LETTRE OUVERTE AU CNRS

LETTRE OUVERTE AU CNRS

23 août 2021 0 Par e-Citizen

de :Citizen4Science, représentée par son Conseil d’administration : Fabienne Blum, Patrick Mercié, Marine Paulhiac-Pison, Julien Vauquelin, Virginie Votier
à : CNRS, Conseil national de la recherche scientifique : Antoine Petit, Président-directeur général, Joël Moret-Bailly, Référent déontologue, Rémy Mosseri, Référent intégrité scientifique, Jean-Gabriel Ganascia, COMETS, Comité d’éthique du CNRS

Paris, le 21 août 2021

Le 4 août 2021, le CNRS s’est très timidement désolidarisé de l’un de ses directeurs de recherche, sur Twitter via son compte officiel @CNRS : « Laurent Mucchielli est sociologue au CNRS mais s’exprime à titre personnel sur la vaccination anti-Covid. Le CNRS ne peut aucunement être associé à cette prise de position ». Nous avions immédiatement répondu à votre tweet péremptoire via notre compte officiel @Citizen4Sci : « Incroyable de lire cela. Ce monsieur s’exprime en tant que chercheur au CNRS et utilise cette position pour tromper le public. Vous apportez donc votre caution en laissant faire. Agissez, et vite. » En complément nous avons tweeté un extrait une extrait de la charte française de déontologie des métiers de la recherche manifestement enfreinte par votre chercheur.

Votre tweet nous est apparu comme une réponse gênée en réaction à la dépublication par Médiapart de votre chercheur sur son blog personnel hébergé par ce média : « La vaccination Covid à l’épreuve des faits. 2e partie : une mortalité inédite ». Le motif de retrait par Médiapart ? la « diffusion de fausses nouvelles […] sous l’alibi de démonstrations prétendument scientifiques ». Nous saluons cette décision responsable et la justification apportée, qui contrastent douloureusement avec votre façon de balayer du revers de la main votre responsabilité.

Qu’en est-il sur le fond ? L’article  écrit par votre chercheur instrumentalise la science pour faire passer une idéologie antivaccinale. Il s’agit d’une démonstration pseudo-scientifique qui s’appuie sur des données brutes d’événements survenus chez les vaccinés sans causalité établie, présentées pour leur faire dire ce qu’elles ne disent pas : une soi-disant dangerosité des vaccins contre la Covid qui aurait conduit à potentiellement 100 000 morts en France. La faille de raisonnement est grossière et à vrai dire un subterfuge classiquement utilisé par les adeptes de la pseudoscience au point que nous en avons fait une planche éducative intitulée illusion de la corrélation, utilisée dans les écoles et collèges. Voilà qui s’apparente donc clairement à une manipulation du public non averti.

Peu impressionné par votre déclaration peu honorable qui ne fait, il faut l’avouer, que l’encourager à persévérer, M. Mucchielli s’est empressé de crier à la censure et de publier à nouveau son billet litigieux sur le blog France-Soir, bastion de la dérive complotiste, ainsi que chez Altermidi, média local revendiquant la libre expression des opinions. La  science n’est pourtant pas une opinion, ce qui nous a amené à inviter ce média a retirer ce billet de désinformation à 2 reprises.

Comment pouvez-vous tolérer ces manipulations grossières du public, et le fait que votre chercheur persiste et signe avec pour toute réponse de votre part un tweet laconique pour s’en laver les mains ?

D’autant que M. Mucchielli n’en est pas à son coup d’essai. il participe depuis 18 mois à la diffusion de fausses informations sur la pandémie en défendant des thèses pseudo-scientifiques, et ce totalement hors de son champ de compétence : il a promu tour à tour des traitements contre la Covid non éprouvés voire dangereux (hydroxychloroquine, ivermectine), s’est opposé au confinement le taxant d’inefficace pour lutter contre la pandémie, allant jusqu’à rassembler des signataires pour une tribune comprenant quelques scientifiques figures du « rassurisme » complotiste au milieu d’un flot de signataires comme lui sans légitimité sur la problématique abordée.

Cette attitude de votre chercheur, à base de déni de science systématique témoigne d’une dérive manifeste excluant la démarche scientifique et la rationalité pour sombrer dans les théories du complot ; on retrouve chez M. Mucchielli la rhétorique habituelle d’accusations gratuites de corruption des acteurs de la crise sanitaire. Tout le monde y passe : les médecins chercheurs (qui seraient payés par l’OMS), les autorités sanitaires (ANSM), les laboratoires pharmaceutiques, les médias « mainstream » et le gouvernement, le tout selon votre chercheur, « assorti de purs mensonges. « Tout ceci n’est ni de la science, ni de la médecine. C’est de l’idéologie, associée à un commerce », a-t-il clamé le 17 août dans un billet de blog sous forme d’entretien. Comme nous l’avons indiqué publiquement le jour-même dans un thread Twitter en réponse, il s’agit de la mise au pilori du consensus scientifique et de ceux qui le font, un véritable piétinement de la science, au final un engouffrement dans l’obscurantisme par une personne incompétente sur les sujets techniques abordés.

Nous vous invitons donc à cesser de fermer les yeux et à prendre conscience du discours scientifiquement inapproprié et de l’évolution inquiétante de votre chercheur en consultant par exemple les synthèses suivantes : son portrait sur le site Conspiracy Watch ou bien la vidéo du site la Tronche en Biais « Trajectoire vers le complotisme d’un sociologue | Laurent Mucchielli », ainsi que le travail de compilation du Dr Alexander Samuel qui vient d’extraire et de commenter l’ensemble des articles publiés par M. Mucchielli sur son blog personnel Médiapart, soit environ 500 pages d’écrits accablants partagés en open source afin de contrer la désinformation. Citizen4Science participe à l’effort de mise à jour de cette initiative citoyenne ouverte pour pallier à votre défaillance à empêcher votre chercheur de disséminer les fausses nouvelles sous label CNRS.

Pour justifier votre inaction, vous prétendez via votre tweet du 4 août que M. Mucchielli s’exprime à titre personnel. Cet argument ne tient pas une seconde. En effet, votre chercheur rappelle sa position de directeur de recherche au CNRS de façon constante sur les réseaux sociaux, dans les médias et tous les billets qu’il a produits dans son espace blog Médiapart et ailleurs, y compris à l’IHU Marseille. Il use ainsi en permanence de son affiliation au CNRS comme argument d’autorité auprès du public. Le site internet de son laboratoire Lames Mesopolhis – UMR 7064 mentionne dans les programmes de recherche : « Covid 19, enquêtes dans le champ médical et controverse dans le débat public ». À ce titre, il s’exprime bien en tant que chercheur au CNRS lorsqu’il parle de la crise sanitaire. Dans son interview du 17 août, une étape a été franchie : il précise faire partie d’une équipe de recherche de 6 personnes sur le Covid et les vaccins. La confusion des genres et des fonctions est telle sur que dans une tribune publiée dans le journal Le Monde le 19 août, des sociologues dont membres du CNRS s’indignent : «  La sociologie ne consiste pas à manipuler des données pour étayer une position idéologique », évoquant une « démonstration d’incompétence professionnelle ». Il s’agit là d’une condamnation ferme par ses pairs. D’ailleurs, êtes-vous conscient du malaise induit auprès des collaborateurs de son laboratoire, qui peuvent facilement être assimilés aux propos et agissements douteux de votre chercheur ?
Son site CNRS est en outre truffé des liens vers des sites complotistes et désinformateurs  tels que France-Soir  et ReinfoCovid de Louis Fouché. Vous n’êtes sans doute pas sans savoir concernant ce dernier, que l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille vient de prendre ses responsabilités : son communiqué du 18 août précise qu’il est évincé suite à ses « ses prises de paroles à l’opposé des principes moraux, éthiques, déontologiques et scientifiques » de l’AP-HM.

Il est urgent d’agir à votre tour. Vous disposez de tous les arguments pour faire cesser le scandale destructeur de la parole d’un chercheur au CNRS en dérive publique depuis 1 an et demi.

De nombreux points de la charte de déontologie du CNRS précisent que les chercheurs ne doivent pas contribuer à jeter le discrédit sur le CNRS (obligation de dignité et de neutralité). Or M. Mucchielli en relayant et en contribuant largement à la désinformation sur la pandémie tout en mettant en avant son affiliation CNRS met en péril la réputation de votre organisme ainsi que celle de tous vos chercheurs. Nous vous avions donc opposé le 4 août sur Twitter, à titre d’exemple, le point 3 de Charte française de déontologie des métiers de la recherche que :« La liberté d’expression et d’opinion s’applique dans le cadre légal de la fonction publique, avec une obligation de réserve, de confidentialité, de neutralité et de transparence des liens d’intérêt. Le chercheur exprimera à chaque occasion à quel titre, personnel ou institutionnel, il intervient et distinguera ce qui appartient à son domaine d’expertise scientifique et ce qui est fondé sur des convictions personnelles. La communication sur les réseaux sociaux doit obéir aux mêmes règles. »  Ainsi M. Mucchielli quand il s’exprime sur la crise sanitaire, Covid et vaccins s’exprime sur la base de convictions personnelles. En déclarant publiquement  le 17 août être dans un groupe de recherche sur le sujet et produire des résultats de recherche est en violation totale de votre charte.

Votre guide CNRS « Pratiquer une recherche intègre et responsable » qui décline les principes de la charte citée ci-dessus,  précise :« Le chercheur est garant de la fiabilité et de l’objectivité des informations qu’il communique. Il peut être conduit à s’exprimer dans les médias et en direction du public sur des sujets sensibles, voire controversés, dont la complexité et l’ampleur des enjeux ne s’accordent pas avec des réponses simples et univoques. […] Il est de la responsabilité des chercheurs, dans l’intérêt de la science et le respect de leur institution, d’apprécier l’impact que peuvent avoir les informations qu’ils y déposent et de s’assurer de leur fiabilité et de leur objectivité. » Par ses écrits largement contestables d’un point de vue scientifique et en dehors de son champ d’expertise, M. Mucchielli enfreint très largement ce point. 

Que des scientifiques partent à la dérive, c’est un phénomène récurrent, particulièrement depuis l’arrivée du Covid. Mais que les sociétés savantes et les organismes de recherche dont ils dépendent laissent faire, sans être le verrou de sécurité nécessaire qui fait partie de leur rôle, c’est de la complicité dont les conséquences en pleine pandémie sont gravissimes. La crédibilité de la recherche scientifique française a été mise à mal à de nombreuses reprises durant cette pandémie. Il est urgent de vous opposer fermement à la méconduite scientifique, au non-respect des règles déontologiques, et au final à  la propagation de désinformation mortifère en stoppant M. Mucchielli dans son entreprise actuelle.. Il y a va de la réputation de votre organisme prestigieux, de celle  de l’ensemble des chercheurs qui y officient et sans nul doute souffrent de votre silence incompréhensible, et  de celle de la recherche française. Il y va également de la préservation des messages de santé publique et directement par voie de conséquence, de la santé des Français mis en danger chaque jour par votre inaction face à un discours qui instrumentalise la science sous label CNRS.

Aussi, nous vous demandons d’intervenir de façon urgente pour

  • dénoncer publiquement la désinformation scientifique opérée par M. Laurent Mucchielli depuis 18 mois ;
  • faire retirer toute sa production afférente des sites affiliés au CNRS ;
  • le sanctionner à la hauteur de ses agissements et à titre exemplaire.

 Nous serons vigilants à la suite que vous donnerez à cette lettre dont nous attendons réponse de votre part.