Six conseils pour vous aider à détecter de fausses news scientifiques

Par Marc Zimmer, Professeur de chimie, Connectictut College

Je suis professeur de chimie, je suis titulaire d’n doctorat et je mène mes propres recherches scientifiques. Pourtant, lorsque je consomme des médias, je dois souvent me demander : ” Est-ce de la science ou de la fiction ?

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles une histoire scientifique peut ne pas être solide. Les charlatans profitent de la complexité de la science, certains fournisseurs de contenu ne savent pas distinguer la mauvaise science de la bonne et certains politiciens colportent de la fausse science pour soutenir leurs positions.

Si la science semble trop belle pour être vraie ou trop farfelue pour être réelle, ou si elle soutient de manière très commode une cause controversée, il est préférable de vérifier sa véracité.

Voici six conseils pour vous aider à détecter la fausse science.


Conseil 1 : Recherchez le sceau d’approbation de l’examen par les pairs

Les scientifiques s’appuient sur des articles de journaux pour partager leurs résultats scientifiques. Ils permettent au monde entier de savoir quelles recherches ont été effectuées et comment.

Lorsque les chercheurs sont sûrs de leurs résultats, ils rédigent un manuscrit et l’envoient à une revue. Les rédacteurs en chef transmettent les manuscrits soumis à au moins deux examinateurs externes spécialisés sur le sujet. Ces examinateurs peuvent suggérer que le manuscrit soit rejeté, publié tel quel ou renvoyé aux scientifiques pour de nouvelles expériences. Ce processus est appelé ” évaluation par les pairs “.

Les recherches publiées dans des revues à comité de lecture ont fait l’objet d’un contrôle de qualité rigoureux par des experts. Chaque année, quelque
2 800 revues à comité de lecture publient environ 1,8 million d’articles scientifiques. Le corpus de connaissances scientifiques est en constante évolution et mis à jour, mais vous pouvez être sûr que la science décrite par ces revues est solide. Les politiques de rétractation permettent de corriger le dossier si des erreurs sont découvertes après la publication.

“Revu par les pairs” (peer-reviewed) signifie que d’autres experts scientifiques ont vérifié l’étude à la recherche de tout problème avant publication

L’examen par les pairs prend des mois. Pour accélérer la diffusion, les scientifiques publient parfois leurs articles de recherche sur ce que l’on appelle un serveur de preprint. Ces serveurs portent souvent le nom de “RXiv” (prononcé “archive”) : MedRXiv, BioRXiv, etc. Ces articles n’ont pas été examinés par des pairs et ne sont donc pas validés par d’autres scientifiques. Les prépublications permettent à d’autres scientifiques d’évaluer et d’utiliser plus rapidement les recherches comme éléments de base de leurs propres travaux.

Depuis combien de temps ce travail se trouve-t-il sur le serveur de preprint ? Si cela fait des mois et qu’il n’a pas encore été publié dans la littérature évaluée par les pairs, soyez très sceptique. Les scientifiques qui ont soumis le preprint appartiennent-ils à une institution réputée ? Au cours de la crise de la COVID-19, alors que les chercheurs s’efforcent de comprendre un nouveau virus dangereux et s’empressent de mettre au point des traitements susceptibles de sauver des vies, les serveurs de preprint ont été jonchés de données scientifiques immatures et non prouvées. Des normes de recherche rigoureuses ont été sacrifiées au profit de la rapidité.

Un dernier avertissement : Soyez attentifs aux recherches publiées dans ce que l’on appelle des revues prédatrices. Elles n’évaluent pas les manuscrits par des pairs et font payer les auteurs pour les publier. Les articles publiés dans l’une des milliers de revues prédatrices connues doivent être traités avec beaucoup de scepticisme.


Conseil n° 2 : cherchez vos propres angles morts

Méfiez-vous des biais de votre propre pensée qui pourraient vous prédisposer à tomber dans le panneau d’une fausse nouvelle scientifique.

Les gens accordent à leurs propres souvenirs et expériences plus de crédit qu’ils ne le méritent, ce qui rend difficile l’acceptation de nouvelles idées et théories. Les psychologues appellent cette bizarrerie le biais de disponibilité. Il s’agit d’un raccourci intégré utile lorsque vous devez prendre des décisions rapides et que vous n’avez pas le temps de faire une analyse critique d’un grand nombre de données, mais il nuit à vos capacités de vérification des faits.

Dans la lutte pour attirer l’attention, les déclarations sensationnelles l’emportent sur des faits peu excitants, mais plus probables. La tendance à surestimer la probabilité d’événements frappants s’appelle le biais de saillance. Il conduit les gens à croire, à tort, des résultats trop médiatisés et à faire confiance à des politiciens confiants plutôt qu’à des scientifiques prudents.

Un biais de confirmation peut également être à l’œuvre. Les gens ont tendance à accorder du crédit aux nouvelles qui correspondent à leurs croyances existantes. Cette tendance aide les négationnistes du changement climatique et les partisans de l’anti-vaccin à croire en leur cause malgré le consensus scientifique qui s’y oppose.

Les pourvoyeurs de fake news connaissent les faiblesses de l’esprit humain et tentent de tirer parti de ces biais naturels. Une formation peut vous aider à reconnaître et à surmonter vos propres biais cognitifs.


Conseil n° 3 : corrélation n’est pas causalité

Ce n’est pas parce que vous pouvez voir une relation entre deux choses que l’une cause l’autre.

Même si les enquêtes révèlent que les personnes qui vivent plus longtemps boivent plus de vin rouge, cela ne signifie pas qu’une consommation quotidienne prolongera votre espérance de vie. Il se peut simplement que les buveurs de vin rouge soient plus riches et bénéficient de meilleurs soins de santé, par exemple. Surveillez cette erreur dans l’actualité sur la nutrition.

Ce qui fonctionne bien chez les rongeurs peut ne pas fonctionner du tout chez vous

Conseil 4 : Qui étaient les sujets de l’étude ?

Si une étude impliquait des sujets humains, vérifiez si elle était contrôlée par placebo. Cela signifie que certains participants sont désignés au hasard pour recevoir le traitement – comme un nouveau vaccin – et que d’autres reçoivent une version factice qu’ils peuvent croient réelle, le placebo. De cette façon, les chercheurs peuvent déterminer si l’effet observé est dû au médicament testé.

Les meilleurs essais sont également menés en double aveugle : Pour éliminer tout parti pris ou idée préconçue, ni les chercheurs ni les volontaires ne savent qui reçoit le médicament actif ou le placebo.

La taille de l’essai est également importante. Lorsqu’un plus grand nombre de patients sont recrutés, les chercheurs peuvent identifier plus rapidement les problèmes de sécurité et les effets bénéfiques, et les différences entre les sous-groupes sont plus évidentes. Les essais cliniques peuvent porter sur des milliers de sujets, mais certaines études scientifiques impliquant des personnes sont beaucoup plus petites ; elles doivent expliquer comment elles ont obtenu la confiance statistique qu’elles prétendent présenter.

Vérifiez que toute recherche sur la santé a réellement été menée sur des personnes. Ce n’est pas parce qu’un médicament est efficace sur des rats ou des souris qu’il le sera pour vous.


Conseil n° 5 : la science n’a pas besoin de “camps”.

Si un débat politique nécessite deux camps opposés, ce n’est pas le cas d’un consensus scientifique. Lorsque les médias interprètent que l’objectivité signifie temps équivalent, cela nuit à la science.


Conseil n° 6 : Il se peut qu’un rapport clair et honnête ne soit pas l’objectif

Pour attirer l’attention de leur public, les émissions matinales et les talk-shows ont besoin de quelque chose d’excitant et de nouveau ; l’exactitude peut être moins prioritaire. De nombreux journalistes scientifiques font de leur mieux pour couvrir avec précision les nouvelles recherches et découvertes, mais beaucoup de médias scientifiques sont plus considérés comme divertissants qu’éducatifs. Dr Oz, Dr Phil et Dr Drew ne devraient pas être vos sources médicales privilégiées.

Méfiez-vous des procédures et produits médicaux qui semblent trop beaux pour être vrais. Soyez sceptique en ce qui concerne les témoignages. Pensez aux motivations des principaux acteurs et à ceux qui ont intérêt à gagner de l’argent.

Si vous restez méfiant(e) concernant des informations diffusées par les médias, assurez-vous qu’elles reflètent les résultats réels de la recherche en lisant l’article lui-même.

Traduit par Citizen4Science, article original paru dans The Conversation, lien vers l’article original : https://theconversation.com/6-tips-to-help-you-detect-fake-science-news-153708

Les bactéries “brassent” leur génétique pour développer une résistance aux antibiotiques à la demande

Par Célia Souque @Celia_Sqe, Chercheuse postdoctorale, Microbiologie, Université d’Oxford – membre de Citizen4Science

Pour stopper la résistance aux antibiotiques, les scientifiques ont besoin de savoir comment les bactéries deviennent résistantes.

La résistance aux antibiotiques, c’est-à-dire la capacité des bactéries novices à survivre au traitement par antibiotiques, est une menace croissante. Elle rend plus difficile le traitement d’infections potentiellement mortelles, comme la tuberculose, le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline) et la gonorrhée, et augmente les risques liés à des interventions chirurgicales, même mineures.

Pour résoudre le problème de la résistance aux antibiotiques, les chercheurs doivent d’abord comprendre comment empêcher la résistance de se manifester. Une étude récente que j’ai menée avec des collègues de l’université d’Oxford a permis de mieux comprendre ce phénomène en montrant que les bactéries peuvent réorganiser intelligemment leur génétique afin d’échapper aux effets d’un antibiotique.

Les bactéries ont plusieurs façons de développer une résistance. Elles peuvent muter pour empêcher les antibiotiques de les cibler, ce qui peut se faire en modifiant les protéines de la cellule où agissent les antibiotiques. Elles peuvent également acquérir des gènes qui les aident à produire des molécules destructrices d’antibiotiques, appelées enzymes.

Cependant, toutes ces stratégies ont un coût pour les bactéries résistantes. La production d’enzymes de résistance nécessite beaucoup d’énergie. Les protéines modifiées ne peuvent pas non plus être aussi efficaces qu’auparavant. Ces deux facteurs entravent lourdement les bactéries et font qu’elles se reproduisent plus lentement en l’absence d’antibiotiques. Les bactéries résistantes perdent ainsi la compétition contre les autres bactéries pour les précieux nutriments et ressources, ce qui menace leur survie.

Le coût de la résistance aux antibiotiques. Célia Souque

Mais les bactéries résistantes ont trouvé un moyen de devenir résistantes aux antibiotiques tout en limitant les coûts qui y sont associés. Ma récente étude a montré comment l’un de ces mécanismes, impliquant ce que l’on appelle un intégron, offre aux bactéries un potentiel incroyable pour acquérir des niveaux élevés de résistance tout en réduisant son coût énergétique. Il est donc plus facile pour les bactéries résistantes aux antibiotiques de survivre, et de prospérer.

Les intégrons sont des morceaux d’ADN, uniques aux bactéries, qui permettent à celles-ci de stocker des gènes acquis auprès d’autres bactéries résistantes. Ces gènes de résistance sont alignés l’un après l’autre dans le génome de la bactérie, formant des “réseaux”. La position des gènes dans la matrice a un impact important sur les niveaux de résistance de la bactérie.

Les gènes présents vers le début de la matrice sont fortement exprimés (ce qui signifie qu’ils sont utilisés de façon active) et offrent des niveaux de résistance élevés. Les gènes situés à l’arrière sont maintenus silencieux et peuvent être conservés à faible coût, ce qui réduit leur impact sur la bactérie.

Comment les intégrons fonctionnent.

De plus, les intégrons sont dotés d’une astuce fantastique : une enzyme, appelée intégrase, qui permet aux bactéries de couper et de déplacer les gènes dans le réseau lorsque les bactéries sont en danger. On pense que l’intégrase donne aux bactéries la capacité de “mélanger” l’ordre de leurs gènes, ce qui leur permet de moduler leur niveau de résistance à la demande. Notre étude est la première à vérifier cette hypothèse.

Pour voir dans quelle mesure les intégrons peuvent être utiles aux bactéries, nous avons construit en laboratoire des intégrons personnalisés contenant un gène de résistance pertinent en dernière position. Certains d’entre eux étaient dotés d’une enzyme intégrase présentant un dysfonctionnment, ce qui les empêchait de déplacer leurs gènes. Cela nous a permis de mesurer l’impact du brassage des gènes sur la résistance aux antibiotiques.

Nous avons ensuite utilisé une approche appelée “évolution expérimentale”, dans laquelle nous avons soumis les bactéries à des doses croissantes d’antibiotiques et observé leur durée de survie. Cette technique nous a permis de mesurer directement la capacité des bactéries à développer leur résistance.

Exemple d’évolution expérimentale en action.

Nous avons montré que les bactéries qui pouvaient mélanger leurs gènes survivaient plus longtemps et développaient une résistance plus fréquemment que celles qui ne le pouvaient pas. Cela montre comment les intégrons peuvent aider les bactéries à développer des niveaux élevés de résistance aux antibiotiques en réponse à un traitement par antibiotiques.

Il est intéressant de noter que ce brassage est souvent lié à la perte des autres gènes de résistance présents dans la bactérie. En déplaçant les gènes pour devenir résistantes à l’antibiotique choisi, les bactéries ont perdu certains de leurs autres gènes de résistance, devenant ainsi sensibles à ces autres antibiotiques.

Nouvelles stratégies

Les résultats de notre étude fournissent des stratégies potentielles pour contrer les intégrons et leur rôle dans l’évolution de la résistance. Par exemple, les antibiotiques pourraient être associés à des médicaments capables d’inhiber l’enzyme intégrase afin de réduire le brassage des gènes. Les médicaments qui stoppent la “réponse SOS” de la bactérie – sa réaction de dernier recours aux antibiotiques – limiteraient également le brassage des intégrons. Les médicaments dits “anti-évolution”, qui ne tuent pas directement les bactéries mais aident à prévenir l’évolution de la résistance, sont actuellement un domaine de recherche actif.

Une autre solution consisterait à exploiter le brassage des intégrons pour favoriser la perte des gènes de résistance en passant par différents antibiotiques. Cela permettrait d’orienter l’évolution des bactéries de manière à les rendre sensibles à des antibiotiques auparavant inutilisables.

Les intégrons sont apparus il y a des millions d’années. Mais aujourd’hui, ils se sont révélés être un mécanisme unique permettant aux bactéries de s’adapter à l’utilisation des antibiotiques par l’homme et de développer une résistance à ces derniers.

Bien que les antibiotiques sauvent d’innombrables vies chaque année, ils doivent également être utilisés avec précaution pour éviter la propagation de bactéries et de maladies résistantes aux antibiotiques. Une meilleure compréhension de la manière dont les bactéries développent une résistance nous permettra d’améliorer la manière dont nous utilisons nos antibiotiques actuels, ainsi que ceux que nous développerons à l’avenir.

Traduit par Citizen4Science, article original paru dans The Conversation UK, lien vers l’article original : https://theconversation.com/bacteria-shuffle-their-genetics-around-to-develop-antibiotic-resistance-on-demand-156439