Par Lionel Case @lionel_case, membre de Citizen4Science. Microbiologiste. Développeur. Eleveur de Swimming Poules. Combat les charlatans avec des threads. Déteste le bullshit populiste.

Quand les experts scientifiques défilent H24 sur nos écrans et qu’ils affirment, infirment, pérorent, pontifient, et pour finir nous pétrifient sur place, comment discerner le vrai expert du charlatan mousseux ?
Avant-propos : Ceci n’est PAS un exercice de trollage. Ceci est une tentative de mise en perspective, pour aider ceux qui aimeraient trouver des repères de fiabilité dans ce brouhaha ambiant. Des illustrations oui, mais pas d’attaque ad hominem. Que de la science.

Sommaire :
1. Qu’est-ce qui ne définit PAS un expert ?
2. Qu’est-ce qui définit un expert ?
3. « Je suis une spécialiste de l’ARN », le cas d’Alexandra Henrion-Caude
4. Conclusion

1. Qu’est-ce qui ne définit PAS un expert ?

Je suis Docteur, mon H-index est de 120, asseyez-vous et prenez note.
Sondage : dans la phrase précédente, quels termes sont synonymes d’expertise assurée ?
A. Docteur
B. H-index
C. Aucun des deux

Bah aucun des deux en fait. Rien qu’en France, toutes disciplines confondues, il existe des dizaines de milliers de docteurs. Des centaines de nouveaux titres de docteurs sont attribués chaque année. Ces titres sanctionnent de longues études HAUTEMENT SPÉCIALISÉES.
En gros, des gens avec des connaissances pointues qui s’adressent tout au plus à quelques centaines d’experts de leur domaine. Mais qui peuvent également parler de tout, et de rien, à des millions de non-experts, en faisant illusion. Et c’est bien là le problème.
Le H-index, quant à lui, est une mesure composite (et controversée) de la quantité et la qualité d’une vie de recherche (les publications), et de son impact sur la communauté scientifique (les citations).
Mais notez qu’un neurobiologiste peut avoir un H-index faramineux, ça ne le rend pas expert en infectiologie pour autant. Tout comme 8 médailles olympiques de tir à l’arc ne feront pas de cet athlète un basketteur.

2. Qu’est-ce qui définit un expert ?

Un titre et un H-index reflètent (pour faire simple) un niveau relatif et strictement associé à un domaine d’expertise.
Ce sont des contenants, pas des substituts ou des synonymes d’expertise. Comme une valise, l’important est dedans.
Donc ce qui définit un expert c’est la richesse et la qualité de sa contribution DANS UN DOMAINE PRÉCIS.
Et ça se mesure de façon essentiellement qualitative.
Et sur un temps long.
Par exemple, si je suis spécialiste de l’ARN, dans combien de mes travaux trouve-t-on le mot clé « ARN » ? Et quelle est la qualité de ces travaux ? Voyons un exemple précis.

3.« Je suis une spécialiste de l’ARN »: le cas d’Alexandra Henrion-Caude (AHC)

La France compte d’excellents spécialistes de l’ARN : Eric Westhof, Edouard Bertrand, Christiane Branlant, Bertrand Séraphin, Hervé Seitz, Brice Felden, Alain Krol, Edith Heard, Jérôme Cavaillé, Pascale Romby, Henri Grosjean, Jean-Jacques Toulmé, et bien d’autres…
AHC fait-elle partie de ce club sélect ?
Les 1ères publications scientifiques d’AHC (à l’époque Alexandra Henrion) remontent à 1994. Ses premières publications sur l’ARN, par contre, ne débutent qu’en 2008 (revue) ou plutôt 2010, date de son premier article de recherche sur les « microARNs » (miARN ou miRNA).

Puis elle publie plusieurs papiers pendant 5 ans (jusqu’en 2015 donc) et puis…c’est fini.
Donc sur 26 ans de carrière scientifique, elle aura passé 6 ans, soit moins d’1/4 de sa carrière, à bosser sur l’ARN. (pour trouver ses papiers, tuto Pubmed en fin de thread).
Si on compare AHC à d’autres (vrais) spécialistes de l’ARN de sa génération, ça commence à tanguer.
Prenons le D. JC: – né en 1970 (AHC : 1969) – Première publication 1994 (AHC : 1995) – Thèse 1997 (AHC : 1997) – Nbre de publis/H-index du même ordre (restons élégants).

Ce sont des carrières tout à fait comparables. Et honorables. Mais la =/= se trouve ici :

La carrière du Dr JC est entièrement consacrée à l’ARN. 100% de son H-index, c’est l’ARN. Alors qu’AHC est arrivée tard, partie tôt, et a consacré les trois-quart de son temps à autre chose.

Regardons maintenant le détail de la contribution d’AHC au monde de l’ARN.
Le pic de ses publications ARN se trouve en 2012. Sur les 5 publications, 1 seule publication de recherche expérimentale.
Les autres : des revues biblio, des tribunes d’opinion.

Sur l’ensemble de son œuvre dans le monde de l’ARN, soit 15 publications, seules 8 publications de recherche.
Dont seul 3 en dernier auteur (= celui qui supervise les recherches).

https://t.co/qdvn4kytpP?amp=1 (2010)
https://t.co/uMwNXnP4Ti?amp=1 (2011)
https://t.co/uMwNXnP4Ti?amp=1 (2012)
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0020746

Sur ses 3 papiers en dernière auteure, celui de 2011 mérite commentaire. Car, sans rentrer dans les détails techniques, ce papier a tout d’une grosse erreur d’interprétation. Car AHC pense avoir découvert des micro-ARN dans les mitochondries (ce qui aurait été un scoop).

mais lorsqu’on analyse les résultats, ce qu’on voit surtout c des produits de dégradation d’ARNr/ARNt mitochondriaux. Donc des artefacts.
Et AHC a l’air de le savoir, car elle a appelé ses micro-ARN des « mitoMIRs », une façon de dire “ça en est” mais…pas vraiment.

Honnêtement elle aurait dû les appeler “mythoMiR” » (mais passons).. Dernier baroud d’honneur, AHC publie en 2020 un article vraiment WTF sur une histoire d’ARN circulaire et son rôle dans l’origine du monde. Un article signé SimplissimA, sa boîte de l’Ile Maurice.

4. Conclusion

En conclusion, nous vivons une crise Covid éprouvante pour tous, mais apparemment enthousiasmante pour certains. Les experts auto-proclamés vivent une époque dorée. Mais reconnaitre un expert et le qualifier n’est pas si difficile que cela. Il faut juste le vouloir.
Alexandra Henrion-Caude a fait une carrière scientifique honorable, avant de partir en vrille, pour une raison que seule elle connait.
Son expertise en ARN se résume à une poignée d’articles peu impactants en 25 ans, dont elle fait fond de commerce et sur lesquels elle base son argument d’autorité. Elle s’est mise à travailler sur les ARN quand ces derniers sont devenus à la mode, dans la décennie des 2000’s.
Elle est arrivée tard, et partie tôt. Et si son expertise en ARN est modeste, ses compétences en infectiologie sont nulles.
Vous comprendrez maintenant pourquoi elle est capable de dire des énormités telles que « vous m’expliquerez comment le variant breton échappe à la PCR mais pas au vaccin ». Parce qu’un titre et un H-index ne disent RIEN de la compétence d’un chercheur hors de son vrai champ d’expertise.
Au contraire, un « je ne sais pas répondre » est souvent le gage d’un scientifique intègre.

Je remercie les Dr. C et Dr. S “for helpful discussions and comments”.

Vive la Science !

Pour retrouver les papiers d’AHC. Allez dans pubmed et tapez: – Henrion A pour ne pas louper les papiers avant 2002 (référencement par initiale prénom) – Henrion-Caude Alexandra pour avoir tous les papiers après 2002 (et ne pas avoir à trier les “Henrion A” qui ne sont pas elle).
Pubmed :
https://t.co/opKQzURAxO?amp=1


Non il était juste bon le mec. Et il pensait. Vraiment. Et quand il faisait le design expérimental, c’était du Mozart. Bref, tombé dans la science quand il était petit.

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