ActualitésBourseCyberharcèlementElon MuskÉtats-UnisHarcèlementInternationalLiberté d'expressionOpinionRéseaux sociauxSciences de l'information et de la communicationSociétés cotées en bourseTwitterX

Elon Musk va supprimer la fonctionnalité de blocage sur son réseau social X / Twitter et vérifier l’identité des comptes certifiés

Le milliardaire a assuré lui-même sur sa plateforme vendredi l’annonce de la suppression des blocages et cela a entraîné beaucoup de réactions. Parallèlement, on apprend que X développe activement une double vérification d’identité pour les comptes abonnés. Pourquoi ces mesures ?

« Le blocage va être supprimé en tant que « fonctionnalité », sauf pour les DM » (messagerie privée, NDLR). « Cela n’a pas de sens ».

Qu’est-ce qui motive cette décision du patron ?

Pour Elon Musk, cette fonctionnalité n’a aucun sens. C’est peut-être exagéré comme positionnement mais en tout cas, reconnaissons que le blocage ne va pas dans le sens de la liberté d’expression (« free speech« ) absolue qu’il ne cesse de prôner en bon libertarian.
D’un point de vue économique, on peut également supposer que bloquer le blocage permettra plus de trafic sur la plateforme et qui dit plus de trafic dit plus de chiffre d’affaires. D’autant que cela libèrera particulièrement les contenus houleux et agressifs qui sont empêchés entre personnes en conflit ou agressées qui stoppent cela grâce au blocage. On le sait, les contenus excessifs et émotionnels ont plus de succès et sont plus enclins à être portés par l’algorithme du réseau social. Cette décision pourrait vraiment aire basculer X/Twitter dans une arène de spectacle ultime où l’on est livré sans pouvoir revêtir la moindre protection.

Des rencontres à ses risques et périls…

Le compte de veille des réseaux sociaux de l’association Citizen4Science, notre éditeur, a réagi sans délai à l’annonce de Musk : « Prochainement, vous n’aurez plus le droit de rencontrer qui vous le souhaitez dans l’espace public X ».

Ce compte collectif de veille ne recherche pas d’exposition médiatique, se livrant plutôt à de l’observation des comportements sur le réseau social et à quelques expérimentations d’interactions. Ne cherchant pas de nouveaux suiveurs, sa charte prévoit le blocage des comptes qui se livrent à des actes de délinquance sur le réseau social à l’encontre de cette veille ou de l’association : mensonge, calomnie, dénigrement, harcèlement et trolling entraînent blocage systématique. Le compte a entrepris également de désabonner des suiveurs agressifs ou manifestement mal intentionnés. Elle le fait de façon régulière, en toute discrétion. Cette possibilité va-t-elle aussi disparaître, ce qui serait dans la logique d’Elon Musk ?

… avec hausse prévisible de l’e-délinquance

On ne voit pas comment on pourrait y échapper. Mais on a vu aussi que c’est certainement un calcul commercial au-delà de l’idéologie de la liberté d’expression.
Peut-être Elon Musk nous expliquera-t-il un renforcement de la modération dans ce contexte. La tâche paraît cependant gigantesque vu le champ de bataille ouvert que risque de devenir la plateforme, et l’obligation d’encaisser les « coups ». Et de pouvoir les rendre sans limitation d’exposition possible.

Beaucoup d’internautes ont réagi pour exprimer leur indignation et s’inquiéter de la disparition de l’équipement de protection individuel « Blocage » jusqu’ici au port libre. Nous avons repéré l’intervention de la célèbre américaine Monica Lewinsky, qui a interpellé Elon Musk et la Directrice générale d’X, Linda Yaccarino :

« Veuillez réfléchir à nouveau à ce retrait de la fonctionnalité de blocage. En tant qu’activiste contre le harcèlement (et cible de harcèlement), je peux vous assurer qu’il s’agit d’un outil essentiel pour assurer la sécurité des personnes en ligne. »

La DG a répondu dans la foulée, laissant présager que la décision est bien définitive : « La sécurité de nos utilisateurs sur X est notre priorité absolue. Et nous construisons quelque chose de mieux que l’état actuel du blocage et de la mise en sourdine. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires. »

Ainsi, la fonction sourdine (« mute ») devrait disparaître aussi. Elle permet de masquer tout simplement à sa propre vue les publications de comptes désignés, sans pour autant les bloquer.

On pourra s’amuser de la réponse d’un compte parodique de la DG, qui semble avoir compris la finalité de la manœuvre : « La chose la plus importante pour nous est de maintenir le nombre d’impressions publicitaires à un niveau élevé, et le blocage réduit le nombre d’impressions publicitaires« .

Imparable.

Les comptes certifiés (badge bleu) seront doublement vérifiés quant à l’identité

Il est possible que les détracteurs d’Elon Musk et de sa politique pour X soient moins prolixes à ce sujet. L’équipe de développement de la plateforme anciennement appelée Twitter travaille à mettre en place un très sérieuse vérification de l’identité de ses internautes abonnés. C’est un développeur indépendant qui l’a révélé sur X, produisant des copies d’écran de test de la fonctionnalité
Rappelons que les abonnés sont les internautes qui paient leur accès à X avec des fonctionnalités plus nombreuses que les inscrits non payants. Ce qui est tout à fait normal du point de vue du droit de la consommation : il faut fournir des avantages aux clients par rapport à ceux qui profitent gratuitement de la plateforme.

En pratique, il faudra produire une pièce d’identité comportant une photo et faire un selfie avec son smartphone au moment de la demande de vérification. Cette technique est déjà largement employée par exemple dans le secteur bancaire.
La lutte contre l’usurpatiion d’identité est mise en avant dans les motivations affichées sur le processus en développement. On s’en rappelle, Elon Musk en avait fait une lutte proritaire dès son arrivée en renforçant la modération relative aux usurpations d’identité. Au-delà de ce sujet, on sait que le pseudonymat peut poser de réels problèmes d’augmentation des comportements délictuels sur les réseaux, donnant un sentiment d’impunité pour des internautes persuadés d’agir anonymement sans raison d’être inquiétés.
Attention, pas d’annonce officielle sur cette fonctionnalité et requis d’identification à ce stade, on ne sait donc pas encore si ce sera facultatif ou imposé. On sait en revanche qu’Elon Musk est prompt aux décisions radicales rapidement mises en place. Normalement, il devrait quand même interroger la communauté des usagers, il s’était engagé en ce sens pour les changements importants.

Le compte de veille des réseaux sociaux a réagi sur X avec un soutien à cette initiative. « Les comptes payants (badge bleu) vont devoir montrer patte blanche : double vérification d’identité en préparation sur base de pièce d’identité et photo Très bonne chose – le pseudonymat #galvanise haine et délinquance du net – il n’existera plus vis-à- vis de X. Ce compte de veille avait déjà rappelé dans les années précédentes les méfaits du pseudonymat et défendu sa disparition pour les internautes militants sur les réseaux sociaux.

Elon Musk ira-t-il jusqu’au bout en exigeant une vérification d’identité de tous les usagers de son réseau social ? Ce serait tout à fait logique puisqu’il défend la liberté de parole totale, car on pourrait attendre une certaine auto-modération des internautes dès lors qu’ils sont identifiés et non plus masqués – du moins vis-à-vis du gestionnaire de la plateforme.

Justification réglementaire

N’oublions pas non plus que le réseau social d’Elon Musk va devoir désormais se conformer à la réglementation européenne DSA (Digital Security Act) qui fait peser sur les plateformes la responsabilité d’une modération effective pour lutter contre la haine et la désinformation notamment. La tâche est gigantesque. L’idée de responsabiliser les usagers du réseau ne semble pas déplacée, en agissant à la source : plus d’auto-régulation des comportements qu’en étant masqué, mais aussi capacité d’intervenir plus vite avec des comptes identifiés.

Modèle économique, Modèle politique (liberté d’expression) et contraintes réglementaires : une équation complexe à résoudre pour Elon Musk.

Mise à jour : 20/08/2023

Science infuse est un service de presse en ligne agréé (n° 0324 x 94873) piloté par Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique doté d’une Rédaction avec journalistes professionnels. Nous défendons farouchement notre indépendance. Nous existons grâce à vous, lecteurs. Pour nous soutenir, faites un don ponctuel ou mensuel.

Propulsé par HelloAsso

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
4 × 27 =