Crise sanitaire : le coup de gueule de Réanimumab

Réanimumab @reanimumab “Médecine et gauchisme, dans le désordre” – Texte paru sur Twitter le 25/03/2021

J’aime pas trop me plaindre mais là je pète un câble je suis épuisé et je suis en colère.
Aujourd’hui j’ai un patient qui est mort du covid, 60 ans, en pleine forme. C’est le troisième cette semaine. J’ai annoncé à une fille de 12 ans qu’on allait mettre son papa sous assistance respiratoire. Et j’ai intubé un autre monsieur encore dans un état gravissime.

C’est mon boulot. C’est dur, psychiquement. C’est atroce d’annoncer à des gens que leur mari, leur papa, leur frère, est mort. Je ne m’y ferai jamais.
Mais c’est mon taff.

Mais ce qui me met dans une rage folle, c’est que ces morts étaient évitables.

Ça fait des semaines que le conseil scientifique dit qu’il faut confiner. Que les autres pays le font. Que les soignants préviennent.
Et que plein de gens “lambda” demandent le confinement en se disant bien qu’il vaut mieux 2 mois stricts que 6 mois de demi-mesures avec un confinement quand même à la fin.
Mais non. Notre président a lu tellement d’étude qu’il pourrait présenter l’agrégation d’épidémiologie. Et « ça serait un formidable coup politique si on réussissait sans confiner »
Ça fait 3 mois qu’on voit Castex et Véran venir tortiller du cul à la télé tous les jeudis pour dire que « la situation est grave et nous allons peut-être prendre des mesures plus strictes » puis que « nous allons demander aux préfets de discuter avec les maires pour décider de peut-être prendre des mesures un peu plus stricte » puis que « nous allons confiner l’île de France mais en gardant les églises les opticiens les coiffeurs et les disquaires ouverts ».

Putain mais 300 morts par jour quoi.

Et puis on change chaque semaine les critères pour dire que ça va pas. « Tant que les réas sont pas pleines ça va » et puis « elles sont pleine mais on peut évacuer par tgv mais ça va ».
Mais depuis quand être admis en réa c’est acceptable ?? C’est un malade sur trois qui meurt, et pour les autres des semaines d’hospitalisation et des séquelles prolongées.

Oui mais les français sont épuisés qu’il dit. Il est trop tôt qu’il dit.

Alors qu’on est épuisés par 6 de couvre-feu et qu’on sait tous très bien que plus on attend plus il faudra être sévère et plus mal on sera encore.
Et que le bien être psychologique des français ils en ont rien à foutre, ça laisse crever de faim les étudiants balek.
Et je parle même pas de la gestion affligeante et calamiteuse de la vaccination.
Et ça vient visiter les gens à l’hôpital et ça met des tapes sur le dos et ça fait des journées pour les soignants le 17 mars.
Mais franchement qu’ils aillent bouffer le sol.
Ils sont coupables. Coupables de tous les morts du covid qu’on aurait pu éviter, de tous ceux qui ne mourront pas mais qui auront des séquelles, de tous ceux qui vont mourir parce que on ne va pas pouvoir les soigner parce que les lits sur lesquels je suis sensé les prendre sont occupés par des patients qui ont le covid. Ils sont coupables parce qu’ils choisissent sciemment de ne pas prendre les mesures qui s’imposent.
Parce que par IDÉOLOGIE et CALCUL POLITIQUE ils acceptent que des gens crèvent. Parce que pour que les gens travaillent et dépensent et consomment on ne va surtout pas forcer les entreprises à faire du télétravail et on ne va surtout pas fermer les écoles ça bloquerait les parents.
Et on va leur dire que se contaminer c’est un « risque à prendre » parce que l’école « ça permet aux enfants défavorisés de manger à leur faim » comme si ils en avaient quelque chose à foutre alors qu’ils s’en battent les c* des pauvres et de l’école d’habitude.

Et ça OSE venir dire à la télé que notre stratégie est la bonne, qu’on fait mieux que nos voisins.

Ma rage contre eux est incommensurable. J’espère qu’ils répondront de leur inaction criminelle devant la justice.

Le fond de ma pensée envers ces ordures je peux pas le dire ça irait contre les règles de bienséance de ce réseau.

Ce soir Henria n’est plus

Ce soir Henria n’est plus. Son mari vient de me prévenir par Sms.
Je suis triste. Je viens de perdre cette patiente qui m’était chère, une grande dame comme il ns arrive d’en rencontrer dans notre carrière de médecin. Nous nous sommes rencontrées en 2019, un vendredi soir aux urgences.

Elle venait pour la Nieme fois avec un tableau de constipation. Mais cette fois ça ne passait pas. Le scanner montrait une sténose du sigmoïde avec une occlusion colique d’amont. Il y avait aussi quelques lésions de carcinose. Henria avait eu 1 cancer du col traité 7 ans plus tôt.

En entrant dans sa chambre j’ai vu une femme de 51 ans très élégante. Je lui ai expliqué que quelque chose bloquait, que ça pouvait être plein de choses et qu’il fallait faire une poche.
Quand je l’ai opérée j’ai découvert une maladie généralisée. Je l’ai vite adressée à l’onco pour radio chimio.

On s’est revues pendant son traitement pour un prolapsus de sa stomie que j’ai fini par opérer.
En février 2020, elle est revenue pour de violentes douleurs en rapport avec une rechute.L’onco a voulu reprendre la chimio mais souci uro associé (uretères envahis), ça a traîné…

À chaque fois je faisais le lien avec l’onco. Un jour de mai, elle a beaucoup vomi ; je leur ai dit de venir aux urgences. Le scanner n’était pas bon. L’occlusion touchait l’intestin grêle avec un estomac très gros. Je leur ai annoncé à elle et à son mari qu’elle était condamnée.
Mais qu’on ferait tout pour la faire vivre le plus longtemps et le mieux possible. Les gastro et les radio interventionnels ne voulaient pas faire de gastrostomie avec la stomie déja en place. J’ai donc demandé à une autre équipe qui a accepté. Cela lui a permis de boire et d’évacuer le trop plein.
Elle n’était plus alimentée que par des perfusions. Elle a repris une1 chimio mais les plaquettes chutaient et elle a enchaîné les infections (urinaires, PAC)… on a décidé de lui foutre la paix.
Un week-end d’octobre, son mari m’a alertée par Sms pour de violentes douleurs.
Idem les urgences et là : occlusion de grêle à anse fermée (urgence chir). De 65 kg elle ne faisait plus que 30 kg. J’ai été franche. “Si je ne l’opère pas, elle meurt, si je l’opère, je ne sais pas trop ce que je vais trouver ni pouvoir faire. Elle était prête à y retourner…
J’ai donc opéré, tombant sur une énorme magma tumoral et par chance un morceau de l’anse que j ai réussi à mettre en stomie. La 3e sur ce petit abdomen de 30 kg.
Je l’ai recroisée un midi de novembre dans un resto. Elle buvait un jus de fruits frais. Je la croyais déja partie.

Non Henria a enchaîné les jours avec un courage et une dignité sans pareil. Je suis allée la voir en sortant de mon concours de PH. Elle était en soins pal, souriante comme toujours et pourtant si affaiblie. Je savais au fond de moi que c’était la dernière fois que je la voyais.

Depuis la Covid, j’ai fait je ne sais pas combien de certificats pour sa sœur qui vit en Belgique. J’espère qu’elle était à coté d’elle ce soir. Son mari a été exemplaire très présent, très aimant. Je déconnais souvent avec elle, parlais de tout et de rien, tout en regardant les stomies…

On fait certes un métier de technicien… mais on partage des moments extrêmes avec nos patients aussi bien quand ils sont éveillés que quand on a les mains dans leur ventre. Ils n’en ont pas conscience. Cela vaut il mieux parfois…

Un témoignage de Adeline Vitry @adeline_vitry chirurgienne viscérale – membre de Citizen4Science