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La ministre de la santé fraîchement nommée Agnès Firmin-Le Bodo rattrapée par l’affaire de la fraude massive des laboratoires Urgo

C’est Mediapart qui a vendu 21 décembre la mèche de son implication dans la fraude massive du laboratoire. Le media communique une liste de 20 000 euros de cadeaux de luxe qu’aurait reçu la politique alors pharmacienne d’officine. Les cadeaux des labos aux professionnelles de santé est interdite.

Il s’agit d’une fraude massive des laboratoires URGO découverte après enquête de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui a valu plus d’un million d’euros d’amendes au contrevenant en tout début d’année. Le système avait fait l’objet d’un article sur Science infuse le jour-même pour expliciter le système mise en place par la firme depuis 2015, qui offrait des avantages en nature à ses clients pharmaciens acceptant de renoncer à leur remise commercialise annuelle. Nous y annoncions le second volet de l’enquête, à savoir auditions et perquisitions chez les pharmaciens « partenaires » de cette fraude.

En effet, cette fraude ne serait restée que vaine tentative si les pharmaciens sollicités pour recevoir des cadeaux étaient restés intègres et n’avaient pas accepté. Rappelons que les cadeaux des laboratoires pharmaceutiques aux professionnels de santé sont interdits par la « loi anti-cadeaux » depuis 1993. Ce dispositif anti-corruption n’a fait que se durcir depuis lors.

Pharmaciens objets d’enquête, dont Agnès Firmin le Bodo

C’est au moyen d’audiences pénales de reconnaissance des faits, de perquisitions et gardes à vue que les pharmaciens d’officine ayant cédé à la fraude d’Urgo sont poursuivis en retour. Dans ce cadre, nos confrères de Mediapart ont enquêté et découvert qu’Agnès-Firmin faisait partie des pharmaciens soupçonnés d’avoir profité du système pervers et illégal mis en place et utilisé pendant de nombreuses années par le laboratoire pharmaceutique. Plus encore, les journalistes de Mediapart se sont procurés une liste des cadeaux qu’elle aurait reçus, d’une valeur estimée à 20 000 euros comprenant notamment des montres de luxe, des iPhone et centaines de litres de champagne et vins. Ces cadeaux lui auraient été remis au moyen de 21 livraisons entre 2015 et 2020 :

Facteur aggravant, la ministre n’a jamais déclaré ses cadeaux à l’administration. Et pour cause ?

Selon Mediapart, elle figure parmi les plus gros bénéficiaires d’avantages illégaux dans l’affaire Urgo.

La peine encouru par les pharmaciens concernés peut aller jusqu’à un an de prison et 75 000 euros d’amende.

Démission en vue ?

Agnès Firmin-le Bodo vient d’être nommée ministre de la Santé et de la Prévention par intérim suite à la démission d’Aurélien Rousseau (en raison de son opposition à la loi anti-immigration récemment votée). Si les griefs sont avérés, une démission n’est pas improbable. D’ailleurs, le ministre des comptes publics déclarait ce vendredi matin sur France Info : « l’exemplarité est absolument indispensable, non négociable« 

Ce vendredi matin elle confirmait être visée par une enquête au micro de France Bleu Normandie :  » Dans le cadre de ma fonction de pharmacien, effectivement, une enquête est en cours. Permettez-moi de réserver les échanges que je devrai avoir avec les autorités compétentes dans les jours suivants ».
On le savait déjà la veille au soir par le procureur de la République du Havre (où est localisée la pharmacie de la ministre, et où elle était encore active au plus fort de la crise sanitaire du Covid-19 en 2020) interrogé par l’AFP, au titre de “perception non autorisée par un professionnel de santé d’avantages procurés par une personne produisant ou commercialisant des produits sanitaires”.

Épinglée par l’association Citizen4Science pour son soutien actif à l’association lobbyiste ‘Agence des MCA’

Citizen4Science, association d’information et de médiation scientifique éditrice de Science infuse, est engagée depuis 2020 dans la lutte contre la pseudoscience et à ce titre, elle a dénoncé le soutien actif d’Agnès-Firmin le Bodo pour faire de l’association qui promeut les pratiques de soin non éprouvées, une agence gouvernementale. Plusieurs articles sont consacrés à ce sujet dans nos colonnes.

Pour reprendre une formule récurrente du compte de veille sur Twitter (aujourd’hui X) @Citizen4Sci : « La blouse blanche ne fait pas le moine », même si elle séduit en politique.

À l’heure où nous bouclons cet article, la ministre venait de se manifester sur le réseau social X (anciennement Twitter) avec publication de photos d’elle-même au ministère.

Vendredi, on pouvait noter aussi la publication d’un décret qui apparaît comme consécutif aux révélations de Mediapart, déchargeant Agnès Firmin-Le Bodo de la gestion des actes de toute nature ayant trait à l’organisation et au statut des pharmaciens titulaires d’officine au profit de la Première ministre.
Voilà qui génère une organisation surprenante où la ministre de la Santé ne gère pas une profession de santé essentielle.

Image d’en-tête : photo officielle d’Agnès Firmin le Bodo : source : gouvernement – dessin de presse de LeBecq – tous droits réservés

Mise à jour : 23/12/2023 – ajout de la peine encourue et du décret du 22 décembre

Pour aller plus loin

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