Sondage ATU bamlanivimab auprès des membres de C4S

Suite à la publication d’une Autorisation temporaire d’utilisation d’un anticorps monoclonal, le bamlanivimab, Citizen4Science a vivement réagi en publiant un communiqué dès le 28 février, suivi par la Société française de pharmacologie et de thérapeutique le lendemain, puis par la SPILF.

Nous nous insurgions contre l’autorisation d’un produit non éprouvé assorti de risques dépassant le cadre de al simple évaluation du rapport bénéfice/risque du médicament expérimental (risque d’hospitalisation, risque de sélection de variants, d’engorgement des hôpitaux en lien à une faisabilité faible, d’alimentation des théories complotistes,…).

Citizen4Science a été la première a réagir par voie de communiqué ainsi qu’à demander l’annulation pure et simple de cette ATU, pointant les autorités sanitaires et le laboratoire concerné par la soumission d’un dossier insuffisant.

Cette affaire a été largement médiatisée, et nous avons voulu savoir la perception des membres au moyen d’un sondage.

En voici les résultats.

L’échantillon représente un peu plus de 15 % de la communauté C4S avec 130 répondants.

Le communiqué est paru le 28 février et le sondage a été fait pendant la période des vacances scolaires.
On voit néanmoins que presque tout le monde était au courant de la polémique ATU bamlanivimab.

 

 

Sur le fond la grande majorité des répondants, soit près de 71 %, adoptent l’avis formulé par C4S dans son communiqué, à savoir que l’ATU n’est pas justifiée.

On notera cependant que plus d’un quart des répondants ne savent pas répondre à cette question.

Pour analyser cela, voyons déjà si les répondants ont lu le communiqué de C4S qui justifie notre position :

On s’aperçoit que les proportions coïncident avec 73 % de répondants qui ont lu le communiqué.

On ne tombera surtout pas dans le piège d’en conclure que ceux qui n’ont pas lu le communiqué n’ont pas d’avis sur le sujet, car techniquement nous ne pouvons pas le savoir.

Nous sommes cela dit rassurés de savoir que l’écrasante majorité des répondants ne sont pas  partagent la position du communiqué de l’association.

Nous avions posé une question supplémentaire à réponse libre : “En cas de réponse “Non ou Partiellement” (sur l’accord ou non avec le communiqué), sur quoi n’êtes-vous pas d’accord ?

On trouve principalement les réponses suivantes :

– Communiqué non lu (conduisant à réponse “partiellement”)
– C’est aux médecins des patients potentiels de décider (là, il va falloir que le membre concerné se manifeste pour qu’on lui explique !)
– Le communiqué est trop technique pour bien comprendre (plusieurs fois).

Cette dernière réponse nous interpelle. Le sujet du communiqué est très technique car il est multi-disciplinaire : pharmacologie, réglementaire, sanitaire, le sujet est complexe et relève ainsi d’expertises multiples.
Finalement, il est normal pour un citoyen de ne pas avoir d’avis sur des sujets hautement techniques. Pour des Citizens (membres de C4S), on peut imaginer qu’ils sont plus avertis sur le sujet. Il aurait été intéressant de faire un sondage comparatif dans la population générale.

Autre point : un communiqué est à destination de tout public mais n’est pas  pour autant un document de vulgarisation.

Aussi, nous avons tenté de représenter graphiquement nos messages principaux du communiqué, qui s’articulent autour de risques multiples que représente cette ATU, en espérant que certains y trouveront un intérêt :

 

 

 

 

 

ATU bamlanivimab : l’analyse de faisabilité

par Clarisse Audigier-Valette, médecin pneumo-cancérologue et responsable Unité Covid, CH Toulon La Seyne

LE SAVIEZ-VOUS ? 1

Nous avons reçu un DGS urgent du Ministère de la santé nous informant de la disponibilité d’un anticorps monoclonal, le BAMLANIVIMAB dans le cadre d’une ATU (ANSM).

Indication à ce jour au 25/2/2021 :
– Covid19 chez les adultes NON hospitalisés
– symptomatiques depuis MOINS DE 5 JOURS


Et pour être plus précis, le bamlanivimab c’est
– pour les patients de plus de 80 ans
Ou
– quel que soit l’âge du patient, mais avec un déficit de l’immunité lié à une pathologie ou à des traitements

Mais pas pour l’instant pour les 70 – 80 ans avec une pathologie chronique

Oui, quel que soit l’âge du patient mais avec un déficit de l’immunité lié à une pathologie ou à des traitements

Mais INTERDIT pour l’instant pour les 70 – 80 ans avec une pathologie chronique

DONC :
– Au-delà de 5 jours après le début des symptômes : exclus
– Variants sud-africain ou Brésilien exclus ( donc RT PCR de criblage obligatoire…en moins de 5 jours°
– Patients nécessitant une hospitalisation exclus

Règles de prescription :

  • Médecin hospitalier
  • Administration intraveineuse en hôpital de jour en environnement hospitalier ( de patients sans indication d’hospitalisation)
  • Sur base d’une ATU de cohorte à saisir sur le site de l’ANSM

    Stock d’état : 60 centres !

Dans un 1° temps 60 centres en France seront livrés puis les suivants dans la deuxième 15° de mars (1 par département ) disposant d’un service d’urgence,d’une prise en charge de patients greffés, d’un HDJ d’oncologie ou d’un service de dialyse.

Et comme il faut organiser tout ça en moins de 5 J pour débuter impérativement le traitement avant le 5e jour du début des symptômes
Que doit faire le patient ?
APPELER.LE.CENTRE 15 OU LE SAMU
POUR ORGANISER EN URGENCE :
LA PEC D’UN PATIENT QUI N’A PAS BESOIN DU SAMU…

ET (car ce n’est pas fini …)
Faire admettre dans un service d’oncologie de jour ou de dialyse ou de greffes …un patient COVID contagieux puisqu’à moins de 5 jours du début des symptômes de surcroît non suivi dans cet établissement ou service.

Mais à un moment donné comment des médecins du Ministère de la santé/Olivier Véran ont pu imaginer cette organisation ?
Oui, comment ?
JE DEMANDE QUI DÉCIDE LA HAUT ? Y a t il des gens de terrain ? Des gens qui voient des patients ou qui en ont déjà vu un jour ?

Nos services d’oncologie de greffe de dialyse sont COVID FREE et sécurisés pour PROTÉGER nos patients non covid cancéreux greffés dialysés …
Et on veut y faire rentrer des patients COVID+ à moins de 5 jours des symptômes !

Et on demande à ces patients potentiellement éligibles au BAMLANIVIMAB de surcharger la ligne d’appel du centre 15 et du Samu alors qu’ils n’ont pas d’indication d’hospitalisation.

Franchement s’il ne s’agissait pas de la santé et de notre engagement sanitaire, ce serait risible car à ce niveau là c’est de l’ART mais c’est tout simplement triste.
D’autant plus si on s’intéresse au potentiel d’efficacité de cette molécule et du résultat de la phase 2.

Le saviez-vous ?
L’utilisation de #bamlanivimab peut favoriser la sélection des mutations de novo de résistance (cf PUT)

Faut-il prendre le risque de l’apparition de nouveaux variants avec une molécule dont l’efficacité n’est pas démontrée ?

LE SAVIEZ-VOUS ? 2

En début d’après midi 27/02/2021, la DGS a émis un ERRATUM concernant l’utilisation de cette molécule en raison justement du risque d’émergence de mutation de résistance induite par le bamlanivimab.
L’utilisation de bamlanivimab peut favoriser la sélection des mutations de novo de résistance (cf PUT).




Faut-il prendre le risque de l’apparition de nouveaux variants avec une molécule dont l’efficacité n’est pas démontrée ?

Le saviez-vous ? 3

Depuis l’affaire Mediator, les commissions d’évaluation de l’ANSM sont réalisées par des experts indépendants avec déclaration des liens d’intérêt obligatoire.
Donc je reviens sur la question déjà posée : Où est le compte-rendu de la commission d’évaluation ?


Cet article constitue un recueil de publications Twitter par le Dr Clarisse Audigier-Valette et non un article original.

Bamlanivimab d’Eli Lilly : l’évaluation du pharmacologue

par le Pr Mathieu Molimard, Pr de Pharmacologie, Pst du CCM Pellegrin, Chef de service de Pharmacologie Medicale CHU Bordeaux, membre fondateur Citizen4Science

Le bamlanivimab est un anticorps monoclonal anti-COVID
– Quel niveau de preuve ?
– Quels bénéfices démontrés ?
– Quels risques ?

Le Bamlanivimab est un anticorps monoclonal neutralisant de type IgG1 qui se fixe sur la protéine Spike dans la région qui permet la liaison de cette protéine de SARS-CoV-2 au récepteur ACE2 des cellules humaines

Une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) a été octroyée par l’ANSM (Agence nationale de sécurité des médicaments) pour le bamlanivimab 700mg en monothérapie :

https://www.ansm.sante.fr/Activites/Autorisations-temporaires-d-utilisation-ATU/ATU-de-cohorte-en-cours/Liste-des-ATU-de-cohorte-en-cours/BAMLANIVIMAB-700-mg-20-mL-35mg-mL-solution-a-diluer-pour-perfusion

On pourrait se dire que c’est bien.

L’ensemble des études disponibles sont décrites sur le site de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique :

https://sfpt-fr.org/covid19-foire-aux-questions/1435-174-quelle-est-l%E2%80%99efficacit%C3%A9-des-immunoglobulines-iv-th%C3%A9rapeutiques-contre-la-covid-19

À ce jour seule la phase 2 est publiée et disponible.

Population jeune : 11 patients de plus de 65 ans dans le bras 700 mg objet de l’ATU

Combien de patients de plus de 80 ans sont-ils cibles de l’ATU ?

Le critère principal diminution de la charge virale à J11 : non significatif pour la monothérapie quelle que soit la dose 700, 2 800 ou 7 000 mg

Pas d’effet antiviral du bamlanivimab 700 mg en monothérapie qui a obtenu l’ATU et va être rendu disponible

On a beau chercher dans tous les sens : pas d’effet antiviral quel que soit le jour de l’évaluation et la dose

Peut-être un effet de l’association bBamlanivimab 2 800mg + étésevimab 2 800 mg …

S’il y a un un espoir, c’est du coté des cocktails et non pas des monothérapies.

On insiste pour trouver une effet sur la clairance virale de la monothérapie en analyse de Cox …rien non plus

Il faut se résoudre à l’évidence : il n’y a pas l’effet antiviral espéré et attendu.

Un traitement par anticorps monoclonal antiviral sans activité sur la décroissance virale pourrait-il avoir un effet si utilisé tôt ?

Cela me rappelle confusément quelque chose …

En multipliant les analyses secondaires comme des petits pains on finit par trouver 7 valeurs inférieures à 0,05 sur 52 tests statistiques,
sans aucune logique et sans effet dose … inflation du risque alpha …

Les statisticiens sont en PLS :

Pas d’effet sur la résolution des symptômes :

On a entendu qu’on réduisait les hospitalisations de 70 %.

On aimerait y croire.

On espère que ça sera vrai avec la bithérapie, mais pour la monothérapie, il faudra revenir :

En résumé :

Rien de chez rien

Aucun effet antiviral du bamlanivimab quelle que soit la dose et encore moins à 700 mg

Aucun effet symptomatique

Pas de démonstration d’un bénéfice en monothérapie

De l’espoir peut-être pour les associations d’anticorps.

Reste des questions en suspens :

Pourquoi avoir donné une ATU sur cette base, ANSM ?

Pourquoi surcharger les hôpitaux pour une logistique complexe de ce traitement ?