CinémaCritique cinématographiqueCultureFrancePsychologieSociologie

Cinéma : ‘Alter ego’ : Laurent Lafitte (se) décoiffe dans une comédie qui s’avère subtilement réflexive

Le film démarre comme un vaudeville de lotissement puis développe un jeu de faux-semblants troublant, avec une pointe de fantastique et d’horrifique. Un cauchemar existentiel tout aussi hilarant qu’excellent.

Synopsis : « Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence. »

On entre dans Alter Ego comme dans un épisode d’une sitcom provinciale des années 90 : Alex (Laurent Lafitte, chauve, quasi-bedonnant, sympa mais un brin loser assumé, vit sa petite vie moyenne dans son pavillon avec à ses côtés une femme aimante (Blanche Gardin, parfaite en épouse qui s’ennuie poliment), et un boulot dans une PME de BPT locale. Axel débarque dans le pavillon mitoyen. C’est son sosie. C’est le même, mais en mieux. Cheveux fournis, brushing impeccable, costume qui tombe nickel, carrure sportive, charismatique et chaleureux, femme-trophée (Olga Kurylenko en mode top model qui cuisine des plats instagramables) et très vite, tout le monde l’adore. Le démarrage pourrait virer au comique lourdingue : clichés du voisinage, blagues sur la calvitie, PME provinciale figée dans le formica années 70, réussite sociale mesurée en nombre de bouteilles de vin dans la cave. Mais d’emblée, il y a quelque chose d’insolite : seul Alex est conscient de la ressemblance physique troublante. Pour les autres, Axel est juste le nouveau voisin charmant. Cette bizarrerie fait déjà basculer le film dans le fantastique et dès lors, plus rien n’est innocent : le miroir se fissure, la paranoïa s’installe, et l’humour s’affine comme un rasoir, gagnant en précision diabolique. Chaque scène est une pique jubilatoire sur l’envie, la comparaison permanente, cette obsession moderne de l’herbe plus verte. On rit beaucoup : du comique de situation, des dialogues bien sentis, de la névrose d’Alex. Laurent Lafitte incarne les deux hommes avec une justesse bluffante : Alex avachi, terne, qui coule doucement ; Axel vif, rebondissant, insupportable de perfection. Pas d’effets spéciaux tape-à-l’œil, juste du jeu pur, des nuances de posture, de regard, de timbre, et d’une scène de lutte digne des planches d’un théâtre. On a de la tendresse pour le loser, et on se délecte du sympathique winner, pas prétentieux pour un sou mais qui se révèle vraie tête à claques pour son double. Les seconds rôles sont très bons : Blanche Gardin en ancre réaliste touchante, Marc Fraize en collègue amis un peu catastrophe poétique, Zabou Breitman en chef de PME, qui nous apparaît moustachue : un geste absurde qui en dit beaucoup. Le génie du film, c’est ce glissement progressif des registres. Comédie ringarde d’abord, puis absurde, pour passer au thriller paranoïaque, au film noir grinçant, jusqu’à un final qui bascule franchement dans l’horreur et l’angoisse. Les faux-semblants volent en éclats, littéralement. Alter Ego est une fable contemporaine cruelle et sur l’injonction à réussir, sur ce qu’on a renoncé sans s’en rendre compte, sur le vertige quand la version idéale de soi débarque en vrai. Un film qui décoiffe, au sens propre comme au figuré.

‘Alter ego’ de de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Marc Fraize, Olga Kurylenko, Zabou Breitman,

durée 1h39
Sortie 4 mars 2026

Cet article GRATUIT de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d’autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.

Science infuse est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.

Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également !

ou via J’aime l’Info, partenaire de la presse en ligne indépendante

Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
29 + 9 =