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Cinéma : « Le temps d’aimer », un chemin indécis entre biopic et fiction

Présenté hors compétition du festival de Cannes 2023, un film qui est une belle reconstitution d’époque, romanesque et bien servie par Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste, mais qui pêche de par l’hésitation entre biographie et fiction

Par Fabienne Blum et Victor H.

Présenté au festival de Cannes 2023 en ouverture dans la sélection « Un certain regard » qui qualifie des films dont l’approche est originale, il s’agit du second long-métrage de Thomas Cailley, qui a connu un franc succès auprès du public et des professionnels (plusieurs Césars notamment) avec « Les combattants » il y a 10 ans. Ce dernier également été présenté au festival de Cannes, en 2014, pour la Quinzaine des réalisateurs. On y retrouve des thèmes du Règne animal comme l’instinct de survie, un monde peuplé de dangers un peu chaotique, une relation forte entre les deux héros, le décor naturel de la région sud-ouest que connaît bien le réalisateur.

Contrairement à son premier film, l’intrigue du film Le Règne animal n’a pas germé dans l’esprit du réalisateur même s’il en est co-scénariste avec Pauline Munier. C’est cette dernière, scénariste, qui en avait écrit le scénario lorsqu’elle était étudiante à la Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son), où elle a rencontré Thomas Cailley.

L’intrigue

Le film démarre au lendemain de l’après-guerre, en Bretagne. Madeleine a été tondue pour avoir une relation avec un soldat allemand d’où est né Paul, un fardeau qui semble lui peser pour reconstruire sa vie de mère célibataire, serveuse dans un restaurant de bord de mer. Elle rencontre François, qui, on le découvrira, a lui aussi son fardeau de vie, du même ordre. Ils ne se quitteront pas 20 ans durant dans un parcours de vie romanesque plein de péripéties.

Cette histoire, mélodrame assumé par la réalisatrice Katell Quillévéré, lui a été inspirée directement de l’histoire de sa grand-mère, qui lui a révélé très tardivement, à la fin de sa vie, un secret de famille bien gardé : son enfant né d’une relation avec un soldat allemand.

Un duo d’acteurs pertinent

Anaïs Demoustier est très convaincante dans le rôle-titre. Son jeu d’actrice, sobre et sensible et tout au naturel, nous fait vraiment croire au personnage de Madeleine, et à son évolution de l’après-guerre jusqu’aux années 60. On découvre tour à tour la jeune maman puis la mère assumée, l’amoureuse pure néanmoins parfois frustrée, la femme en recherche de séduction et d’elle-même.

Vincent Lacoste incarne pour sa part le jeune homme fragile et sensible accidenté de la vie, au sens propre (il boîte) et au figuré (homosexualité refoulée car un délit à l’époque). Timide et emprunté, son malaise est palpable.

Deux exclus de la société, un amour inconditionnel

Humiliés par la société et marqués dans leur chair, les deux héros vont se trouver malgré leurs différences et une attraction qui ne joue pas sur le registre de l’attraction physique, du moins pour François. Sera-ce dès lors suffisant ? Il faudra du temps, pour découvrir le secret de François, vivre de nouvelles épreuves, mais ce temps par forcément simple pour le couple va solidifier cet amour. Le temps d’aimer. Malgré les différences, malgré tout ce qui les sépare. Ce titre explicite est sans doute aussi un clin d’œil au film de Douglas Sirk, « Le temps d’aimer et de mourir » (1958), là aussi une romance sur fond de guerre et d’adversité.

Reconstitution de tableaux d’époques variées

Film d’époque à travers quelques décennies, les images et ambiances sont plutôt réussies, des costumes aux décors souvent naturels, en particulier le littoral côtier : plages, hôtels et restaurants touristiques tournés dans des écrins bretons : Locronan et Douarnenez ainsi que Dinard. Se retrouvant tenanciers d’un bar, Madeleine et François nous font naviguer dans des atmosphères d’après-guerre réussis.

Flottements entre histoire vraie et scénario multidirectionnel

Tous les ingrédients d’une réussite sont donc là. Pourtant, on est parfois perdu pour comprendre la logique du scénario et plus précisément ou Katell Quillévéré veut nous emmener. On a l’impression qu’elle a voulu raconter l’histoire de sa grand-mère, mais elle nous dit que ce n’est que le point de départ d’un scénario de fiction co-écrit (avec Gilles Taurand). Il y a quelques flottements dans le scénario dont certains éléments paraissent superflus, on ne saisit pas toujours où la réalisatrice veut nous emmener, entre l’histoire du couple avec le soldat américain et la relation de Madeline avec son fils. Il faut dire qu’il y a beaucoup de thèmes abordés, des humiliations de la vie aux personnages qui se cherchent et cherchent leur place dans la société. On aurait voulu mettre cela sur le compte d’une tentative d’être fidèle à une histoire vécue mais ce n’est donc pas le cas.

On en ressort avec les belles performances des acteurs, une belle romance au style classique sur base de fresque historique, de beaux décors, et une impression troublante.

La multitude de thèmes abordés perd un peu le spectateur et l’on s’interroge sur le principal message qu’a voulu faire passer la réalisatrice ; Il est difficile de s’attacher aux personnages et finalement le film n’émeut guère. Dommage il y avait pourtant de bons ingrédients et une bonne base de départ.

« Le temps d’aimer », un film de Katell Quillevéré avec Anaïs Demoustier, Vincent Lacoste, Morgan Bailey, Paul Beaurepaire – Durée : 2h05

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