Le naufrage de Christian Perronne, convoqué à la chambre disciplinaire du Conseil de l’Ordre des médecins aujourd’hui

Le naufrage de Christian Perronne, convoqué à la chambre disciplinaire du Conseil de l’Ordre des médecins aujourd’hui

13 septembre 2022 0 Par Fabienne Blum

Un parterre d’admirateurs était présent pour le soutenir : complotistes, antivax, adorateurs de l’hydroxychloroquine et figures politiques d’extrême-droite comme Philippot et Dupont-Aignan

Le professeur Christian Perronne fut longtemps chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches dans les Hauts-de-Seine au sein de l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Mais très vite dans la crise sanitaire, il s’est mis à faire la paire avec son confrère de Marseille, le professeur Didier Raoult.

Une dérive que j’avais pour ma part, à titre personnel à l’époque, pointée dès juin 2020 voyant Christian Perronne s’acoquiner avec Didier Raoult et présenter une étude clinique fumeuse bourrée de biais méthodologiques pour promouvoir la chère hydroxychloroquine du chef de l’IHU Marseille.

Thèses douteuses sur la maladie de Lyme et fervent défenseur de l’Artemisia

À propos de l’hydroxychloroquine, il l’a donc préconisée pour le Covid pour affirmer qu’elle « aurait pu éviter 25 000 morts en France », mais aussi pour la maladie de Lyme. Car Christian Perronne défend, en marge de la communauté scientifique et sans preuves cliniques, une thèse selon laquelle il existe une forme chronique de la maladie et que le traitement standard (quelques semaines d’antibiotiques) ne suffit pas : il faut un traitement sur le long terme et dans ce cadre l’hydroxychloroquine a une place de choix.

Pour l’Artemisia, il est convaincu de son efficacité en tisane pour traiter différentes maladies infectieuses graves dont le paludisme et a publié des études discutables d’ailleurs rétractées (données manipulées) pour soutenir sa thèse.

Sur les deux sujets Lyme et Artemisia, Perronne est impliqué dans des associations qui défendent ses thèses.

Complotisme

Ce qui est également marquant et inquiétant, c’est la dérive complotiste du Pr Perronne.
Pour la maladie de Lyme, il va jusqu’à prétendre qu’il s’agit d’un complot, une maladie créée de toute pièce par un scientifique nazi aux États-Unis, près d’une ville appelée justement Lyme, Il a d’ailleurs écrit un livre : « La vérité sur la maladie de Lyme », à propos de ce que serait le scandale d’un vaste complot planétaire.

Pour pointer l’ironie de cette affaire concernant la paire Raoult-Perronne, dans le tweet de droite ci-dessus, en juin 2020 je republiais sur Twitter un article de Didier Raoult datant de 2016, qui moquait la thèse farfelue de Christian Perronne sur les « tiques nazies » :

Le Pr Raoult évoquait notamment une « épidémie d’informations non vérifiées s’opposant à l’EBM »[Evidence-Based Medicine, Médecine basée sur les preuves, ndlr].
Cette déculottée n’a pas empêché Christian Perronne de soutenir par la suite son confrère pendant la pandémie.

Il a embrassé les nombreuses théories du complot qui ont fleuri pendant la cris sanitaire : le vaccin est une thérapie génique, des médecins ont laissé mourir des patients atteints du Covid par milliers, corrompus par « Big Pharma ». Ces propos successifs motivent sa convocation par l’Ordre des médecins.

Un soutien du syndicat FO (Force Ouvrière) des médecins hospitaliers

Le site de l’association BonSens a publié cette semaine un communiqué du SNMH-FO adopté à l’unanimité, qui affirme que Christian Perronne est inquiété uniquement « pour s’être opposé à la médecine d’Etat« . Il est question de liberté de prescrire et d’indépendance professionnelle, selon une lecture du code de déontologie médicale que l’on pourrait discuter, mais ce n’est pas l’objet de cet article.

Pour les personnalités politiques d’extrême-droite en soutien, citons à titre d’exemple ce tweet de Florian Philippot :

Quelles sanctions ?

Christan Perronne a déjà été démis de ses fonctions à l’hôpital de Garches. Les sanctions disciplinaires par le Conseil de l’Ordre peuvent aller du simple avertissement à l’interdiction temporaire ou définitive d’exercer (radiation) en passant par le blâme.

Image d’en-tête : montage photo parodique issu de l’affiche du film « Mon nom est Personne »

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