaccins en jouant trompeusement sur ce titre, sans aucune formation ou pratique en santé, voire dans des domaines particulièrement éloignés comme les sciences de la terre, la chimie, la sociologie ou l&rsquo;informatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans nécessairement commettre de plagiat, beaucoup ont repris à leur compte les propos d&rsquo;experts, quand ils ne les déformaient pas par méconnaissance du domaine, créant une illusion de compétence transversale. Le préfixe « Dr » est devenu un sceau d&rsquo;autorité généraliste omnisciente.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire Klein ajoute une dimension supplémentaire à ce tableau : et si même le titre, dans certains cas, reposait sur un édifice frauduleux ? La question pointe vers la nécessité de distinguer systématiquement, dans le débat public, le titre de la compétence, la notoriété de la rigueur, et le statut institutionnel de la légitimité de domaine. </p>



<h3 class="wp-block-heading">Dimension systémique : la recherche elle-même vérolée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce problème dépasse les vulgarisateurs individuels ou autres individus qui « jouent au docteur qui soigne » dans les médias ou les réseaux sociaux. Le monde de la recherche est lui-même confronté à une crise d&rsquo;intégrité très bien documentée : auto-citations excessives, références bibliographiques inventées, images manipulées, et désormais usage massif de l&rsquo;IA générative pour rédiger ou « embellir » des articles. Or une thèse se doit d&rsquo;être une publication scientifique fondatrice. Elle engage la même exigence d&rsquo;intégrité que n&rsquo;importe quel article dans une revue à comité de lecture. Tolérer le plagiat massif dans une thèse revient à affaiblir l&rsquo;ensemble de l&rsquo;édifice sur lequel repose la confiance du public dans la science.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce dossier intervient dans un contexte où les normes d&rsquo;intégrité se sont durcies depuis les années 1990, mais où les procédures universitaires restent lentes et parfois perçues comme corporatistes. Le rôle des médias d&rsquo;investigation reste essentiel : c&rsquo;est <em>Arrêt sur images</em>, pas l&rsquo;université, pas le CEA, pas France Culture, qui a déclenché cette procédure. L&rsquo;arrivée des outils d&rsquo;IA rend la question encore plus urgente, car ils permettent de détecter le plagiat avec une précision inégalée&#8230; mais ils permettent aussi d&rsquo;en produire de nouveau à une échelle sans précédent.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Perspective nuancée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Étienne Klein a incontestablement contribué à faire aimer la physique et la philosophie des sciences à de nombreuses personnes. Sa vulgarisation garde sa valeur indépendamment du titre de docteur. Beaucoup de vulgarisateurs excellents n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;un doctorat pour légitimer leur travail : c&rsquo;est la clarté,  l&rsquo;expertise, la rigueur dans les sources et l&rsquo;honnêteté intellectuelle qui comptent. A contrario, tous les docteurs titulaires de thèse n&rsquo;en font pas des modèles de compétence et de rigueur ou d&rsquo;honnêteté intellectuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, les apports passés n&rsquo;effacent ni la faute ni la sanction légitime. Tolérer le plagiat massif chez ceux qui portent la parole scientifique reviendrait à accepter que les règles s&rsquo;appliquent différemment selon la notoriété. Dans un monde saturé de désinformation, d&rsquo;IA générative et de doute généralisé, l&rsquo;intégrité n&rsquo;est pas un détail formaliste : elle est le socle de la crédibilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos idoles et nos leaders en science doivent-ils être intègres ? Le comble dans toutes ces affaires de « docteurs  » et de « doctorats », c&rsquo;est que leur titre est une carte de visite qui est censée prouver intégrité et respectabilité.  Ce que nous devons certainement valoriser chez un passeur de science, c&rsquo;est, outre l&rsquo;expertise en la matière, la rigueur et l&rsquo;éthique et les Bonnes pratiques. Le reste n&rsquo;est peut-être que décor superflu ou trompeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT</strong><em> de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui d’une rédaction qui se mobilise pour produire et diffuser des contenus de qualité. Qui paie ? vous, uniquement, pour garantir notre ultra-indépendance. Votre soutien est indispensable.<br><br></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0324Z94873) édité par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, association d’intérêt général partenaire de la presse en ligne indépendante&nbsp;:</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science"><strong>la page dédiée de J’aime l’Info</strong></a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"></p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>Abonnez-vous à la Newsletter</strong></a><br><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse"><strong>de Science infuse !</strong></a></p>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/integrite-scientifique-non-negociable-le-cas-etienne-klein-et-largument-dautorite/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Journalisme scientifique et récits marketing : des liaisons dangereuses illustrées par un étude de cas</title>
		<link>https://citizen4science.org/journalisme-scientifique-et-recit-marketing-des-liaisons-dangereuses-illustree-par-un-cas-pratique/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/journalisme-scientifique-et-recit-marketing-des-liaisons-dangereuses-illustree-par-un-cas-pratique/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2026 12:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Communication scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Déontologie]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[Éthique]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=18028</guid>

					<description><![CDATA[L&#8217;hebdomadaire L&#8217;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>L&rsquo;hebdomadaire L&rsquo;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de paradigme » pour le combat contre le cancer et menés par un chercheur « baroque » à contre-tendance. Un exemple particulièrement éclairant de déformation narrative de l&rsquo;information scientifique</em></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tendance est inquiétante, sans être pour autant nouvelle. C&rsquo;est un article de L&rsquo;Express datée du 28 mars dernier qui a attiré notre attention. L&rsquo;article est payant, mais le peu qui est lisible sur internet a de quoi émoustiller : on y parle de « projet à front renversé », par un chercheur au « CV baroque » n&rsquo;est « ni oncologue ni épidémiologiste », « ny connaît pas grand chose aux tumeurs » mais il va peut-être bien « modeler quelques-unes des futures révolutions en cancérologie ».</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">On aurait donc un chercheur qui décroche une bourse prestigieuse pour mener des recherches à contre-pied de la recherche normale hors de son domaine d&rsquo;expertise ? Scandale ou génie ? Il nous faut nous procurer cet article. Au kiosque à journeaux, L&rsquo;Express est arrivé à ses fins, nous extirpant quelques euros. Nous nous préparons donc à lire un article de révolution scientifique par un scientifique révolutionnaire. Nous allons être surpris. Mais dans quel sens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">De la vraie science, un récit inventé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous analysons souvent dans nos colonnes l&rsquo;information et la désinformation en science et santé. Cette dernière est parfois grossière, ce qui a l&rsquo;intérêt de la rendre facilement identifiable.  On peut citer dans nos sujets récents les blogs « techno-enthousiastes » à base d&rsquo;annonces spectaculaires reprenant ce qui buzz sur les réseaux sociaux, des promesses excessives sur résultats scientifiques préliminaires, qui donne l&rsquo;image d&rsquo;une science faite d&rsquo;une succession de ruptures spectaculaires permanentes.  Ces formats sensationnalistes sont relativement faciles à identifier. Ils exagèrent, ils dramatisent, politisent souvent, et leur façon de rouler des mécanique finit généralement par se voir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une forme plus subtile de déformation et d&rsquo;exploitation narrative de la science existe. Elle ne repose pas sur l&rsquo;invention et l&rsquo;extrapolation à outrance de résultats, mais sur une transformation plus profonde du récit scientifique lui-même : construire, autour de recherches parfaitement solides, une histoire inventée de changement de paradigme dans la manière dont fonctionne la recherche biomédicale, comme si certaines approches constituaient des renversements méthodologiques alors qu&rsquo;elles relèvent de continuités anciennes et parfaitement établies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lexpress.fr/sciences-sante/cancer-paul-bastard-25-millions-de-dollars-pour-renverser-le-combat-contre-les-tumeurs-FU5B3PRXAJE7NJBYOECZEMTOSI/">L&rsquo;article publié par L&rsquo;Express le 28 mars 2026</a> autour du projet ATLAS coordonné par le Dr Paul Bastard, en fournit une illustration particulièrement éclairante sur ses mécanismes. Le projet vient d&rsquo;obtenir un financement de 25 millions de dollars dans le cadre de Cancer Grand Challenges, initiative portée notamment par Cancer Research UK et le National Cancer Institute. Les travaux sont sérieux, le financement est prestigieux, la question scientifique est pertinente. Le problème n&rsquo;est pas la science, mais la construction d&rsquo;un récit qui en déforme des aspects notables.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les règles du journalisme : savoir analyser les sources</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous aurions pu placer ce paragraphe ultérieurement, mais autant le dire tout de suite parce c&rsquo;est clé : La règle cardinale du journalisme, scientifique ou autre, est simple : savoir analyser la nature et la fiabilité des sources, privilégier les sources primaires. Le Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) le rappelle explicitement dans sa <a href="http://cdjm.org/le-traitement-des-questions-scientifiques">recommandation sur le traitement journalistique des questions scientifiques</a> : Il est essentiel de privilégier les publications originelles plutôt que les communiqués de presse et les briefings des communicants. L&rsquo;exigence est la même dans le code d&rsquo;éthique de la <a href="http://spj.org">Society of Professional Journalists</a> , référence mondiale depuis 1973 : utiliser les sources originales chaque fois que possible, vérifier l&rsquo;information avant publication, et ne jamais laisser la vitesse de publication prendre le pas sur l&rsquo;exactitude des faits. Les standards internationaux du journalisme scientifique, ou tout simplement la charte de Munich  sont plus directs encore : les communiqués de presse sont des documents de marketing et le journaliste n&rsquo;est pas un publicitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le sujet en question, quelle est la source ? S&rsquo;agissant d&rsquo;une bourse de recherche, elle se trouve sur le site de Cancer Grand Challenges, accessible au public. L&rsquo;organisme explique ce qu&rsquo;il finance avec cette bourse et la justification de son attribution. On nous y explique que si de nombreuses études se concentrent sur les causes actives du cancer, et qu&rsquo;il est « également nécessaire » de comprendre comment les réponses naturelles de l&rsquo;organisme peuvent empêcher son développement. Ce « également » est essentiel : il exprime une complémentarité, pas une inversion, pas une rupture, pas un changement de paradigme. Nulle part est-il question de changement de paradigme pour le projet choisi. Elle décrit en fait un projet ambitieux par son envergure, explorant le rôle possible d&rsquo;auto-anticorps modulateurs d&rsquo;immunité dans les mécanismes de résistance au cancer. Un projet important, prometteur, mais inscrit dans les continuités classiques de l&rsquo;immunologie translationnelle en oncologie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;article affirme à la place, et l&rsquo;erreur factuelle<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste avec le traitement de L&rsquo;Express est saisissant. Le titre évoque une lutte « à front renversé », le chapô parle de « contre-pied », le texte multiplie les références à une démarche « hors des clous », « impertinente », « renversant les paradigmes ». L&rsquo;article affirme par ailleurs que le financement obtenu relèverait d&rsquo;une bourse examinant « uniquement les projets de rupture ». Cette formulation est factuellement contestable. Le programme Cancer Grand Challenges finance des projets ambitieux, interdisciplinaires et à fort potentiel, sélectionnés pour leur capacité à répondre à des défis scientifiques complexes identifiés par un comité international, parmi dix-huit défis médicaux actifs allant des tumeurs pédiatriques aux inégalités face au cancer. Il ne se définit nulle part comme un mécanisme exclusivement réservé à des changements de paradigme. La nuance est décisive : un projet peut être ambitieux pour son impact en santé publique, sans constituer un renversement méthodologique, et confondre ambition scientifique et rupture conceptuelle déforme la nature même de la recherche. Le CDJM est sans ambiguïté sur ce point : il importe, sur les questions scientifiques, d&rsquo;être particulièrement attentif à ce que titraille, chapô et annonces d&rsquo;un sujet n&rsquo;en altèrent pas le sens ou la portée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un parcours « baroque » ou cohérent ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le storytelling de l&rsquo;article a été posé. Mais il va être enjolivé, tant qu&rsquo;à faire, par la présentation d&rsquo;un chercheur, totalement « profane » en oncologie. On peut imaginer dans l&rsquo;esprit du lecteur que se forme alors l&rsquo;idée du génie, qui débarque dans un domaine médical complexe sans la moindre formation ou expertise dans le domaine. C&rsquo;est fâcheux pour l&rsquo;image de la science, basée sur l&rsquo;expertise en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, qu&rsquo;en est-il ?  Sans surprise, cette présentation ne résiste pas à l&rsquo;examen. Paul Bastard est médecin pédiatre, formé à Paris et Madrid, ayant suivi un master à l&rsquo;Université Rockefeller de New York avant de revenir en résidence d&rsquo;immunologie pédiatrique et de soutenir une thèse. Ses recherches portent sur les déterminants génétiques et immunologiques des maladies virales graves, notamment les causes et conséquences des auto-anticorps dirigés contre les interférons de type I. Ce parcours n&rsquo;a rien de marginal : il est précisément situé à l&rsquo;intersection de l&rsquo;immunologie fondamentale et de l&rsquo;immunopathologie clinique, dans des institutions académiques de tout premier rang mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or l&rsquo;immunologie constitue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des piliers centraux de la recherche oncologique contemporaine. L&rsquo;immuno-oncologie, qui intègre des approches conçues pour renforcer ou réactiver la capacité du système immunitaire à lutter contre le cancer, a connu une transformation majeure récompensée par le prix Nobel de médecine 2018. Des milliers d&rsquo;immunologistes travaillent aujourd&rsquo;hui sur le cancer dans le monde entier. Présenter un immunologiste spécialiste des auto-anticorps qui s&rsquo;attaque à une question d&rsquo;oncologie comme profane du domaine relève moins de l&rsquo;analyse scientifique que de la scénarisation journalistique assez trompeuse, quand on sait que nombre de médicaments oncologiques de dernière génération sont des médicaments biologiques, précisément des &#8230; anticorps humanisés. L&rsquo;éducation du public à ces disciplines scientifiques et leur présentation erronée comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de silos, en prend donc un sérieux coup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La figure du « génie outsider » est un ressort narratif classique. Elle fonctionne bien. Mais elle déforme ici la réalité. D&rsquo;ailleurs, le CDJM met en garde contre ce biais en lien avec l&rsquo;expertise ou la non-expertise : vérifier la valeur d&rsquo;un expert auprès de ses pairs, en particulier quand sa position détonne, et ne pas considérer que le statut social ou la renommée d&rsquo;un scientifique en font automatiquement un porteur de vérité scientifique. Mais aussi l&rsquo;inverse, et c&rsquo;est ce qui nous intéresse dans notre cas pratique : ne pas construire un récit de rupture sur la prétendue marginalité d&rsquo;un chercheur qui n&rsquo;est en réalité pas marginal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une rupture historiquement imaginaire<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur du récit repose sur une opposition : la recherche se serait historiquement concentrée sur les causes du cancer, tandis que le projet adopterait une approche « inverse » centrée sur les mécanismes de résistance. Cette opposition est historiquement inexacte. On joue ici d&rsquo;un biais cognitif classique : le faux dilemme. Faire croire que la recherche scientifique est centrée sur un aspect technique alors qu&rsquo;elle est multfactorielle et désormais translationnelle.  L&rsquo;étude des personnes exposés mais non malades, des trajectoires atypiques, des résistances naturelles et des facteurs protecteurs est constitutive de l&rsquo;épidémiologie, de l&rsquo;immunologie et de la médecine expérimentale depuis des décennies. La pandémie de Covid-19 en a fourni une illustration récente et frappante : l&rsquo;analyse de clusters familiaux où certains individus restaient indemnes malgré une exposition comparable a conduit à l&rsquo;identification de déterminants immunologiques et génétiques spécifiques. C&rsquo;est une logique que les membres de l&rsquo;équipe ATLAS ont eux-mêmes appliquée en découvrant le lien entre auto-anticorps et sévérité du Covid-19. Cette démarche n&rsquo;a rien de nouveau. Elle appartient au socle classique de la recherche scientifique. Présenter cette continuité comme un « pari inverse » revient à fabriquer artificiellement de la nouveauté là où il n&rsquo;y a qu&rsquo;un approfondissement légitime et parfaitement attendu. <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N53359" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">D&rsquo;où vient ce récit déformant ? Circulation mimétique et amplification d&rsquo;un briefing institutionnel</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le dossier devient particulièrement instructif, parce que nous avons pu idenifier la source du récit marketing de L&rsquo;Express. Nous l&rsquo;avons vu, le cadrage de rupture n&rsquo;est pas donné par l&rsquo;organisme prestigieux qui a analysé les travaux de recherche et décidé de les financer par une bourse. Pour autant, ce n&rsquo;est pas une invention de L&rsquo;Express. Le storytelling marketing apparaît dans certaines communications institutionnelles intermédiaires : des formulations évoquant une approche « inverse » ou un « changement de paradigme » circulent dans des supports de valorisation académique, comme la communication officielle de l&rsquo;Université Paris Cité qui titre « Un changement de paradigme en oncologie ». Paris Cité n&rsquo;a rien inventé non plus, elle reprend en fait mot pour mot le paragraphe d&rsquo;une communication institutionnelle de l&rsquo;Institut Imagine auquel est affilié le Dr Bastard : « Un changement de paradigme en oncologie &#8211; Traditionnellement, la recherche s&rsquo;est concentrée sur l&rsquo;identification des facteurs qui favorisent l&rsquo;apparition des tumeurs. L&rsquo;équipe ATLAS fait le pari inverse : étudier les barrières qui s’opposent à leur développement sur une recherche ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque mot de cette phrase mérite examen, car c&rsquo;est elle qui a fourni à L&rsquo;Express son titre, son chapô et l&rsquo;ensemble de son lexique de rupture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Traditionnellement » est le premier signal d&rsquo;alarme, et le plus profond. En science, ce mot est presque une contradiction dans les termes. La recherche scientifique, y compris méthodes  ne fonctionne pas par tradition : elle fonctionne par accumulation de preuves, révision permanente des hypothèses et méthodologies, et remise en question constante des résultats antérieurs. Ce qui est vrai aujourd&rsquo;hui peut être infirmé demain. Ce qui semblait établi peut être nuancé par une nouvelle étude, évoluer au gré d&rsquo;une nouvelle méthodologie en raisons des limites de la précédente. La tradition, au sens de pratique reconduite par habitude ou convention, est précisément ce contre quoi la méthode scientifique est construite. Dire que la recherche a « traditionnellement » procédé d&rsquo;une certaine façon, c&rsquo;est donc appliquer à la science un concept qui lui est étranger, et qui sert ici un seul objectif : construire artificiellement un avant figé pour mieux faire briller un après innovant. Ce mot devrait toujours déclencher une question réflexe : traditionnel par rapport à quoi, sur quelle période, avec quelles sources à l&rsquo;appui ? Ici, il n&rsquo;est suivi d&rsquo;aucune de ces précisions, parce que son rôle n&rsquo;est pas descriptif : il est narratif. « Fait le pari » est plus révélateur encore. Une hypothèse de recherche n&rsquo;est pas un pari : c&rsquo;est une proposition fondée sur  des observations préliminaires, des données existantes, une logique théorique cohérente. L&rsquo;éthique de la recherche  médicale veut d&rsquo;ailleurs que tout projet de recherche soit justifié. Présenter un chercheur comme un parieur est dès lors problématique. Ce mot appartient au registre de la communication, pas à celui de la science. « L&rsquo;approche inverse », enfin, est le nœud logique de toute la phrase : elle transforme un continuum de recherche en dichotomie, une complémentarité en opposition radicale. C&rsquo;est ce terme qui a possiblement donné la paraphrase  « à front renversé » et « contre-pied » de L&rsquo;Express, et l&rsquo;ensemble du lexique de rupture de l&rsquo;article de leur article. La chaîne causale est limpide : l&rsquo;institution écrit « approche inverse », le journaliste lit « renversement », le lecteur reçoit « révolution ». Chaque maillon amplifie légèrement le précédent. La communication institutionnelle valorise, positionne, séduit. C&rsquo;est un récit pour vendre ce que le journalisme n&rsquo;est pas.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le contraste saisissant du traitement journalistique international</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La comparaison avec la presse anglo-saxonne est particulièrement éclairante, parce qu&rsquo;elle démontre que le récit marketing de rupture est une création française. Cancer Research UK décrit ATLAS comme un projet dont les travaux « ont le potentiel de changer notre compréhension du rôle du système immunitaire dans le cancer. » Pharmaphorum résume sobrement : l&rsquo;équipe « examinera ce qu&rsquo;on peut apprendre de personnes qui ne développent pas de cancer malgré des habitudes à risque. » UT Southwestern écrit que l&rsquo;équipe « cherchera à identifier les mécanismes biologiques sous-jacents à la résistance aux tumeurs. » Pas un seul « paradigme », pas un seul « renversement », pas un seul « contre-pied » dans l&rsquo;ensemble de la couverture institutionnelle et journalistique anglophone, et pour cause.  Evidemment, c&rsquo;est moins vendeur pour le grand public. C&rsquo;est le cours ordinaire des choses en science, et « la science, c&rsquo;est long » (Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie).<a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une déformation narrative qui questionne d&rsquo;un point de vue déontologique mais aussi éthique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il n&rsquo;y a ici aucune falsification. Les données sont réelles, les financements existent, le projet est scientifiquement solide. Mais l&rsquo;histoire racontée les déforment, parce qu&rsquo;elle transforme une continuité scientifique en rupture spectaculaire, qu&rsquo;elle substitue une dramaturgie de l&rsquo;innovation à une description rigoureuse de la méthode, parce qu&rsquo;elle remplace l&rsquo;analyse journalistique critique des sources par la reprise amplifiée d&rsquo;un récit marketing nstitutionnel. Le CDJM nomme précisément ce risque en matière médicale ;  il est éthique : veiller à ne pas créer d&rsquo;espoirs non fondés chez des personnes atteintes de maladies graves, et rendre compte avec prudence des recherches et découvertes médicales annoncées par des chercheurs, qui ont rarement un impact immédiat sur l&rsquo;amélioration des traitements. Ce principe s&rsquo;applique avec une force redoublée lorsque la découverte est présentée non seulement comme prometteuse, mais comme révolutionnaire. <a href="https://www.seban-associes.avocat.fr/proposition-de-loi-darcos-instauration-dune-presomption-dexploitation-des-contenus-culturels-par-les-fournisseurs-dintelligence-artificielle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Former au journalisme scientifique est aussi urgent que de former les citoyens à la démarche scientifique </h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cas dépasse largement un article particulier. Il révèle une faiblesse structurelle du journalisme scientifique français : l&rsquo;insuffisante qualification des sources et la trop grande perméabilité aux récits de valorisation institutionnelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">On a l&rsquo;habitude, à juste titre, d&rsquo;insister sur la nécessité d&rsquo;éduquer le grand public à l&rsquo;esprit critique et à la science, et à lutter contre la désinformation en santé.<br>Mais cette exigence doit s&rsquo;appliquer avec la même force aux professionnels chargés de transmettre l&rsquo;information scientifique. Former les journalistes à distinguer une source objective d&rsquo;un communiqué de presse de valorisation, à identifier les glissements narratifs entre niveaux institutionnels, à repérer les reformulations promotionnelles qui circulent d&rsquo;une institution à l&rsquo;autre avant d&rsquo;atterrir dans la presse grand public : voilà un chantier important.  Car une société ne peut développer une culture scientifique solide si l&rsquo;information censée la transmettre se transforme en récit marketing qui malmène la réalité scientifique. En France, sur ce second chantier, il reste beaucoup de chemin à faire. La science n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;être scénarisée de façon spectaculaire pour être passionnante. Elle demande d&rsquo;être lue, comprise, contextualisée, puis racontée avec exactitude. C&rsquo;est précisément à cette condition que le journalisme scientifique demeure du journalisme, et non le relais de communications marketing.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329 X 94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br>Non subventionné, notre média dépend entièrement de ses contributeurs pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section site d&rsquo;actualité et d&rsquo;analyse reste d&rsquo;accès gratuit&nbsp;!</em></p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">avec <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/journalisme-scientifique-et-recit-marketing-des-liaisons-dangereuses-illustree-par-un-cas-pratique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Expertise et désinformation en santé : une tribune des agences sanitaires floue qui esquive l&#8217;essentiel</title>
		<link>https://citizen4science.org/expertise-et-desinformation-en-sante-une-tribune-des-agences-sanitaires-floue-qui-esquive-lessentiel/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/expertise-et-desinformation-en-sante-une-tribune-des-agences-sanitaires-floue-qui-esquive-lessentiel/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 20:00:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Communication scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17972</guid>

					<description><![CDATA[Les principaux dirigeants des agences sanitaires françaises (ANSM, HAS, Santé publique France, ANSES) publient dans Le Monde une tribune collective]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Les principaux dirigeants des agences sanitaires françaises (ANSM, HAS, Santé publique France, ANSES) publient dans Le Monde une tribune collective pour défendre l’expertise scientifique face à la  désinformation. Derrière les appels au pluralisme et à la confiance, ce texte reste étonnamment superficiel et révèle surtout une difficulté persistante des institutions à pratiquer l’autocritique.</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/04/14/toute-decredibilisation-de-l-expertise-scientifique-alimente-la-defiance_6679916_1650684.html">La tribune datée du 14 avril</a> publiée dans Le Monde rappelle que les décisions de santé publique reposent sur des évaluations collégiales et transparentes. Elle insiste sur le pluralisme comme vertu scientifique et sur la nécessité de protéger les experts. Ces points sont justes, mais ils sont présentés de manière abstraite, sans jamais entrer dans le concret des mécanismes qui produisent ou fragilisent réellement l’expertise. On peine à savoir à qui s’adresse ce texte : aux citoyens ? aux scientifiques ? aux décideurs politiques ? Il pourrait tout aussi bien avoir été écrit par un citoyen lambda inquiet, tant il reste flou et généraliste.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le « pluralisme » en science invoqué, mais le consensus scientifique passé sous silence</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les auteurs soulignent à juste titre que le pluralisme fait partie de la démarche scientifique. Mais ils omettent d&rsquo;expliquer un élément central que tout lecteur non initié ignore : en science, le pluralisme n&rsquo;est pas une fin en soi. Il sert à construire, par confrontation rigoureuse des hypothèses et des données, un consensus, certes temporaire, mais qui permet d&rsquo;avancer, de prendre des décisions collectives et de faire à l&rsquo;instant T état des données de la science.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque ce consensus évolue, comme cela s&rsquo;est produit à plusieurs reprises à rythme rapde pendant la pandémie de Covid-19, les institutions ont régulièrement présenté ces révisions comme de simples ajustements techniques plutôt que comme les corrections normales et saines qu&rsquo;elles étaient. Cette façon de gommer les débats internes renforce chez une partie du public le sentiment que l&rsquo;expertise est monolithique, et donc suspecte dès qu&rsquo;elle change d&rsquo;avis. Les désinformateurs, critiqués par ces mêmes institutions, en on fait leur lit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment demander aux citoyens de faire confiance au processus scientifique sans jamais leur expliquer en quoi ce processus consiste ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une responsabilité externalisée, une rhétorique de victimisation<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune attribue presque exclusivement la perte de confiance à la désinformation extérieure et aux attaques personnelles contre les experts. Cette lecture n&rsquo;est non seulement incomplète. Elle apparaît potentiellement même, contre-productive. Elle est extremement proche du raisonnement et de la rhétorique du rapport institutionnel <em>Désinformation en santé</em> que nous avons eu largement l&rsquo;occasion de critiquer. Ce n&rsquo;est sans doute pas un hasard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La défiance naît aussi, et peut-être d&rsquo;abord, des failles internes du système : communications publiques trop affirmatives sur des sujets encore incertains, délais dans la reconnaissance de certains signaux de sécurité, disqualification trop rapide de critiques argumentées venues de scientifiques qualifiés extérieurs aux cercles médiatico-institutionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En adoptant une rhétorique où les experts institutionnels ou académiques apparaissent perpétuellement assiégés et jamais responsables, les auteurs reproduisent exactement les codes qu&rsquo;ils dénoncent sur les réseaux sociaux : le camp des bons contre le camp des mauvais, la victimisation comme posture, l&rsquo;introspection absente. Nos colonnes l&rsquo;ont déjà documenté : ce mimétisme est l&rsquo;un des moteurs les plus puissants de la polarisation sanitaire en France.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Vers une expertise plus crédible : ce que cela implique concrètement<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une véritable défense de l&rsquo;expertise ne passe pas par des tribunes dans Le Monde. Elle passe par des actes. Cela suppose, en premier lieu, d&rsquo;accepter publiquement que l&rsquo;expertise produite par les agences n&rsquo;est jamais parfaite : qu&rsquo;elle est le produit d&rsquo;un processus humain, institutionnel, parfois contraint par des calendriers politiques ou des pressions budgétaires. Cela suppose ensuite de nommer les incertitudes réelles au moment où elles existent, plutôt que de les minimiser dans les communications publiques et de les reconnaître six mois plus tard quand l&rsquo;opinion a déjà tranché. Cela suppose enfin de traiter les conflits d&rsquo;intérêts non pas comme une formalité déclarative mais comme une exigence de conception : qui participe à l&rsquo;expertise, selon quels critères, avec quelle diversité de points de vue ? L&rsquo;Espagne vient de montrer, avec le rapport de son agence du médicament sur l&rsquo;homéopathie, ce que « dire la vérité clairement aux citoyens » signifie concrètement. Nous dédions un article très prochainement à cette communication ibérique en santé. Ce n&rsquo;est pas hors de portée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La confiance ne se décrète pas<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune des dirigeants d&rsquo;agences sanitaires françaises est en fait révélatrice d&rsquo;un malaise plus large et plus ancien. Tant que les institutions sanitaires françaises continueront à se poser en victimes sans pratiquer une introspection rigoureuse sur leurs propres pratiques de communication, elles contribueront elles-mêmes à la défiance qu&rsquo;elles déplorent. La crise de l&rsquo;expertise sanitaire n&rsquo;est pas seulement une attaque extérieure contre la science. Elle est aussi le symptôme d&rsquo;un système qui doit se réformer s&rsquo;il veut retrouver sa légitimité auprès des citoyens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La confiance ne se décrète pas. Elle se reconquiert par la rigueur, la transparence et l&rsquo;honnêteté intellectuelle, y compris, et peut-être surtout, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de reconnaître ses propres erreurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette obstination politique, le regard incisif et humoristique de <a href="http://&lt;!-- wp:html --&gt; https://www.facebook.com/watch/?v=750090884728181 &lt;!-- /wp:html --&gt;">Nicole Ferroni fait mouche. Dans son sketch viral,</a> elle met en scène le retour du « nouvel album Loi Duplomb 2 », comme si rien n’avait changé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">« L’erreur est humaine, mais persévérer… « , lance-t-elle avec justesse. Ce clin d’œil citoyen rappelle utilement qu’il ne suffit pas de revenir à la charge pour avoir raison face aux faits et à l’exigence de précaution.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329 X 94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br>Non subventionné, notre média dépend entièrement de ses contributeurs pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section site d&rsquo;actualité et d&rsquo;analyse reste d&rsquo;accès gratuit&nbsp;!</em></p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">avec <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/expertise-et-desinformation-en-sante-une-tribune-des-agences-sanitaires-floue-qui-esquive-lessentiel/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Rôle de médiateur des experts de justice : Alain Vanzo, premier président de la cour d’appel de Bourges, livre une analyse de l’abrogation de l’article 240 du Code de procédure civile</title>
		<link>https://citizen4science.org/role-de-mediateur-des-experts-de-justice-alain-vanzo-premier-president-de-la-cour-dappel-de-bourges-livre-une-analyse-de-labrogation-de-larticle-240-du-code-de-proc/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/role-de-mediateur-des-experts-de-justice-alain-vanzo-premier-president-de-la-cour-dappel-de-bourges-livre-une-analyse-de-labrogation-de-larticle-240-du-code-de-proc/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Mar 2026 19:42:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bourges]]></category>
		<category><![CDATA[Cher]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17867</guid>

					<description><![CDATA[Le 24 mars 2026, à l’occasion  de l’assemblée générale annuelle de la Compagnie des experts de justice de la cour]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong><strong>Le 24 mars 2026, à l’occasion  de l’assemblée générale annuelle de la Compagnie des experts de justice de la cour d’appel de Bourges (CEJB), le premier président de la Cour d’appel de Bourges est intervenu pour proposer une synthèse claire et nuancée des conséquences de la réforme des modes amiables de résolution des différends (MARD) introduite par le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025, applicable depuis le 1er septembre 2025. Cette intervention, très attendue par les experts de la CEJB, a permis d’éclairer une évolution majeure du droit processuel civil qui modifie en profondeur le rôle traditionnel de l’expert judiciaire.</strong></strong></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Le contexte historique de l’interdiction et son évolution progressive</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Avant la réforme, l’article 240 du Code de procédure civile interdisait explicitement au juge de confier à un technicien, et donc à un expert judiciaire, une mission de conciliation des parties. Cette disposition, héritée de la refonte du Code de procédure civile dans les années 1970 et renforcée par un décret de 1996 qui rendait incompatible la fonction de médiateur avec celle de mesure d’instruction dans une même instance, visait à préserver la neutralité et l’impartialité de l’expert. Sa mission devait se limiter strictement à l’éclairage technique sur des questions de fait, conformément à l’article 230 du Code de procédure civile. Malgré cette interdiction légale, la pratique des magistrats, experts et avocats avait progressivement développé des mécanismes permettant un rapprochement amiable. On citait notamment la désignation conjointe, dans une même ordonnance de référé, d’un expert et d’un médiateur distincts. Parallèlement, le droit administratif avait ouvert la voie depuis les années 2000 : le Conseil d’État avait admis le cumul des fonctions de constatation et de négociation pour l’expert, puis le Code de justice administrative avait été modifié en 2010 et 2016 pour permettre explicitement à l’expert de concilier ou de négocier les parties. Le décret de juillet 2025 marque une étape décisive en érigeant la culture de l’amiable au rang de véritable politique publique et même de principe directeur du procès. Il abroge l’article 240 du Code de procédure civile ainsi que les dispositions qui empêchaient un médiateur d’être commis à une mesure d’instruction. Cependant, comme l’a relevé Alain Vanzo, les rédacteurs n’ont pas prévu expressément la possibilité de désigner l’expert comme médiateur ou de lui confier une mission de conciliation. C’est la circulaire d’application du 19 juillet 2025 qui apporte les indications pratiques les plus utiles, même si elle ne possède pas de valeur réglementaire contraignante.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les trois hypothèses pratiques ouvertes par la circulaire</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La circulaire identifie trois scénarios principaux qui peuvent se présenter au cours ou à l’issue des opérations d’expertise. Dans la première hypothèse, les parties décident, pendant les opérations d’expertise, après la remise d’un pré-rapport ou à leur issue, de recourir à une médiation conventionnelle et désignent l’expert comme médiateur. Dans ce cas, il convient d’appliquer intégralement les règles de la médiation conventionnelle. Dans la seconde hypothèse, l’expert est désigné comme médiateur par le juge lui-même ; les règles de la médiation judiciaire s’appliquent alors. Dans la troisième hypothèse, l’expert, sans être formellement désigné médiateur, concilie les parties selon un processus non strictement réglementé par le Code de procédure civile. Les parties disposent alors d’une plus grande liberté pour parvenir à un accord, qui pourra être homologué s’il répond aux exigences du nouvel article 1541-1 du Code de procédure civile. Lorsque l’expert agit en qualité de médiateur, il doit satisfaire aux conditions de l’article 1530-3 du Code de procédure civile : absence de condamnation, honorabilité, formation ou expérience adaptée à la pratique de la médiation, garantie d’indépendance, et, pour la médiation judiciaire, les qualifications supplémentaires requises. L’inscription sur une liste de médiateurs n’est pas obligatoire ; elle sert seulement d’information aux juges. L’expert-médiateur doit en outre accomplir sa mission avec impartialité, diligence et compétence, comme le rappelle expressément la circulaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les arguments en faveur de la réforme</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Alain Vanzo a souligné plusieurs atouts de cette évolution. Les experts judiciaires sont déjà soumis à des obligations déontologiques fortes : conscience, objectivité, impartialité (article 237) et diligence, compétence (article 230), qui les rapprochent du profil des médiateurs. Dans la pratique, l’expertise constitue souvent un moment privilégié de rapprochement des parties : une fois les points techniques éclaircis, une partie importante du chemin vers une solution amiable est accomplie. Près de 80 % des expertises en référé ne donnent d’ailleurs pas lieu à une saisine au fond .Associer, au sein d’une même procédure, l’éclairage technique de l’expertise et l’accompagnement vers une solution amiable pourrait permettre de réduire sensiblement les délais et les coûts du contentieux, au bénéfice de toutes les parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les réserves et les risques mis en évidence</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré ces avantages, le premier président s’est montré particulièrement réservé sur le cumul, dans une même affaire, des fonctions d’expert et de médiateur. Il a insisté sur la distinction fondamentale des objectifs : l’expert recherche la vérité technique tandis que le médiateur doit rester neutre, indépendant et impartial, en aidant les parties à parvenir elles-mêmes à une solution sans leur proposer d’éclairage technique ou juridique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cumul peut créer une confusion des rôles et porter atteinte à l’impartialité, tant objective que subjective ou d’apparence. Si les conclusions techniques de l’expert sont contestées par une partie, cela risque de compliquer fortement son rôle de facilitateur dans la phase amiable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un problème crucial réside dans la contradiction entre les principes régissant les deux missions. L’expertise repose sur le principe du contradictoire dans toutes ses phases, tandis que la médiation est gouvernée par la confidentialité (article 1528-3 du Code de procédure civile). Les échanges confidentiels intervenus pendant la médiation ne peuvent pas influencer le rapport d’expertise ni y être mentionnés, sauf accord contraire des parties. Cette exigence impose à l’expert-médiateur une rigueur déontologique exceptionnelle et peut s’avérer particulièrement délicate à mettre en œuvre, comme l’illustre la doctrine en droit administratif qui qualifie parfois cette articulation de « quasi schizophrénique ».D’autres points de vigilance ont été soulignés. La réforme pose la question de la formation des experts qui souhaitent exercer comme médiateurs : ils devront justifier d’une formation ou d’une expérience adaptée, ce qui pourrait entraîner une différenciation entre experts classiques et experts-médiateurs certifiés. La responsabilité civile de l’expert et la couverture assurantielle de ces nouvelles missions devront également être examinées avec soin ; des garanties supplémentaires pourraient s’avérer nécessaires.&nbsp; Enfin, l’homologation judiciaire d’un accord n’est pas automatique. Seul un accord constituant une véritable transaction au sens de l’article 2044 du Code civil, &nbsp;comportant des concessions réciproques, pourra généralement être homologué dans les conditions prévues. Un simple rapprochement sans concessions mutuelles risque de ne pas remplir ces conditions, constituant un piège pratique important.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Temps d’échange et témoignages d’experts</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs experts de la CEJB ont enrichi le débat par leurs retours d’expérience. L’un d’eux, désigné par le tribunal de Nevers pour cumuler expertise et médiation dans un dossier familial très conflictuel portant sur la valorisation de parts sociales d’un gaec (enjeu d’environ 2,5 millions d’euros), a décrit une mission intense : deux journées complètes sur site, de longues discussions, une tentative de médiation qui n’a pas abouti mais qui a tout de même permis d’amorcer un dialogue. L’expert n’a pas ressenti d’incompatibilité personnelle, même si le dossier est resté extrêmement tendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres intervenants ont insisté sur la différence fondamentale entre médiation formelle et simple rapprochement ou conciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un expert a expliqué qu’il réfléchissait depuis une dizaine d’années à l’articulation des deux missions sans avoir trouvé de solution pleinement satisfaisante, en raison notamment de la confidentialité et de la relation particulière que le médiateur entretient avec les parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs experts, pour certains également médiateurs judiciaires, ont rappelé que le rapprochement informel existe déjà depuis longtemps dans la pratique, particulièrement dans les litiges techniques de faible enjeu (bâtiment, automobile, voisinage), et qu’il produit souvent des effets positifs même en cas d’échec formel de la médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rôle des avocats a été unanimement souligné comme essentiel : ils peuvent interrompre l’expertise pour discuter, reformuler, ou orienter vers une médiation distincte lorsque cela paraît plus adapté. L’importance des notes de synthèse ou préanalyses précoces a également été mise en avant pour saisir les opportunités d’accord sans figer les positions trop tôt.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>La position équilibrée d’Alain Vanzo</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le Premier Président de la Cour d’appel de Bourges, la prudence s’impose. Il se montre très réservé sur la désignation d’un même expert comme médiateur dans une affaire, en raison des risques d’atteinte à l’impartialité et des difficultés pratiques liées à la contradiction entre confidentialité et contradictoire. En revanche, il estime souhaitable que l’expert, au moment le plus opportun – par exemple après la remise d’un pré-rapport –, puisse inviter les parties à se rapprocher et faciliter une conciliation simple. Les risques y sont nettement moindres que dans une médiation formelle. Il a rappelé avec force que l’expertise reste avant tout une mission technique au service du juge. La possibilité de conciliation doit demeurer une faculté, non un objectif premier, afin de préserver la dynamique contradictoire et l’impartialité de l’expert.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Perspectives et recommandations</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réforme transforme potentiellement le profil de l’expert judiciaire, qui pourrait évoluer vers un rôle de facilitateur alliant compétences techniques pointues et aptitudes relationnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les juges adapteront-ils leurs ordonnances en intégrant explicitement cette possibilité ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les avocats encourageront-ils activement cette nouvelle faculté ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les experts investiront-ils dans des formations complémentaires ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autant de questions que l’avenir permettra de trancher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alain Vanzo a appelé les experts &nbsp;à observer attentivement les retours d’expérience des praticiens dans les prochains mois et à approfondir la réflexion, notamment lors de futures journées de formation organisées par la Compagnie des experts de justice. Il a insisté sur la nécessité d’agir avec prudence, sans dévier des principes fondamentaux d’impartialité et de contradictoire qui fondent la mission de l’expert judiciaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette intervention riche, équilibrée et empreinte d’une grande lucidité reflète la volonté de la cour d’appel de Bourges d’accompagner sereinement cette évolution majeure de la justice civile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plaçant l’amiable au cœur des pratiques tout en préservant les exigences essentielles de l’expertise, elle contribue à une justice plus efficace, plus apaisée et mieux adaptée aux attentes des justiciables. Les experts de justice du ressort sont désormais invités à s’approprier ce nouveau cadre avec discernement et professionnalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Cour d&rsquo;appel de Bourges, photo issue du site </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/role-de-mediateur-des-experts-de-justice-alain-vanzo-premier-president-de-la-cour-dappel-de-bourges-livre-une-analyse-de-labrogation-de-larticle-240-du-code-de-proc/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Immersion en médiation » épisode 4 &#8211; Le juge, nouvel architecte de l&#8217;amiable</title>
		<link>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-4-le-juge-nouvel-architecte-de-lamiable/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-4-le-juge-nouvel-architecte-de-lamiable/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Mar 2026 22:12:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17861</guid>

					<description><![CDATA[La justice civile française vit une transformation silencieuse mais profonde. Au 117ᵉ Café de la médiation (Ifomene), le magistrat Fabrice]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La justice civile française vit une transformation silencieuse mais profonde. Au 117ᵉ Café de la médiation (Ifomene), le magistrat Fabrice Vert a dévoilé les contours d’un paysage judiciaire où le juge devient un acteur central de la résolution amiable des litiges.</strong></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un tournant institutionnel assumé</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis plusieurs années, les modes amiables ne sont plus un simple supplément d’âme réservé à quelques magistrats convaincus. Ils constituent désormais une politique publique à part entière, structurée, assumée et pilotée. Fabrice Vert l’a rappelé avec force : la médiation n’est plus une initiative isolée, mais un axe stratégique inscrit dans les priorités du ministère de la Justice. Le décret du 18 juillet 2025, qui recodifie l’ensemble des dispositifs amiables, marque un basculement majeur en érigeant l’instruction conventionnelle en principe. Le juge civil n’est plus seulement celui qui tranche ; il devient celui qui oriente, accompagne et choisit, avec les parties et leurs avocats, la voie la plus pertinente pour résoudre un litige.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution s’incarne également dans la création, en 2026, d’un magistrat référent de l’amiable dans chaque tribunal et chaque cour d’appel. À Paris, une conférence régionale de l’amiable a été installée pour coordonner les pratiques et structurer une gouvernance commune entre magistrats, avocats, conciliateurs et médiateurs. L’amiable n’est plus un geste isolé : il devient une architecture institutionnelle.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un office du juge profondément redéfini</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La réécriture de l’article 21 du Code de procédure civile constitue l’un des changements les plus significatifs de la réforme. Le juge doit désormais déterminer, avec les avocats et les parties, le meilleur mode de résolution du litige. Ce principe de coopération, associé à celui de proportionnalité procédurale, impose une nouvelle manière de concevoir la justice civile. Il ne s’agit plus de dérouler mécaniquement une procédure, mais d’adapter la réponse judiciaire à la nature du conflit, à son intensité humaine et à son enjeu économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la pratique, cette transformation se traduit par un travail d’analyse dès l’assignation. Le magistrat examine les éléments du dossier pour repérer les indices d’une possible orientation amiable. Fabrice Vert regrette d’ailleurs la disparition de l’obligation, instaurée en 2015, d’indiquer les diligences amiables déjà tentées, un outil précieux pour anticiper l’éligibilité d’un litige à la médiation ou à la conciliation. En procédure orale, le dialogue direct avec les avocats facilite l’exploration des options. En procédure écrite, l’exercice est plus délicat et nécessite un échange structuré avec les conseils.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’audience de règlement amiable, une innovation exigeante</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les outils introduits par la réforme, l’audience de règlement amiable occupe une place singulière. Confiée à un juge spécialement formé, elle repose sur une méthode structurée qui combine confrontation équilibrée des points de vue, exploration des besoins et des intérêts, et clarification des principes juridiques applicables. Le juge peut y donner les grandes lignes du droit, ce que ne fait pas un médiateur, et son autorité naturelle peut faciliter la pacification des échanges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette innovation a un coût : elle est extrêmement chronophage. Une seule séance dure au minimum quatre heures, souvent suivie de réunions supplémentaires. Fabrice Vert en tire une conclusion claire : les juges ne pourront jamais absorber tous les dossiers. L’audience de règlement amiable ne remplace donc pas la médiation ; elle la complète. Elle s’adresse aux litiges les plus complexes, ceux où la solution en droit serait insatisfaisante pour tous, ou encore aux conflits à forte intensité émotionnelle.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Médiation, conciliation, ARA : une articulation subtile</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des moments les plus éclairants du webinaire concerne la manière dont un juge choisit entre les différents modes amiables. Fabrice Vert insiste sur le fait qu’il n’existe pas de grille scientifique. L’orientation repose sur une appréciation pragmatique, nourrie par l’expérience et la connaissance des acteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La médiation s’impose lorsque les parties peuvent financer un médiateur ou lorsqu’une expertise sectorielle est nécessaire. Elle fonctionne particulièrement bien lorsque les avocats s’accordent sur un nom, un facteur de réussite presque systématique. La conciliation, quant à elle, est privilégiée pour les litiges à faible enjeu financier, pour les parties disposant de moyens limités ou lorsque la situation nécessite un tiers plus directif. L’audience de règlement amiable, elle, est réservée aux dossiers les plus sensibles, ceux où l’intervention d’un juge peut apporter une plus-value décisive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette articulation repose aussi sur la connaissance fine des professionnels. Le magistrat encourage les médiateurs à se faire connaître, à participer aux rencontres, à publier, à écrire aux juridictions. La réputation joue un rôle déterminant dans les désignations.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’injonction de rencontrer un médiateur, un levier discret mais puissant</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le décret du 18 juillet introduit un outil simple mais redoutablement efficace : l’injonction de rencontrer un médiateur ou un conciliateur. Elle ne contraint pas à entrer en médiation, mais oblige les parties à s’informer. Dans les faits, elle agit comme un déclencheur psychologique. De nombreux avocats s’en servent pour convaincre un client réticent d’explorer la voie amiable. Les résultats sont tangibles : en référé, Fabrice Vert a vu le nombre de délibérés passer de vingt-sept à douze grâce aux médiations et conciliations initiées par injonction.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les avocats, partenaires indispensables de la transformation</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun mode amiable ne peut fonctionner sans l’adhésion des avocats. Le magistrat le répète avec insistance : sans les avocats, pas de médiation. Or certains hésitent encore à proposer une médiation, par crainte d’être perçus comme faibles ou défaitistes par leurs clients. Pour lever ces freins, les juridictions multiplient les formations, notamment à l’École de formation du barreau. Les juges sensibilisent systématiquement les avocats en audience et les incitent à proposer des médiateurs. La culture évolue, lentement mais sûrement.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les défis à venir : structurer, professionnaliser, sécuriser</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Si la dynamique est lancée, de nombreux chantiers restent ouverts. Le Comité national de la médiation, dont les recommandations sont attendues en 2026, travaille sur plusieurs axes structurants : un code de déontologie du médiateur reconnu par le ministère, la définition d’une formation qualifiante, des incitations fiscales pour encourager les accords amiables, des outils statistiques fiables et l’intégration de l’amiable dans les ordonnances de roulement des tribunaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cela s’ajoute une évolution majeure : la possibilité pour un expert judiciaire de mener une mission de conciliation, et la reconnaissance du technicien conventionnel, dont le rapport aura la même valeur qu’un rapport d’expert. Cette hybridation entre expertise et amiable ouvre des perspectives nouvelles, notamment dans les litiges techniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong>Vers une justice plus humaine</strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fil du webinaire, une conviction se dessine : l’amiable n’est pas un gadget procédural, mais une réponse politique, sociale et humaine à une justice saturée et parfois déshumanisée. Fabrice Vert le dit avec simplicité : la médiation est un moment d’humanité dans des procédures souvent kafkaïennes. Le chemin reste long, mais la direction est claire. Le juge devient un architecte de la paix judiciaire, un facilitateur, un garant de l’équilibre. Les avocats, médiateurs et conciliateurs sont appelés à travailler ensemble, dans une logique de coopération. La justice amiable n’est plus une alternative : elle est en train de devenir une norme culturelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Tingey Injury Law Firm</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-4-le-juge-nouvel-architecte-de-lamiable/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Édition scientifique : L&#8217;IA en passe de remplacer la relecture par les pairs</title>
		<link>https://citizen4science.org/edition-scientifique-lia-en-passe-de-remplacer-la-relecture-par-les-pairs/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/edition-scientifique-lia-en-passe-de-remplacer-la-relecture-par-les-pairs/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Nov 2025 13:07:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bonnes pratiques de publication]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Publications scientifiques]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17466</guid>

					<description><![CDATA[L’intelligence artificielle transforme aussi la publication scientifique. Le secteur est en ébullition et à l&#8217;instar de la traduction, les experts]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">L’intelligence artificielle transforme aussi la publication scientifique. Le secteur est en ébullition et à l&rsquo;instar de la traduction, les experts seront bientôt relégués au statut de relecteurs&#8230; du travail de l&rsquo;IA</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’intelligence artificielle s’impose comme un catalyseur majeur dans la publication scientifique, en restructurant profondément le processus de relecture par les pairs (« <em>peer review</em> » dans le jargon) vers un modèle hybride. À l’image de la <a href="https://citizen4science.org/intelligence-artificielle-et-traduction-quel-impact-sur-la-profession/">traduction professionnelle,</a> qui a été profondément remaniée et souvent dévastée par les outils automatisés au cours de la dernière décennie, la relecture délègue désormais le traitement massif des soumissions à l’intelligence artificielle, tandis que l’expertise humaine se concentre sur la validation du travail de l&rsquo;IA. Cette analogie avec la traduction dans la chaîne de l&rsquo;édition n’est pas fortuite : elle illustre comment un métier autrefois artisanal (dans le bon sens du terme) et profondément humain, fondé sur la maîtrise et l&rsquo;expertise en la matière ici linguistique et culturelle, a été bouleversé par l’automatisation et le <em>deep learning</em>, pavant la voie à une hybridation où l’humain corrige et affine les sorties de la machine, souvent au prix d’une précarisation généralisée du métier.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<h3 class="wp-block-heading">La crise structurelle du système traditionnel de relecture</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le cadre de relecture par les pairs, instauré au XVIIe siècle pour garantir la robustesse des découvertes scientifiques, traverse une période de tension extrême. En 2025, le volume annuel de publications dépasse les cinq millions d’articles, contre seulement 1,8 million en 2010, selon les analyses du <em>Peer Review Congress</em>. Cette croissance exponentielle, alimentée par l’essor de l’accès ouvert et les pressions institutionnelles du « <em>publish or perish</em> » (publier ou périr) allonge les délais de traitement jusqu’à douze mois et crée un déséquilibre flagrant parmi les relecteurs bénévoles :20 % d’entre eux assument 80 % des évaluations. Parallèlement, <a href="https://citizen4science.org/fraude-a-la-publication-scientifique-le-cas-des-paper-mills-et-autres-moulins-a-articles-revues-et-citations/">les « <em>paper mills</em>« , usines à faux articles</a>, souvent générés par intelligence artificielle, contaminent jusqu’à 20 % des soumissions dans des domaines comme la biomédecine ou l’intelligence artificielle. Face à cette avalanche, l’IA apporte une réponse concrète avec des plateformes telles que <em>STM Integrity Hub</em>, qui analysent plus de 70 indicateurs pour détecter le plagiat, les altérations d’images et les anomalies statistiques. Chez des éditeurs comme <em>PLOS</em> ou <em>Springer Nature</em>, ces systèmes automatisés génèrent déjà 40 % des rejets au stade initial, réduisant de moitié les temps de réponse. D’ici 2028, les projections estiment que 70 à 80 % des contrôles préliminaires seront algorithmiques, libérant ainsi les experts pour des analyses plus subtiles.<br>Le parallèle avec la traduction professionnelle est particulièrement éclairant : depuis l’arrivée de <em>DeepL</em> et <em>Google Translate</em>, les traducteurs se consacrent essentiellement à la correction finale, avec une augmentation de 300 % de ces tâches depuis 2020. La relecture scientifique empruntera la même voie, en formant des spécialistes à affiner les modèles d’intelligence artificielle sur des ensembles de données dédiés, afin d’éviter les erreurs graves en médecine ou en physique. Mais à quel coût social pour les experts bénévoles actuels ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les pionniers du NEJM : une hybridation prudente entre automatisation et discernement humain</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La prestigieuse revue <em>New England Journal of Medicine</em> (NEJM) illustre parfaitement cette évolution mesurée et contrôlée. Grâce à sa branche <em>NEJM AI</em> et au programme « <em>AI Fast Track</em>« , des modèles comme ChatGPT-5 et Gemini Pro examinent les essais cliniques pour identifier les biais statistiques, les échantillons défaillants ou les faiblesses méthodologiques. Ces outils surpassent souvent les relecteurs humains sur les aspects techniques purs, en débusquant des incohérences jusque-là passées inaperçues. Cependant, la politique éditoriale reste inflexible : chaque manuscrit exige l’intervention d’au moins deux experts externes et d’un statisticien, avec une interdiction formelle de l’intelligence artificielle pour les décisions finales. Cette approche hybride préserve le jugement contextuel et éthique, essentiel pour évaluer l’innovation ou les implications sociétales. Chez PLOS, les rejets initiaux ont explosé à 40 % grâce à ces audits numériques. Ces initiatives démontrent que l’intelligence artificielle excelle dans la gestion du volume, mais qu’elle bute sur les subtilités culturelles ou les avancées disruptives. Dans les deux à trois prochaines années, un déploiement élargi de ces voies rapides démocratisera l’accès à la publication pour les chercheurs des pays en développement, souvent pénalisés par les barrières linguistiques. Des traductions automatisées, corrigées par des spécialistes, renforceront cette inclusivité, à l’instar des traducteurs formés sur des corpus massifs pour perfectionner les algorithmes, une inclusivité qui masque souvent une exploitation accrue des travailleurs précaires.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Frontiers et son assistant AIRA : une intégration fluide au service de l’efficacité</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Frontiers, leader de l’accès ouvert (<em>open science</em> dans le jargon), a déployé dès 2020 l’<em>Artificial Intelligence Review Assistant</em> (AIRA), qui effectue plus de quarante vérifications en un instant : détection de plagiat, conflits d’intérêts, images falsifiées. Couplé à <em>Papermill Alarm</em>, il identifie quinze signes de fraude, divisant par deux les délais de traitement. Cet assistant prépare le terrain pour un réseau de cent mille relecteurs humains qui rendent les verdicts définitifs. D’ici 2027, il orchestrera un appariement prédictif en temps réel entre manuscrits et relecteurs, favorisant une plus grande diversité grâce à des traductions corrigées. Ce modèle rappelle les agences éditoriales comme <em>TransPerfect</em> (voire paragraphe dédié ci-dessous), chez laquelle 90 % des flux professionnels passent désormais par l&rsquo;humain essentiellement pour de la correction, générant des emplois spécialisés pour valider l’intelligence artificielle, mais des emplois souvent sous-payés et instables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Elsevier et Aries Systems : une infrastructure évolutive pour préserver l’intégrité</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;éditeur<em> Elsevier</em>, qui gère plus de cinq mille revues, intègre l’intelligence artificielle dans <em>Aries Systems</em> et <em>Editorial Manager</em> pour un filtrage avancé : analyse de similarités textuelles, détection de biais et collaboration avec <em>STM Hub</em> contre les usines à faux articles. Traitant onze mille soumissions par jour, ces outils allègent 70 % de la charge initiale. <em>ScienceDirect</em> produit des synthèses de littérature, mais la relecture demeure strictement humaine, excluant toute autonomie algorithmique. Cette forteresse hybride repose sur un affinement renforcé pour des disciplines objectives comme la chimie, via des ensembles de données certifiés. Le marché de l’édition scientifique, évalué à 19 milliards de dollars, voit l’intelligence artificielle capter 15 % de la croissance annuelle, avec des concurrents comme <em>Scholastica</em> ou <em>Morressier</em>. Cette croissance qui profite avant tout aux géants au détriment des petits acteurs et des experts indépendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Côté prestataires d&rsquo;IA : l&rsquo;exemple de l&rsquo;indien Cactus Communications</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Fondée en 2002 à Mumbai, Cactus Communications rassemble plus de 3 000 experts en édition, traduction et intelligence artificielle à travers<em> Paperpa</em>l et <em>Editage</em>. L’entreprise s’est développée à l’international, avec des bureaux en Asie, en Europe et en Amérique, au service des chercheurs, éditeurs et sociétés savantes. Son réseau excède mille spécialistes par discipline, proposant des services hybrides comme <em>Paperpal Preflight</em> for <em>Editorial Desk</em>, intégré chez <em>Taylor &amp; Francis</em>, <em>Frontiers</em> ou <em>Aries Systems</em>, pour un filtrage algorithmique suivi de validation humaine. Cactus brille par son plaidoyer actif, en co-organisant des conférences et en façonnant les normes. En 2025, Editage coparraine la <em>Peer Review Weeks</em>, dont l&rsquo;édition 2025 a eu lieu en septembre dernier, avec l’Association européenne des éditeurs scientifiques, sous le thème « <em>Repenser la relecture à l’ère de l’intelligence artificielle ». </em> Roohi Ghosh, co-présidente du comité, plaide pour un partenariat humain-algorithme responsable d’ici 2030.<br>Cactus anime des débats comme l’<em>Ideathon</em> sur les solutions intelligentes, explorant l’appariement de relecteurs et les incitations. À la <em>Society for Scholarly Publishing</em> 2025 à Baltimore, son équipe dirige des sessions sur les flux éditoriaux intelligents et a remporté un prix. Des partenariats avec <em>SPIE</em> pour des formations en optique ou avec <em>STM</em> pour l’intégrité amplifient son impact.<br>Dans quelques jours en novembre 2025, Cactus réunira à Washington DC des leaders pour « <em>Réinventer l’édition avec la collaboration humain-intelligence artificielle</em> » dans le but de dissiper les appréhensions. Membre de STM depuis 2024, Cactus diffuse via blogs et webinaires l’hybridation. Sur LinkedIn, elle recrute des relecteurs et autres annotateurs indépendantspour corriger les données issus de l&rsquo;IA. Ce plaidoyer accélère  l’adoption de l’intelligence artificielle soi-disant sans sacrifice humain, mais c&rsquo;est une apparence car il masque souvent une dévalorisation du travail d&rsquo;expert.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Écosystème des prestataires d’intelligence artificielle : concurrence et alliances collectives</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de Cactus, un marché dynamique propulse l’intelligence artificielle dans l’édition. <em>STM Integrity Hub</em>, coalition de 35 éditeurs, déploie <em>Papermill Alarm</em> avec 70 signaux partagés entre revues. <em>Clear Skies </em>attribue des notations de risque. Ces alliances échangent des ensembles de données anti-fraude. <em>Aries</em> intègre <em>Preflight</em> pour accélérer les rejets initiaux ; <em>Frontiers</em> associe son assistant à <em>Clear Skies</em> et <em>Cactus</em>. <em>Elsevier</em> domine via <em>Editorial Manager</em> mais coopère avec <em>STM</em>. Le secteur, valorisé à 19 milliards, bénéficie de 15 % de croissance liée à l’intelligence artificielle, avec <em>Morressier</em> ou <em>Scholastica</em>. Les offres d’emploi abondent : annotateurs chez Elsevier, affinement chez STM pour les sciences exactes ,des postes qui promettent l’innovation au pris de la précarisation des experts.</p>



<h3 class="wp-block-heading">TransPerfect : le prédateur qui a décimé la traduction, comme un avertissement pour la relecture scientifique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour bien comprendre le destin probable de la relecture scientifique par les pairs, il faut se pencher sur l’histoirede TransPerfect, cette entreprise new-yorkaise fondée en 1992 par Phil Shawe et Liz Elting. Elle s’est imposée comme un prédateur impitoyable dans le monde de la traduction, avec un chiffre d’affaires dépassant le milliard de dollars. TransPerfect a été l’un des pionniers à exploiter massivement la traduction automatique neuronale dès les années 2010, intégrant des outils comme <em>Google Translate</em> et des moteurs propriétaires pour inonder le marché de traductions low-cost. Ce virage agressif a littéralement saccagé le métier : les tarifs par mot ont chuté de cinquante pour cent en une décennie, plongeant des milliers de traducteurs indépendants dans la précarité, les forçant à accepter des contrats ubérisés ou à quitter la profession. Des associations comme l’<em>American Translators Association </em>ont fustigé cette dévalorisation brutale, où la qualité humaine n’était plus qu’un luxe réservé aux clients fortunés, tandis que les erreurs culturelles et contextuelles proliféraient dans les traductions automatisées bon marché. TransPerfect, avec son modèle vorace, a externalisé massivement vers des pays à bas coûts, exploitant une main-d’œuvre sous-payée pour « p<em>ost-éditer</em> »  les sorties de ses machines d&rsquo;IA ; un euphémisme pour un travail ingrat de correction à la chaîne. Aujourd’hui, 90 % de ses projets passent par l&rsquo;édition post-machine, créant soi-disant 50 000 emplois spécialisés, mais en réalité des postes précaires, sans sécurité sociale ni reconnaissance syndicale, où les linguistes sont réduits à des correcteurs anonymes au service des algorithmes. L’entreprise fles forme via des plateformes internes, en les rémunérant au lance-pierre pour affiner les modèles sur des corpus propriétaires, enrichissant ainsi les actionnaires au détriment des créateurs. Ce modèle a conquis des géants comme Netflix en réduisant les délais, mais au prix d’une érosion éthique : pertes d’emplois massives, burnout généralisé et une qualité globale en berne pour les contenus non critiques. Appliqué à la relecture scientifique, TransPerfect sonne comme un avertissement : l’automatisation promet l’efficacité, mais risque de transformer les experts bénévoles en <em>gig workers</em> exploités, validant les analyses IA sur l’éthique et l’innovation pour un salaire de misère, tout en amplifiant les inégalités et les biais. TransPerfect n’a pas reconstruit le métier ; il l’a pillé pour mieux le monétiser, un scénario que la science doit éviter, mais cela paraît bien ardu.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Défis persistants : fraudes évolutives, biais algorithmiques et garde-fous éthiques impératifs</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les défis de l’intelligence artificielle dans la relecture par les pairs sont profonds et touchent au cœur de l’intégrité scientifique. Les usines à faux articles (papermills) ont évolué, utilisant des modèles génératifs pour créer non seulement des textes falsifiés, mais aussi de faux rapports de relecture, infectant jusqu&rsquo;à près de 20 % des soumissions dans les conférences sur l’intelligence artificielle. Ces tromperies sophistiquées échappent souvent aux détecteurs, en mimant le style académique avec une précision troublante, sapant la confiance dans les publications. De plus, les biais algorithmiques représentent un danger systémique : des ensembles de données d’entraînement peu diversifiés pourraient accentuer les inégalités, privilégiant les travaux en anglais ou issus d’institutions occidentales, au détriment des perspectives émergentes du Sud global. Des études récentes indiquent que 20 % des rejets automatisés pourraient être fautifs pour cette raison, compromettant l’objectivité. Éthiquement, l’opacité des algorithmes pose la question de la responsabilité : qui répond d’une erreur mortelle sur une notice d&rsquo;utilisation d&rsquo;un médicament ou d&rsquo;un dispositif médical, ou la validation d&rsquo;un essai clinique biaisé voire à base de données fabriquées, la machine ou l’éditeur ? Les<em> National Institutes of Health</em> et le <em>Committee on Publication Ethics</em> bannissent l’intelligence artificielle pure pour les relectures, imposant des déclarations complètes et des audits indépendants. La contre-attaque s’articule autour de l’affinement par des experts humains, qui corrigent les modèles sur des corpus validés, et de régulations naissantes. Des propositions pour une loi sur la relecture intelligente aux États-Unis exigeraient des certifications éthiques et des tests de robustesse. <em>Cactus</em> et <em>STM</em> forment via guides et séminaires, en insistant sur la transparence. Ces mesures de sauvegarde peuvent transformer les risques en atouts : une intelligence artificielle auditée détecterait mieux les fraudes subtiles. Sans eux, la crédibilité s’effondrerait. L’hybridation pourrait ainsi renforcer la résilience&#8230; à condition de ne pas répéter les erreurs du secteur de la traduction.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Perspectives : une généralisation hybride sans disparition de l’humain</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un horizon de deux à trois ans pour une massification de l’intelligence artificielle dans la relecture s’avère pertinent, comme le prouvent les avancées en cours et les projections du secteur. Ce mois-ci des outils comme l’assistant de Frontiers seront enrichis avec <em>Papermill Alarm</em> et <em>Preflight</em>, détectant les fraudes en routine, tandis que <em>PLOS</em> voit ses rejets initiaux algorithmiques atteindre 40 %. <em>STM Integrity Hub</em>, réunissant trente-cinq éditeurs, intègre des détecteurs de texte artificiel dès cette année, avec des groupes de travail visant une couverture inter-revues d’ici 2027-2028. Le <em>New England Journal of Medicine</em> rend des décisions en une semaine via son voie rapide, et<em> Springer Nature</em> a partagé son outil <em>Geppetto </em>au Hub en avril 2025. La Semaine de la relecture 2025 promeut un hybride responsable, Roohi Ghosh anticipant un filtrage dominant par intelligence artificielle dès la fin de la décennie. Le marché projette 70 % du triage algorithmique d’ici 2027-2028, extrapolation de pilotes en expansion et d’études du <em>Peer Review Congress</em>.<br>La disparition complète des relecteurs humains reste improbable avant une décennie, l’intelligence artificielle brillant dans le volume mais faillant à l’éthique ou à l’innovation. Comme pour la traduction, , la relecture scientifique par les pairs deviendra un métier hybride : experts affinant et auditant les modèles. Il faut tabler sur des régulations à définir qui ancreront l’humain au centre, pour une science fiable et des experts humains non dévalorisés ou précarisés. Un vœu pieu ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329 X 94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br>Non subventionné, notre média dépend entièrement de ses contributeurs pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section site d&rsquo;actualité et d&rsquo;analyse reste d&rsquo;accès gratuit&nbsp;!</em></p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">avec <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/edition-scientifique-lia-en-passe-de-remplacer-la-relecture-par-les-pairs/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Immersion en médiation » épisode 3 &#8211; L&#8217;expert judiciaire désormais médiateur</title>
		<link>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-3-lexpert-judiciaire-desormais-mediateur/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-3-lexpert-judiciaire-desormais-mediateur/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Sep 2025 11:44:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=17344</guid>

					<description><![CDATA[Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 marque un pivot dans la procédure civile française, en posant l&#8217;instruction conventionnelle]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 marque un pivot dans la procédure civile française, en posant l&rsquo;instruction conventionnelle comme règle et en intégrant les modes amiables de résolution des différends (MARL) au quotidien judiciaire. Les experts judiciaires, libérés de l&rsquo;interdiction de concilier, peuvent désormais faciliter des accords. Effective depuis le 1er septembre 2025, cette réforme pourrait déjudiciariser 20 à 30 % des litiges civils d&rsquo;ici 2030, selon le Conseil national des barreaux (CNB), en rendant la justice plus collaborative, accessible et centrée sur le dialogue.</h2>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/09/image-25.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="752" height="1024" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/09/image-25-752x1024.png" alt="" class="wp-image-17345" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/09/image-25-752x1024.png 752w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/09/image-25-220x300.png 220w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/09/image-25-768x1046.png 768w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/09/image-25.png 946w" sizes="auto, (max-width: 752px) 100vw, 752px" /></a></figure>



<h3 class="wp-block-heading">Décret du 18 juillet 2025 : un socle pour une procédure civile réinventée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Publié le 18 juillet 2025 et applicable dès le 1er septembre, le décret n° 2025-660 réorganise le Code de procédure civile (CPC) en unifiant les règles des MARL dans un titre dédié et en érigeant l&rsquo;instruction conventionnelle en principe directeur. Face à l&rsquo;engorgement des tribunaux, qui traitent plus de 2,5 millions d&rsquo;affaires civiles par an, cette réforme rend l&rsquo;instruction judiciaire subsidiaire, privilégiant les accords entre parties pour organiser les mesures d&rsquo;instruction, dont les expertises. Les articles 127 et suivants du CPC sont modifiés pour permettre aux justiciables et avocats de piloter le dossier sous supervision judiciaire, avec la désignation d&rsquo;un « technicien » – souvent un expert – de manière conventionnelle, sans recours immédiat au juge.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Cette restructuration, issue des travaux d&rsquo;une commission sur la réforme civile de 2023, s&rsquo;inspire de modèles européens comme le Royaume-Uni, où les approches amiables ont réduit de 25 % les affaires civiles. En France, elle pourrait élever à 40 % la proportion de différends résolus sans audience, générant des économies et accélérant les délais actuels de 18 mois pour une expertise. Prospectivement, cela anticipe une justice proactive, où les MARL deviennent la norme, libérant les magistrats pour des enjeux sociétaux complexes comme les litiges environnementaux ou numériques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;évolution du rôle de l&rsquo;expert : de la neutralité à la facilitation optionnelle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Traditionnellement, l&rsquo;expert judiciaire se limitait à un éclairage technique impartial, interdit de concilier par l&rsquo;article 240 du CPC depuis 1972, pour éviter toute apparence de biais. Le décret de 2025 abroge cette prohibition, autorisant l&rsquo;expert à proposer des solutions amiables, à rédiger des accords ou à orienter vers une médiation, transformant son rôle en un hybride technique et relationnel. Cependant, cette extension est facultative : l&rsquo;expert n&rsquo;est pas contraint d&rsquo;exercer ces fonctions conciliatrices dans ses missions. Il peut choisir de s&rsquo;en tenir à un rapport objectif, laissant la négociation aux parties ou au juge, particulièrement dans des cas sensibles où l&rsquo;impartialité prime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette liberté préserve l&rsquo;essence du métier tout en ouvrant des voies nouvelles. Dans l&rsquo;immobilier ou la santé, où les expertises pèsent 30 % des dossiers, un expert pourrait diagnostiquer un vice et, s&rsquo;il le souhaite, faciliter un règlement partagé, évitant un procès. Prospectivement, cette option pourrait multiplier par deux les interventions amiables, réduisant les récidives de 50 % dans certains secteurs selon des modélisations du ministère de la Justice. Elle humanise la justice, passant de confrontations à des dialogues, mais pose des défis éthiques : sans garde-fous, comme l&rsquo;homologation judiciaire des accords, des conflits d&rsquo;intérêts pourraient émerger.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Modifications de l&rsquo;accès et de la formation : vers une expertise hybride avec chevauchements contrôlés</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;accès à la fonction d&rsquo;expert judiciaire, régi par des listes annuelles des cours d&rsquo;appel, a été renforcé par un décret de 2023 exigeant une expérience minimale et une formation continue pour garantir la qualité des rapports. Le décret de 2025 ajoute une couche : pour ceux optant pour la conciliation, une formation à la médiation d&rsquo;au moins 40 heures est obligatoire, certifiée par des organismes agréés comme l&rsquo;Institut de médiation et d&rsquo;arbitrage. Cette exigence, applicable aux nouveaux inscrits et avec un délai jusqu&rsquo;en 2026 pour les actuels, n&rsquo;impose pas la formation à tous, mais seulement à ceux choisissant ce rôle élargi, évitant une surcharge pour les « puristes » techniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un aspect pertinent émerge avec les chevauchements entre experts judiciaires et médiateurs : en France, certains professionnels sont inscrits sur les deux listes auprès des cours d&rsquo;appel – listes d&rsquo;experts pour les avis techniques, et listes de médiateurs pour la facilitation d&rsquo;accords volontaires, comme prévu par le décret de 2017 sur les médiateurs. Ce double enregistrement, géré par des entités comme la Compagnie nationale des experts de justice médiateurs (CNEJM), reflète une complémentarité : l&rsquo;expert apporte son savoir-faire technique à la médiation, mais les rôles diffèrent fondamentalement. L&rsquo;expert évalue et rapporte, tandis que le médiateur neutre guide sans décider, avec des garanties d&rsquo;impartialité strictes pour éviter les confusions. Avec la réforme, ce chevauchement pourrait s&rsquo;intensifier, créant des « experts-médiateurs » hybrides, mais des risques existent, comme un « mariage risqué » soulignant des tensions éthiques si le même individu alterne rôles dans une affaire. Prospectivement, cela pourrait professionnaliser les MARL, avec 5 000 experts formés d&rsquo;ici 2028, mais nécessite des protocoles clairs pour distinguer les missions et prévenir les abus.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Réactions des acteurs : soutien et vigilance pour une mise en œuvre équilibrée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les retours des professionnels, via le CNB et l&rsquo;Union syndicale des magistrats (USM), sont globalement positifs : le CNB voit des « opportunités » pour des expertises conventionnelles innovantes, tandis que l&rsquo;USM parle d&rsquo;une « révolution de l&rsquo;office du juge civil », transformant le magistrat en facilitateur. Les médiateurs, dans leur position du 10 septembre 2025, approuvent l&rsquo;encadrement de la médiation mais alertent sur la nécessité de distinctions claires entre rôles pour éviter les confusions. Des réserves émergent sur les inégalités : sans aide juridique renforcée, les parties modestes pourraient être désavantagées dans les négociations conventionnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prospectivement, ces réactions appellent à une sensibilisation accrue, via des campagnes publiques, et un suivi annuel pour ajuster le décret, comme proposé par la commission de réflexion sur l&rsquo;expertise. Dans un horizon européen, la France pourrait exporter ce modèle hybride, influençant des directives sur les MARL.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Formation à la médiation : un levier pour une expertise éthique et prospective</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que facultative pour la conciliation, la formation à la médiation devient un atout stratégique : elle équipe les experts pour intégrer l&#8217;empathie à l&rsquo;analyse, facilitant des accords durables dans des litiges comme les divorces ou commerciaux. Éthiquement, elle protège contre les biais, avec l&rsquo;homologation judiciaire comme garde-fou. Prospectivement, elle pourrait forger un corps d&rsquo;experts hybrides, alignés sur le plan Justice 2023-2027, réduisant les coûts sociétaux des conflits prolongés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h4 class="wp-block-heading">Pour une justice apaisée, avec des défis à surmonter</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réforme de l&rsquo;expertise judiciaire, ajoutant une corde médiatrice à leur arc, promeut l&rsquo;amiable maximal permettant d&rsquo;alléger les tribunaux et de valoriser les experts comme pivots du dialogue. Elle pourrait inspirer, mais son succès dépend d&rsquo;une appropriation inclusive moyennant une formation solide à la médiation. À terme, elle envisage une société moins litigieuse, où la justice anticipe plutôt que répare, pour un système plus efficace à l&rsquo;horizon 2030.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Katrin Bolovtsova</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article GRATUIT </strong><em>de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d&rsquo;autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/immersion-en-mediation-episode-3-lexpert-judiciaire-desormais-mediateur/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Éditorial &#8211; 15/04/2025</title>
		<link>https://citizen4science.org/editorial-15-04-2025/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/editorial-15-04-2025/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Apr 2025 12:41:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[#MeeToo]]></category>
		<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Criminologie]]></category>
		<category><![CDATA[Editorial]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=16444</guid>

					<description><![CDATA[Science face aux médias et à la justice : de l’ombre à la vérité sur le meurtre de Marie Trintignant]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h1 class="wp-block-heading">Science face aux médias et à la justice : de l’ombre à la vérité sur le meurtre de Marie Trintignant perpétré par Bertrand Cantat</h1>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">LL documentaire &lsquo;<em>De rockstar à tueur : le cas Cantat</em>&lsquo;, disponible sur Netflix, ravive le souvenir douloureux du meurtre de la comédienne Marie Trintignant en 2003 par l’ex-leader du groupe de rock français Noir Désir. Si le mouvement #MeToo a transformé notre compréhension des violences conjugales, c’est avant tout l’expertise médico-légale qui a permis de démonter la thèse de l’accident défendue par Betrand Cantat, révélant la brutalité et l&rsquo;horreur de ce féminicide. Mais au-delà de la science, le traitement médiatique et les décisions judiciaires ont complexifié, voire entravé, la quête de justice. À l’époque, l’autopsie de Marie Trintignant constitue un tournant. Dix-neuf coups, principalement au visage maintenu à terre par le genou comprimant au sol le cou de la victime, fractures nasales, œdème cérébral : les conclusions des médecins légistes, détaillées dans le documentaire, pulvérisent le récit de Cantat, qui évoque une dispute, des « <em>gifles</em> » et une chute accidentelle contre un radiateur, scénario inventée qu&rsquo;il a maintenu avec aplomb lors de la reconstitution. Ces preuves scientifiques, froides et irréfutables, établissent une violence extrême, incompatible avec un dérapage. Sans elles, la vérité aurait pu sombrer dans l’ambiguïté des témoignages ou la célébrité de l’accusé, mais aussi le traitement médiatique qui a substitué la vraie victime, au profit de celle plus vendeuse d&rsquo;un héros victime de ses pulsions. Le film montre ainsi comment l’expertise médico-légale, en posant des faits incontestables, a forcé la reconnaissance d’un meurtre, même face à une société encore réticente à nommer les féminicides. Les médias de l’époque ont souvent brouillé les pistes. Une partie de la presse, fascinée par le charisme de Cantat, a surfé sur la rhétorique du « <em>crime passionnel</em>« . On dépeignait un artiste torturé, victime de son amour dévorant, presque romantique dans sa tragédie. Marie Trintignant, elle, disparaissait derrière ce récit, réduite à un rôle secondaire dans une histoire centrée sur son bourreau. Ce cadrage, largement critiqué dans le documentaire, a non seulement minimisé la gravité des faits, mais aussi influencé l’opinion publique, préparant le terrain à une indulgence judiciaire problématique. Car la justice, elle aussi, a failli. Condamné à huit ans de prison alors qu&rsquo;il en risquait quinze, Bertrand Cantat n’en purge que quatre, libéré en 2007 par le juge des peines. En avril 2025, ce dernier, dans une rare prise de parole médiatique, a exprimé ses regrets, admettant que sa décision, influencée par le contexte et la pression publique, avait été une erreur. Le documentaire souligne l’ampleur de cette clémence : pour un crime d’une telle violence, une peine de quinze ans aurait été plus conforme à la gravité des faits. Cette libération prématurée a choqué, ravivant la douleur de la famille Trintignant et envoyant un message troublant sur la valeur accordée à la vie des femmes victimes de violences. Cette indulgence, conjuguée au traitement médiatique, a contribué à une forme d’effacement de la victime, laissant Cantat reprendre une carrière en toute indécence. Le mouvement  #MeToo a depuis permis de nommer ces dérives, de déconstruire les mythes du crime passionnel et d’exiger des comptes. Mais sans l’expertise médico-légale, la vérité aurait pu être engloutie par les récits romancés et les silences complices, comme l&rsquo;omerta fomentée par les membres du groupe Noir Désir dans laquelle a été happée l&rsquo;ex-femme de Cantat, elle-même victime de ses violences de longue date, qui finit par se suicider.  « <em>De rockstar à tueur ! le cas Cantat » </em> ne se contente pas de retracer un drame : il expose les rouages d’une affaire où la science a tenu tête aux biais culturels et médiatiques ainsi qu&rsquo;à l&rsquo;omerta. En 2025, il nous rappelle que la justice se doit de reposer sur des faits, et que l’expertise médico-légale peut s&rsquo;avérer un rempart contre l’oubli des victimes. Pour Marie Trintignant, elle a permis de nommer l’horreur.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/03/image-59.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="405" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/03/image-59-1024x405.png" alt="" class="wp-image-16587" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/03/image-59-1024x405.png 1024w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/03/image-59-300x119.png 300w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/03/image-59-768x304.png 768w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/03/image-59.png 1042w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption class="wp-element-caption"><em>Coupure de presse comme exemple de traitement médiatique de l&rsquo;affaire Cantat</em></figcaption></figure>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/04/image-37.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="343" height="394" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/04/image-37.png" alt="" class="wp-image-16607" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/04/image-37.png 343w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2025/04/image-37-261x300.png 261w" sizes="auto, (max-width: 343px) 100vw, 343px" /></a><figcaption class="wp-element-caption"><em>Une de Paris Match  n° 2828 7 Août 2023 </em></figcaption></figure>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Marie Trintignant &#8211; capture d&rsquo;image du documentaire Netflix<br></em><br></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Cet article GRATUIT</strong><em> de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui d’une rédaction qui se mobilise pour produire et diffuser des contenus de qualité. Qui paie ? vous, uniquement, pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.<br><br></em></h3>



<h3 class="wp-block-heading">Science infuse&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0329Z94873) édité par&nbsp;Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique promouvant l&rsquo;esprit critique.<br><br>Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également&nbsp;!</h3>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou via <a href="https://donorbox.org/citizen4science">J’aime l’Info</a>, partenaire de la presse en ligne indépendante</p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>
</div>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/editorial-15-04-2025/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Médiation linguistique » : un concept nouveau pour confirmer que la traduction est l&#8217;art de la connexion et de la médiation</title>
		<link>https://citizen4science.org/mediation-linguistique-un-concept-nouveau-pour-confirmer-que-la-traduction-est-lart-de-la-connexion-et-de-la-mediation/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/mediation-linguistique-un-concept-nouveau-pour-confirmer-que-la-traduction-est-lart-de-la-connexion-et-de-la-mediation/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Apr 2025 14:30:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expert]]></category>
		<category><![CDATA[Expertise]]></category>
		<category><![CDATA[Linguistique]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://citizen4science.org/?p=16478</guid>

					<description><![CDATA[Médiation linguistique, traduction-médiation, traducteur-médiateur&#8230;. des termes apparus récemment en lien avec les politiques migratoires, qui rappellent l&#8217;essence même d&#8217;une traduction]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Médiation linguistique, traduction-médiation, traducteur-médiateur&#8230;. des termes apparus récemment en lien avec les politiques migratoires,  qui rappellent l&rsquo;essence même d&rsquo;une traduction de qualité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde globalisé où les échanges transcendent les frontières, la traduction ne se résume plus à un transfert de mots. Elle exige de saisir des cultures, des contextes et des intentions, voire plus techniquement, des normes et des régulations. La médiation linguistique transforme le traducteur en passeur de sens, voire d&rsquo;exigences. La médiation linguistique est-elle dès lors un concept nouveau, une catégorie à part, ou simplement ce que tout bon professionnel de la traduction fait déjà ? Plongée dans un métier où les mots ne suffisent certainement pas.</p><div id="citiz-1577643598" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
data-ad-slot="" 
data-ad-format="auto"></ins>
<script> 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); 
</script>
</div>



<h3 class="wp-block-heading">Origine du concept</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le concept de médiation linguistique commence à se structurer dans les années 1990 et 2000, en parallèle avec l’évolution des politiques migratoires et des approches éducatives en Europe. Il trouve une formalisation notable dans le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), publié en 2001 par le Conseil de l’Europe. Le CECRL introduit la médiation comme une compétence langagière clé, définie comme une activité permettant de reformuler, traduire ou interpréter un message pour faciliter la communication entre des parties qui ne partagent pas la même langue ou le même registre culturel. Cette définition met l’accent sur la médiation comme un outil pour surmonter les barrières linguistiques et culturelles, en particulier dans des contextes où des individus doivent interagir avec des systèmes ou des interlocuteurs qu’ils ne maîtrisent pas encore pleinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On s&rsquo;en doute cependant : la pratique de la médiation linguistique est bien plus ancienne et informelle. Historiquement, dans les contextes de migration ou de contact entre cultures, des individus bilingues ou multilingues ont toujours joué un rôle d’intermédiaire. Par exemple, dans les empires coloniaux ou lors des grandes vagues migratoires du 19e et 20e siècles, des membres de communautés migrantes, souvent des enfants ou des personnes ayant acquis la langue du pays d’accueil, servaient de traducteurs informels pour leurs familles ou leurs pairs. Ce rôle, bien que non formalisé, préfigure ce qu’on appelle aujourd’hui la médiation linguistique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">En Europe : l&rsquo;intégration des migrants comme catalyseur</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La médiation linguistique est profondément liée au phénomène de l’intégration des migrants, et son développement conceptuel coïncide avec un regain d’intérêt pour les questions d’intégration linguistique à partir des années 2000. Avec la diversification des flux migratoires en Europe, notamment après la chute du mur de Berlin en 1989 et les conflits des années 1990 (comme ceux des Balkans), les sociétés d’accueil ont été confrontées à une hétérogénéité linguistique croissante. Les migrants, souvent non francophones ou non anglophones selon les pays, devaient interagir avec des administrations, des services de santé, des écoles ou des employeurs dans des langues qu’ils ne maîtrisaient pas encore. Cela a mis en évidence le besoin d’un soutien linguistique et culturel pour faciliter leur insertion sociale et professionnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil de l’Europe, à travers des initiatives comme le programme Intégration Linguistique des Migrants Adultes (ILMA), a joué un rôle clé dans la promotion de la médiation linguistique comme outil d’intégration. Par exemple, un document de 2016 du Conseil de l’Europe souligne que la médiation est essentielle pour les migrants, car elle leur permet de surmonter des obstacles liés à des différences linguistiques, terminologiques ou culturelles, comme comprendre les démarches administratives ou les normes sociales du pays d’accueil. La médiation peut être formelle (via des interprètes professionnels ou des formations linguistiques) ou informelle (via des membres de la communauté migrante ou des bénévoles).</p>



<h3 class="wp-block-heading">En France, une impulsion de l&rsquo;État</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans notre pays,  la médiation linguistique s’inscrit depuis l&rsquo;émergence du concept dans une conception de l’intégration qui privilégie une relation directe entre l’État et l’individu, plutôt qu’un modèle communautariste. Depuis les années 2000, des dispositifs comme le Contrat d’Accueil et d’Intégration (CAI, devenu Contrat d’Intégration Républicaine en 2016) ont intégré des formations linguistiques et des actions de médiation pour aider les migrants à naviguer dans leur nouvel environnement. Des chercheurs, comme ceux réunis lors du colloque de l’Université d’Artois en 2008 sur Langue et Intégration socioprofessionnelle, ont également mis en lumière l’importance de la médiation pour répondre aux besoins spécifiques des migrants, notamment dans le milieu professionnel.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Au-delà des mots : un pont entre les mondes et les cultures</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La médiation linguistique connecte des réalités. Un migrant face à un médecin dans un pays inconnu a besoin d’un traducteur qui adapte et reformule pour que le dialogue vive. Pour un texte, comme un contrat ou un article journalistique, le traducteur ajuste les concepts afin qu’ils parlent à une autre culture. Ce n’est pas juste de la fidélité au texte, mais une négociation du sens, en contexte de l&rsquo;univers et des références du destinataire ciblé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un texte vit dans un contexte. « <em>Il pleut des cordes</em> » devient absurde en anglais (« it rains ropes ») sans adaptation ; inversement, un Français rirait de « <em>It’s raining cats and dogs</em> » traduit par « <em>il pleut des chats et des chiens</em> ». Dans le domaine pharmaceutique, les pièges guettent tout autant : « <em>paracetamol</em>« , bien connu en Europe, est aussi « <em>acetaminophen</em> » en contexte américain, mais si un traducteur le traduit de façon littérale par « <em>acétaminophène</em> » en français, il perd son public ; personne en France à part les professionnels de santé ne comprennent ce terme, malgré sa technicité « chimiquement » correcte et le fait que les deux noms désignent exactement la même molécule. Dans des domaines spécialisés, cet art devient subtil. Le traducteur comprend les attentes du public et les normes locales. Autre exemple par mi de très nombreux dans le domaine médical : « <em>test</em> » se traduit en français selon le contexte : « test » ou analyse(s) ». Sans l&rsquo;expertise en la matière, le sens peut s’effondrer, ou bien être décrédibilisé ou avoir de graves conséquences, surtout en santé;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pas une spécialité, juste le métier ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si la médiation linguistique semble une compétence distincte, elle n’est peut-être que l’essence du professionnalisme en traduction. Tout bon traducteur adapte sa traduction à la cible. Ajouter une couche de  « médiation » peut sembler artificiel : c’est simplement ce qui fait un traducteur digne de ce nom. D&rsquo;une façon générale, un médiateur linguistique doit être un bon « traducteur », car son rôle exige de transposer fidèlement un message d’une langue à une autre tout en l’adaptant au contexte culturel et aux besoins des interlocuteurs. Sans une maîtrise approfondie des langues et des nuances, et pour les sujets techniques, l&rsquo;expertise en la matière traduite,  il ne peut combler les écarts linguistiques et sociaux. Inversement, un traducteur professionnel est nécessairement un médiateur : il ne se contente pas de traduire mot à mot, mais ajuste les références culturelles voire réglementaires. Traduire, c’est déjà médier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Science infuse</strong>&nbsp;est un service de presse en ligne agréé (n° 0324 X 94873) piloté par&nbsp;<strong>Citizen4Science</strong>, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique doté d’une&nbsp;<em>Rédaction avec journalistes professionnels. Nous défendons farouchement notre indépendance. Nous existons grâce à vous, lecteurs. Pour nous soutenir, faites un don ponctuel ou mensuel.</em></p>



<script src="https://donorbox.org/widget.js" paypalExpress="false"></script><iframe loading="lazy" src="https://donorbox.org/embed/citizen4science" name="donorbox" allowpaymentrequest="allowpaymentrequest" seamless="seamless" frameborder="0" scrolling="no" height="900px" width="100%" style="max-width: 500px; min-width: 250px; max-height:none!important"></iframe>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="192" height="192" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png" alt="" class="wp-image-5284" srcset="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor.png 192w, https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo-qrcode-donor-150x150.png 150w" sizes="auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px" /></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="206" height="44" src="https://citizen4science.org/wp-content/uploads/2022/04/jaimelinfo.png" alt="" class="wp-image-5279"/></a></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://citizen4science.org/sabonner-a-la-newsletter-science-infuse">Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !</a></p>
</div>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://citizen4science.org/mediation-linguistique-un-concept-nouveau-pour-confirmer-que-la-traduction-est-lart-de-la-connexion-et-de-la-mediation/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
