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Au cinéma prochainement : « Pas de vagues » : une réflexion contemporaine sur ce qui forge la perception et l’opinion

Un film qui fait réfléchir sur les faits et la fabrique de l’opinion avec un François Civil très crédible dans son rôle de professeur qui subit une descente aux enfers

C’est une avant-première ce soir 22 mars à l’UGC Ciné Cité la Défense, et la salle est comble. Il faut dire que l’équipe du film est là pour une présentation de l’œuvre dont la sortie nationale est la semaine prochaine, dont le réalisateur Teddy Lussi-Modeste et l’acteur vedette François Civil. C’est toujours mieux que de visionner les pubs. Cette équipe assure une double promotion dans l’ouest parisien ce soir, puisque pendant la projection quasi simultanée au Pathé Levallois, elle y migrera pour un debrief avec les spectateurs.

Julien (François Civil) est un jeune professeur de Français au collège, et il a la vocation : il s’implique à fond dans son job et plein d’empathie, veut créer du lien avec ses élèves pour les faire progresser. Quelques élèves qui en ont besoin l’amènent à les prendre sous son aile, dont Leslie, une élève timide. Jaloux de ce traitement de faveur, certains camarades de classe vont se venger en propageant une rumeur appuyée par le grand frère de Leslie : Julien se voit accusé de mauvaises intentions à base de harcèlement sexuel. La mécanique implacable est lancée et c’est l’engrenage pour le prof comme pour l’élève. « Pas de vagues », parce que c’est le mot d’ordre de l’établissement pour éviter l’embrasement.

Le sujet fait immédiatement penser à un vieux films des années 60, « Les risques du métier », avec Jacques Brel dans le rôle de l’instituteur calomnié par des gamines de sa classe. Dans ce film d’André Cayatte, une fillette lance des accusations, d’autres suivent et il se voit finalement accusé de pédophilie, s’attirant la colère des habitants du village où il exerce. L’analogie peut continuer, avec le film et notre période actuelle sur la base du phénomène du #MeeToo : dans les deux films et ce phénomène social, c’est la spirale accusatoire infernale, avec la parole des accusatrices prises comme parle d’évangile, non remises en question dans un premier temps. Le statut de victime fait directement pencher la balance dans l’opinion avec une présomption de vérité qui sort forcément de la bouche de ceux qui se posent en victime. Le vieux film de Cayatte est tiré d’un livre basé sur une histoire vraie. Ici, c’est aussi le cas, étape livresque en moins : le réalisateur Teddy Lussi-Modeste a co-écrit le scénario sur la base de son histoire personnelle vécue en 2020 en tant que prof dans un collège de la région parisienne.
La faute de Julien est d’avoir été trop zélé et d’avoir voulu bien faire, s’ensuit la descente aux enfers. C’était sans compter sur la psychologie au sein des groupes, l’influence des uns et des autres, la recherche de buzz pour certains. À ce titre, la classe représente une petite société, elle a sa cohérence, ses croyances, et puis des individualités, des fragiles, des forts, des leaders et des victimes… ici on pense aussi bien sûr à Samuel Paty et Dominique Bernard.

Mais attention, le traitement du sujet n’a rien de manichéen, et pas du tout ce qui a pu être reproché au film sur les réseaux sociaux avant même sa sortie : la mise en cause de la parole des victimes. Le film n’est pas du tout moralisateur. Il nous amène à réfléchir sur la perception des événements, les points de vue personnels, le fait que la vérité n’est pas immuable, que parfois, chacun a sa vérité. C’est le cas de Leslie, qui ne cherche pas à mentir mais se retrouve perdue, influencée par le regard et l’avis des autres. Dans un monde binaire, on dira que Leslie est une menteuse, mais en fait il n’y a pas l’intention du mensonge, il y a une perception erronée qui amène à des contre-vérités. François Civil campe très bien le jeune professeur empathique et idéaliste, mais il n’est pas parfait non plus et on nous le montre. Bref, un film dans la nuance, ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus vendeur, mais ça fait réfléchir. On lui souhaite un franc succès.

Pas de vagues de Teddy Lussi-Modeste, avec François Civil, Toscane Duquesne, Shaïn Boumedine, Mallory Wanecque – Durée : 1h31. Sortie : 27/03/2024

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