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Exposition très temporaire ‘Le trésor retrouvé du Roi-Soleil’ au Grand Palais

En ce début février, le Grand Palais nous convie à un spectacle des plus rares, l’exposition d’un chef d’œuvre que nul, jusqu’à présent, n’a pu contempler comme nous pouvons le faire, pas même celui qui en fut le commanditaire : le Roi Soleil lui-même.

En 1668, Louis XIV règne déjà depuis vingt-cinq ans et sa réputation est internationale. Il est à la tête d’un véritable Empire que le monde entier lui envie et sa cour est des plus fastueuses. Ce qu’il ne possède pas, en revanche, c’est la modestie. Il va de soi, dans son esprit, que le Royaume de France est le nombril du monde, et lui, Louis XIV, rien moins que le plus grand Monarque que ce Royaume ait pu connaître. Reste à le faire savoir au reste de l’humanité.

Lorsque les ambassadeurs étrangers obtiennent une audience, ils doivent, en entrant au Louvre, et pour accéder au pavillon de Flore où se trouve le trône, parcourir les 440 mètres de la grande Galerie reliant le Louvre et les Tuileries. Et, puisque le protocole interdit qu’on tourne le dos au Roi, ils doivent également, en repartant, parcourir la même grande Galerie, les mêmes 440 mètres, et cette fois-ci en marche arrière. Alors, pour distraire les dits ambassadeurs le long de cet interminable couloir, le Roi, dans sa grande mansuétude, demande à Colbert de concevoir un immense tapis qui constituerait un décor total, à la fois les murs et le plancher, soit 4000 mètres carrés de dessins tissés, et qui dirait sa gloire, sa puissance, son faste et ses immenses qualités méconnues.

On achemine de la laine d’Angleterre puisqu’elle est alors considérée comme la meilleure au monde, et les Gobelins et la Savonnerie se mettent au travail pour réaliser ces 92 tapis qui, au final, n’en formeront qu’un seul et unique, à l’époque, et pendant longtemps, considéré comme le plus grand au monde.

Mais cette histoire est tout à la fois celle d’un chef d’œuvre absolu et celle d’un raté magistral, un rêve qui s’évanouit à peine réalisé, le fantasme de l’inutilité même : à peine le tapis est-il livré que la Cour de Louis XIV n’en a cure. Elle vient, cette Cour, de se déplacer au château de Versailles où, quel que soit l’espace dont on dispose, le tapis est désormais devenu inutile.

Du vivant même du Roi, l’œuvre est fragmentée, disséminée, dépecée. On en offre des morceaux, à l’un ou à l’autre, à titre de « cadeau diplomatique ». Les successeurs du Roi vont, eux aussi, vendre, prêter, donner, des bribes du grand tapis. On en retrouvera un peu partout, à Fontainebleau et dans différents châteaux, plus tard à L’Élysée. Les révolutionnaires de 1793 en vendront 50, Napoléon en rachètera 30. Et c’est tout : les 92 tapis de Louis XIV font partie de la légende.

Avant le grand Palais, la seule occasion de voir réunies certaines pièces fut la signature de l’Armistice de 1919. Encore n’était-ce, à l’époque, que 4 tapis seulement qui se trouvèrent exposés.

Les commissaires de l’exposition ont réussi à réunir un tiers environ de l’œuvre totale : sous la nef du grand Palais, ce sont 32 tapis qui se trouvent étalés pour le grand plaisir des curieux. Ils sont, pour certains, dans un état de conservation absolument parfait, puisque nul, pas même le Roi soleil, ne les a vus déroulés : une bonne partie d’entre eux dormait dans les réserves des Gobelins.

Outre l’excellence de la facture et des couleurs, on est confronté à un univers si exubérant qu’il en paraît invraisemblable. Tout ici n’est qu’ Angelots joufflus, naïades charmantes, dieux paternalistes ou sphinges épanouies. Tout n’est que paysages champêtres, saules plus que pleureurs, cascades, fontaines et bribes de rochers bien sages, chênes majestueux et églises toute engoncées au fond de vallons sans fin. Tout n’est que fleurs de lys ou des champs, feuilles d’acanthe ou de laurier. Tout n’est qu’ aigles et lions, chimères ou éléphants, animaux de fantasmes ou de basse cour ou de la Cour. On a convoqué Apollon et Hercule pour dire la puissance et les qualités intrinsèques du plus grand des Monarques. C’est tout juste si l’on s’autorise un très relatif trait d’humour lorsque le serpent, emblème de Colbert, se gausse de l’écureuil, emblème de Fouquet.

Telle est l’étonnante proposition du Grand Palais : des bribes du Soleil royal au plein cœur de l’hiver. A charge pour vous de ne pas tarder puisque, pour des raisons de conservation et aussi de calendrier chargé, l’exposition ne dure qu’une semaine seulement.

Dimanche 1er février : 10h – 19h30

Lundi 2 février : 10h – 19h

Mardi 3, mercredi 4, jeudi 5 février : 10h – 19h30

Vendredi 6 février : 10h – minuit

Samedi 7 février : 10h – 19h30

Dimanche 8 février : 10h – 16h

Grand Palais

7 avenue Winston Churchill 75008 Paris

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