Dépression atypique, dépression souriante : des dépressifs qui s’ignorent et souvent ignorés

La dépression est souvent associée à une image stéréotypée , cela peut entraîner une prise en charge inadaptée de dépressions pourtant très répandues, voire un défaut de prise en charge

Des dépressifs qui s’ignorent, parce qu’ils ne se pensent pas malades. Des dépressifs qui laissent leur cercle familial perplexe et dans le désarroi. Un entourage qui ne soupçonne rien face à une personne gaie, chaleureuse et à l’écoute des autres.

La dépression, celle où l’on est triste en permanence, voire mélancolique, où l’on ne réagit plus aux événements et stimuli positifs, ou l’on s’isole et se coupe du monde, c’est le tableau typique. Mais savez-vous que de très nombreuses dépressions, tout aussi majeures, sont « atypiques » ? C’est le terme médical, mais on parle de plus en plus souvent dans ce groupe, de « dépression souriante », une terminologie qui nous vient d’outre-Atlantique (« smiling depression ») . Vous l’avez compris, c’est une forme de dépression dans laquelle on n’est pas triste en permanence, dans laquelle on ressent une succession de hauts et de bas, où la personne atteinte est capable de passer des bons moments dans des conditions favorables : sorties, événements heureux, au point de ne rien laisser transparaître de son état mental dégradé pour l’entourage. Passé les interludes de convivialité agréables, le mal-être revient. Il ne s’agit pas de trouble bipolaire mais certainement de dysthymie (trouble de l’humeur).
Le terme de dépression atypique porte mal son nom : du point de vue fréquence il se trouve que les dépressions atypiques sont parmi les plus courantes. En outre elles ne sont pas moins dangereuses que les autres, notamment en ce qui concerne les pensées et le risque suicidaires. Il est à noter que les femmes sont plus concernées par la dépression atypique que les hommes.

Symptômes de la dépression atypique

Une humeur RÉACTIVE !

C’est un point essentiel. En cas d’événement positif et agréable comportant des relations sociales avec des personnes appréciées et/ou attentionnées, des mots gentils, des marques d’affection : l’humeur de la personne s’améliore. C’est un critère obligatoire de la dépression atypique selon le DSM 5, la « bible » officielle des troubles psychiatriques.
C’est parfois cela qui est déroutant pour les proches qui vivent au quotidien avec une personne atteinte de ce type de dépression. Cela peut leur faire croire que la personne simule ou ment dans certaines situations où elle paraît normale ou positive. Pourtant, elle vit et ressent sincèrement et de façon positive ces instants d’interaction et de partage, donne elle-même et d’elle-même en retour. Si les événements extérieurs positifs se prolongent, la personne peut même se maintenir longuement en situation favorable, oubliant ses problèmes intérieurs. D’ailleurs, peut-être, est-ce en partie le travail sur cette « ouverture » d’humeur réactive la clé d’une prise en charge thérapeutique fructueuse.

Pour l’entourage qui n’est pas dans la confidence de ce mal-être lié à une dépression atypique , la maladie et sa gravité peuvent être complètement indécelables. et sa révélation le moment venu parfaitement incompréhensible.

2 symptômes au moins parmi : prise de poids, hypersomnie, lourdeur dans les membres, sensibilité au rejet

Les problèmes d’appétit et de sommeil se retrouvent souvent dans la dépression majeure. Dans le sens de l’augmention ou de la réduction. Mais généralement, dans la dépression typique on fait face le plus souvent à l’anorexie et à l’insomnie. C’est donc ici le contraire de la dépression atypique. C’est pourquoi prise de poids associé à excès de sommeil, ou même endormissement facile dans certaines circonstances au repos doivent alerter.
Une sensation de lourdeur dans les bras et/ou les jambes est fréquemment retrouvée.
Une autre caractéristique fréquente est la sensation de rejet dans les relations. Les personnes touchées ont assez souvent la sensation de manquer d’attention.

Absence des caractéristiques de la mélancolie

L’humeur réactive décrite comme caractère essentiel de la dépression atypique s’oppose à celle de la dépression mélancolique, dans laquelle l’humeur reste constamment triste quel que soit les stimuli extérieurs. Comme on l’a vu, les personnes concernées par la dépression atypique peuvent sembler heureuses.

Bien évidemment, le désespoir sous-jacent existe mais est masqué. Il y a souvent un sentiment de culpabilité face à ces symptômes dépressifs, une dévalorisation de soi, de la honte de les éprouver, et donc un masquage ou un refus de les reconnaître et de les accepter en tant que tels. Il n’y a ainsi pas de plainte formulée à l’entourage. Si cela survient, si des idées noires sont exprimées, il faut réagir immédiatement.

La persistance d’un élan vital qui appuie le risque du pire

Les dépressions atypiques ne sont pas moins graves que les autres. Elles peuvent tout autant mener aux pensées suicidaires avec passage à l’acte. On peut voir un paradoxe dans le fait que les personnes sont affaiblies par leurs pensées dépressives, leur désarroi et leur tristesse intérieure et le fait qu’elle ont suffisamment d’élan vital pour « sourire » passer d’excellents moments lors d’événements positifs, et de force de caractère pour aller jusqu’à la tentative de suicide en l’absence de prise en charge à temps ou de façon adéquate. La dépression, atypique ou non, n’est pas une fatalité ou un processus inexorable. On en guérit le plus souvent si la prise en charge est la bonne.

Traitement

Certaines classes pharmacologiques d’antidépresseurs semblent plus adaptés à la dépression atypique (comme les inhibiteurs de la monoamine oxydase), d’où l’importance du diagnostic différentiel d’avec la dépression typique. De même, les thérapie cognitivo-comportementales peuvent apporter des bénéfices particuliers. Il s’agit de modifier des schémas de pensée en place, certaines réactions aux événements. Pour les proches, une clé pour aider pourra être de casser la routine dans laquelle la personne malade n’est pas bien en créant des événements positifs nouveaux et aussi de la rassurer et de la valoriser car il y a souvent une baisse importante de l’estime de soi, associée à une peur ou une sensation de manque d’attention, d’abandon. Bref, ll faut tendre la main en faisant éventuellement jouer son imagination pour casser la routine et ne pas laisser la personne s’enfermer dans son désespoir. Dans ce cadre, une bonne prise en charge psychothérapeutique peut être déterminante.

Nous parlerons dans un prochain épisode consacré à la dépression d’un traitement qui fait ses preuves chez les patients résistants aux traitements médicamenteux.

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