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« Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar au théâtre de Poche Montparnasse

Tout de suite à l’avant-scène le socle de ce qui fut, sans doute, une orgueilleuse colonne et qui ne peut plus guère servir que de bassin pour les ablutions, quelques ruines et les reliquats d’une armure. Et puis, de partout éparpillées sur le sol, des dizaines de feuilles d’arbre de couleur dorée, tout à la fois défuntes et précieuses, comme si quelque plante rare s’en était venu se répandre et ne plus exister, pour nous, que sous la forme de bribes. C’est dans ce décor de fin de monde qu’il s’avance lentement, lui, venu du fond de la salle, alors que le brouhaha des spectateurs s’installant vient à peine de se calmer.

Lui, c’est l’Empereur Hadrien, grand corps à la limite de s’éteindre, encore digne de par sa puissance de naguère, riche de tout son orgueil d’humain qui s’est vanté d’être un Dieu, et qui va, durant une heure quinze, nous confier le récit de ses errances et de ses questionnements, depuis la naissance en Espagne, les années heureuses en Grèce, la formation à la fois philosophique et militaire, l’amitié de Trajan, les missions en Orient, le sacre, les campagnes perpétuelles, l’amour d’Antinoüs et la fondation du Panthéon de Rome.

C’est Jean-Paul Bordes, avec sa belle voix grave mais en permanence fragile comme si elle risquait à tout moment de se briser, qui incarne l’Empereur et qui nous distille la prose magique et profonde de Marguerite Yourcenar. Pour tout accessoire de scène, il dispose d’une grande toile peinte sur laquelle est représenté le monde, tout le monde alors connu, le « Mare nostrum », toile qu’il va dérouler, dévoiler, étaler, comme si l’Empereur jouait avec l’univers, ce qu’il fit, réellement.

Ce grand récit est une histoire de vanité, vanité de la vie et vanité des hommes. Toute sa vie durant, tout au long de son règne, Hadrien eut le permanent souci d’établir, ou rétablir, la paix dans son Empire, sans jamais pourtant y parvenir. C’est que, Marguerite Yourcenar nous le rappelle par la voix d’Hadrien, les règles et les lois ne sauraient correspondre à l’étouffante multiplicité des désirs humains.

Hadrien est désormais seul, à ressasser, à pleine mémoire, ses souvenirs d’Empereur qui fut souvent désillusionné, et, devant nous, il se livre à l’ultime toilette, au sens réel du terme (l’eau, les crèmes, les parfums) et au sens moral (ce récit qu’il entreprend) afin de pouvoir « entrer dans la mort les yeux ouverts ».

Ce grand récit s’achève sur le constat que, par-dessus tout, la culture est primordiale, la culture et tous les délicieux instants qui constituent l’essence même de l’existence et que nous fournissent la nature, le ciel, la mer, le temps.

Mémoires d’Hadrien est une magistrale leçon d’humilité et de philosophie stoïcienne, leçon dont notre société ne saurait se passer.

Du 19 Mars au 24 Mai 2025 – du mercredi au samedi à 19h – durée : 1h10

Avec Jean-Paul BORDES
Mise en scène et adaptation : Renaud MEYER
Lumière : Jean-Pascal PRACHT
Création sonore : Bernard VALLERY
Scénographie : Marguerite DANGUY DES DÉSERTS
Costume : Mine VERGÈS
Photographies : Alejandro GUERRERO

Théâtre de Poche Montparnasse :- 75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris

Du mardi au samedi à 19h – Dimanche à 15h

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