Hausse mystérieuse de 136 % en 10 ans du taux d’hospitalisation pour effets indésirables médicamenteux, selon l’étude IATROSTAT

Hausse mystérieuse de 136 % en 10 ans du taux d’hospitalisation pour effets indésirables médicamenteux, selon l’étude IATROSTAT

31 mai 2022 0 Par Fabienne Blum

Cette étude a impliqué près de 3500 patients hospitalisés en 2018 et fait suite à l’étude EMIR de 2007. On passe de 3,6 % à 8,6 % d’hospitalisations dues à des médicaments. Beaucoup sont évitables. Méthodologie et résultats

Si on extrapole les résultats de l’étude à la population générale et sur une année, on arrive à 212 500 personnes hospitalisées à cause de médicaments contre 144 000 en 2007.

Conception de l’étude

Il s’agit d’une étude prospective incluant des patients hospitalisés en CHU ou CH entre avril et juin 2018 dans des centres hospitaliers sélectionnés qui a inclus près de 3500 patients, avec le concours des Centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) :

Sur cette base ont été évalués les patients hospitalisés en raison d’un effet indésirables médicamenteux, soit 351 patients, parmi lesquels 309 cas ont été retenus pour répondre aux critères d’inclusion dans l’étude.

Répartition des 309 cas par tranche de 5 ans d’âge :

L’âge médian de cette population était de 75 ans dont près de deux tiers de femmes.

Répartition des effets indésirables :

Voyons maintenant la répartition des médicaments impliqués dans ces effets indésirables entraînant hospitalisation selon 2 systèmes de classification – On notera que pour les 309 cas, un total de 610 médicaments ont été suspectés d’avoir causé les effets indésirables.

Analyse de la conformité d’utilisation des médicaments

Il est important de déterminer avant tout si les médicaments incriminés ont été utilisés correctement c’est à dire conformément aux indications autorisés.

Pour cette analyse, seuls 248 cas ont été retenu, en raison d’un manque d’information sur les modalités d’utilisation des médicaments pour les cas non retenus.

Il s’est avéré que dans plus d’un quart des cas, les médicaments, soit 120 pour 66 cas, en cause n’avaient pas été utilisés de manière conforme.

Après des rattrapages au cas par cas justifiant l’utilisation non conforme aux prescriptions, il est ressortie que 16 % des effets indésirables auraient pu être évités partiellement ou totalement

Le détail des non-conformités :

Principales situations de non conformité :

Ainsi, on peut estimer à environ 2,5 millions le nombre de patients hospitalisés en
médecine-obstétrique (hors ambulatoire) dans le secteur public en France
métropolitaine en 2018, ce qui correspond à la définition de notre population cible.

. Ce résultat est proche des valeurs retrouvées dans la littérature. Dans les
deux plus récentes revues de la littérature sur le sujet portant sur les études publiées entre
2000 et 2015, la médiane des hospitalisations liées à un EIM était de 6.3% et 7.0% (10-11).
Plus spécifiquement en Europe, une synthèse de 22 études publiées entre 2000 et 2014
permet de retrouver une médiane d’hospitalisations liées à un EIM de 3,5% (12).

Hausse inexpliquée, en partie évitable

La hausse des hospitalisations est significative en 10 ans, c’est un vrai signal d’alerte avec un + 136 %. Les personnes âgées, plus médiquées, sont logiquement plus touchées.

Pour autant, et bien qu’il s’agisse d’une tendance générale non spécifique à la France, les causes de cette élévation restent inexpliquées.
Des médicaments innovants (antidiabétiques d’action directe, incrétinomimétiques, thérapies ciblées et immunothérapies) causent des effets indésirables significatifs, mais leur « poids » n’explique pas le mouvement d’ampleur observé.

À défaut de comprendre la hausse générale, on pourra utilement se concentrer sur les cas évitables soit 16 % d’entre eux : mésusage, automédication… autant de causes qui peuvent être ciblées par la prévention et l’éducation des patients et de la population. On le pointe régulièrement, en France, la gestion des risques et la prévention ne sont pas au premier plan en santé publique, espérons que cette « culture » change.

Pour aller plus loin : le rapport complet du RFCRPV, réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance

[Expertise revendiquée de la Rédaction : pharmacologie, pharmacovigilance, recherche clinique]

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