Cyberharcèlement en meute sur réseaux sociaux : le « dogpile »

Il y a harcèlement…. et cyberharcèlement. Les réseaux sociaux offrent des outils et méthodes qui permettent aujourd’hui de stigmatiser violemment des cibles choisies sans interaction directe avec elles. Parlons du « dogpile » qui le permet.

Le harcèlement relève-t-il d’une agression directe (et répétée) du harceleur sur le harcelé donc en interaction directe avec lui ? Normalement, oui. Néanmoins aujourd’hui, la technologie et les réseaux sociaux permettent de procéder sans contact direct, pour les mêmes effets et préjudices sur les victimes.

On parle ici de cyberharcèment et la définition proposée au public sur le site du service public gouvernemental est finalement assez large :

Source : service-public.fr

La mise à profit des bulles informationnelle

Les clans, de plus en plus sectarisés, s’enferment aujourd’hui dans des bulles informationnelles sur les réseaux sociaux avec des « codes de conduite » implicites : On ne parle pas à ceux du clan adverse, on ne diffuse pas directement leurs propos, on les copie/colle et on les critiques sur cette base, face à son auditoire (les membres de son clan) ; on les interpelle, on les moque, bien planté sur sa scène d’érudition.

Dans ces conditions particulières, de nouvelles formes de harcèlement se mettent en place pour attaquer violemment et à répétition des cibles sans pour autant directement interagir avec elles.

Le dogpile

Le dogpile est ainsi très utilisé, car s’il peut être pratiqué en ciblant directement la victime, il est également très efficace sans interaction directe.

D’où vient ce terme ?

C’est de l’anglais : Dog (chien) et Pile pour empilement; Il semble que cela vienne originellement des États-Unis, où en 1921, « dog-pile » a été utilisé pour décrire des joueurs de football américains

Équipe des Tigers – Source : Theadvocate.com

De façon littérale, voici un empilement de chiens, un comportement connu chez les chiots :

En quoi cela consiste-t-il dans notre propos ?

C’est facilement compréhensible :

Il s’agit d’une attaque de meute sur une cible isolée : souvent rapide, toujours agressive pour blâmer dans les propos (« bashing », « victime-blaming », « public shaming »). Car la caractéristique notable est ici le rapport de force très déséquilibré : c’est un clan ou une partie de clan qui tombe sur une ou deux personnes, pour lui faire des reproches et autres accusations. La cible est facile car isolée et souvent incapable de répondre, les attaquants sont ligués contre elle.

Les réseaux sociaux permettent de « tomber sur quelqu’un » sans interagir avec lui. Un dogpile « classique » voudrait que les attaquants envoient des messages multiples et répétées à leur victime. Mais ils peuvent le faire simplement au moyen de publications visant la personne. Ils peuvent même simuler l’interaction directe en faisant des copies d’écran de propos de la victime, en y répondant dans une publication personnelle. L’interaction n’a pas eu lieu, et pourtant, c’est tout comme. Autre « avantage » bien pratique : la cible est bâillonnée, elle ne pourra pas répondre directement aux attaques car elle est hors de la « bulle » des attaquants, en raison de blocages mutuels.

Les auteurs de dogpile mettront souvent en avant qu’elles ne harcèlent personne puisqu’elles n’ont pas d’interaction avec leurs victimes. Un argument, on l’a vu, qui ne tient pas la route.

L’effet d’entraînement et la banalisation

On a vu que le « dogpiling » est caractérisé par un rapport de force : c’est une attaque de meute. Elle vise à blâmer. Elle est souvent le fait d’activistes (clans), Le dogpile peut sévir par salves et a la particularité d’entraîner dans son sillage l’auditoire : des internautes se joignent aux attaques, voire les amplifient : toujours plus d’attaques, toujours plus violentes, toujours plus déséquilibrées. La violence des attaques de groupe, l’incapacité ou l’impossibilité d’agir ou de répondre pour la victime, peut générer un préjudice important, au-delà même de la nature des blâmes. Le bâillon ainsi créer peut servir au final à intimider, stresser les victimes et générer un préjudice important, tout en banalisant la violence.

Ces comportements sont illicites, apprenons à les reconnaître et à les dénoncer.

Image d’en-tête : Online harassment – Source Wikipedia

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