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Dissolution de l’Assemblée nationale par Macron : des alliances politiques dans l’urgence pour les élections législatives

Les résultats de l’élection européenne en France sont un coup de massue, le Front national récoltant près d’un tiers des suffrages. Le président de la République en a tiré les conséquences et fait un choix drastique. Les partis politiques sont en branle-bas de combat pour les scrutins des 30 juin et 7 juillet

Jordan Bardella, Rassemblement National, a récolté près d’un tiers des suffrages, soit plus de 2 fois plus que Véronique Hayer preprésentant le partie macroniste Renaissance , talonné par Raphaël Glucksmann représentant de gauche avec le parti Place publique. Si l’on tient compte des votes pour Marion Maréchal (Reconquête) et le partie de Florian Philippot, on aboutit pour l’extrême droite à 40 % des suffrages. Un score historique

Au niveau de européen, ce n’est pas une déflagration comme en France. La répartition des sièges des eurodéputés ne va pas évoluer de façon significative, on note surtout l’affaiblissement des écologistes. Il est à noter qu’en Italie Giorgia Meloni, permet à l’instar de la France de voir l’extrême droite sortir vainqueur des élections au niveau national avec près de 29 % des voix. Mais, Première ministre, elle est déjà la cheffe du gouvernement italien. C’est donc ici une confirmation, plutôt qu’une déflagration comme chez nous. En Allemagne, on sera frappé par la ligne Nord-Sud qui démarque les votes à l’extrême droite à l’Est du pays, la démarcation rappelant l’ancienne frontière entre feu RFA/RDA.

Peuple souverain

Emmanuel Macron a tiré les conséquences des résultats du scrutin du 9 juin sans équivoque, en annonçant dès hier soir la dissolution de l’Assemblée nationale. Cela a entraîné de vives réactions. Certains y voient une trahison ou un coup de sang, d’autres une stratégie, certains encore un coup de sang ou une pure provocation. Quatre électeurs sur 10 ont voté pour l’extrême droite, un électeur sur trois pour le RN qui gagne dans 93 % des communes. Paris et sa couronne font figure d’ilot bien isolé.

« Front populaire » : le retour de la Nupes ?

Dans un communiqué publié hier, 10 juin, au lendemain même des élections européennes, les principaux partis de gauche se sont alliés et publié un communiqué intitulé  » Quelques jours pour faire front populaire ». Il rassemble les Écologistes, le Parti communiste, le Parti socialiste, Place publique, Génération.s, GRS, et La France insoumise. Cette union promet de ne proposer un candidat unique dans chaque circonscription pour contrer le RN et Renaissance (parti présidentiel).

Les réactions sont fortes, les intéressés étant satisfaits de voir une union aussi large seul moyen de contrer le RN, d’autres, très nombreux, considérant l’union avec LFI, comme au tant de la Nupes, mais avec la différence de sorties très controversées de Jean-Luc Mélenchon depuis lors, avec des propos ou revendications qui ont pu être jugés antisémites ou antirépublicains.

Pourtant ce communiqué revendique un « nouveau front populaire » rassemblant « toutes les forces de gauche humanistes, syndicales, associatives et citoyennes » […] « pour construire une alternative à Emmanuel Macron et combattre le projet raciste de l’extrême droite ».

Réactions d’indignation

Bernard Cazeneuve, homme d’État socialiste, ancien Premier ministre de François Hollande, a déclaré le 11 juin au matin sur le réseau social « X » (anciennement Twitter) : « L’extrême-droite menace gravement l’unité et la concorde nationale. Il faut pour l’affronter de la clarté sur les valeurs et de la sincérité dans les convictions. Le rassemblement de la gauche de gouvernement ne peut pas se faire avec LFI. Sauf à tout trahir de l’héritage de Blum« .

Dans la même veine, l’avocate Najwa El Haïté, très engagée pour la défense des valeurs laïques et républicaines et qui a un parcours politique socialiste, donnait sa sentence quelques heures plus tard sur le même réseau : « Le Parti socialiste a définitivement perdu son âme ! L’alliance avec LFI est une vraie traîtrise. Léon Blum, Jean Jaurès doivent se retourner dans leur tombe ! Non à l’antisémitisme, non au discours antirépublicain », se fendant en conclusion de la création d’un hashtag : #Nonaufrontpopulaire

Valérie Pécresse, jamais avare d’une ‘punchline’ percutante a écrit sur X : « Des électeurs de Glucksmann vont se réveiller avec la gueule de bois : les socialistes ont vendu leur âme pour un plat de lentilles aux insoumis. Ni leurs dérapages antisémites, ni leur violence ou leur clientélisme communautariste ne les auront dissuadés. La gauche s’est perdue. »

Tractations à droite

À l’heure ou nous écrivons cet article, aucun accord n’a été officialisé, même si on sait qu’il y a des discussions et des des perches tendues. Tout d’abord, il pourrait y avoir un rassemblement à l’extrême droite entre le RN et Reconquête. Mais l’enjeu est peut-être plus, en miroir de ce qui se passe à gauche, de rassembler une droite large incluant l’aile extrême. Jordan Bardella a d’ores et déjà tendu la main aux Républicains pour les élections législatives. Il pourrait y avoir écho, car on vient d’apprendre que selon Le Figaro, Éric Ciotti, patron des Républicains, envisagerait cet accord avec le RN.

Valérie Pécresse a réagi à cette information moins d’une heure après sa publication, à midi : « Fidèle à une droite gaulliste et républicaine, ayant affronté en première ligne Emmanuel Macron, je n’accepterai jamais aucune compromission avec les extrêmes, dont j’ai la conviction qu’ils amèneront la France à la faillite et au chaos. »

Tout devrait désormais aller très vite, calendrier des élections législatives oblige. La banalisation des extrêmes, de droite et de gauche, semble recevoir une forte impulsion avec la concrétisation d’alliances, déjà actée pour la gauche, ce qui semblait le franchissement d’un rubicon impensable il n’y a pas si longtemps.

Toujours est-il que si Macron et son parti son battus aux législatives, il pourra désormais difficilement choisir un premier ministre dans ses rangs et envisager une cohabitation. L’alternative : la démission qui n’est plus aujourd’hui une solution inimaginable.

Image d’en-tête : Dessin de presse Milleray pour Science infuse

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