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	<title>Sciences de l&#039;information et de la communication Archives - Science infused site d&#039;actualités</title>
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	<description>Éditeur C4S, association loi 1901</description>
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	<title>Sciences de l&#039;information et de la communication Archives - Science infused site d&#039;actualités</title>
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		<title>Thérapie néoantigène par ARN messager en oncologie : la rigueur des faits face au traitement médiatique du « vaccin » contre le cancer</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 09:45:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
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					<description><![CDATA[Entre le succès de phase 3 de recherche clinique de Moderna et la suspension d’un essai de phase 2 par]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Entre le succès de phase 3 de recherche clinique de Moderna et la suspension d’un essai de phase 2 par BioNTech, les traitements à ARN messager connaissent des fortunes diverses. Par contraste, le traitement médiatique de la recherche biomédicale continue, d&rsquo;une façon routinière, de manquer de rigueur et de maîtrise, dressant, au profit du sensationnalisme, un tableau déformé du temps long et fastidieux de la recherche clinique, de la nature des communication de leurs promoteurs, le tout saupoudré d&rsquo;un effet boule de neige. Il souligne l&rsquo;importance d&rsquo;une éducation à l&rsquo;éthique et à la rigueur dans le journalisme scientifique.</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><em><em><em><br></em></em></em></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>La technologie des néo-antigènes et les profils de patients visés</strong></strong></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Les traitements à ARN messager développés en oncologie ne sont pas des vaccins prophylactiques destinés à prévenir une infection, mais des immunothérapies thérapeutiques personnalisées. Leur objectif est d&rsquo;éduquer le système immunitaire d&rsquo;un patient déjà opéré pour détruire les cellules cancéreuses résiduelles et éviter la récidive. Le processus repose sur une chaîne technologique et bio-informatique sur-mesure. Après la résection chirurgicale de la tumeur, un séquençage génomique complet est réalisé sur le tissu tumoral et sur des cellules saines du patient. Grâce à des algorithmes de bio-informatique de pointe, les chercheurs identifient et sélectionnent les peptides mutants les plus immunogènes, c&rsquo;est-à-dire les néo-antigènes les plus à même de déclencher une réponse immunitaire ciblée. L&rsquo;une des prouesses réside dans la capacité des laboratoires pharmaceutiques à fabriquer cet ARN personnalisé en quelques semaines seulement. Étonnamment, les médias n&rsquo;en parlent pas, se contentant trop souvent de « mettre à leur sauce » des communications ou traitements médiatiques existants.  Mais revenons à la science : une fois la séquence synthétisée et encapsulée dans des nanoparticules lipidiques, l&rsquo;injection du médicament expérimental pousse les cellules du patient à présenter ces néo-antigènes, déclenchant une attaque ciblée des cellules cancéreuses par par les lymphocytes T (globules blancs).</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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</div>



<p class="wp-block-paragraph">Les populations de patients ciblées par ces protocoles thérapeutiques expérimentaux partagent des caractéristiques très précises. Il s’agit de patients ayant subi une chirurgie d’exérèse tumorale complète ou quasi complète, mais présentant un risque élevé de récidive en raison de la présence de micro-métastases ou d&rsquo;ADN tumoral circulant détectable dans le sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Deux trajectoires cliniques : des stratégies et cibles distinctes</strong></strong></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">En l&rsquo;espace de quelques jours, deux acteurs majeurs du secteur pharmaceutique ont publié des communiqués de presse sur leurs candidats-médicaments personnalisés respectifs, qui illustrent bien la diversité des réponses cliniques selon les indications et les spécificités des stratégies thérapeutiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 19 août 2026, <a href="https://www.merck.com/news/merck-and-moderna-announce-phase-3-interpath-001-trial-of-intismeran-autogene-plus-keytruda-met-endpoints-of-recurrence-free-survival-rfs-and-distant-metastasis-free-survival-dmfs-in-patient/" target="_blank" rel="noopener">Merck et Moderna ont annoncé les résultats de l&rsquo;essai clinique de phase 3 INTerpath-001</a>. L’étude évaluait l&rsquo;intisméran autogene, une thérapie codant jusqu&rsquo;à 34 néo-antigènes, administrée en association ave l&rsquo;immunothépie pembrolizumab (nom commercial Keytruda, qui vise les cellules tumorales porteuses de PD-1) chez 1 137 patients opérés d&rsquo;un mélanome à haut risque de stade III ou IV. L&rsquo;essai a atteint ses critères d&rsquo;évaluation principaux, l&rsquo;association thérapeutique ayant démontré une amélioration statistiquement significative de la survie sans récidive et de la survie sans métastase à distance par rapport à l&rsquo;anti-PD-1 administré seul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;inverse, le 28 août 2026, <a href="https://www.biontech.com/int/en/home/mediaroom/news/statements/2026/08/BioNTech-Provides-Update-on-Phase-2-Clinical-Trial-of-Autogene-Cevumeran-in-Resected-Colorectal-Cancer.html" target="_blank" rel="noopener">BioNTech a fait part d&rsquo;une mise à jour sur son essai clinique de phase 2 BNT122-01</a>. Cet essai évaluait l&rsquo;autogène cévumeran chez des patients opérés d&rsquo;un cancer colorectal à haut risque de stade II ou III présentant de l&rsquo;ADN tumoral circulant après la chirurgie. Dans ce protocole précis, l&rsquo;autogène cévumeran était évalué en monothérapie face à une simple observation médicale. La suspension de l&rsquo;essai par BioNTech est intervenue après une recommandation formelle de son comité indépendant de surveillance des données et de la sécurité. Ce comité a identifié un déséquilibre numérique sur la survie globale entre les groupes et a conclu à la futilité statistique de l&rsquo;essai, c&rsquo;est-à-dire une probabilité quasi nulle d&rsquo;atteindre le critère d&rsquo;efficacité primaire lors de l&rsquo;analyse finale. Le laboratoire a précisé en outre qu&rsquo;aucun nouveau signal de toxicité n&rsquo;avait été relevé, mais que l&rsquo;absence de bénéfice thérapeutique justifiait l&rsquo;arrêt immédiat des inclusions de patients dans l&rsquo;étude.<br></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><strong>L&rsquo;analyse des échecs et la réalité des pratiques cliniques</strong></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;échec de l&rsquo;essai de BioNTech dans le cancer colorectal ne signifie pas que la technologie de l&rsquo;ARN messager a failli de manière générale, mais illustre les limites d&rsquo;un mode d&rsquo;administration spécifique face à une biologie tumorale complexe. Plusieurs facteurs majeurs sont scrutés par la communauté scientifique pour expliquer ce résultat. Le premier concerne l&rsquo;utilisation de la monothérapie face aux associations de plusieurs traitements. Alors que Moderna a associé son produit à un inhibiteur de point de contrôle immunitaire pour débloquer la réponse des lymphocytes T, BioNTech a testé son traitement seul dans son étude. Or stimuler le système immunitaire ne suffit souvent pas si la tumeur maintient des verrous immunosuppresseurs actifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le second obstacle réside dans la nature du micro-environnement tumoral. Le mélanome est une tumeur très immunogène et fortement infiltrée par les cellules immunitaires, qualifiée de chaude en raison de sa forte charge mutationnelle. Or les mutations, ou plutôt les protéine générées par des mutations spécifiques, sont de véritables cibles pour les médicaments en développement.  À l&rsquo;inverse, beaucoup de cancers colorectaux possèdent un micro-environnement particulièrement immunosuppresseur et dit froid, rendant l&rsquo;infiltration des lymphocytes T induits par le traitement extrêmement difficile sans traitement complémentaire. D&rsquo;autres localisations de tumeurs chaudes selon le critère que nous venons d&rsquo;évoquer, comme le cancer du poumon non à petites cellule ou la vessie, constituent d&rsquo;ailleurs les véritables cibles candidates pour les futurs développements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un autre frein est la concurrence en pratique clinique  d&rsquo;autres stratégies thérapeutiques, notamment l&rsquo;utilisation de traitements néo-adjuvantsc qui sont administrés avant la chirurgie,  car ils génèrent souvent une réponse immunitaire plus puissante. Si les résultats de la thérapie adjuvante de Moderna administrée en post-opératoire sont scientifiquement remarquables, de nouvelles études comparant son traitement aux  néo-adjuvants vont probablement s&rsquo;avérer nécessaires. </p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Terminologie : de la variolisation à la thérapie néoantigène</strong></strong></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix des mots en science n&rsquo;est jamais anodin. Historiquement, le concept même de vaccin trouve ses racines dans la variolisation puis dans les travaux d&rsquo;Edward Jenner et de Louis Pasteur, où l&rsquo;injection d&rsquo;un agent pathogène atténué ou inactivé vise à préparer le système immunitaire d’un individu sain à prévenir une infection future. La définition classique du vaccin repose donc sur un principe prophylactique et préventif universel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En oncologie, appliquer l&rsquo;étiquette de vaccin à un traitement préparé sur-mesure pour un individu déjà malade constitue un glissement sémantique risqué. À ce titre, en nommant officiellement son candidat-médicament non pas vaccin, mais thérapie néoantigène personnalisée , Moderna adopte une rigueur terminologique au fondement éthique incontestable. Le laboratoire refuse délibérément le mot vaccin, conscient qu&rsquo;il ancrerait dans l&rsquo;esprit du public l&rsquo;illusion d&rsquo;une piqûre préventive immunisant contre le cancer. Cette précision conceptuelle vise à ne pas générer de faux espoirs chez les patients en laissant croire à la mise au point d&rsquo;une solution universelle. En privilégiant l&rsquo;exactitude de la dénomination biologique, les chercheurs réaffirment qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un traitement immuno-oncologique de précision, lourd, ciblé et conditionné par une exérèse chirurgicale préalable.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>La persistance de croyances sur la valeur d&rsquo;un communiqué de presse annonçant un résultat scientifique significatif</strong></strong></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux jugements hâtifs accusant l&rsquo;industrie d&#8217;embellir la réalité pour des raisons boursières, très ancrée dans les médias,  une lecture rigoureuse de la source primaire confirme la stricte retenue des laboratoires. Nous venons d&rsquo;évoquer le choix de Moderna d&rsquo;exclure le terme de vaccin, or les journalistes n&rsquo;ont pu s&#8217;empêcher de passer outre, l&rsquo;association des termes « vaccin » « ARN messager » et « cancer » étant bien évidemment un jack-pot pour le buzz. <br>Concernant les résutats positifs de Moderna, Le texte officiel se borne à faire état d&rsquo;une « amélioration statistiquement significative et cliniquement significative » des critères d&rsquo;évaluation d&rsquo;un essai de phase 3 précis. Il rappelle expressément que l&rsquo;étude se poursuit pour évaluer la survie globale et que les données détaillées feront l&rsquo;objet d&rsquo;une soumission ultérieure auprès des autorités réglementaires et d&rsquo;une présentation lors d&rsquo;un congrès médical. Comme il se doit, au-delà des résultats positifs, le communiqué est plein de réserves multiples et variées sur le devenir du médicament expérimental. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette prudence montre la stricte conformité aux obligations légales d&rsquo;information des marchés financiers, un mécanisme indispensable analysé dans notre article sur<a href="https://citizen4science.org/publication-scientifique-et-communication-dinformations-privilegiees-scientifiques-par-les-laboratoires-evitons-lamalgame/" target="_blank" rel="noopener"> la communication d&rsquo;informations privilégiées par les laboratoires</a>. En pratique, que les laboratoires d&rsquo;envergure pourraient communiquer des informations faussement positives pour faire monter les cours de bourse, est une croyance que les médias continuent d&rsquo;entretenir, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une obligation légale et un exercice qui exige beaucoup de rigueur et de précautions dans la communication. On notera  qu&rsquo;on trouve très peu de couverture médiatique sur le communiqué négatif de BionTech, relevant de la même obligation légale, les médias pouvant difficilement arguer que le laboratoire a publié dans le but de faire chuter ses cours de bourse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>L&rsquo;effet boule de neige ou la fabrique médiatique d&rsquo;une « première mondiale »</strong></strong></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;écart entre la réserve du communiqué officiel et son traitement journalistique révèle une mécanique de surenchère particulièrement éclairante. La chronologie des parutions permet de retracer avec précision la chaîne de contamination sémantique. Le 19 août 2026 soit juste après la publication du communiqué de Moderna annonçant très factuellement , le « résultat positif » de sa phase 3 sur les base de  données chiffrées factuelles, l&rsquo;AFP publie une dépêche moins factuelle, jugeant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une « première mondiale » en lien avec des « résultats encourageaunts » de « vaccin » à ARNm contre le cancer.  Le site internet <a href="https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/un-vaccin-efficace-contre-le-cancer-moderna-reussit-une-premiere-mondiale-avec-sa-therapie-neoantigene-contre-le-melanome-2247587" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les Échos</a> dégaine en premier moins de 10 minutes plus tard, transformant aussi la validation statistique d&rsquo;une étude de phase 3 qui accumule des données depuis plusieurs années, en « première mondiale »,  un slogan spectaculaire que le média relieà l&rsquo;envolée non moins spectaculaire des cours de Bourse des laboratoires concernés. Dans l&rsquo;esprit du public, une première mondiale en matière médicale, c&rsquo;est pourtant censé être du concret, comme par exemple la réussite pour la première fois d&rsquo;une greffe d&rsquo;organe ou la rémission complète et définitive d&rsquo;une maladie incurable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;effet boule de neige est lancé. Dans les jours suivants, les 20 et  21 août 2026, les dépêches et revues de presse spécialisées comme PharmaStat et IQVIA, ainsi que la presse thématique telle que <a href="https://www.senioractu.com" target="_blank" rel="noopener">SeniorActu</a> et <a href="https://www.silvereco.fr/vaccin-a-arn-messager-contre-le-melanome-une-premiere-mondiale-qui-pourrait-revolutionner-les-traitements-contre-le-cancer/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">SilverEco</a>, mais aussi <a href="https://www.franceinfo.fr/sante/vaccins/premiere-mondiale-l-espoir-d-un-vaccin-contre-le-cancer_8155433.html">France Info</a>, emboîtent le pas en reprenant mot pour mot le terme dans leurs manchettes en évoquant une première mondiale. Le 27 août 2026, l&rsquo;hebdomadaire <a href="https://www.lepoint.fr/sante/vaccin-a-arn-messager-contre-le-cancer-de-la-peau-une-premiere-mondiale-qui-pourrait-tout-changer-VI733OOE7JHGLLWTCVQM3NNG5U/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Point</a> poursuit sans originalité cette danse médiatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette rhétorique de « première mondiale » s&rsquo;avère donc trompeuse pour la perception du public. Elle construit l&rsquo;illusion d&rsquo;une découverte soudaine et magique, surgie du jour au lendemain. En réalité, l&rsquo;annonce d&rsquo;août 2026 constitue un point d&rsquo;étape méthodologique due à la longue accumulation de données, étape certes importante, pour une molécule en développement clinique, il convient de le dire, depuis près d&rsquo;une décennie. Les premières études cliniques de l&rsquo;intisméran autogene chez l&rsquo;humain remontent à 2017 et la preuve de concept a été publiée dès 2022. En préférant le sensationnalisme au vocabulaire, en omettant de rappeler que la « science, c&rsquo;est long » (Emmanuelle Charpentier) et surtout un développement de médicament, ces couvertures médiatiques cultivent l&rsquo;espoir d&rsquo;un véritable vaccin contre le cancer enfin mis au point. Elles aliment également la méfiance du public (parmi lesquels se trouvent les participants aux études cliniques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et de demain), contre les entreprises du médicament soupçonnées de communiquer sans précaution pour faire monter leurs cours de bourse. Mais qui, en réalité communique sans tact, ni mesure et éthique pour faire monter le taux de clics plutôt que de veiller à ne pas générer de faux espoirs ? </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette séquence d&rsquo;actualité met en lumière un dysfonctionnement profond dans le traitement médiatique de l&rsquo;information scientifique et médicale. Face à des sujets d&rsquo;une grande complexité technique et un contexte réglementaire lourd, une part importante du journalisme scientifique semble avoir renoncé à sa mission première en exploitant des extrapolations accrocheuses. En substituant le sensationnalisme à l&rsquo;analyse rigoureuse et en confondant l&rsquo;agitation boursière avec le temps long de la recherche clinique, les médias gagneraient à s&rsquo;inspirer de la rigueur méthodologique et de l&rsquo;éthique scientifiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration : Andrea pour Science infused</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Traduction : après la menace IA réalisée, la tentation de dévoyer le sceau judiciaire du traducteur assermenté</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Aug 2026 19:24:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Déontologie]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que l&#8217;intelligence artificielle a déjà dévasté le secteur de la traduction en réduisant l&#8217;humain au rôle de correcteur payé]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Alors que l&rsquo;intelligence artificielle a déjà dévasté le secteur de la traduction en réduisant l&rsquo;humain au rôle de correcteur payé au lance-pierre, un nouveau pas franchi par certaines agences pour réduire encore les coûts menace la traduction certifiée : des demandes peu orthodoxes auprès des experts traducteurs auxquelles ces derniers ne doivent pas céder</h2>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Contexte : effondrement du marché de la traduction sous la pression des algorithmes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le secteur de la traduction traverse la plus grave crise structurelle de son histoire. Comme nous le soulignions déjà dans nos colonnes sur <a href="https://citizen4science.org/intelligence-artificielle-et-traduction-quel-impact-sur-la-profession/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;impact de l&rsquo;intelligence artificielle et de la traduction</a>, l&rsquo;injonction généralisée à la post-édition de traduction automatique et de robots traducteurs a transformé un métier de haute précision intellectuelle en un travail d&rsquo;exécution dévalorisé.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">En cédant au mirage des baisses de coûts promises par l&rsquo;industrialisation des processus, les grands intermédiaires commerciaux que sont les agences de traduction ont tiré les tarifs vers le bas. Le traducteur professionnel est désormais quasiment systématiquement elégué au rôle de correcteur d&rsquo;erreurs logicielles ou de réviseur à la chaîne. Cette dégradation généralisée de la valeur du travail linguistique, régulièrement dénoncée par des collectifs spécialisés comme le <a href="https://www.google.com/search?q=https://www.revue-traduire.fr/250" target="_blank" rel="noreferrer noopener">collectif En Chair et en Os</a> ou la <a href="https://www.sft.fr/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Société française des traducteurs (SFT)</a>, tente désormais de toucher ce qui reste du dernier bastion de la rigueur et de la responsabilité personnelle : la traduction assermentée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br></p>



<h2 class="wp-block-heading">Tentative de « blanchiment de sceau de l&rsquo;expert traducteur » ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La traduction certifiée échappe aux dérives du marché de masse en raison des exigences strictes du statut d&rsquo;expert judiciaire, encadrée par le <a href="https://www.google.com/search?q=https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006411234/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Code de procédure civile</a>. L&rsquo;expert judiciaire inscrit près une cour d&rsquo;appel engage sa responsabilité civile et pénale. Pour ce qui est de l&rsquo;expert judiciaire traducteur, Il atteste sous serment de la conformité d&rsquo;un document au vu d&rsquo;un travail qu&rsquo;il réalise obligatoirement et personnellement sous sa seule signature.vLa réglementation  n&rsquo;autorise aucune sous-traitance ni simple validation d&rsquo;un travail tiers sous le sceau de l&rsquo;expert.  </p>



<p class="wp-block-paragraph">En raison de cette réglementation et d&rsquo;un statut qimpliquant compétences vérifiées par un collège de magistrats, engagement de réalisation personnelle et passage obligé pour les traductions légales, les tarifs pratiqués ne sont pas impactés par la dérive générale du marché de la traduction </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Pourtant, sous la pression de la rentabilité, des pratiques contestables émergent de la part de certaines agences de traduction. La stratégie déployée consiste à confierla traduction à bas coût à des traducteurs non assermentés, puis à solliciter un traducteur assermenté uniquement pour vérification et apposer son sceau. En proposant des tarifs de simple relecture pour des traductions déjà confectionnées, ces intermédiaires cherchent à capter la caution légale de l&rsquo;expert à moindre frais. On peut légitimement se demander s&rsquo;il ne s’agit pas d’une tentative de « blanchiment de sceau », visant à donner une validité légale à une chaîne de production externe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une menace directe pour la sécurité juridique des affaires</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette ingénierie tarifaire pose un problème déontologique et juridique majeur.  Les organisations professionnelles françaises et internationales rappellent régulièrement que la dégradation de la chaîne de production au profit de la seule vitesse d&rsquo;exécution altère gravement la fiabilité des documents produits. Vouloir  s&rsquo;attaquer à l&rsquo;expert traducteur en le transformanten simple valideur pour couvrir des processus d&rsquo;optimisation financière fait courir des risques réelss lourdes de conséquences pour les entreprises concernées et les experts traducteurs qui céderaient à cet appel hors la loi.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une simple intermédiation face à une responsabilité pénale personnelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette pression économique grandissante dans un secteur de la traduction en souffrance, un rappel du droit s&rsquo;impose à l&rsquo;ensemble des acteurs du secteur. Quelles que soient les étapes préalables de prospection, les montages commerciaux, les arguments de vente, les traductions humaines préalables ou l&rsquo;utilisation d&rsquo;outils de pré-génération algorithmique, les agences de traduction ne sont juridiquement que de simples intermédiaires entre le client final et le traducteur expert. Elles ne disposent d&rsquo;aucune qualité pour certifier un document et n&rsquo;assument aucune charge pénale sur la conformité de l&rsquo;acte traduit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seule la responsabilité personnelle, civile et pénale de l&rsquo;expert judiciaire est engagée dès lors qu&rsquo;il appose sa signature et son sceau sur un document officiel. Les traducteurs assermentés doivent prendre pleinement conscience de cette réalité juridique et refuser catégoriquement de céder aux exigences tarifaires des intermédiaires au détriment du travail d&rsquo;analyse personnelle. La préservation du serment et de la sécurité juridique des actes exige une rigueur intraitable et le refus absolu de toute prestation de complaisance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Note de contexte de la Rédaction : Fabienne Blum est expert-traducteur près la Cour d&rsquo;appel de Bourges</em></p>



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		<title>Hantavirus : et si le vrai sujet n&#8217;était pas le bateau  ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 21:39:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Esprit critique]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
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		<category><![CDATA[Santé publique]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
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					<description><![CDATA[Trois morts sur un navire de croisière, et la France entière se demande si l&#8217;équivalent du Covid revient. Pendant ce]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong><strong><em>Trois morts sur un navire de croisière, et la France entière se demande si l&rsquo;équivalent du Covid revient. Pendant ce temps, 19 cas d&rsquo;hantavirus ont été recensés en France métropolitaine depuis janvier sans que personne ne s&rsquo;en émeuve. Ce que cette séquence dit de nous est peut-être plus intéressant que le virus lui-même.</em></strong></strong></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Les faits</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://www.who.int/fr/news">3 mai 2026, l&rsquo;OMS a alerté </a>sur un possible foyer d&rsquo;infection à hantavirus à bord du navire néerlandais MV Hondius reliant Ushuaïa en Argentine vers l&rsquo;Europe. Le séquençage viral, réalisé par les autorités sanitaires sud-africaines le 6 mai, a identifié une souche de type Andes, la seule parmi les 38 souches connues capable de se transmettre d&rsquo;une personne à l&rsquo;autre, bien que ce mode de transmission reste marginal par rapport à l&rsquo;exposition aux rongeurs infectés.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Trois passagers sont morts, cinq cas ont été confirmés en laboratoire et trois sont suspects. Le navire, immobilisé au large du Cap-Vert, a été autorisé à rejoindre les îles Canaries pour permettre la prise en charge des passagers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;OMS, dans son communiqué du 8 mai 2026,  a maintenu un discours constant tout au long de la crise, précisant que le risque pour l&rsquo;ensemble de la population mondiale est éminemment faible.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Ce que la couverture médiatique dit de nous<br></strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dès les premières heures, le réflexe est pavlovien. « Faut-il s&rsquo;inquiéter ? », « Un remake du Covid ? », « La France est-elle prête ? » Les chaînes d&rsquo;information en continu convoquent infectiologues et réanimateurs, les éditorialistes politiques commentent la gestion de crise potentielle, et les images de soignants en combinaison intégrale autour du navire immobilisé circulent en boucle. Certains médias, comme France Info le 7 mai, reconnaissent eux-mêmes que « l&rsquo;image rappelle les pires heures de l&rsquo;épidémie de Covid ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce réflexe, au-delà du sensasionnalisme à la recherche de buzz, a ici un nom en psychologie cognitive : le biais de disponibilité . Nous évaluons la probabilité d&rsquo;un événement futur à l&rsquo;aune des événements passés qui nous ont le plus marqués. La pandémie de Covid-19 a constitué un traumatisme collectif d&rsquo;une intensité suffisante pour que tout virus inconnu ou peu connu du grand public, présenté avec des images de navire bloqué et de patients évacués en urgence, active immédiatement le même registre émotionnel. Ce biais n&rsquo;est pas irrationnel en soi : il est humain. Mais il est du rôle du journalisme scientifique de le nommer et de le corriger plutôt que de l&rsquo;amplifier&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les caractéristiques virologiques de l&rsquo;hantavirus le distinguent structurellement du Covid-19 sur les points essentiels. Contrairement à la grippe et au Covid-19, la transmission interhumaine ne relève pas de contacts informels à distance, mais de véritables contacts physiques étroits. Ce virus, resté depuis trente ans dans des campagnes rurales d&rsquo;Argentine et du Chili, n&rsquo;a pour le moment jamais dépassé ces frontières géographiques, comme l&rsquo;a rapplelé l&rsquo;épidémiologiste Antoine Flahault sur France Info le 8 mai dernier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la foulée, hier 9 mai, <em>Le Parisien</em> consacrait un article à une épidémie de gastro-entérite touchant une centaine de passagers sur le <em>Caribbean Princess</em>. Une gastro sur un paquebot ? c&rsquo;est assez banal et en temps ordinaire, un non-événement absolu. C&rsquo;est la démonstration par l&rsquo;absurde de ce que les spécialistes des médias appellent la contamination narrative : le cadre émotionnel ouvert par le premier événement absorbe et grossit tout ce qui lui ressemble, même de loin. Le virus n&rsquo;est plus dans le bateau. Il est dans les rédactions.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Couverture médiatique lacunaire sur les 19 cas en France depuis janvier</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le vrai sujet commence. Entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence des hantavirus, intégré à l&rsquo;Institut Pasteur de Paris, a recensé 19 cas confirmés d&rsquo;infection récente par un hantavirus en France métropolitaine, ce qui se situe dans la moyenne mensuelle habituelle, <a href="https://anrs.fr/recherche/maladies-pathogenes/hantavirus/">selon l&rsquo;ANRS-MIE</a>. Et cela dans la plus parfaite indifférence médiatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas nouveau, et les hantavirus non plus, connus depuis plusieurs décennies. En 2021, une épidémie sans précédent d&rsquo;hantavirus a touché la France métropolitaine, principalement le massif du Jura, avec 320 cas détectés sur l&rsquo;année et même une extension de la zone d&rsquo;endémie à de nouveaux départements, dont le Cher (Centre national de référence des hantavirus, rapport d&rsquo;activité 2021, Institut Pasteur).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune chaîne d&rsquo;information n&rsquo;a mis en scène des soignants en combinaison. Aucun éditorialiste politique n&rsquo;a demandé si la France était prête. Ces cas sont ruraux, discrets, portés par des campagnols roussâtres dans des forêts françaises, pas par un navire de croisière néerlandais parti d&rsquo;Argentine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, la question se pose : qui décide qu&rsquo;un risque sanitaire mérite la une et le traitement émotionnel de crise ? Les données épidémiologiques réelles ? Ou la mort de touristes occidentaux sur un bateau photographié par des hélicoptères de presse ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>La géopolitique invisible de la santé mondiale</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">En 2025, huit pays américains ont signalé des cas confirmés de syndrome pulmonaire à hantavirus, cumulant 229 cas et 59 décès (ANRS-MIE, mai 2026). Il s&rsquo;agit de cinquante-neuf morts en Amérique du Sud. Cette année-là pourtant, c&rsquo;est le silence médiatique quasi total en France. L&rsquo;Argentine est le pays enregistrant le plus grand nombre de cas sur le continent américain, et c&rsquo;est exactement le pays d&rsquo;où est recensé le problème initialement. Ce n&rsquo;est pas une coïncidence, c&rsquo;est la réalité épidémiologique d&rsquo;une région du monde que nous ne regardions pas, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;un navire de croisière fasse le lien géographique avec notre quotidien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces infections illustrent pleinement l&rsquo;importance d&rsquo;une approche intégrée « One Health », au croisement de la santé humaine, animale et environnementale, comme le souligne l&rsquo;Institut Pasteur de Lille. Cette approche postule que la santé humaine est indissociable de la santé des écosystèmes. Un rongeur porteur d&rsquo;hantavirus dans le Jura ou dans les pampas argentines est un signal épidémiologique qui mérite autant d&rsquo;attention qu&rsquo;un navire bloqué au large du Cap-Vert. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le rongeur n&rsquo;est pas photogénique, et il n&rsquo;y a pas d&rsquo;hélicoptère de presse au-dessus des forêts du Jura.<strong><strong><strong><br></strong></strong></strong></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Communication institutionnelle : une sobriété dont la presse devrait s&rsquo;inspirer<br></strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici rendre justice aux institutions sanitaires françaises et internationales, qui ont cette fois globalement bien géré leur communication. L&rsquo;OMS a maintenu un discours constant et mesuré tout au long de la crise. L&rsquo;Institut Pasteur de Lille a rappelé clairement que « l&rsquo;hantavirus n&rsquo;est pas un virus émergent », formulation précise et apaisante qui méritait d&rsquo;être davantage reprise par les médias grand public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce contraste entre la sobriété institutionnelle et l&#8217;emballement médiatique est lui-même un enseignement. Il montre que le problème n&rsquo;est pas, cette fois, la communication des agences sanitaires : c&rsquo;est la logique d&rsquo;économie de l&rsquo;attention qui pousse les médias à transformer un incident sérieux mais circonscrit en signal d&rsquo;alarme généralisé. Pour le buzz ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong><strong>Ce que cette séquence devrait nous apprendre&#8230;</strong></strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous proposons trois leçons, pour finir, que cette séquence rend visibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première : notre système d&rsquo;attention médiatique aux risques sanitaires est géographiquement et socialement biaisé. Cinquante-neuf morts d&rsquo;hantavirus en Amérique du Sud en 2025 ne valent pas trois morts sur un navire de croisière européen dans la hiérarchie de l&rsquo;information. Ce n&rsquo;est pas un jugement moral sur les journalistes : c&rsquo;est une description d&rsquo;un système qui répond à la proximité émotionnelle plutôt qu&rsquo;à la réalité épidémiologique.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième : l&rsquo;approche <em>One Health</em>, qui consiste à surveiller en continu les signaux faibles à l&rsquo;interface entre la faune sauvage et la santé humaine, est précisément ce qui permet de ne pas être surpris. L&rsquo;ANRS-MIE soutient actuellement un projet de recherche intitulé TRANSVI, visant à caractériser les chaînes de transmission des hantavirus entre faune sauvage et humain dans la péninsule du Yucatan au Mexique. Ce type de recherche de fond, invisible et peu spectaculaire, est infiniment plus utile à la préparation aux pandémies qu&rsquo;une semaine de couverture en continu d&rsquo;un navire immobilisé.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième, enfin : le biais de disponibilité post-Covid est désormais un facteur de risque communicationnel à part entière. Il amplifie les signaux faibles en signaux forts, épuise l&rsquo;attention publique sur des événements circonscrits, et risque, à terme, de produire l&rsquo;effet inverse : une indifférence réelle face au prochain signal qui, lui, méritera vraiment l&rsquo;alarme. Former le public à distinguer un incident sérieux d&rsquo;une menace pandémique est aussi urgent que de surveiller les rongeurs du Jura. Les deux, d&rsquo;ailleurs, relèvent du même impératif : regarder la réalité telle qu&rsquo;elle est, pas telle qu&rsquo;on a peur qu&rsquo;elle soit.<br><strong><strong><strong><br></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><br><br><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Journalisme scientifique et récits marketing : des liaisons dangereuses illustrées par un étude de cas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2026 12:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;hebdomadaire L&#8217;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>L&rsquo;hebdomadaire L&rsquo;Express vient de consacrer un article enthousiaste à des travaux de recherche sérieux, les présentant comme un « changement de paradigme » pour le combat contre le cancer et menés par un chercheur « baroque » à contre-tendance. Un exemple particulièrement éclairant de déformation narrative de l&rsquo;information scientifique</em></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tendance est inquiétante, sans être pour autant nouvelle. C&rsquo;est un article de L&rsquo;Express datée du 28 mars dernier qui a attiré notre attention. L&rsquo;article est payant, mais le peu qui est lisible sur internet a de quoi émoustiller : on y parle de « projet à front renversé », par un chercheur au « CV baroque » n&rsquo;est « ni oncologue ni épidémiologiste », « ny connaît pas grand chose aux tumeurs » mais il va peut-être bien « modeler quelques-unes des futures révolutions en cancérologie ».</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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</div>



<p class="wp-block-paragraph">On aurait donc un chercheur qui décroche une bourse prestigieuse pour mener des recherches à contre-pied de la recherche normale hors de son domaine d&rsquo;expertise ? Scandale ou génie ? Il nous faut nous procurer cet article. Au kiosque à journeaux, L&rsquo;Express est arrivé à ses fins, nous extirpant quelques euros. Nous nous préparons donc à lire un article de révolution scientifique par un scientifique révolutionnaire. Nous allons être surpris. Mais dans quel sens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">De la vraie science, un récit inventé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous analysons souvent dans nos colonnes l&rsquo;information et la désinformation en science et santé. Cette dernière est parfois grossière, ce qui a l&rsquo;intérêt de la rendre facilement identifiable.  On peut citer dans nos sujets récents les blogs « techno-enthousiastes » à base d&rsquo;annonces spectaculaires reprenant ce qui buzz sur les réseaux sociaux, des promesses excessives sur résultats scientifiques préliminaires, qui donne l&rsquo;image d&rsquo;une science faite d&rsquo;une succession de ruptures spectaculaires permanentes.  Ces formats sensationnalistes sont relativement faciles à identifier. Ils exagèrent, ils dramatisent, politisent souvent, et leur façon de rouler des mécanique finit généralement par se voir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une forme plus subtile de déformation et d&rsquo;exploitation narrative de la science existe. Elle ne repose pas sur l&rsquo;invention et l&rsquo;extrapolation à outrance de résultats, mais sur une transformation plus profonde du récit scientifique lui-même : construire, autour de recherches parfaitement solides, une histoire inventée de changement de paradigme dans la manière dont fonctionne la recherche biomédicale, comme si certaines approches constituaient des renversements méthodologiques alors qu&rsquo;elles relèvent de continuités anciennes et parfaitement établies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lexpress.fr/sciences-sante/cancer-paul-bastard-25-millions-de-dollars-pour-renverser-le-combat-contre-les-tumeurs-FU5B3PRXAJE7NJBYOECZEMTOSI/">L&rsquo;article publié par L&rsquo;Express le 28 mars 2026</a> autour du projet ATLAS coordonné par le Dr Paul Bastard, en fournit une illustration particulièrement éclairante sur ses mécanismes. Le projet vient d&rsquo;obtenir un financement de 25 millions de dollars dans le cadre de Cancer Grand Challenges, initiative portée notamment par Cancer Research UK et le National Cancer Institute. Les travaux sont sérieux, le financement est prestigieux, la question scientifique est pertinente. Le problème n&rsquo;est pas la science, mais la construction d&rsquo;un récit qui en déforme des aspects notables.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les règles du journalisme : savoir analyser les sources</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Nous aurions pu placer ce paragraphe ultérieurement, mais autant le dire tout de suite parce c&rsquo;est clé : La règle cardinale du journalisme, scientifique ou autre, est simple : savoir analyser la nature et la fiabilité des sources, privilégier les sources primaires. Le Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) le rappelle explicitement dans sa <a href="http://cdjm.org/le-traitement-des-questions-scientifiques">recommandation sur le traitement journalistique des questions scientifiques</a> : Il est essentiel de privilégier les publications originelles plutôt que les communiqués de presse et les briefings des communicants. L&rsquo;exigence est la même dans le code d&rsquo;éthique de la <a href="http://spj.org">Society of Professional Journalists</a> , référence mondiale depuis 1973 : utiliser les sources originales chaque fois que possible, vérifier l&rsquo;information avant publication, et ne jamais laisser la vitesse de publication prendre le pas sur l&rsquo;exactitude des faits. Les standards internationaux du journalisme scientifique, ou tout simplement la charte de Munich  sont plus directs encore : les communiqués de presse sont des documents de marketing et le journaliste n&rsquo;est pas un publicitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le sujet en question, quelle est la source ? S&rsquo;agissant d&rsquo;une bourse de recherche, elle se trouve sur le site de Cancer Grand Challenges, accessible au public. L&rsquo;organisme explique ce qu&rsquo;il finance avec cette bourse et la justification de son attribution. On nous y explique que si de nombreuses études se concentrent sur les causes actives du cancer, et qu&rsquo;il est « également nécessaire » de comprendre comment les réponses naturelles de l&rsquo;organisme peuvent empêcher son développement. Ce « également » est essentiel : il exprime une complémentarité, pas une inversion, pas une rupture, pas un changement de paradigme. Nulle part est-il question de changement de paradigme pour le projet choisi. Elle décrit en fait un projet ambitieux par son envergure, explorant le rôle possible d&rsquo;auto-anticorps modulateurs d&rsquo;immunité dans les mécanismes de résistance au cancer. Un projet important, prometteur, mais inscrit dans les continuités classiques de l&rsquo;immunologie translationnelle en oncologie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;article affirme à la place, et l&rsquo;erreur factuelle<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste avec le traitement de L&rsquo;Express est saisissant. Le titre évoque une lutte « à front renversé », le chapô parle de « contre-pied », le texte multiplie les références à une démarche « hors des clous », « impertinente », « renversant les paradigmes ». L&rsquo;article affirme par ailleurs que le financement obtenu relèverait d&rsquo;une bourse examinant « uniquement les projets de rupture ». Cette formulation est factuellement contestable. Le programme Cancer Grand Challenges finance des projets ambitieux, interdisciplinaires et à fort potentiel, sélectionnés pour leur capacité à répondre à des défis scientifiques complexes identifiés par un comité international, parmi dix-huit défis médicaux actifs allant des tumeurs pédiatriques aux inégalités face au cancer. Il ne se définit nulle part comme un mécanisme exclusivement réservé à des changements de paradigme. La nuance est décisive : un projet peut être ambitieux pour son impact en santé publique, sans constituer un renversement méthodologique, et confondre ambition scientifique et rupture conceptuelle déforme la nature même de la recherche. Le CDJM est sans ambiguïté sur ce point : il importe, sur les questions scientifiques, d&rsquo;être particulièrement attentif à ce que titraille, chapô et annonces d&rsquo;un sujet n&rsquo;en altèrent pas le sens ou la portée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un parcours « baroque » ou cohérent ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le storytelling de l&rsquo;article a été posé. Mais il va être enjolivé, tant qu&rsquo;à faire, par la présentation d&rsquo;un chercheur, totalement « profane » en oncologie. On peut imaginer dans l&rsquo;esprit du lecteur que se forme alors l&rsquo;idée du génie, qui débarque dans un domaine médical complexe sans la moindre formation ou expertise dans le domaine. C&rsquo;est fâcheux pour l&rsquo;image de la science, basée sur l&rsquo;expertise en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, qu&rsquo;en est-il ?  Sans surprise, cette présentation ne résiste pas à l&rsquo;examen. Paul Bastard est médecin pédiatre, formé à Paris et Madrid, ayant suivi un master à l&rsquo;Université Rockefeller de New York avant de revenir en résidence d&rsquo;immunologie pédiatrique et de soutenir une thèse. Ses recherches portent sur les déterminants génétiques et immunologiques des maladies virales graves, notamment les causes et conséquences des auto-anticorps dirigés contre les interférons de type I. Ce parcours n&rsquo;a rien de marginal : il est précisément situé à l&rsquo;intersection de l&rsquo;immunologie fondamentale et de l&rsquo;immunopathologie clinique, dans des institutions académiques de tout premier rang mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or l&rsquo;immunologie constitue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des piliers centraux de la recherche oncologique contemporaine. L&rsquo;immuno-oncologie, qui intègre des approches conçues pour renforcer ou réactiver la capacité du système immunitaire à lutter contre le cancer, a connu une transformation majeure récompensée par le prix Nobel de médecine 2018. Des milliers d&rsquo;immunologistes travaillent aujourd&rsquo;hui sur le cancer dans le monde entier. Présenter un immunologiste spécialiste des auto-anticorps qui s&rsquo;attaque à une question d&rsquo;oncologie comme profane du domaine relève moins de l&rsquo;analyse scientifique que de la scénarisation journalistique assez trompeuse, quand on sait que nombre de médicaments oncologiques de dernière génération sont des médicaments biologiques, précisément des &#8230; anticorps humanisés. L&rsquo;éducation du public à ces disciplines scientifiques et leur présentation erronée comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de silos, en prend donc un sérieux coup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La figure du « génie outsider » est un ressort narratif classique. Elle fonctionne bien. Mais elle déforme ici la réalité. D&rsquo;ailleurs, le CDJM met en garde contre ce biais en lien avec l&rsquo;expertise ou la non-expertise : vérifier la valeur d&rsquo;un expert auprès de ses pairs, en particulier quand sa position détonne, et ne pas considérer que le statut social ou la renommée d&rsquo;un scientifique en font automatiquement un porteur de vérité scientifique. Mais aussi l&rsquo;inverse, et c&rsquo;est ce qui nous intéresse dans notre cas pratique : ne pas construire un récit de rupture sur la prétendue marginalité d&rsquo;un chercheur qui n&rsquo;est en réalité pas marginal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une rupture historiquement imaginaire<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur du récit repose sur une opposition : la recherche se serait historiquement concentrée sur les causes du cancer, tandis que le projet adopterait une approche « inverse » centrée sur les mécanismes de résistance. Cette opposition est historiquement inexacte. On joue ici d&rsquo;un biais cognitif classique : le faux dilemme. Faire croire que la recherche scientifique est centrée sur un aspect technique alors qu&rsquo;elle est multfactorielle et désormais translationnelle.  L&rsquo;étude des personnes exposés mais non malades, des trajectoires atypiques, des résistances naturelles et des facteurs protecteurs est constitutive de l&rsquo;épidémiologie, de l&rsquo;immunologie et de la médecine expérimentale depuis des décennies. La pandémie de Covid-19 en a fourni une illustration récente et frappante : l&rsquo;analyse de clusters familiaux où certains individus restaient indemnes malgré une exposition comparable a conduit à l&rsquo;identification de déterminants immunologiques et génétiques spécifiques. C&rsquo;est une logique que les membres de l&rsquo;équipe ATLAS ont eux-mêmes appliquée en découvrant le lien entre auto-anticorps et sévérité du Covid-19. Cette démarche n&rsquo;a rien de nouveau. Elle appartient au socle classique de la recherche scientifique. Présenter cette continuité comme un « pari inverse » revient à fabriquer artificiellement de la nouveauté là où il n&rsquo;y a qu&rsquo;un approfondissement légitime et parfaitement attendu. <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N53359" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">D&rsquo;où vient ce récit déformant ? Circulation mimétique et amplification d&rsquo;un briefing institutionnel</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le dossier devient particulièrement instructif, parce que nous avons pu idenifier la source du récit marketing de L&rsquo;Express. Nous l&rsquo;avons vu, le cadrage de rupture n&rsquo;est pas donné par l&rsquo;organisme prestigieux qui a analysé les travaux de recherche et décidé de les financer par une bourse. Pour autant, ce n&rsquo;est pas une invention de L&rsquo;Express. Le storytelling marketing apparaît dans certaines communications institutionnelles intermédiaires : des formulations évoquant une approche « inverse » ou un « changement de paradigme » circulent dans des supports de valorisation académique, comme la communication officielle de l&rsquo;Université Paris Cité qui titre « Un changement de paradigme en oncologie ». Paris Cité n&rsquo;a rien inventé non plus, elle reprend en fait mot pour mot le paragraphe d&rsquo;une communication institutionnelle de l&rsquo;Institut Imagine auquel est affilié le Dr Bastard : « Un changement de paradigme en oncologie &#8211; Traditionnellement, la recherche s&rsquo;est concentrée sur l&rsquo;identification des facteurs qui favorisent l&rsquo;apparition des tumeurs. L&rsquo;équipe ATLAS fait le pari inverse : étudier les barrières qui s’opposent à leur développement sur une recherche ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque mot de cette phrase mérite examen, car c&rsquo;est elle qui a fourni à L&rsquo;Express son titre, son chapô et l&rsquo;ensemble de son lexique de rupture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Traditionnellement » est le premier signal d&rsquo;alarme, et le plus profond. En science, ce mot est presque une contradiction dans les termes. La recherche scientifique, y compris méthodes  ne fonctionne pas par tradition : elle fonctionne par accumulation de preuves, révision permanente des hypothèses et méthodologies, et remise en question constante des résultats antérieurs. Ce qui est vrai aujourd&rsquo;hui peut être infirmé demain. Ce qui semblait établi peut être nuancé par une nouvelle étude, évoluer au gré d&rsquo;une nouvelle méthodologie en raisons des limites de la précédente. La tradition, au sens de pratique reconduite par habitude ou convention, est précisément ce contre quoi la méthode scientifique est construite. Dire que la recherche a « traditionnellement » procédé d&rsquo;une certaine façon, c&rsquo;est donc appliquer à la science un concept qui lui est étranger, et qui sert ici un seul objectif : construire artificiellement un avant figé pour mieux faire briller un après innovant. Ce mot devrait toujours déclencher une question réflexe : traditionnel par rapport à quoi, sur quelle période, avec quelles sources à l&rsquo;appui ? Ici, il n&rsquo;est suivi d&rsquo;aucune de ces précisions, parce que son rôle n&rsquo;est pas descriptif : il est narratif. « Fait le pari » est plus révélateur encore. Une hypothèse de recherche n&rsquo;est pas un pari : c&rsquo;est une proposition fondée sur  des observations préliminaires, des données existantes, une logique théorique cohérente. L&rsquo;éthique de la recherche  médicale veut d&rsquo;ailleurs que tout projet de recherche soit justifié. Présenter un chercheur comme un parieur est dès lors problématique. Ce mot appartient au registre de la communication, pas à celui de la science. « L&rsquo;approche inverse », enfin, est le nœud logique de toute la phrase : elle transforme un continuum de recherche en dichotomie, une complémentarité en opposition radicale. C&rsquo;est ce terme qui a possiblement donné la paraphrase  « à front renversé » et « contre-pied » de L&rsquo;Express, et l&rsquo;ensemble du lexique de rupture de l&rsquo;article de leur article. La chaîne causale est limpide : l&rsquo;institution écrit « approche inverse », le journaliste lit « renversement », le lecteur reçoit « révolution ». Chaque maillon amplifie légèrement le précédent. La communication institutionnelle valorise, positionne, séduit. C&rsquo;est un récit pour vendre ce que le journalisme n&rsquo;est pas.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le contraste saisissant du traitement journalistique international</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La comparaison avec la presse anglo-saxonne est particulièrement éclairante, parce qu&rsquo;elle démontre que le récit marketing de rupture est une création française. Cancer Research UK décrit ATLAS comme un projet dont les travaux « ont le potentiel de changer notre compréhension du rôle du système immunitaire dans le cancer. » Pharmaphorum résume sobrement : l&rsquo;équipe « examinera ce qu&rsquo;on peut apprendre de personnes qui ne développent pas de cancer malgré des habitudes à risque. » UT Southwestern écrit que l&rsquo;équipe « cherchera à identifier les mécanismes biologiques sous-jacents à la résistance aux tumeurs. » Pas un seul « paradigme », pas un seul « renversement », pas un seul « contre-pied » dans l&rsquo;ensemble de la couverture institutionnelle et journalistique anglophone, et pour cause.  Evidemment, c&rsquo;est moins vendeur pour le grand public. C&rsquo;est le cours ordinaire des choses en science, et « la science, c&rsquo;est long » (Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie).<a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une déformation narrative qui questionne d&rsquo;un point de vue déontologique mais aussi éthique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il n&rsquo;y a ici aucune falsification. Les données sont réelles, les financements existent, le projet est scientifiquement solide. Mais l&rsquo;histoire racontée les déforment, parce qu&rsquo;elle transforme une continuité scientifique en rupture spectaculaire, qu&rsquo;elle substitue une dramaturgie de l&rsquo;innovation à une description rigoureuse de la méthode, parce qu&rsquo;elle remplace l&rsquo;analyse journalistique critique des sources par la reprise amplifiée d&rsquo;un récit marketing nstitutionnel. Le CDJM nomme précisément ce risque en matière médicale ;  il est éthique : veiller à ne pas créer d&rsquo;espoirs non fondés chez des personnes atteintes de maladies graves, et rendre compte avec prudence des recherches et découvertes médicales annoncées par des chercheurs, qui ont rarement un impact immédiat sur l&rsquo;amélioration des traitements. Ce principe s&rsquo;applique avec une force redoublée lorsque la découverte est présentée non seulement comme prometteuse, mais comme révolutionnaire. <a href="https://www.seban-associes.avocat.fr/proposition-de-loi-darcos-instauration-dune-presomption-dexploitation-des-contenus-culturels-par-les-fournisseurs-dintelligence-artificielle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://42mag.fr/2026/04/senat-adopte-une-proposition-de-loi-contre-le-pillage-des-contenus-culturels-par-lia/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Former au journalisme scientifique est aussi urgent que de former les citoyens à la démarche scientifique </h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cas dépasse largement un article particulier. Il révèle une faiblesse structurelle du journalisme scientifique français : l&rsquo;insuffisante qualification des sources et la trop grande perméabilité aux récits de valorisation institutionnelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">On a l&rsquo;habitude, à juste titre, d&rsquo;insister sur la nécessité d&rsquo;éduquer le grand public à l&rsquo;esprit critique et à la science, et à lutter contre la désinformation en santé.<br>Mais cette exigence doit s&rsquo;appliquer avec la même force aux professionnels chargés de transmettre l&rsquo;information scientifique. Former les journalistes à distinguer une source objective d&rsquo;un communiqué de presse de valorisation, à identifier les glissements narratifs entre niveaux institutionnels, à repérer les reformulations promotionnelles qui circulent d&rsquo;une institution à l&rsquo;autre avant d&rsquo;atterrir dans la presse grand public : voilà un chantier important.  Car une société ne peut développer une culture scientifique solide si l&rsquo;information censée la transmettre se transforme en récit marketing qui malmène la réalité scientifique. En France, sur ce second chantier, il reste beaucoup de chemin à faire. La science n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;être scénarisée de façon spectaculaire pour être passionnante. Elle demande d&rsquo;être lue, comprise, contextualisée, puis racontée avec exactitude. C&rsquo;est précisément à cette condition que le journalisme scientifique demeure du journalisme, et non le relais de communications marketing.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



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			</item>
		<item>
		<title>Expertise et désinformation en santé : une tribune des agences sanitaires floue qui esquive l&#8217;essentiel</title>
		<link>https://citizen4science.org/expertise-et-desinformation-en-sante-une-tribune-des-agences-sanitaires-floue-qui-esquive-lessentiel/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 20:00:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Communication scientifique]]></category>
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		<category><![CDATA[Expert]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Santé]]></category>
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		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
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					<description><![CDATA[Les principaux dirigeants des agences sanitaires françaises (ANSM, HAS, Santé publique France, ANSES) publient dans Le Monde une tribune collective]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Les principaux dirigeants des agences sanitaires françaises (ANSM, HAS, Santé publique France, ANSES) publient dans Le Monde une tribune collective pour défendre l’expertise scientifique face à la  désinformation. Derrière les appels au pluralisme et à la confiance, ce texte reste étonnamment superficiel et révèle surtout une difficulté persistante des institutions à pratiquer l’autocritique.</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/04/14/toute-decredibilisation-de-l-expertise-scientifique-alimente-la-defiance_6679916_1650684.html">La tribune datée du 14 avril</a> publiée dans Le Monde rappelle que les décisions de santé publique reposent sur des évaluations collégiales et transparentes. Elle insiste sur le pluralisme comme vertu scientifique et sur la nécessité de protéger les experts. Ces points sont justes, mais ils sont présentés de manière abstraite, sans jamais entrer dans le concret des mécanismes qui produisent ou fragilisent réellement l’expertise. On peine à savoir à qui s’adresse ce texte : aux citoyens ? aux scientifiques ? aux décideurs politiques ? Il pourrait tout aussi bien avoir été écrit par un citoyen lambda inquiet, tant il reste flou et généraliste.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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</div>



<p class="wp-block-paragraph"><br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le « pluralisme » en science invoqué, mais le consensus scientifique passé sous silence</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les auteurs soulignent à juste titre que le pluralisme fait partie de la démarche scientifique. Mais ils omettent d&rsquo;expliquer un élément central que tout lecteur non initié ignore : en science, le pluralisme n&rsquo;est pas une fin en soi. Il sert à construire, par confrontation rigoureuse des hypothèses et des données, un consensus, certes temporaire, mais qui permet d&rsquo;avancer, de prendre des décisions collectives et de faire à l&rsquo;instant T état des données de la science.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque ce consensus évolue, comme cela s&rsquo;est produit à plusieurs reprises à rythme rapde pendant la pandémie de Covid-19, les institutions ont régulièrement présenté ces révisions comme de simples ajustements techniques plutôt que comme les corrections normales et saines qu&rsquo;elles étaient. Cette façon de gommer les débats internes renforce chez une partie du public le sentiment que l&rsquo;expertise est monolithique, et donc suspecte dès qu&rsquo;elle change d&rsquo;avis. Les désinformateurs, critiqués par ces mêmes institutions, en on fait leur lit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment demander aux citoyens de faire confiance au processus scientifique sans jamais leur expliquer en quoi ce processus consiste ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une responsabilité externalisée, une rhétorique de victimisation<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune attribue presque exclusivement la perte de confiance à la désinformation extérieure et aux attaques personnelles contre les experts. Cette lecture n&rsquo;est non seulement incomplète. Elle apparaît potentiellement même, contre-productive. Elle est extremement proche du raisonnement et de la rhétorique du rapport institutionnel <em>Désinformation en santé</em> que nous avons eu largement l&rsquo;occasion de critiquer. Ce n&rsquo;est sans doute pas un hasard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La défiance naît aussi, et peut-être d&rsquo;abord, des failles internes du système : communications publiques trop affirmatives sur des sujets encore incertains, délais dans la reconnaissance de certains signaux de sécurité, disqualification trop rapide de critiques argumentées venues de scientifiques qualifiés extérieurs aux cercles médiatico-institutionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En adoptant une rhétorique où les experts institutionnels ou académiques apparaissent perpétuellement assiégés et jamais responsables, les auteurs reproduisent exactement les codes qu&rsquo;ils dénoncent sur les réseaux sociaux : le camp des bons contre le camp des mauvais, la victimisation comme posture, l&rsquo;introspection absente. Nos colonnes l&rsquo;ont déjà documenté : ce mimétisme est l&rsquo;un des moteurs les plus puissants de la polarisation sanitaire en France.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Vers une expertise plus crédible : ce que cela implique concrètement<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une véritable défense de l&rsquo;expertise ne passe pas par des tribunes dans Le Monde. Elle passe par des actes. Cela suppose, en premier lieu, d&rsquo;accepter publiquement que l&rsquo;expertise produite par les agences n&rsquo;est jamais parfaite : qu&rsquo;elle est le produit d&rsquo;un processus humain, institutionnel, parfois contraint par des calendriers politiques ou des pressions budgétaires. Cela suppose ensuite de nommer les incertitudes réelles au moment où elles existent, plutôt que de les minimiser dans les communications publiques et de les reconnaître six mois plus tard quand l&rsquo;opinion a déjà tranché. Cela suppose enfin de traiter les conflits d&rsquo;intérêts non pas comme une formalité déclarative mais comme une exigence de conception : qui participe à l&rsquo;expertise, selon quels critères, avec quelle diversité de points de vue ? L&rsquo;Espagne vient de montrer, avec le rapport de son agence du médicament sur l&rsquo;homéopathie, ce que « dire la vérité clairement aux citoyens » signifie concrètement. Nous dédions un article très prochainement à cette communication ibérique en santé. Ce n&rsquo;est pas hors de portée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La confiance ne se décrète pas<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune des dirigeants d&rsquo;agences sanitaires françaises est en fait révélatrice d&rsquo;un malaise plus large et plus ancien. Tant que les institutions sanitaires françaises continueront à se poser en victimes sans pratiquer une introspection rigoureuse sur leurs propres pratiques de communication, elles contribueront elles-mêmes à la défiance qu&rsquo;elles déplorent. La crise de l&rsquo;expertise sanitaire n&rsquo;est pas seulement une attaque extérieure contre la science. Elle est aussi le symptôme d&rsquo;un système qui doit se réformer s&rsquo;il veut retrouver sa légitimité auprès des citoyens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La confiance ne se décrète pas. Elle se reconquiert par la rigueur, la transparence et l&rsquo;honnêteté intellectuelle, y compris, et peut-être surtout, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de reconnaître ses propres erreurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette obstination politique, le regard incisif et humoristique de <a href="http://&lt;!-- wp:html --&gt; https://www.facebook.com/watch/?v=750090884728181 &lt;!-- /wp:html --&gt;">Nicole Ferroni fait mouche. Dans son sketch viral,</a> elle met en scène le retour du « nouvel album Loi Duplomb 2 », comme si rien n’avait changé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">« L’erreur est humaine, mais persévérer… « , lance-t-elle avec justesse. Ce clin d’œil citoyen rappelle utilement qu’il ne suffit pas de revenir à la charge pour avoir raison face aux faits et à l’exigence de précaution.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



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		<item>
		<title>Désinformation en santé : le Comité Citoyen Saison 4 privilégie la promotion positive et la médiation face à l&#8217;approche verticale et répressive du rapport institutionnel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2026 11:55:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<category><![CDATA[Médiation scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Pensée critique]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
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					<description><![CDATA[Le rapport remis fin février 2026 constitue un désaveu démocratique d&#8217;une bonne partie de la stratégie de centralisation punitive proposée]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading">Le rapport remis fin février 2026 constitue un désaveu démocratique d&rsquo;une bonne partie de la stratégie de centralisation punitive proposée par le rapport sur la désinformation en santé commandé par l&rsquo;éphémère ministre de la Santé Yannick Neuder. </h3>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Rapport Désinformation en santé : une logique de guerre née d’un entre-soi institutionnel et de luttes de clans sur les réseaux sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Remis le 12 janvier 2026 à Stéphanie Rist, ministre de la Santé, par leurs auteurs Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve à la suite de pas moins de 156 entretiens auprès de 270 acteurs (agences sanitaires, médias, plateformes, associations et militants des controverses de la période Covid), ce texte est intitué : « Information en santé &#8211;  Bilan des forces et des faiblesses &#8211; Recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé ».<br>Il avait été commandé par Yannick Neuder (les Républicains) pendant ses huit mois en 2025 à la tête du ministère de la Santé.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Ce rapport  structure sa stratégie autour de six piliers. Il place au centre la création d’un Observatoire national doté d’IA et d’infovigilance, un Info-Score Santé classant les sources d&rsquo;information de A à E, et <br>« l’inversion du risque » : sanctionner les désinformateurs, protéger les scientifiques, communiquer sur les peines appliquées pour dissuader. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La confiance en la science et la santé y apparaît dès lors avant tout comme le résultat d’un contrôle institutionnel renforcé, avec, comme il se doit dans notre culture politique, la création d&rsquo;une nième structure institutionnelle prête à s&#8217;empiler sur notre millefeuille administratif pléthorique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;indépendance à géométrie variable</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Notons que si les auteurs du rapport Désinformation en santé clament leur indépendance, deux des trois étaient fonctionnaires du service public de santé au moment de la remise du rapport, et le troisième, M. Maisonneuve en est le conseiller à plus d&rsquo;un titre puisqu&rsquo;il est membre de l&rsquo;Office d&rsquo;intégrité scientifique de Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP), membre de la Conférence des Doyens des facultés de médecine et du Conseil national des Universités (CNU) et vient en outre d&rsquo;être nommé par Santé Publique France comme référent sur &#8230; la désinfomation en santé. CQFD.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Notre analyse prémonitoire de l&rsquo;approche du Comité Citoyen </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous l’avions déjà souligné dans notre article d&rsquo;analyse « <a href="https://citizen4science.org/desinformation-en-sante-un-rapport-sans-idees-nouvelles/">Désinformation en santé : un rapport sans idées nouvelles et une méthodologie qui interroge</a> » : la mission commandée par M. Neuder a abouti à un rapport qui s&rsquo;avère issu, malgré les chiffres impressionnants mis en avant quant au nombre d&rsquo;entretiens réalisés par les auteurs, de façon écrasante d&rsquo;une consultation effectuée dans l&rsquo;entre-soi d&rsquo;un double réseau institutionnel et militant de réseaux sociaux. Il reformule des recettes déjà connues sans renouveler le cadre relationnel et culture du problème, préférant le dirigisme et la centralisation assorti de mesures dissuasives et répressives.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/260218_rapport_comite_citoyen_saison_4-2.pdf">La réflexion du Comité citoyen</a> apporte un contraste saisissant. Entre décembre 2025 et février 2026, la Délégation au numérique en santé a réuni 26 citoyens tirés au sort par Harris Interactive, reflétant la diversité française. Ils ont travaillé durant trois week-ends pour répondre à une question précise : « Quel est le rôle des pouvoirs publics pour garantir l’accès à une information fiable en santé, favoriser une meilleure santé pour chacun et préserver la confiance dans le savoir scientifique ? »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leur diagnostic est lucide : la désinformation prospère non par manque de sanctions, mais parce que l’information fiable reste distante, anonyme et parfois condescendante. Dès l’introduction, ils tranchent : <br>« Nous ne pensons plus que la priorité est de traquer toutes les fausses informations. Cette tâche est infinie. Nous pensons que l’enjeu principal est ailleurs : rendre l’information en santé fiable, claire et accessible, beaucoup plus visible. »</p>



<h2 class="wp-block-heading"><br>Promotion constructive, médiation et humanisation : le cœur du choix citoyen</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport privilégie une communication sur le temps long : contenus incarnés par des visages identifiés (professionnels de santé, experts accessibles), ton humain, non moralisateur, ludique et humoristique, avec gamification. Les réseaux sociaux sont investis avec les mêmes codes que les contenus viraux, mais au service de repères fiables. Un indice de fiabilité santé est soutenu, mais uniquement pour évaluer la méthode de production de façon pédagogique. Aucune création d’Observatoire national, aucune infovigilance automatisée, aucune communication sur les sanctions. La répression reste une réflexion marginale. L’éducation progressive dès l’école, la formation des soignants à la reconnaissance des incertitudes et la médiation de proximité complètent un dispositif qui mise sur la durée et la confiance construite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les voix fiables : professionnels de santé au centre, influenceurs en relais secondaires seulement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport citoyen affirme sans ambiguïté que les professionnels de santé coordonnés par les institutions constituent « les acteurs les plus légitimes en matière d’information en santé ». Ils doivent être placés au cœur de l’action. Les influenceurs ne sont mobilisés qu’en partenariat pour relayer des messages validés, jamais comme des sources primaires ou des voix d&rsquo;experts. Une distinction nette est maintenue entre pratiques conventionnelles et non conventionnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette position du panel de citoyens met en lumière une limite méthodologique et structurelle du rapport de M. Molimard et collègues : la consultation s’est largement appuyée sur des acteurs non professionnels de santé (journalistes, militants,  fact-checkers, influenceurs), qui se sont positionnés opportunément lors de la crise sanitaire comme voix de la science et détenteurs d&rsquo;expertise en santé sans légitimité, concourant à brouiller les cartes dans l&rsquo;esprit du public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au renoncement à traquer les « fake news », le Comité Citoyen semble a voir compris qu&rsquo;il s&rsquo;agit surtout d&rsquo;un business au même titre que les disséminer en est un.  Sans la nommer, la loi de Brandolini  est à la rescousse pour choisir de clore ce volet visant à traquer le faux et publir leurs auteurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La non-médiation scientifique : le vide laissé aux cercles polarisés des réseaux sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport citoyen comble précisément le vide que nous analysons depuis plusieurs années et avons baptisé la « non-médiation scientifique ». Sur les réseaux sociaux, principale source d’information pour les 15-30 ans, les vrais experts médicaux ont souvent déserté l’espace. Celui-ci a été occupé par des cercles militants qui ont également nourri la consultation du rapport commandé par Yannick Neudeur de leurs vues polarisées et souvent non expertes en la matière : groupes baptisés « pro-science », fact-checkers autoproclamés ou désignés, surfeurs numériques de la vague Covid, qui parlent au nom de la science sans en maîtriser pleinement les bases,  les incertitudes ou la pratique quotidienne. Au lieu d’expliquer ce qui est connu, ce qui reste incertain et ce qui peut évoluer, ces voix opposent souvent vérité absolue et mensonge, autorité et conspiration, bons et méchants avec des actions aggressives dirigées sur des cibles humaines. <br>Le Comité Citoyen l&rsquo;a bien compris : « Reconnaître les incertitudes scientifiques, expliquer les choix, admettre les erreurs passées, parler avec pédagogie plutôt qu’avec autorité, renforce la crédibilité au lieu de l’affaiblir. », appellent-ils de leurs vœux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Comité Citoyen propose donc une voie prospective : rendre les professionnels de santé visibles et formés à la médiation, investir le ludique et la proximité, construire des repères durables plutôt que poursuivre la logique de guerre en traquant des ennemis. Il refuse la centralisation punitive,  etreplace le citoyen au cœur du dialogue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le message démocratique est puissant : face à la défiance, la solution n’est pas plus d’observatoires ni plus de sanctions venues d’un entre-soi militant, mais plus d’humanité, plus de communication non vioente, plus d’honnêteté sur les incertitudes et plus de légitimité médicale réelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les pouvoirs publics ont désormais le choix : écouter la voix pragmatique des citoyens ordinaires ou persister dans une guerre informationnelle qui, depuis les réseaux, n’a fait qu’aggraver la crise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’avenir de la confiance du public en la science et la santé se joue probablement sur ce terrain.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><br><br></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Samuel Regan-Asante</em></p>



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			</item>
		<item>
		<title>Effet Werther : quand la médiatisation d&#8217;un suicide en provoque d&#8217;autres</title>
		<link>https://citizen4science.org/effet-werther-quand-la-mediation-dun-suicide-en-provoque-dautres/</link>
					<comments>https://citizen4science.org/effet-werther-quand-la-mediation-dun-suicide-en-provoque-dautres/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie A.]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2026 10:20:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychiatrie]]></category>
		<category><![CDATA[Psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[Recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Santé mentale]]></category>
		<category><![CDATA[Santé publique]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<category><![CDATA[Sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[Suicide]]></category>
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					<description><![CDATA[En 2014, le suicide de Robin Williams a provoqué un excès de 1 841 suicides aux États-Unis dans les mois]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><br>En 2014, le suicide de Robin Williams a provoqué un excès de 1 841 suicides aux États-Unis dans les mois suivants. Ce phénomène scientifiquement établi, nommé effet Werther, montre qu&rsquo;une couverture médiatique sensationnalisée ou détaillée peut favoriser l&rsquo;imitation chez les personnes vulnérables. À l&rsquo;inverse, une parole responsable et axée sur l&rsquo;espoir peut protéger et prévenir.</h3>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Les racines historiques et scientifiques du phénomène</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;effet Werther tire son nom du roman<em> Les Souffrances du jeune Werther</em> de Goethe (1774). Le protagoniste, accablé par un amour non réciproque, se suicide d&rsquo;un coup de pistolet. Peu après, des cas d&rsquo;imitation ont été signalés en Europe, avec des jeunes adoptant vêtements, pose et méthode similaires. Certaines autorités ont même interdit l&rsquo;ouvrage pour endiguer la vague. Bien que ces récits historiques soient anecdotiques, ils illustrent un risque ancien : la diffusion d&rsquo;histoires romantiques ou détaillées de suicide peut inciter à l&rsquo;imitation.Le sociologue David Phillips a formalisé le phénomène en 1974  : <a href="https://culturecog.blog/wp-content/uploads/2018/08/Phillips_1974_The-INfluence-of-Suggestion-on-Suicide.pdf">« The Influence of Suggestion on Suicide: Substantive and Theoretical Implications of the Werther Effect »</a> (American Sociological Review)  analyse des données américaines et britanniques : les suicides augmentent significativement après des articles sensationnalistes, avec un pic plus prononcé si le suicide concerne une célébrité ou occupe une place importante dans les médias. <a href="https://www.bmj.com/content/368/bmj.m575">Une méta-analyse de 2021</a>, parue dans le British Medical Journal et couvrant 419 études, confirme que l&rsquo;effet est particulièrement marqué après les suicides de personnalités publiques, bien que variable selon les contextes.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<h2 class="wp-block-heading">Le cas emblématique de Robin Williams et ses implications</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le suicide par asphyxie de Robin Williams en août 2014 reste l&rsquo;un des exemples les plus documentés. Une étude publiée <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5802858/">dans PLOS ONE en 2018 </a>a révélé un surplus de 1 841 suicides aux États-Unis entre août et décembre 2014, soit une hausse d&rsquo;environ 10 % par rapport aux prévisions basées sur les tendances saisonnières antérieures. L&rsquo;augmentation a touché surtout les hommes de 30 à 44 ans, et les suicides par asphyxie ont grimpé de 32 %, suggérant un lien direct avec la méthode largement relayée. Les auteurs attribuent ce pic à l&rsquo;effet Werther, amplifié par la couverture médiatique massive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans divers pays dont la France, <a href="https://papageno-suicide.com/ressource/exemples-celebres-deffet-werther/">des schémas similaires ont été observés</a>. Au niveau national, une étude épidémiologique sur la période 1979-2006 a mis en évidence des hausses significatives après des suicides de célébrités : +17,6 % globalement après Pierre Bérégovoy en 1993 (avec +26,5 % pour les suicides par arme à feu chez les hommes de moins de 45 ans), +11,7 % après Kurt Cobain en 1994, et +23,5 % dans la tranche 45-59 ans après Dalida. Ces augmentations corrèlent avec l&rsquo;intensité de la médiatisation, renforçant l&rsquo;idée d&rsquo;un effet dose-dépendant.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La contagion accélérée par les réseaux sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Avec l&rsquo;essor des réseaux sociaux, la contagion délétère se propage plus rapidement. Une <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2950285324000322">revue systématique publiée en 2024</a> dans <em>Spanish Journal of Psychiatry and Mental Health</em> analyse 31 études et conclut que les contenus suicidaires sur les plateformes peuvent être à la fois contagieux et protecteurs. Les posts sensationnalisés ou glorifiants augmentent le risque, surtout chez les adolescents, tandis que ceux promouvant l&rsquo;espoir et l&rsquo;aide réduisent les idées suicidaires. L&rsquo;effet Werther est confirmé sur les réseaux, où la viralité amplifie l&rsquo;exposition. <br>En France, des relais rapides de décès de personnalités sur X (ex Twitter) ou ailleurs peuvent normaliser ou détailler sans précaution, particulièrement quand des comptes influents priorisent la visibilité. Des critiques portent sur l&rsquo;omission systématique de ressources comme le numéro vert 3114 dans les articles ou posts, même si les lignes directrices de l&rsquo;OMS insistent sur l&rsquo;inclusion de messages préventifs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;effet Papageno : les médias peuvent devenir protecteurs</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;antidote à l&rsquo;effet Werther s&rsquo;appelle effet Papageno, du personnage de La Flûte enchantée de Mozart qui renonce au suicide grâce à l&rsquo;intervention d&rsquo;amis. Des recherches montrent que des récits axés sur la résilience, la guérison et les alternatives réduisent les taux suicidaires. Une <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/the-british-journal-of-psychiatry/article/role-of-media-reports-in-completed-and-prevented-suicide-werther-v-papageno-effects/DFF62CAE7A44147EE9CAB4DFB50B49F0">étude de 2010 </a>dans <em>The British Journal of Psychiatry</em> associe des reportages sur la maîtrise des crises à une baisse des suicides.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, le programme Papageno, déployé depuis 2015 par la Direction générale de la santé et porté par Nathalie Pauwels, traduit ces principes en actions concrètes. Il s&rsquo;appuie sur les recommandations actualisées de l&rsquo;OMS : ne pas attribuer le suicide à une cause unique (réductrice), éviter le sensationnalisme ou la normalisation, omettre les détails sur la méthode et le lieu (qui peuvent concrétiser des scénarios), privilégier les interviews d&rsquo;experts plutôt que de l&rsquo;entourage, et valoriser les progrès, comme la baisse de 20 % des suicides en France en vingt ans. Des formations à l&rsquo;utilisation des médias sont organisées partout en France pour sensibiliser journalistes et professionnels de santé </p>



<p class="wp-block-paragraph">.Une mise à jour récente des <a href="https://papageno-suicide.com/app/uploads/2025/11/Recotem_def.pdf">recommandations Papageno (2025)</a> insiste sur l&rsquo;adaptation aux créateurs de contenus numériques, podcasts et vidéos inclus. Des campagnes comme « Parler du suicide peut sauver des vies » visent à déstigmatiser et encourager le dialogue ouvert.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;effet Papageno : quand les médias deviennent protecteurs</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;effet Werther n&rsquo;est pas inéluctable. Un antidote existe : l&rsquo;effet Papageno. Les études récentes confirment que les médias et réseaux sociaux, quand ils adoptent des pratiques protectrices, peuvent inverser la tendance et promouvoir l&rsquo;accès aux soins. Toute prise de parole sur le suicide doit être évaluée à l&rsquo;aune de son impact potentiel sur une personne en crise. <br>En France, la ligne nationale 3114 reste un recours essentiel pour l&rsquo;écoute et la prévention. Parler du suicide est nécessaire, mais avec rigueur, empathie et espoir, pour contribuer à sauver des vies plutôt qu&rsquo;à en risquer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>« Cancer Backlash » ou opération Bashing ? Quand la contre-offensive au nom de la science devient tentative de bâillon d&#8217;opinion</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Mar 2026 14:47:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
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					<description><![CDATA[Deux textes d’opinion publiés en février 2026, à savoir une chronique dans Le Monde et une tribune présentée comme «]]></description>
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<h3 class="wp-block-heading"><br>Deux textes d’opinion publiés en février 2026, à savoir une chronique dans Le Monde et une tribune présentée comme « droit de réponse » sur le blog Atlantico, mobilisent les mêmes données épidémiologiques pour défendre des thèses opposées sur les causes du cancer. Cet affrontement révèle comment la vérification des faits (factchecking) peut se transformer en outil de polarisation idéologique et finir par détruire sa propre crédibilité et la confiance en la science.</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/22/la-rhetorique-du-cancer-backlash-presente-de-nombreuses-analogies-avec-le-climatoscepticisme_6667771_3232.html">La chronique du journal <em>Le Monde</em> </a>intitulée « La rhétorique du cancer backlash présente de nombreuses analogies avec le climatoscepticisme » datée du 22 février 2026 et la <a href="https://atlantico.fr/article/decryptage/la-fabrique-de-la-peur-contre-le-cancer-backlash-le-doute-scientifique-oublie-jacques-robert-jerome-barriere">tribune de contre-attaque sur le blog Atlantico</a> intituée « La fabrique de la peur contre le cancer backlash » le 24 février 2026 partagent les mêmes références de Santé publique France (2015) mais les encadrent dans des récits antagonistes. La première dénonce une rhétorique qui minimiserait les déterminants environnementaux au profit d’une focalisation sur tabac, alcool et hasard, d&rsquo;où « backlash » dans le sens risque de « retour de bâton » ; la seconde accuse cette alerte d’être une « fabrique de la peur » militante qui efface les ordres de grandeur établis. Cette symétrie rhétorique illustre un phénomène plus large : quand le militantisme s’empare du fact-checking, il le vide de sa substance méthodologique et le rend inopérant pour le débat public.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Précisons-le en préambule : ici et comme souvent dans nos colonnes, nous nous intéressons plus aux contenus qu&rsquo;aux contenants, esprit critique oblige. Ainsi dans notre affaire, nous ne citerons même pas les auteurs, mais il est intéressant de noter qu&rsquo;ils ont en commun un fort militantisme : l&rsquo;auteur de la chronique est un journaliste professionnel engagé, qui a ses bêtes noires notamment les industries pharmaceutique et agro-chimique. Les auteur principal du texte de blog sont deux cancérologue dont l&rsquo;un militant sur les réseaux sociaux.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Quand l&rsquo;attaque lourde se fait passer abusivement pour droit de réponse </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le droit de réponse, prévu par l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, est un mécanisme judridique, précis et limité. Il permet à toute personne nommée ou désignée dans un écrit périodique de faire insérer une rectification courte, factuelle et non abusive, visant à rétablir des faits précis qui portent atteinte à son honneur ou à sa considération. La réponse doit être proportionnée à la mise en cause, polie, non injurieuse et ne pas attaquer des tiers. Le directeur de publication est tenu de l&rsquo;insérer à la même place et en mêmes caractères que l’article initial, sous peine d’amende et de dommages-intérêts. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune publiée sur le site Atlantico, présentée comme telle est très longue, soit environ 2000 mots contre la chronique d&rsquo;opinion, un format court soit ici 875 mots. Elle est structurée en introduction, rejet du terme « backlash », description de quatre « inversions accusatoires » numérotées et d&rsquo;une conclusion morale. Rien ici n’entre dans les cases du droit de réponse. . D&rsquo;ailleurs, elle se ne rectifie pas des imputations factuelles nominatives ; elle construit une contre-démonstration offensive qui accuse explicitement le chronique attaquée de « caricature militante », de « glissement vers les intentions », de « fabrique de la peur » et de « récit totalisant ». Nul ne pourra douter ici qu&rsquo;il s&rsquo;agit de jugement.  <em>Le Monde</em> a donc refusé son insertion, ce qui est parfaitement conforme au cadre légal et éditorial : un journal n’est pas tenu d’ouvrir ses colonnes à une tribune contradictoire déguisée en droit de réponse, et encore moins sur un sujet d’opinion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En maintenant l’étiquette « droit de réponse » malgré ce refus éclairant, le texte de blog adopte une stratégie de victimisation, d&rsquo;ailleurs exprimée avec colère et indignation sur les réseaux sociaux, qui vise à délégitimer le refus et à forcer une visibilité médiatique alternative.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mobilisation sélective des données : cherry-picking et cadrage biaisé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est intéressant notamment, c&rsquo;est que la chronique et le texte de blog citent les mêmes estimations de Santé publique France sur des données 2015 : 41 % des cancers attribuables à des facteurs modifiables connus (tabac environ 20 %, alcool  environ 8 %, expositions professionnelles environ 3,6 %, pollution de l’air extérieur environ 0,4 %), et 59 % non attribués.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chronique met l’accent sur ces 59 % comme une marge substantielle potentiellement liée à des expositions chroniques à bas bruit (néonicotinoïdes, perturbateurs endocriniens, PFAS), pour lesquelles les cohortes longitudinales font défaut , la biosurveillance des néonicotinoïdes n’ayant commencé qu’en 2025. Elle rappelle aussi le déclin marqué du tabagisme (fumeurs quotidiens de 28,7 % en 2015 à 18,4 % en 2024) et de l’alcool pour contester l’idée que ces facteurs suffiraient à expliquer les tendances récentes. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune, elle, martèle ces pourcentages pour réduire la part résiduelle à du vieillissement (plus de six cancers sur dix après 65 ans), du hasard et des susceptibilités individuelles. On remarque qu&rsquo;elle omet de préciser que les 59 % « non attribués » datent d’une méthodologie qui, par construction, excluait les expositions chroniques mal documentées à l’époque. Cette sélection sélective des mêmes données, à savoir pondération maximale sur les facteurs quantifiés d’un côté, minimisation des incertitudes de l’autre, constitue un « cherry-picking » classique : les chiffres sont vrais, mais leur usage sert un cadrage idéologique préexistant plutôt qu’une analyse équilibrée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le faux dilemme renforcé et le sophisme de la relativisation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux écrits construisent un faux dilemme symétrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chronique insinue que recentrer le discours sur tabac et alcool revient à « agiter ces deux fléaux pour faire oublier tout le reste » et à servir la démolition des normes environnementales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune réplique que toute mise en avant des expositions chroniques « efface les ordres de grandeur » et favorise une relativisation dangereuse des comportements individuels. Or aucun des deux ne propose d’abandonner la lutte contre le tabac ou l’alcool. Les études mentionnées implicitement (comportements globalement plus protecteurs chez les consommateurs de produits bio en France, Allemagne et Danemark) contredisent même l’idée d’un effet de substitution négatif. En posant un choix binaire – hiérarchie stricte ou dilution des priorités –, chaque partie disqualifie l’adversaire sans démontrer l’incompatibilité réelle des approches. Ce sophisme transforme un débat sur la proportionnalité des actions en confrontation morale : science rigoureuse contre alarme irraisonnée, ou alerte légitime contre déni déguisé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’inversion accusatoire miroir et la disqualification mutuelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune reproche à la chronique de déplacer le débat « du terrain des faits vers celui des intentions », d’assimiler le sujet au climatoscepticisme et d’employer des étiquettes disqualifiantes (« mensonge au nom de la science », « marchands de peur »).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, elle procède exactement de la même façon : accusation de « caricature militante », de « récit totalisant », de « fabrique de la peur » et de « glissement moral ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette inversion accusatoire symétrique annule la portée de la critique initiale. En effet, quand les deux camps se renvoient les mêmes procédés avec la même virulence, le lecteur n’a plus de critère fiable pour distinguer l’analyse méthodique de la posture idéologique. Le débat s’enlise dans une boucle de défiance réciproque qui érode la confiance envers toutes les sources.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le populisme rhétorique paternaliste : appel à la raison contre la peur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tribune adopte un ton populiste empreint de paternalisme : elle se présente comme la voix de la « rigueur sans bord politique », appelle à refuser « l’affolement » et oppose la « prévention efficace » fondée sur la quantification à une mobilisation basée sur la peur. Cette posture qui consiste à se revendiquer de la modération et du rationalisme contre les alarmistes est efficace sur le plan émotionnel mais fallacieuse sur le fond : elle disqualifie toute alerte sur des expositions mal quantifiées comme intrinsèquement irrationnelle, sans proposer de protocole concret pour combler les lacunes, comme par exemple l&rsquo;extension massive de cohortes et la biosurveillance accélérée. Cette rhétorique populiste, qui joue sur l’opposition raison/peur, sert à clore le débat plutôt qu’à l’ouvrir sur des priorités opérationnelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une contre-offensive en miroir décuplé qui renforce la chronique dénoncée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Loin de réfuter la thèse de la chronique, la tribune d’Atlantico la valide par sa forme même. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le journaliste décrit le « cancer backlash » comme un discours qui, sous l’apparat de la science prudente, mélange omissions, sophismes et inversions accusatoires pour disqualifier les alertes environnementales et servir des intérêts anti-régulation. Or, l&rsquo;attaque en retour sur le blog accumule précisément ces mécanismes : cherry-picking sélectif, inversion miroir des accusations, disqualification morale symétrique, faux dilemme renforcé, et cadrage biaisé qui minimise les incertitudes chroniques pour justifier le statu quo. En voulant opposer la « rigueur » autoattribuée à la « peur », elle décuple les procédés qu’elle dénonce et fournit un exemple vivant de ce schéma. Ironiquement, cette contre-offensive renforce le diagnostic initial plutôt que de le contredire : elle montre comment un discours qui se veut rationnel peut, par sa propre rhétorique, confirmer les analogies avec le climatoscepticisme et les stratégies de dépolitisation de la pathologie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Tentative de sortie de bulle numérique :  un effet de loupe sur les biais polarisés</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce pouvait rester une passe d’armes confinée à X (ex Twitter, où les biais se renforcent mutuellement par like et retweet) devient, une fois transposé en tribune, une démonstration grossissante des travers de ces bulles polarisées : écho-chambre qui amplifie les sophismes, double standard sur la « rigueur », disqualification systématique de l’autre camp, et illusion que répéter la même grille de lecture hors de la bulle étanche formés par les militants sur les réseaux sociaux, va lui donner force et crédibilité.  Au contraire, le passage au format « article » agit comme une loupe : les excès rhétoriques, les omissions sélectives et le populisme raison/peur deviennent flagrants, et finissent par renforcer la thèse initiale de la chronique du Monde plutôt que de la démonter. C’est un cas d’école : quand des militants de réseaux sociaux tentent de « sortir » leur bulle en forçant une tribune, ils ne gagnent pas en légitimité ; ils exposent simplement, en haute définition, les biais et les fermetures qui la caractérisent déjà sur leur microcosme protégé sur le réseau social.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le bashing comme tentative de bâillon</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La chronique du Monde, en nommant un phénomène « cancer backlash » sans pour autant désigner nommément ses promoteurs, a provoqué, sur la base de l&rsquo;attaque déguisée en droit de réponse, une réaction en chaîne qui s’apparente davantage à un bashing massif qu’à une réfutation argumentée. Ce qui devait être une critique d’un discours récurrent dans certains cercles s’est par la suite transformé, via l&rsquo;activation de la bulle militante sur X, en campagne coordonnée de disqualification personnelle visant le chroniqueur : accusations répétées de militantisme, de mensonge, de peur irrationnelle, de pseudo-science. La tentative répétée et indignée d’obtenir un « droit de réponse » n’est pas ici un exercice de rétablissement des faits ; c’est une volonté affichée d’avoir le dernier mot, de baillonner l’opinion divergente en écrasant sa visibilité et en la renvoyant systématiquement à du militantisme illégitime. Cette dynamique constitue une atteinte paradoxale à la liberté d’expression : on invoque la censure quand on est refusé, mais on pratique l’écrasement numérique quand on est coordonné dans sa bulle cognitive ; une opération de destruction de l’adversaire plutôt que de ses arguments, comme un aveu d&rsquo;une défaite sur le plan des idées et des faits.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le fact-checking militant tue le fact-checking</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La chronique du Monde et la tribune l&rsquo;attaquant montrent comment des données épidémiologiques solides peuvent être sélectionnées, pondérées et cadrées pour servir des récits antagonistes, chacun accusant l’autre des mêmes biais rhétoriques. Le résultat est une polarisation accrue, une érosion généralisée de la confiance envers les sources scientifiques et médiatiques, et un report indéfini des enjeux concrets : ici, production transparente de données longitudinales sur les expositions chroniques, hiérarchisation explicite et proportionnée des facteurs modifiables, politiques de prévention équilibrées. Appeler rigueur scientifique un bouclier rhétorique à base de contre-feu massif au service d’un camp ou d’un autre est  compréhension collective des causes du cancer continuera d’être sacrifiée à des postures militantes plutôt qu’éclairée par la science.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Image d&rsquo;en-tête : en-tête chronique en ligne Le Monde</em> (capture d&rsquo;écran)</p>



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		<title>Des médias à la non-médiation sur les réseaux sociaux : un cas pratique dans le domaine pharmaceutique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Feb 2026 17:33:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Biais cognitifs]]></category>
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					<description><![CDATA[Le classique criblage de molécules, quand bien même assisté par l&#8217;IA, présenté comme la révolution du « médicament entièrement conçu par]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><br>Le classique criblage de molécules, quand bien même assisté par l&rsquo;IA, présenté comme la révolution du « médicament entièrement conçu par l&rsquo;IA », est un très bon exemple de narratif biaisé déformé sur les réseaux sociaux. Comment l’absence de médiation scientifique dans ces espaces nourrit-elle la mésinformation et les croyances ?</h3>



<h2 class="wp-block-heading">Documentaire ou publireportage ?</h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Notre étude de cas consiste en l&rsquo;interprétation sur les réseaux sociaux d&rsquo;une <a href="https://www.youtube.com/watch?v=KyUDHnePu6M">vidéo institutionnelle</a> (2025) de la biotech <em>Insilico Medicine</em> publiée sur YouTube. Elle raconte l&rsquo;histoire de la naissance de l&rsquo;entreprise, dans un soi-disant « documentaire »<em>fait maison</em> qui s&rsquo;apparente plutôt au biopic cinématographique. La vidéo semble vouloir adopter le modèle de l&rsquo;histoire entrepreneuriale triomphale d&rsquo;étudiants visionnaires, comme celle de Steve Jobs et son Apple ou Mark Zuckerberg et son Facebook. Les images vintage des étudiants à la faculté sont peu a peu remplacées par des images high tech voire futuristes de robots industriels et d&rsquo;écrans où défilent des formules chimiques et des images tridimensionnelles de molécules, le tout dans une explosion colorée et une belle mise en scène ponctuées d&rsquo;interviews des leaders. On suit aussi nos stars jusque dans les rue de Hong-Kong ou de Shangai,&#8230;<br>Mais quel blockbuster la biotech Insilico Medicine a-t-elle commercialisé ? À ce jour, aucun. Pas même le moindre médicament enregistré par une autorité sanitaire dans le monde.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph"><br>Ici, on raconte une histoire en devenir dont on espère l&rsquo;issue favorable et on fait preque comme si c&rsquo;était fait. il faut dire qu&rsquo;il y a beaucoup d&rsquo;argent à la clé, en premier lieu un gros besoin d&rsquo;investisseurs avec des levées de fond qui s&rsquo;enchaînent pour un projet lancé et certes prometteur.<br>L&rsquo;entreprise a développe une plateforme à grand renfort d&rsquo;IA avec l&rsquo;intention de <em>booster</em> la découverte de futurs médicaments. La vidéo met en avant la plateforme IA qui vante surtout l&rsquo;IA elle-même, faisant que les fondements de l&rsquo;outil restera une nébuleuse pour les novices, source de toutes les interprétations possibles. <br>La vidéo finit par vanter une molécule expérimentale en cours d&rsquo;évaluation issue de sa plateforme, le rentosertib, visant à traiter la fibrose pulmonaire idiopathique (FPI). La substance est en cours d&rsquo;essai clinique très précoce. Ce n&rsquo;est donc pas un médicament pour l&rsquo;heure et nul ne sait si elle le deviendra un jour, au mieux dans plusieurs années.<br>Pour raconter la <em>success story</em> cependant, on met fortement en avant les résultats préliminaires (chez quelques dizaines de patients) et l&rsquo;on fait comprendre, avec enthousiasme et renfort émotionnel que le produit expérimental fonctionne chez les patients. Cet aspect est problématique d&rsquo;un point de vue éthique voire réglementaire, car la vidéo ne peut susciter que de l&rsquo;admiration pour ce produit présenté comme tout simplement efficace, validant la fameuse plateforme IA, mais aussi la croyance d&rsquo;un « médicament  » livré prêt-à-l&#8217;emploi par l&rsquo;IA. <br><br>Cette vidéo doit être prise pour ce qu&rsquo;elle est : du marketing. Vendre ainsi l&rsquo;entreprise et sa plateforme technologique, qui le mérite, est compréhensible et enthousiasmant. En revanche, vendre la molécule expérimentale comme efficace à ce stade de son développement précoce l&rsquo;est beaucoup moins.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l&rsquo;interpréation biaisée de la science sur les réseaux sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui nous intéresse aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est comment le grand public accueille ce genre de communication.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons la chance d&rsquo;avoir aujourd&rsquo;hui un exemple concret très parlant sur X (ex Twitter), particulièrement révélateur de ce que le manque de littératie scientifique associé à l&rsquo;espace de non-médiation que sont les réseaux sociaux peuvent produire. Ici, il faut dire que l&rsquo;on parle d&rsquo;un domaine scientifique complexe qu&rsquo;est le développement pharmaceutique. Les experts en la matière n&rsquo;interviennent pas sur les réseaux sociaux, les médiateurs scientifiques ont déserté la place, aussi l&rsquo;espace donne-t-il libre cours à l&rsquo;interprétation sans contradiction, surtout quand on tombe dans le piège du story-telling présenté comme un documentaire. Les biais de confirmation et de sélection s&rsquo;invitant, le narratif qui en ressort est fort intéressant.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le mythe de la génération spontanée de médicaments par une IA </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Examinons donc le long <a href="https://x.com/lel_media/status/2020739420115107914">post</a> d&rsquo;interprétation de la vidéo de la biotech que nous avons identifié : pour résumer, on y annonce le « 1er médicament entièrement conçu par une IA ! », qui constitue une « bascule historique dans la médecine ». Le produit expérimental est appelé « médicament » et il soigne une maladie mortelle. Il n&rsquo;aurait fallu que 30 mois pour le voir administré à l&rsquo;homme, alors que « la procédure classique prend 10 à 15 ans », et en plus cela coûte très cher. On en conclut que « l&rsquo;IA peut créer des molécules validées cliniquement chez l&rsquo;humain »  vite et pour moins cher, et que le « médicament » pourrait être commercialisé « vers 2030 » soit dans trois à quatre ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On l&rsquo;a vu, il n&rsquo;y a pas de médicament tant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas reconnu comme tel sur la base d&rsquo;un très gros dossier scientifique. Il faut dire que la vidéo est trompeuse, et on l&rsquo;a dit. Mais ce que l&rsquo;on voit ici aussi, c&rsquo;est une incompréhension des phases de R&amp;D des médicaments , leurs enjeux, leur temporalité. Et enfin, l y a cette fameuse plateforme IA qui a interprétée ici comme une IA quasi-autonome qui, toute seule, comme un grande, aurait conçu un médicament. Or cette plateforme utilise le processus habituel de sélection de molécules candidates à l&rsquo;expérimentation reste basé comme il l&rsquo;a toujours été sur nos connaissances socles dans différents domaines scientifiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De la molécule au médicament : un siècle de continuité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La découverte de médicaments, appelée dans le jargon « <em>Drug discovery</em> » repose depuis plus d’un siècle sur un schéma scientifique assez standardisé, hors bien sûr découvertes fortuites. Elle combine chimie médicinale, relations structure‑activité, pharmacologie entre autres,  et criblage systématique.<br>Dès la première moitié du XXᵉ siècle, les chercheurs synthétisaient des composés chimiques et les testaient in vitro et in vivo chez l&rsquo;animal. En cas d&rsquo;effets positifs alors seulement, un essai clinique (administration à l&rsquo;homme) était mené. Cette approche rigoureuse et séquentielle reste le fondement du développement pharmaceutique, même à l’ère de l’IA.<br>Les campagnes médiatiques récentes, notamment lors de la pandémie de Covid‑19, ont amplifié la croyance selon laquelle les médicaments sont souvent des découvertes fortuites à partir de produits naturels ou des repositionnement de molécules existantes, laissant dans l&rsquo;ombre les techniques standardisées de <em>Drug Discovery</em>. L’hydroxychloroquine et l’ivermectine sont ainsi devenues des symboles médiatiques porteurs de de cette idée : présentées comme des solutions rapides en raison de propriétés découvertes par hasard ou par repositionnement, ces molécules ont été promues sans validation scientifique robuste, générant confusion et débats polarisés. Le post que nous avons pointé reproduit en quelque sorte la même dynamique : la génération spontanée de médicaments avant même l&rsquo;essentiel du développement, les phases cliniques longues réalisées avec succès, jusqu&rsquo;au bout. C&rsquo;est un peu comme si l&rsquo;IA était une génération high-tech du Professeur Raoult. <br>Cette méconnaissance historique et technique alimente les fantasmes sur la création des nouveaux médicaments. En réalité, le criblage ou « <em>screening</em>« , la sélection de molécules susceptibles d&rsquo;être testées s&rsquo;automatise de plus en plus au fil du temps. L&rsquo;IA est certes un accélérateur comme dans tous domaines, mais ici pas un changement de paradigme. La plateforme créée par la biotech est constituée de modules de base sur les domaines scientifiques socles précités, l&rsquo;IA générative favorisant leur interaction rapide et approfondie. <br>La plateforme permet de proposer et d&rsquo;optimiser des molécules, mais ne crée pas un médicament. Celui-ci nécessite encore et toujours un développement clinique classique impliquant chimistes, biologistes, statisticiens, méthodologistes, cliniciens, éthiciens, pour de très longues études chez beaucoup de patients. Et c&rsquo;est cela qui est long et cher&#8230; c&rsquo;est là que sont essentiellement les « 10 à 15 ans » évoqué par le post X de l&rsquo; internaute qui interprète la vidéo maison d&rsquo;Insilico Medicine.<br>La réalité est donc que le véritable apport de l’IA réside dans l’accélération de certaines étapes de génération de molécules dont on pense qu&rsquo;elles pourraient avoir un potentiel thérapeutique. C&rsquo;est ce que fait l&rsquo;IA dans de nombreux domaines aujourd&rsquo;hui : accélérer les processus.<br></p>



<h2 class="wp-block-heading">Rentosertib : une molécule candidate au devenir incertain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette molécule développée par la plateforme générative d’Insilico Medicine cible une fibrose pulmonaire prgressive. Elle appartient à la classe des inhibiteurs sélectifs de kinases, une classe pharmacologique bien connue avec des médicaments d&rsquo;ores et déjà commercialisés. La molécule a été validée sur des modèles cellulaires humains et animaux, montrant une inhibition de la transition FMT/EMT et une amélioration fonctionnelle des poumons chez des souris modèles de fibrose.<br>Les essais cliniques à ce stade incluent deux études de phase 1 visant à évaluer la sécurité et la tolérance, et une phase 2a évaluant l’efficacité préliminaire et la sécurité d&#8217;emploi. La phase 3, le gros morceau le plus long et le plus coûteux, décisif n’est pas lancé, ni même validé par les autorités sanitaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parlons des délais et jalons du développement clinique. Atteindre la phase 2 comme ici pour le rentosertib peut susciter des espoirs incertains, rien de plus. Seuls 20 % des candidats au titre de médicament à ce stade franchiront le cap par la suite&#8230;. cela donne une idée de la raison pour laquelle il ne faut jamais parler de médicament en phase précoce, d&rsquo;autant que pour le rentosertib, le signal d&rsquo;efficacité est limité (un paramètre clinique parmi d&rsquo;autres, sur une durée d&rsquo;étude relativement courte puisqu&rsquo;on qu&rsquo;on l&rsquo;évalue dans une maladie chronique et progressive).</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Les recettes de la mésinformation en santé ne changent pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les réseaux sociaux, espaces de liberté d&rsquo;expression mais aussi bulles cognitives d&rsquo;auto-validation et de polarisation, sont également désertés, en matière de sciences médico-pharmaceutiques, par les experts en la matière capables de faire la différence entre l&rsquo;information scientifique et le discours marketing. En l&rsquo;absence de vulgarisateurs et de médiateurs, le vide est rempli facilement par les discours sensationnalistes qui interprètent et amplifient des narratifs vendeurs, au grand détriment de l&rsquo;intégrité de l&rsquo;information scientifique. Dans notre étude de cas, nous avons vu comment une narration techno‑entousiaste méconnaissante d&rsquo;une matière scientifique complexe, transforme l’IA en agent quasi-autonome capable de sauver des vies, sans contextualiser le rôle fondamental des chercheurs humains, les fondements de la R&amp;D clinique, ni les risques et limites expérimentales. La progression de la molécule est construite comme une histoire héroïque et linéaire, où chaque étape est un succès spectaculaire. En science, fantasmes et mythes ont la vie facile, créant un terrain propice à la propagation de récits erronés ou trompeurs. Là aussi l&rsquo;IA pourrait en être un facilitateur, voire un catalyseur à divers titres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Andrea pour Science infused</em></p>



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		<title>Vaccin à ARNm contre le mélanome : une avancée médicale prometteuse, vite instrumentalisée sur les réseaux sociaux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fabienne Blum]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Jan 2026 11:32:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[cancérologie]]></category>
		<category><![CDATA[Désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
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		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences de l'information et de la communication]]></category>
		<category><![CDATA[Vaccins]]></category>
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					<description><![CDATA[Selon le communiqué de presse de ses promoteurs, les résultats actualisés à cinq ans de l’étude clinique KEYNOTE-942 confirment un]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading">Selon le communiqué de presse de ses promoteurs, les résultats actualisés à cinq ans de l’étude clinique KEYNOTE-942 confirment un bénéfice durable et prometteur en immunothérapie. Mais ils suscitent déjà une polarisation extrême sur les réseaux sociaux, où certains militants instrumentalisent ces données précoces pour se promouvoir</h3>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Principes et mécanismes scientifiques de l&rsquo;mmunothérapie personnalisée à base d&rsquo;ARN messager</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La technologie ARNm permet à l&rsquo;organisme de produire des protéines thérapeutiques sans introduire de virus ou de cellules cancéreuses. Dans le cas du mélanome, ce vaccin thérapeutique dont le principe actif est l&rsquo;intismeran autogene, nom de code RNA-4157/V940) est conçu sur mesure pour chaque patient. On commence par séquencer l’ADN de la tumeur réséquée pour identifier une vingtaine de mutations spécifiques, appelées néoantigènes, qui ne sont présents que dans les cellules cancéreuses. Ces néoantigènes sont ensuite encodés dans des molécules d’ARNm synthétique, elles-mêmes encapsulées dans des nanoparticules lipidiques pour une délivrance efficace du médicament dans l&rsquo;organisme du patient.</p><div id="citiz-454477269" class="citiz-contenu citiz-entity-placement"><script async src="//pagead2.googlesyndication.com/pagead/js/adsbygoogle.js?client=ca-pub-9064228701299411" crossorigin="anonymous"></script><ins class="adsbygoogle" style="display:block;" data-ad-client="ca-pub-9064228701299411" 
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<p class="wp-block-paragraph">Une fois injecté, l’ARNm est traduit par les cellules dendritiques du système immunitaire, qui présentent ces néoantigènes aux lymphocytes T. Cela déclenche une réponse immune ciblée : les lymphocytes T CD8+ deviennent cytotoxiques contre les cellules tumorales porteuses de ces marqueurs, tandis que des lymphocytes T mémoire se forment pour une protection à long terme. Associé au pembrolizumab (nom de marque : Keytruda), un médicament anticancéreux inhibiteur PD1 du point de contrôle qui empêche les tumeurs de freiner l’immunité, l’effet thérapeutique est amplifié. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Des études précliniques ont montré une activation robuste et spécifique, avec une mémoire immunitaire durable, évitant les toxicités systémiques des chimiothérapies classiques. L’intérêt scientifique est majeur : cette plateforme personnalisée pourrait s’adapter à d’autres cancers solides (poumon, côlon, pancréas), en passant d’une médecine standardisée à la précision génomique individualisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Résultats concrets de l’essai KEYNOTE-942 et perspectives futures</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude clinique KEYNOTE-942 de Moderna et Merck est un essai randomisé de phase 2b, c&rsquo;est-à-dire une phase précoce d&rsquo;administration du vaccin expérimental aux patients. iL inclut 157 patients atteints de mélanome de stade III/IV à haut risque après résection complète (chirurgie). Les participants reçoivent soit l&rsquo;association expérimentale  (vaccin + Keytruda, neuf doses sur un an) soit Keytruda seul à titre de médicament comparateur. Les données à cinq ans, annoncées le 20 janvier 2026 par les promoteurs (Moderna et Merck), montrent une réduction soutenue de 49 % du risque de récidive ou de décès (HR = 0,510 ; IC 95 % : 0,294–0,887 ; p nominal = 0,0075), cohérente avec les analyses à trois ans. Le bénéfice ne s’atténue pas, indiquant une immunité persistante. Le profil de sécurité est gérable : fatigue, douleurs locales et frissons dominent, avec des événements graves comparables entre groupes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce profil homogène ne disqualifie pas le travail produit, mais il en oriente fortement la perspective. Le rapport adopte une lecture du problème largement façonnée par les logiques propres aux réseaux sociaux : affrontements discursifs, personnalisation des controverses, construction de camps antagonistes, polarisation et escalade quel que soit le camp. D’autres approches, pourtant essentielles pour comprendre la défiance telles que sociologie des institutions, relation de soin, médiation de terrain, sciences de l’éducation et de la communication restent marginales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces résultats, révélés au grand public par le <a href="https://www.washingtonpost.com/health/2026/01/20/cancer-drug-mrna-melanoma/">Washington Post</a> , concernent un traitement adjuvant post-chirurgical, et non un traitement du mélanomes métastatique inopérable. Pour confirmer et déterminersi le vaccin expérimental est efficace est sûr, un essai de phase 3 (INTerpath-001), plus large tentera de confirmer les résultats de la phase précoce chez des milliers de patients, avec résultats attendus en 2026. Si ces résultats sont positifs, ils pourraient ouvrir la voie à une autorisation de mise sur le marché qui alors, marquant un tournant en oncologie personnalisée.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><br>L’instrumentalisation rapide de la science sur les réseaux sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur X (ex-Twitter), l’article de vulgarisation a été immédiatement diffusé par des militants autodéclarés « pro-science », déclenchant un clivage immédiat habituel. Le clan en question a relancé des fils éducatifs anciens pour célébrer ces résultats comme une validation définitive de la technologie, opposant explicitement leur camp victorieux aux dangereux clan « antivax ». Les données cliniques préliminaires fournies par les laboratoires pharmaceutiques ont été transformés argument idéologique opposable à  toute critique. À l’opposé, des voix sceptiques dénoncent une « campagne de presse sous influence des firmes », minimisent également les résultats comme étant non significatifs (en invoquant une p-value bilatérale supposée >0,05 ou un essai sous-puissant) ou les relient à des théories non étayées comme les « turbo-cancers ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Contradictions et instrumentalisation politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette binarité révèle des incohérences flagrantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les militants autoproclamés « pro-science » exigeaient pendant la pandémie des publications scientifiques revues par les pairs et dénonçaient toute extrapolation hâtive. Aujourd&rsquo;hui, ils s’appuient sur un simple communiqué de presse des laboratoires promoteurs pour clamer une  » victoire » contre les « anti-vax ». <br>Pourtant, toute diffusion d&rsquo;un communiqué de presse était il y a peu qualifiée d&rsquo;anti-science, à coup du slogan-hashtag « Show me the data » signifiant l&rsquo;absence de toute valeur d&rsquo;une communication émanant directement des laboratoires sans publication scientifique. On voit ainsi que ce saint principe est à géométrie variable en fonction du contenu des annonces &#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le camp d&rsquo;en face, lui, recycle des arguments non fondés pour discréditer l’ensemble de la technologie ARNm. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette instrumentalisation politique, ici la transformation de données précoces de phase 2b sans données publiées en arme idéologique, pose un problème éthique sérieux : elle érode la confiance publique en la science, particulièrement fragilisée depuis le Covid-19. </p>



<p class="wp-block-paragraph">À un moment où la prudence est essentielle (données non encore publiées en revue à comité de lecture, phase 3 en attente, accès limité par le coût de la personnalisation), surestimer ou dénigrer prématurément risque de polariser davantage et de freiner une adoption raisonnée. C&rsquo;est l&rsquo;une des leçons de la crise sanitaire.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Prioriser la rigueur et l&rsquo;esprit critique face aux camps de tous bords instrumentalisant la science </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le médicament expérimental intismeran autogene incarne un espoir concret et scientifiquement solide : une réduction durable du risque de récidive grâce à une immunothérapie ciblée et personnalisée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces progrès méritent enthousiasme mesuré et vulgarisation honnête, sans instrumentalisation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont finalement les promoteurs eux-mêmes qui appellent comme il se doit à la prudence, comme l&rsquo;indique leur <a href="https://www.merck.com/news/moderna-merck-announce-5-year-data-for-intismeran-autogene-in-combination-with-keytruda-pembrolizumab-demonstrated-sustained-improvement-in-the-primary-endpoint-of-recurrence-free-survival-i">communiqué de presse</a> :   les résultats sont « soutenus » selon leurs dires,  mais tout à fait préliminaires, non extrapolables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vigilance s&rsquo;impose: la science avance par accumulation de preuves solides, et le parcours est parfaitement borné et long pour le développement clinique des médicaments, sous Le signe du labeur, de la rigueur et de l&rsquo;expertise. Les invectives peu rigoureuses et non cohérentes de camps binaires politisés drapés de science non maîtrisée ne servent assurément ni son image ni sa compréhension par le grand public. Une leçon malheureusement non tirée de l&rsquo;expérience Covid-19. On ne s&rsquo;en étonnera pas, les mêmes surfeurs de vague foubis des mêmes armes restent à l&rsquo;œuvre sur les réseaux sociaux.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><br><em>Illustration d&rsquo;en-tête : Thirdman</em></p>



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