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Éditorial – 31/05/2023

Affaire Didier Raoult et l’hydroxychloroquine : l’art de recycler du neuf avec du vieux

À l’instar du Professeur marseillais déchu avec son hydroxychloroquine, qu’il n’a cessé au cours des dernières décennies de la présenter comme le vieux remède recyclable dans de nouvelles maladies infectieuse, le traitement médiatique le concernant est un éternel recyclage de neuf avec du vieux.
Les cycles de « lavage » se succèdent au gré des opérations de « fonds de commerce Raoult » sur les réseaux sociaux dont la raison d’être est de surfer sur la vague du retraité de l’IHU de Marseille. À coup de publications de réseaux sociaux dont ils sont les héros, ils ont la sensation d’une proximité illusoire avec les plus hautes sphères des autorités ou organismes de tutelle dont ils interpellent les comptes de réseaux sociaux de façon familière,
comme s’il s’agissait de collègues de travail ou de fréquentations au bar du coin. Ces concours d’interpellation rivalisent avec les posts où ils rappellent qu’aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, ils sont personnellement à l’origine du déballage de l’affaire Raoult, avec tel ou tel copain histoire de mutualiser l’action pour récupérer du « like » en profitant de l’algorithme de curation.
Mais que faisons-nous avec ce premier paragraphe ? Du neuf avec du vieux. Car nous avons déjà décrit ces surfeurs de vagues ancrés dans leur commerce éternellement recyclé dans un vieil éditorial de 2022.

Passons maintenant au vif du sujet à savoir Didier Raoult, à flot médiatique en permanence grâce aux précités qui l’entretiennent 24h/24 sur le devant de la scène. Le bougre sait parfaitement profiter ces antennes-relais : il est pour la plupart d’entre eux leur raison d’être sur les réseaux sociaux, exploitant leur soif de lumière pour nourrir la sienne. Chloroquine ou hydroxychloroquine, « vieux médicaments » comme il les qualifie, sont refourgués au gré de nouvelles indications pressenties, y compris le Covid-19. De par son utilisation continue dans cette indication par l’IHU de Marseille du tout début de la pandémie jusqu’à fin 2021, Raoult a publié sur cette expérience – illégale – au fil du temps, au gré de l’augmentation de sa population de malades à l’essai. Pour arriver à 30 000 patients passés par la potion dans son institut. Publications acceptés ou refusées, elles ont toujours été visibles sur le site internet de l’IHU ou sur des serveurs externes. C’est le cas de la dernière, visible sur un site de « pré-publication » (avant le stade de la validation), le couronnement de son étude sur les 30 000 patients.

Est-ce la goutte qui fait déborder le vase ? En l’espace de quelques jours, nous avons eu en réaction une tribune de 16 société savantes cosignée par le président de l’Académie des sciences qui appelle le gouvernement à prendre des mesures pour que ce type d’expérimentation chez l’homme, qualifiée de « sauvage » c’est-à-dire hors la loi et sans doute la plus grosse jamais réalisée hors cadre, ne puisse plus se reproduire. Elle en appelle aux autorités qui ont laissé faire.

L’emballement du neuf avec du vieux n’a pas traîné avec une presse reprenant massivement la tribune – car si Raoult est une valeur sûre pour se vendre et jouer les héros sur les réseaux sociaux, il fait aussi vendre du papier dans la presse.

Tant de signataires experts, cela donne un certain poids, qui a fait réagir le sénateur Bernard Jomier l’amenant à le procureur de Marseille. Oui, ce n’est pas nouveau, une saisie a déjà eu lieu en 2022 déclenchée par l’ANSM, mais le sénateur pense qu’elle ne portait pas sur l’ensemble des faits reprochables à l’IHU Marseille.

Hier, le gouvernement a réagi considérant la nouvelle pré-publication de Raoult comme une provocation et ce matin la justice a fait une perquisition à l’IHU relativement à la documentation de l’essai clinique non autorisé. Un remake car perquisition il y a déjà eu mais il faut bien compléter le dossier avec les derniers éléments portant sur 30 000 personnes inclus dans la recherche.

Et devinez le dernier volet de neuf avec le vieux ? Et bien le retour du jeune retraité sur les plateaux TV, longuement interrogé sur BFMTV ainsi que guest star de Cyril Hanouna. Entraînant les petits commerces Raoult sur réseaux sociaux à activer leurs antennes-relais frétillantes, pour toujours plus de Raoult sur les ondes. Cela fait plus de 3 ans que cela dure. Assurément, la machine à laver médiatique Raoult ne bénéficie pas du dispositif d’obsolescence programmée, pour son plus grand plaisir et celui de ses fonds de commerce.

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