Climat : Points clés du rapport GIEC  présentés au président de la République le 4 mai 2022 – 3/3 Céline Guivarch

Climat : Points clés du rapport GIEC présentés au président de la République le 4 mai 2022 – 3/3 Céline Guivarch

27 mai 2022 3 Par La Rédaction

Par Céline Guivarch, Researcher Climate Change, Associate Professor École des Ponts Paritech, CIRED UMR8568

Pour ma part, j’ai détaillé les points clés du volume du rapport du GIEC sur l’atténuation, à savoir les solutions de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Lire les messages de Valérie Masson-Delmotte et ceux de Wolfgang Cramer au président.

Les connaissances scientifiques montrent que de plus en plus de politiques et mesures ont été mise en œuvre dans de nombreux pays, et à tous les échelons de gouvernance. Elles ont permis d’éviter des émissions mais les émissions mondiales restent à la hausse.

La décennie actuelle est critique. Pour se placer sur une trajectoire compatible avec la limitation du réchauffement global à 2°C, les émissions mondiales doivent être réduites de 20 à 30 % d’ici 2030 (par rapport à 2019). Pour 1,5°C, c’est une division par deux. La décennie actuelle est surtout critique pour enclencher les transformations nécessaires dans tous les grands secteurs, pour être à même d’atteindre zéro émissions nettes de CO2 en quelques décennies. Des options de réduction des émissions, disponibles aujourd’hui, si elles sont mises en œuvre collectivement, permettraient de réduire significativement les émissions dans tous les secteurs et à un coût raisonnable.
Le coût d’options de réduction des émissions (par exemple batteries, solaire, éolien) a beaucoup diminué (à titre d’exemple, une division par 10 en dix ans pour le solaire) avec leur déploiement récent.

Le coût macroéconomique des actions pour réduire les émissions est inférieur au coût de l’inaction (c’est-à-dire celui de subir les dommages du changement climatique).

Les options de réduction des émissions sont de nature multiple. Certaines reposent sur l’adoption de technologies. D’autres reposent sur la transformation de nos modes de production et de consommation, de nos infrastructures, de nos villes, de nos organisations sociales. Le potentiel évalué des actions portant sur les demandes (d’énergie, de matériaux, de biens, de terres, d’eau) est important (de 40 à 70 % de réduction d’émission à l’horizon 2050).
Ces actions portent sur l’efficacité et la sobriété, et nécessite des transformations systémiques de nos infrastructures pour donner accès à tous aux solutions.

Les sciences humaines et sociales permettent une bonne compréhension de ce potentiel des actions portant sur les demandes.

Le potentiel le plus élevé repose sur l’adaptation des logements (isolation notamment), la réduction des voyages en avion, la montée en puissance des mobilités actives, l’électrification des transports. Les villes, concentrant population et activités, concentrent aussi les émissions et les leviers pour les réduire : planification urbaine, bâtiments, réseaux de transport, absorption et du stockage du carbone (en ramenant arbres, végétation, espaces verts, étangs). Ce dernier levier est également une solution d’adaptation face au phénomène d’ilot de chaleur urbain lors des vagues de chaleur qui deviennent plus fréquentes avec chaque fraction de réchauffement du globe.

Le rapport évalue également l’état des connaissances sur les barrières à la mise en œuvre des solutions d’atténuation.

Certaines sont d’ordre physique. Ex, si les infrastructures liées aux énergies fossiles (par exemple les centrales électriques à charbon, gaz ou pétrole) déjà existantes, sont utilisées jusqu’à la fin de leur durée de vie technique, cela saturerait le budget d’émission correspondant à un réchauffement de 1,5 °C du globe.

Certaines sont d’ordre financier. Les flux d’investissements observés sont inférieurs, d’un facteur 3 à 6 selon secteurs et régions, aux investissements nécessaires pour l’atténuation. Les secteurs où cet écart est le plus grand sont les transports et l’agriculture et foresterie. Le manque d’investissement est également plus important dans les pays en développement. Pour autant, les capitaux disponibles à l’échelle mondiale sont suffisants pour combler ces écarts. Il s’agit de réorienter les investissements, qui vont encore massivement vers les énergies fossiles, vers les solutions d’atténuation.

Certaines barrières sont d’ordre institutionnel. L’ampleur des transformations à mettre en œuvre nécessite des mesures ambitieuses et coordonnées entre tous les échelons de gouvernance, des territoires, régions, pays, Europe et internationale. A l’échelle internationale, il s’agit d’organiser la solidarité face au changement climatique, les transferts de technologies, le financement international des actions de réduction des émissions.

Le rapport évalue également les connaissances sur les voies pour lever ces barrières.

La recherche de synergies avec d’autres objectifs de développement (éradication de la pauvreté, amélioration de la santé, de l’éducation, réduction des inégalités…) en fait partie.

Sur la santé les synergies sont multiples : amélioration de la qualité de l’air intérieur et dans les villes en réduisant la combustion d’énergies fossiles (pollution de l’air responsable de maladies respiratoires, cardio-vasculaires et certains cancers), mobilités actives et réduction de la sédentarité, régimes alimentaires suivant les recommandations nutritionnelles (moins carnés, responsables de moins d’émissions de méthane).

La mise en regard des risques associés à une moindre action.

La mise en place de politiques transversales, systémiques. Cela ouvre le champ des politiques climatiques, les politiques de transport, de logement, d’aménagement territorial etc font partie de ces politiques transversales qui peuvent permettre les transformations structurelles ou au contraire renforcer la dépendance aux énergies fossiles.
Les démarches de transition juste, qui prennent en compte la question des inégalités, dès la conception des politiques d’atténuation. Cela concerne les formations, reconversions, constructions collectives d’alternatives. Les politiques conçues avec l’implication de tous les acteurs sociaux (citoyens, société civile, syndicats, entreprises…) ont plus de chance d’être efficaces.e

L’état des connaissances est clair : il est temps d’agir. Il est urgent d’agir pour réduire les émissions et éviter les effets les plus graves du changement climatique. Les solutions de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont connues. Nous avons les moyens de les mettre en œuvre, tout en améliorant les bien-être de tous.

L’ensemble des rapports est disponible en ligne, sur le site du GIEC.

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