Hausse alarmante de la mortalité infantile en France sur la dernière décennie, particulièrement en période néonatale

C’est ce que conforme une étude rétrospective française publiée dans The Lancet qui analyse les données épidémiologiques de 2001 à 2019. Elle a été réalisée par le CRESS (Centre de recherche en épidémiologie et statistiques), l’INSERM, l’AP-HP et le CHU de Nantes.

On le sait, et c’est rappelé en préambule, le taux de mortalité infantile est un indicateur clé de la santé d’une population.

Durant les 3 dernières décennies, il a baissé dans les pays industrialisés, avec des situations hétérogènes selon le pays et malgré le fait que le déclin tende à plafonner.

Méthodologie

Les données analysées proviennent de l’INSEE et ont permis les valeurs de l’indicateur sur la base des naissances et des décès de 2001 à 2019 issus des registres civils. Seule les données de la métropole ont été prises en compte. Il s’agit de la première étude réalisée sur une période de temps aussi longue soit 20 ans. On le comprend, elle s’arrête en 2019 afin de ne pas tenir compte de la pandémie, circonstance exceptionnelle impactant les indicateurs santé.

Le taux de mortalité est conséquent en période néonatale et particulièrement dans les premiers jours de la vie. Sur la période de 20 ans de l’étude, près de la moitié des décès ont lieu durant la première semaine de vie, dont la moitié le premier jour.

Deux points de cassure de la tendance apparaîssent, en 2005 avec un ralentissement de la baisse du taux de mortalité infantile, et en 2012 avec une inversion de la tendance.

Pour 1 000 naissances,

Limitations

Comme pour beaucoup d’études épidémiologiques, il y a des limitations comme ici l’absence d’accès aux données médicales : on ne sait pas dans quelles conditions les décès des enfants ont eu lieu et s’il y avait des conditions particulières et des facteurs de risque. Néanmoins l’indicateur est fiable et montre des tendances significatives.

Discussion

Les auteurs de l’étude pointent que la réduction du taux de mortalité infantile n’est pas identifié comme une cible prioritaire par les autorités sanitaires en France, et qu’en conséquence aucune analyse en profondeur de cet indicateur n’a été réalisée. La situation est de leur point de vue, alarmante et nécessite action pour comprendre les raisons de cette évolution du taux de mortalité infantile.

Exception française en Europe

Le Pr Chalumeau, pédiatre de l’hôpital Necker, coordinateur de l’étude fait un constat frappant : si on avait les taux de mortalité de la Scandinavie, on éviterait chaque année 1 200 décès infantiles.

En effet, la Suède et la Finlande ont les taux les plus bas. La France aujourd’hui est à peu près au même niveau que le Royaume-Uni, l’Allemagne l’Italie et l’Espagne ont des taux inférieurs.

Mais surtout, personne n’a notre dynamique inquiétante avec cassure il y a 10 ans et augmentation depuis lors du taux de mortalité infantile.

On peut faire des conjectures sur les causes, mais comme le disent les auteurs, des recherches sérieuses doivent être engagées par les autorités sanitaires pour comprendre ce qu’il se passe car aujourd’hui, on navigue à l’aveugle.

Mise en perspective mondiale

En 2019, il y a eu 8,6 millions de décès parmi les mort-nés, les enfants et les adolescents âgés de 0 à 20 ans. Les inégalités économiques continuent d’alimenter les disparités en matière de santé, les personnes confrontées à la pauvreté au début de la vie étant au moins deux fois plus susceptibles de connaître des résultats préjudiciables

Source: The Lancet

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