« Comptes parodiques » sur Twitter : règles et étude de cas d’actualité

Faire vivre un « compte parodique » sur Twitter est possible mais qu’est-ce que cela englobe et quelles sont les règles à respecter ? L’occasion également d’une étude de cas litigieuse.

Des comptes parodiques sur les réseaux sociaux, on en connaît tous. Comme nous nous intéressons au cas de Twitter qui est la plateforme où l’association Citizen4Science, l’éditeur de Science infuse est amarrée historiquement pour sa veille des réseaux sociaux, jetons un coup d’œil sur la

« Politique en matière de comptes parodiques, de commentaires et de fans » de Twitter

On constate dans le titre que cette politique identifie trois groupes de comptes selon l’objectif, le point commun étant que les comptes concernés décrivent et parlent « d’une autre personne ou organisation ou un autre groupe ».
Mais tout d’abord, attardons nous sur un principe fondateur pour tous les comptes concernés ici.

La base : ne pas susciter tromper ou susciter la confusion du le public

« Il est interdit de se faire passer pour des personnes, des groupes ou des organisations dans le but d’induire les autres utilisateurs en erreur, de les confondre ou de les tromper. Vous ne devez pas non plus utiliser de fausse identité susceptible de perturber l’expérience des autres utilisateurs de Twitter.« 

Ainsi, que ce soit intentionnel (tromper) ou pas (confusion), tout créateur de compte doit faire en sorte que l’utilisateur ne puisse confondre le compte en question avec un ou des autres comptes non « parodiques ». On notera que cette notion s’entend au sens large, au moyen de l’expression : « ne pas perturber l’expérience des autres utilisateurs » : cela signifie que les utilisateurs ne doivent pas être susceptibles de faire la confusion dans leur usage courant de la plateforme, sans avoir à faire preuve d’une vigilance particulière.


Trois types d’usage

a) Comptes parodique
Ce sont des comptes satiriques, pour s’amuser ou se moquer de tiers nommément désignés.
Voici un exemple de compte parodique très à la mode, celui de la femme politique Sandrine Rousseau.

b) Comptes de fans
Voici l’exemple d’un compte de fans de l’acteur Ewan McGregor.

c) Comptes de commentaires
Voici un compte de commentaires sur l’ex président américain Donald Trump.

Quelle que soit la catégorie, la politique rappelle le principe de base :  « Si ces comptes peuvent utiliser des éléments d’une autre identité, ils indiquent aussi clairement dans leur profil qu’ils ne sont pas affiliés à leur objet, en ajoutant certains mots. »

et en outre :

« Pour éviter de semer la confusion dans l’esprit des autres utilisateurs quant à leur affiliation, les comptes parodiques, de commentaires ou de fans doivent bien se différencier À LA FOIS dans leur nom et dans leur biographie. » « Un compte peut intégrer dans son nom un mot tel que « parodie », « faux », « fan » ou « commentaire », par exemple. Cela doit être fait d’une manière qui puisse être comprise par le public cible. »

Étude de cas d’actualité

L’attention de Citizen4Science a été attirée par un compte récent car son compte institutionnel a retweeté par inadvertance l’une de ses publications, croyant à tort qu’il s’agissait d’une publication officielle via le compte du ministère de la Santé. Le cas a été discuté en modération et le retweet supprimé pour éviter de leurrer d’autres personnes.

Voici à gauche le compte en question, qui se dit « parodique » du compte officiel à droite :

Le compte indique bien le mot parodique, et dans son nom il est indiqué ministère « Déserté ». En outre, le compte a explicitement fourni sa démarche dans un « communiqué de presse, dont voici la conclusion explicite, après avoir argumenté que le ministère de la Santé ne faisait pas son travail en particulier en termes de communication :

Plusieurs problèmes surgissent dès lors, sur le fond et la forme.

Un compte purement activiste et alternatif à son modèle

Nous avons passé en revue l’activité du compte @santegouv_alt.

  • déclarations de reproches envers l’action et la communication du ministère de la Santé
  • interactions ou prise à parti de comptes gouvernementaux pour critiquer leur communication et la rectifier, qu’il s’agisse de ministères (Santé, Économie par exemple) ou de membres du gouvernement (Première ministre par exemple)
  • Diffusion de messages de santé publiques personnels alternatifs
  • Retweets et promotion de comptes « amis » de la veine « activistes alarmistes »

Il s’agit donc d’un compte très sérieux au ton grave, engagé dans l’activisme. Nulle trace dans sa communication de satire, de parodie ni même d’humour.
Il ne s’agit pas non plus bien évidemment d’un compte de fans, ni de commentaires vu son niveau poussé d’interaction et de prise à parti de cibles dont son « modèle » le ministère de la Santé.

Finalement, comme l’indique sa présentation, et comme indiqué dans son tag de profil : il se veut être un compte alternatif à celui du ministère de la santé, afin de communiquer à sa place et de véhiculer ses propres idées.

Confusion attestée, et ignorée

Plusieurs internautes ont attesté de la confusion évidente qu’entretient ce faux compte de ministère de la santé, outre celui de Citizen4Science :

Etonnamment, le compte activiste a bloqué tous ceux qui mettaient en garde, et a ensuite continuer à ignorer les remarques d’autres utilisateurs Twitter :

Un leurre évident si l’on ne fait pas l’effort de consulter le profil du compte activiste

Le compte activiste a pris soin de mettre des signes distinctifs sur son profil et d’afficher son objectif : être un compte alternatif à celui du ministère de la Santé.

Néanmoins, il est trompeur en usage courant car sur les fils d’actualités, les messages s’affichent émanant des comptes suivants :

En haut l’en-tête du message du compte alternatif, en bas celui du compte du ministère

À cette remarque essentielle, le compte alternatif répond que ce leurre est en quelque sorte bienvenu car il serait éducatif :

Une justification discutable car autorise de tromper le public, et ce même « pour la bonne cause ». Ici, nous nous permettons de revenir sur une dérive récurrente de certains internautes qui pensent pouvoir passer outre des règles de droit et d’usage parce qu’ils considèrent que leur combat est noble. Citizen4Science dénonce cet état d’esprit inquiétant que l’on retrouve par exemple s’agissant de harcèlement de meute sur les réseaux sociaux.

À Propos de leurre du public avec les comptes parodiques, il y a quelques années le directeur de la rédaction du Gorafi, meneur en matière de parodie en France, confiait au site Grazia.fr :
« Au Gorafi, nous n’avons jamais eu besoin de préciser que nous étions un compte parodique. Si tu dois le faire, c’est qu’il y a quelque chose de tendancieux.« 

Rappelons que « l’expérience utilisateur » telle que décrite dans la Politique sur les comptes parodiques » de Twitter est un élément clé : ce que l’on voit dans sa « trendline » ne doit pas tromper, au-delà des mentions du profil qu’il faut aller chercher, ce qui est une démarche qui intervient uniquement en cas de doute.

En tout état de cause, la réaction épidermique de blocage immédiat et de fin de non-recevoir de remarques pertinentes sur le leurre du public est regrettable de la part de ce compte alternatif.

L’usage de l’identité visuelle de la marque de l’État comme élément subsidiaire

Les ministères, secrétariats d »État, services déconcentrés ou à l’international, et toute autre entité ministérielle se doivent d’appliquer une charte graphique très minutieuse selon l’usage.

Pour les réseaux sociaux, il existe un avatar unique capitalisant sur la Marianne tricolore en vue d’une harmonisation forte de la sphère ministérielle et afin d’assurer du premier coup d’œil que le public puisse identifier une communication officielle. Evidemment, cet avatar n’est pas modifiable.

On comprendra dès lors aisément que son utilisation comme avatar pour un compte parodique, et encore pire, activiste alternatif pose un réel problème.

Extrait charte graphique ministérielle – réseaux sociaux

Nous ne pouvons donc que recommander au compte activiste alternatif de faire le nécessaire en changeant d’avatar.

Le dernier mot sera celui d’un utilisateur Twitter :

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