‘À la limite de la crédibilité’ au théâtre de Belleville
À peine entrés dans la salle du Belleville, les spectateurs sont accueillis par Carmen, toute de fluo vêtue, qui, sur un air de techno dansant, les convie à se joindre à son cours de zumba ; si bien qu’il serait tout à fait légitime de se demander si l’on ne se serait pas trompé de salle.
Mais Carmen n’est qu’un personnage et c’est la toute première d’une des nombreuses espiègleries malines que nous ont concocté la compagnie Janitor, menée par Camille Jouannest.
Quant à l’espace scénique, il est littéralement couvert d’un enchevêtrement de bouts de tissus, pièces de vêtements, manteaux, écharpes, fourrures miteuses et autres, qui sont autant d’oripeaux destinés, comme tout vêtement, à recouvrir soigneusement pour cacher-montrer nos fissures intimes.
Il va précisément, durant une heure vingt de cavalcade effrénée, être question de nos fissures intimes, et, plus spécifiquement, de celle que l’on désigne habituellement sous le terme générique de « mensonge ».
Avant d’écrire, de concevoir et de mettre en scène leur spectacle, Camille Jouannest et ses complices Marguerite Courcier et Laurine Villalonga, ont réuni des matériaux au cours d’une longue enquête tout à la fois sociologique, sociale et psychologique sur le thème : « Quel est votre rapport au mensonge ? ». Elles ont interrogé tous ceux qui mentent, donc beaucoup de gens, donc tout le monde, et ceux qui, de par leur métier, leur pratique, leurs centre d’intérêt, ont un rapport avec la notion de mensonge.
Et elles en ont ramené, nos trois aimables et joviales blagueuses, une galerie de portraits de personnages, tous plus savoureux les uns que les autres : on croise Maria qui s’invente une vie de basketteuse professionnelle, et puis celle qui prétend avoir déjeuné, un jour, avec Patty Smith elle-même rencontrée dans un restaurant chinois, et l’avocat qui apprend à ses client à mentir, et les enfants qui, tout à la fois, s’inventent des histoires et savent parfaitement décrypter les mensonges des adultes, et les vieillards dont, parfois, l’Alzheimer est tellement plus joli que la réalité, et la psy qui nous explique que le mensonge est, à l’évidence, une façon de vouloir dire la vérité et qui cite Donald Winnicot : « On ment pour se cacher. Pour se cacher mais pour être trouvé. Car se cacher est un plaisir mais ne pas être trouvé est une catastrophe. »
Et cela brasse beaucoup de situations et de nuances de mensonges, depuis la semi-vérité utilisée pour ne pas blesser, ne pas créer de polémiques, maintenir la paix sociale, jusqu’au refus pur et simple d’un aveu trop pénible et jusqu’à l’énorme mythomanie, trop grosse pour être crue mais tellement belle.
Et c’est, en permanence, drôle, inspiré et posant questions. Les pirouettes théâtrales sont si incessantes qu’on ne sait trop à quel moment, face à nous, les comédiennes sont l’incarnation de personnages menteurs et burlesques ou bien elles-mêmes, Camille, Marguerite et Laurine, redevenues celles qui organisent, commentent, analysent : tout est constamment « à la limite de la crédibilité » et tel était bien le « but du jeu ».
Un spectacle éblouissant et qui implique le spectateur (pas seulement à son entrée dans la salle) puisqu’il pousse tout un chacun à s’interroger : et moi alors ? Quel vêtement porte donc mon inconscient ? Qu’est-ce que je fais de la vérité ?
Une véritable expérience théâtrale à recommander à tous, quel que soit l’âge, quelle que soit sa vérité.
‘À la limite de la crédibilité‘
Jusqu’au 28 février 2026
Mer., Jeu., Ven. et Sam. 21h15
Durée : 1h20
Mise en scène, écriture, jeu Marguerite Courcier, Camille Jouannest, Laurine Villalonga
Dramaturgie, collaboration à la mise en scène Lucy Millett
Scénographie Amélie Kiritzé-Topor
Costumes Noé Quilichini
Assistante costumes Léonie Gobion
Création sonore Camille Vitté
Création lumière Marinette Buchy
Théâtre de Belleville, 16 passage Piver- 75011 Paris
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