ActualitésAddictionsCompléments alimentairese-cigarettesE-commerceFranceTabagisme

Poudre à sniffer : une « cochonnerie » française selon le ministre de la santé ; Sniffy s’inspire (sic) d’un produit autrichien

C’est la polémique du moment pour ce produit qui se qualifie d’énergisant, vendu chez les buralistes et sur internet. De qui et de quoi s’agit-il ? Le vendeur de CBD a copié un produit vendu dans les pays germanophones… la copie de substances psychoactives du cannabis étant un modèle commercial contre lequel les autorités sanitaires se battent à coup de listes d’interdiction évolutives

Tout d’abord, faisons un petit tour sur le site internet de l’entreprise qui commercialise le produit, appelé ‘Sniffy France’.

Une activité de la sphère vapotage, puffs et CBD

Sniffy n’est pas une entreprise, mais une marque déposée il y a près d’un an par la société HighBuy créée il y a 4 ans, sise à Marseille et dirigée par Mathieu Norton, qui dirige aussi « Power Factory » entreprise de vente à distance créée il y a un an pour l’activité Sniffy. Il a officié précédemment dans la logistique avec sa propre entreprise aujourd’hui fermée et la formation professionnelle avec une entreprise dont il a démissionné de la direction et aujourd’hui centre de formation en alternance.
L’activité principale déclarée de HighBuy est la vente de produits alimentaires et de produits liés à l’e-cigarette.

La société a déposé d’autres marques, notamment ‘Tengrams’ et ‘VMAC’. Le premier est un magasin en ligne de vente aux particuliers de puffs, e-liquides, CBD sous de multiples formes : puffs, e-liquides, huiles (prise sublinguale), et VMAC. Avant d’être une marque, VMAC est l’abréviation anglaise de « various mix actif cannabinoides« , soit un mélange de cannabinoïdes conçu pour avoir une activité relaxante plus intense et euphorisante que le CBD. Selon le site lepetitbotaniste.com, il a a été créé par un certain ‘White Rabbit’ comme substitut légal au HHC interdit. Tous les produits sont dosés à moins de 0,3 % de THC pour répondre à la réglementation. Surprise : White Rabbit est une marque revendiquée par … HighBuy. La boucle est bouclée.

HighBuy c’est de la vente en ligne sur le canal BTB (business-to-business), c’est-à-dire qu’il fait de la vente en gros pour les revendeurs détaillants. Le site Sniffy, comme Tengrams pour le CBD, explore la vente en ligne au format BTC (business-to-consumer), c’est-à-dire aux particuliers de sa poudre à sniffer. Le site et la vente sont interdits aux moins de 18 ans comme l’exige la réglementation de la vape et du CBD.
Sur son site internet, HighBuy revendique travailler avec « près de 2 000 professionnels dans toute la France, en Europe et Outre-mer et se qualifie de « grossiste CBD, H4CBD & VMAC« .
Sur le site, on trouve aussi des rhums arrangés et d’autres promesses de produits au rayon « phytothérapie » comme des gélules et des infusions.
Le site Sniffy propose un lien vers le site de vente en gros HighBuy pour qui serait intéressé par la distribution de la poudre.

En conclusion, Sniffy est une tentative de diversification de l’activité de HighBuy avec une nouvelle gamme de poudre à priser.

Composition du produit Sniffy

Le site présente le produit « Sniffy, ENERGIE BOOST » et fournit une FAQ (foire aux questions) dont la rédaction est clairement orientée vers un public jeune.

Les ingrédients mentionnés sont, tout d’abord un appel à la nature, avec une garantie de 90 % de produits naturels.
sur le site, seule une composition qualitative est fournie.

« L-Arginine : Booster d’immunité, et une alliée pour développer sa masse musculaire.
Caféine : Augmenter l’attention, la vigilance, et aide à lutter contre la somnolence.
Créatine : Elle permet un gain d’énergie et une amélioration des capacités et des performances.
L-citrulline : Favorise l’élimination des toxines et contribue à réduire l’acidité dans les muscles pendant l’effort.
Taurine : Effets bénéfiques sur le tonus et la vitalité.
Beta Alanine : Augmente la force et la masse musculaire, et accroît l’endurance
Maltodextrine : Prise par les sportifs comme source d’énergie pendant un effort intense mais aussi afin d’améliorer la récupération musculaire »

Avec le duo caféine-taurine, on pense immédiatement aux boissons énergisantes type Redbull, mais aussi avec créatine-bêta-alanine, et maltodextrine (apport glucidique) aux compléments alimentaires pour le sport et la musculation.
Pour la L-citrulline, nous avons eu l’occasion d’en parler très récemment à propos de cas cliniques et de revue de littérature scientifique en lien avec la consommation de pastèques.

L’absence de fourniture des quantités est problématique pour se faire une idée de l’action des composants et de cette poudre dans l’organisme, car comme chacun le sait, effet bénéfique ou risques, tout est une question de dose.

La poudre est proposée en 5 saveurs avec des arômes de fruits variés ainsi que menthe et « nature ».

Allégations du produit Sniffy

Voici la promesse de la « poudre énergisante » Sniffy, vendue en flacon de 1 gramme pour « environ 20 sniffs » avec une paille fournie et 5 parfums au choix, 14,90 euros l’unité et tarif dégressif pour atteindre moins de 10 euros par dix :

« 1 : Boostez votre énergie instantanément.
2. Absorption par inhalation.
3. Les effets sont immédiats.
4. L’effet dure généralement entre 20 à 30 minutes.« 

Le boost énergétique : il va dépendre, on l’a vu, de la composition quantitative des ingrédients actifs. Nous ne la connaissons pas à ce stade. Pour le reste, on nous parle en fait de pharmacocinétique, c’est-à dire de délai et durée d’action, mis en valeur par la voie d’administration « par inhalation ».

Le fabricant assure : « Une poudre blanche qu’on inhale par le nez ? Pas d’amalgame, Sniffy est légale. »
Dans ce constat, il apparaît clairement, indépendamment des vertus ou risques intrinsèques du produit, un problème de fond : le risque d’amalgame avec la cocaïne, le même type d’analogie que l’on a entre puff et cigarette, comme une voie d’entrée vers le tabagisme. La puff a été interdite récemment pour cela.

Le modèle autrichien : Energy Sniff de Wildkraut

Ll’inspiration (sans jeu de mot) du vendeur de CBD Mathieu Norton vient des alpages. En effet, nous avons identifié un concurrent existant de plus longue date : Energy Sniff de la société autrichienne Wildkraut (littéralement « herbes sauvages »), en activité depuis 2020, et qui revendique être le premier produit au monde de ce type, tout en assurant qu’ils n’ont rien inventé. Il s’agirait juste de la reprise d’une « recette que l’on trouve dans un almanach de phytothérapie des Alpes vieux de centaines d’années ». Il y serait conseillé d’utiliser des « racines à sniffer » comme remède contre la fatigue.

Image extrait du site internet de e-commerce Wilkraut
Dessin de presse Stanley pour Science infuse

Les emballages sont similaires, la quantité de poudre pour 20 sniffs et les offres tarifaires groupées aussi.
Le marketing relève des mêmes ressorts également. ici on nous propose de « voyager dans les Alpes avec le nez », en mettant en avant la nature et les plantes des hauts alpages pour un « coup de pouce énergétique ».

Energy Sniff est vanté comme sans sucre (contrairement à Sniffy) et vegan, idéal pour « le travail, le sport et les fêtes », et comme « alternative aux boissons énergisantes qui ménage l’estomac ».

La composition, uniquement qualitative, « mise » sur les plantes :

Impératoire (benjoin), rhodiola, moringa, menthe aquatique et les excitants caféine et guarana qui en contient, ainsi que les acides aminés taurine, tyrosine théanine et tryptophane.

Une foire aux questions (FAQ) est aussi disponible, celle de Sniffy lui ressemble. Wildkraut revendique la légalité de son produit selon une accroche reprise à peu de chose près par le concurrent français : « Un goût d’interdit, néanmoins tout à fait légal ».

Wildkraut livre actuellement en Autriche, Allemagne, Suisse et Lichtenstein.

Inhalation ou sniff ? quels dangers ? Sniffy dégage sa responsabilité sur les clients et pros de santé

WildKraut ne parle pas d’inhalation mais bien de sniff, par prise en pincées placées dans le nez. Tout comme, en fait, le tabac à priser ? souvent aromatisé, appelé également « snuff ». L’absorption par voie nasale se fait par inspiration.
L’inhalation fait médicalement plutôt référence à l’absorption de produits sous forme d’aérosols (comme la ventoline par exemple) même s’il existe aussi des dispositifs médicaux pour inhaler des poudres médicamenteuses.
La prise par voie nasale peut abîmer la muqueuse nasale, provoquant une inflammation et parfois une perte d’odorat.

Wildkraut assure que son produit a été testé par un laboratoire agréé. met en garde sur ces problèmes potentiels avec cette voie d’administration, et sur les dangers de la caféine car le produit en contient « beaucoup », y compris le risque d’accoutumance.
Il déconseille l’usage en cas de rhume des foins et d’allergies, et indique que les femmes enceintes ou allaitant ainsi que les enfants et adolescents ne doivent pas l’utiliser.

Sniffy reprend les mises en garde sur la caféine et les risques pour les « muqueuses sensibles ». Il conclut, comme un mandat de décharge :  » Il est impératif de consulter un professionnel de la santé avant d’adopter cette méthode d’administration pour évaluer les risques individuels. » Ce conseil est renouvelé pour éviter également tout risque « d’interactions médicamenteuses ». Et d’ajouter pour enfoncer le clou : « Une évaluation approfondie des antécédents médicaux et des médicaments actuels est recommandée avant d’adopter cette méthode d’administration. »

Sniffy demande donc expressément à ses clients potentiels de consulter son médecin ou pharmacien pour une évaluation individuelle avant d’acheter la poudre blanche… un laïus insistant qui ressemble à une clause de non responsabilité. Une acrobatie légalement discutable.

Frédéric Valletoux : une « cochonnerie » à interdire

Sniffy serait donc légal. Pour l’instant. Car sur France Info le samedi 25 mai, le ministre délégué à la santé a réagi sans pincettes, qualifiant Sniffy de cochonnerie et annonçant sa volonté d’agir pour l’interdire. « J’ai découvert il y a 48 heures cette dernière invention, […] cette cochonnerie que certains veulent vendre. Je vais voir dans les prochains jours comment on peut interdire ce type de choses […] Il faut l’interdire dès qu’on peut ».

Certains buralistes montent aussi au front, refusant de vendre le produit et mettant en avant le risque associé de banalisation de la cocaïne par banalisation d’un produit qui lui ressemble en tous aspects. Selon la Confédération des buralistes, il n’y en aurait que quelques dizaines qui distribuent Sniffy. Néanmoins, selon nos confrère de La Dépêche, un buraliste de Haute-Garonne aurait indiqué avoir eu des difficultés à commander parce que les grossistes seraient déjà en rupture de stock. Il ne voit pas le problème, aucun produit de Sniffy n’étant interdit. Pour les professionnels de santé, le danger est déclaré comme palpable.
HighBuy le spécialiste du CBD devra-t-il abandonner son nouveau créneau et produit et fermer le site de e-commerce et la société créée à cet effet ? Une affaire à suivre, les yeux rivés sur Frédéric Valletoux.

Guerre de formulation chimique : De nouveaux dérivés du cannabis interdits en France le 3 juin

L’Agence nationale de sécurité du médicament a indiqué le 24 mai sa décision de classer de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants en raison de leur risque de dépendance. Elle cite, de façon non exhaustive,  « le H4-CBD, le H2-CBD et certains cannabinoïdes de synthèse ayant un noyau chimique appelé benzo[c]chromène, comme le HHCPO, le THCP et le THCA » et le HHC (ou hexahydrocannabinol), le HHCO (HHC-acétate ou hexahydrocannabinol acétate), le HHCP (hexahydrocannabiphorol), le HHCPO (HHCP acétate ou hexahydrocannabiphorol acétate), le THCP (tétrahydrocannabiphorol), le THCA (acide tétrahydrocannabinolique. S’ajoute à la liste des cannaibinoïdes synthétiques, le 5F-SGT-151 (5F-Cumyl-Pegaclone), le SGT-270 (Cumyl-CH-Megaclone, le 7APAICA, le 5F-7APAICA, le Cumyl-P7AICA, le 5F-Cumyl-P7AICA, le MDA-19 (BZO-Hexoxizid) et le 5C-MDA-19 (BZO-Poxizid ).
La conséquence ? production vente et usage notamment sont prohibés dès lundi.

À l’origine de l’ajout de ces substances dérivées du CBD et autre THC : des signalements d’effets graves reçus par les CEIP-A, Centres d’évaluation et d’information sur la parmacodépendance-addictovigilance. Les effets rapportés, immédiats comportent  vomissements, perte de connaissance, coma, convulsions, paranoïa, anxiété, hypertension artérielle, tachycardie. Ils peuvent nécessiter une prise en charge médicale en urgence.

Tous ces produits sont conçus pour mimer les effets du THC, la principale substance psychoactive du cannabis, avec des effets parfois plus intenses que le THC.

Un autre danger est que les produits en question ne sont pas de qualité pharmaceutique ou en tout cas, ne sont pas soumis aux Bonnes pratiques de fabrication des médicaments et autres obligations de contrôle réglementaires. La conséquence est le risque de contenu non conforme à la composition indiquée sur l’emballage. L’ANSM précise d’ailleurs l’existence de ce problème dans son communiqué.

C’est le commerce de HighBuy en tant que fabricant et grossiste, vendeur internet, et de toutes les boutiques « CBD », commerce de détail, spécialisées ou buralistes (bureaux de tabac). Les ventes et la demande sont très dynamiques, l’évolution et la diversification des produits le sont aussi : des formes multiples, telles que huiles, résines, gommes, bonbons, sprays, e-liquides… mais aussi sur la formule chimique de ces substances psychoactives comme réaction aux listes d’interdiction qui sont complétées régulièrement en fonction des alertes des centres de pharmaco-addictodépendance. Une guerre sans fin, car les possibilités de créer de nouvelles molécules hors liste en faisant un peu de chimie (ajout et retrait d’atomes) est infinie et peu complexe, pour ces substances souvent importées de Chine. Face à ce casse-tête, les autorités ont toujours un train de retard, la mise à disposition de nouveaux produits étant extrêmement rapide pour remplacer les produits mis sous interdiction ou liste de stupéfiants. Sauf à ce qu’un jour, peut-être, les autorités finissent par interdire totalement la vente libre de ces dérivés.

Image d’en-tête : capture site internet Sniffy France

Dernière mise à jour 30/05/2025 : ajout dessin de presse et dernier paragraphe, complément au chapô

Science infuse est un service de presse en ligne agréé (n° 0324 x 94873) piloté par Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique doté d’une Rédaction avec journalistes professionnels. Nous défendons farouchement notre indépendance. Nous existons grâce à vous, lecteurs. Pour nous soutenir, faites un don ponctuel ou mensuel.

Propulsé par HelloAsso

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
24 − 6 =