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Cinéma : « Et plus si affinités » : une comédie inégale et un peu convenue

Au festival de l’Alpe d’Huez, le film a raflé quatre prix ; si dialogues et acteurs sont bons, on reste un peu sur notre faim à la sortie de ce dîner avec du bon et du moins bon, au format théâtre filmé

C’et un huis clos, un dîner entre deux couples de voisins qui dégénère. Sophie (Isabelle Carré) et Xavier (Bernard Campan), la cinquantaine, sont ensemble depuis 25 ans et la relation semble un peu à bout de souffle. Xavier est aigri et misanthrope et il s’ennuie dès la première scène, au travail (professeur de musique). Sophie met toute son attention et sa douce sensibilité dans la préparation d’un dîner à base d’un gigot que l’on verra cuire pendant toute la durée du film. Son plaisir est palpable à l’idée de recevoir les voisins du dessus, jeune couple formé par Julia (Julia Faure) et Alban (Pablo Pauly) aux mœurs assez débridées mais déjà gâché par Xavier qui a oublié la réception prévue par Sophie.

Les deux réalisateurs sont satisfaits d’avoir pu accéder aux critiques des spectateurs du film catalan original (« Sentimental »), ce qui leur a inspiré des « ingrédients » à ajouter aux dialogues qui constituaient un point fort d’origine, comme ajouter de la sincérité et des émotions à cette comédie, au-delà donc du comique de situation. Ainsi, Xavier est devenu un personnage moins sarcastique voire antipathique que le personnage original afin de conserver le lien avec les spectateurs mais aussi celui du couple formé avec Sophie. Cela n’empêche pas cette dernière d’être affectée par l’attitude de son mari et le dîner va le révéler, jusqu’à en lui faire prendre pleinement conscience. On ne peut manquer de voir une ressemblance avec le personnage à fleur de peau et inhibé qu’incarnait Isabelle Carré dans « Les émotifs anonymes » face à Benoît Poelvoorde (2010). Bernard Campan quant à lui fait penser à Jean-Pierre Bacri avec Agnès Jaoui, et les deux acteurs sont tout à fait crédibles dans leurs rôles et le couple qu’ils forment ; cette « la sauce prend bien ». Le jeune couple libertin est à la hauteur en face, plus particulièrement la pétillante Julia Faure. Pablo Pauly impressionne moins, peut-être parce qu’il joue un personnage qui manque de relief. Un décor dans un appartement parisien gigantesque, des scènes essentiellement tamisées en appartement donc lumière artificielle le soir, la nuit et pour finir à l’aube, beaucoup de plans séquence, et le huis clos des quatre personnages. On est vraiment comme aux premier rang d’une pièce de théâtre. On démarre le film avec beaucoup d’attentes sur la façon dont va être traité l’usure de ce couple, et on est intrigué de les voir confrontés à leur voisinage et à l’idée du libertinage. Cela part plutôt bien, on ne sait pas où on va aller et cela suscite la curiosité . Mais il y a dès la mi-parcours un sentiment d’épuisement du sujet après l’événement « clou du spectacle » un peu lourd en lien et à l’image du sujet : voisinage et libertinage, le vieux couple à l’épreuve d’autres mœurs et du jeu des combinaisons envisageables et envisagées entre eux. La chute laisse dubitatif entre tristesse (une péripétie indépendante de la confrontation des convives vient en rajouter inutilement) et espoir terne. Un film finalement inégal et assez convenu, à l’image du titre. Un point positif : le format court du film, moins d’1h30, même si on ne l’a pas ressenti tant que cela.

« Et plus si affinités » de Olivier Ducray et Wilfried Méance avec Isabelle Carré, Bernard Campan, Julia Faure, Pablo PAULY – durée 1h17. Sortie : 03/04/2024

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