Qu’est-ce que le sémaglutide (Ozempic®), un médicament antidiabétique détourné comme anorexigène (coupe-faim) pour perdre du poids ?

La promotion sur les réseaux sociaux de ce médicament auto-injectable sur prescription met en danger le public et les patients diabétiques qui font face à une pénurie

Elon Musk avait fait en avril dernier la publicité sur le réseau Twitter en avril, réseau social qu’il a acquis et où il a aujourd’hui plus de 122 millions de suiveurs. Il avait déclaré : « le sémagllutide (Ozempic®/Rybelsius®) apparaît efficace pour contrôler l’appétit avec des effets secondaires mineurs » comme commentaire à un article sur son implant Neuralink qui évoquait sa potentielle utilisation future l’utiliser pour traiter l’obésité morbide. Il se vante d’avoir perdu 13 kg grâce au médicament.

Aujourd’hui, les autorités sanitaires (via l’ARS Occitanie) a alerté sur la promotion dangereuse par d’autres influenceurs de ce médicament sur prescription strictement réservés aux malades atteints de diabète de type 2. Ces influenceurs et public engagé sévissent notamment sur le réseau social TikTok, faisant état de leurs performances de perte de poids avec même des séquences filmés sur le mode d’utilisation du médicament. Les hashtags dédiés comptabilisent plus de 330 millions de vues.

Le fléau du diabète de type 2

Ce type de diabète est appelé ainsi pour le distinguer du diabète de type 1, maladie génétique qui nécessite l’injection d’insuline à vie dès le plus jeune âge.
Le diabète de type 2 (dit « sucré ») est d’apparition plus tardive, à l’âge adulte, sous-tendu par des mécanismes auto-immunitaires qui affectent le pancréas qui produit l’insuline et permet l’absorption du sucre dans le sang. Une glycémie (taux de sucre dans le sang) trop élevée provoque des lésions importantes dans l’organisme et des maladies invalidantes au fil du temps.

Une personne sur dix est atteinte de diabète et presque la moitié des personnes atteintes l’ignorent. Le traitement médicamenteux est essentiel pour maîtriser l’hyperglycémie dévastatrice et au-delà des insulines différentes classes pharmacologiques de médicaments existent, aux modes d’action différents. La prise en charge non médicamenteuse (exercice, régime alimentaire, etc) est aussi essentielle.

Il est à noter que dans le diabète de type 2, le poids est un défi majeur et l’obésité un facteur de risque. On cherche donc dans le cadre de la prise en charge de ces patients à maîtriser le poids corporel et le risque d’obésité.

Différentes présentation du stylo auto-injecteur Ozempic® – Source Novo Nordisk

Le sémaglutide est une hormone synthétique qui agit sur les cellules du pancréas

Cette molécule fait partie d’une nouvelle classe de médicaments antidiabétiques. Sans rentrer dans le détail du mécanisme d’action, Ozempic agit comme l’hormone naturelle GLP-1 (« glucagon-like-peptide 1 ») qui stimule la production d’insuline par le pancréas. Elle ralentit également la vidange gastrique et réduit la sécrétion de glucagon qui lui, est une hormone qui augmente la glycémie. Ainsi ce médicament permet d’améliorer le contrôle de la glycémie et le fonctionnement des cellules du pancréas qui sécrètent l’insuline, et induit une perte de poids par action sur la sensation de faim et la satiété.
Le médicament est indiqué uniquement dans le diabète, et dans des conditions précises, à raison d’une injection hebdomadaire au moyen d’un stylo injecteur, qui est une seringue préremplie que le patient peut s’administrer lui-même par voie sous-cutanée. Il est à noter qu’Ozempic est utilisé en association avec d’autres antidiabétiques et prescrit en deuxième ou troisième ligne de traitement (pas d’emblée).

La Haute autorité de santé a émis il y un an un avis suite à demande de réévaluation d’Ozempic dans lequel il recadre le médicament dans la stratégie de traitement antidiabétique par analogues du GLP-1 et propose les stratégies médicamenteuses suivantes en complément de l’exercice et du régime alimentaire :

Extrait avis de la HAS, août 2021

Liraglutide, sémaglutide et obésité

Ozempic® (sémaglutide) a un grand frère, le liraglutide (Saxenda®). Il est déjà commercialisé depuis 2015 dans le traitement du diabète de type 2 et a obtenu plus récemment une autorisation de mise sur le marché dans l’obésité et le surpoids à condition de présenter au moins une comorbidité avec risque cardiovasculaire. Mais, les effets indésirables des ces deux molécules, à type de nausées et diarrhée principalement, mais pouvant être graves (pancréatite, lithiase biliaire, hypoglycémies notamment), avec un bénéfice à mettre en balance : 5 % de perte de poids pour une injection quotidienne contraignante pour le liraglutide, avec reprise de poids à l’arrêt du traitement, amènent à réfléchir sur le rapport bénéfice/risque du médicament dans l’obésité.

Synthèse des études cliniques du liraglutide par Jean-Paul Thissen, service d’endocrinologie, Clinique universitaire Saint-Luc, Louvain, Belgique

Ainsi l’intérêt de cette classe de molécules dans le traitement de l’obésite hors diabète doit être évaluée sur le long terme, et l’on manque actuellement de recul, et sachant que des études cliniques sont en cours dans l’obésité pour le sémaglutide. Ce médicament n’est donc pas autorisé en France dans l’obésité.

Pénurie en pharmacie

Ozempic a été prescrit pour la perte de poids par des médecins peu scrupuleux, hors autorisation, s’arrogeant donc cette fameuse « liberté de prescrire » que certains ont défendu dans la crise sanitaire. Des tensions d’approvisionnement s’ensuivent en raison de la forte demande, comme l’a annoncé le fabricant, le laboratoire pharmaceutique Novo Nordisk, avec des délais pouvant aller jusqu’à mars 2023 dans certaines régions du monde. Le problème de la prescription et de l’utilisation hors autorisation est une chose, la privation des patients diabétiques qui ont des ordonnances en bonne et due forme en est une autre, particulièrement inquiétante. On l’a vu, les patients concernés souffrent d’une affection grave et s’ils sont sous traitement par Ozempic, c’est parce qu’ils sont à risque cardiovasculaire notable et risquent donc un accident cardiovasculaire s’ils ne peuvent plus prendre leur traitement.

Image d’en-tête : dessin de presse de LeBecq pour Science infuse – tous droits réservés

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