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Effets secondaires des vaccins anti-Covid : à propos d’une erreur de communication du ministre de la santé Aurélien Rousseau

Le 3 octobre au matin, le ministre de la santé était l’invité de Léa Salamé sur France Inter. Une affirmation erronée a eu des conséquences néfastes qu’il était possible d’éviter

Interrogé sur les nouveaux vaccins anti-Covid adaptés aux nouveaux variants, le ministère de la santé a commis une bévue en affirmant : « On a un vaccin qui est plus efficace que celui de l’an dernier. On sait qu’il n’y a pas d’effets secondaires ».

Alors bien sûr, le gouvernement et en particulièr le ministère de la Santé et de la Prévention, se doit de communiquer pour appuyer la campagne de vaccination anti-Covid de l’automne 2023, qui vise à protéger les personnes les plus à risque : personnes âgées et immunodéprimés en particulier, plus susceptibles de développer des formes graves de Covid-19.

Erreur de communication rattrapable

Tout médicament génère des effets indésirables, quel qu’il soit. C’est une notion qui n’est pas nécessairement appréhendée correctement par le public en particulier, qui n’a pas, et cela est compréhensible, une parfaite connaissance d’une notion de base de l’évaluation des médicaments, à savoir le rapport bénéfice/risque. D’une façon plus générale, la notion de risque, et de son acceptabilité, ne fait pas partie de notre culture.
Si on évalue ce rapport des bénéfices comparés aux risques, c’est parce qu’il n’existe pas de risque zéro en matière de médicaments. C’est pourquoi on met en balance les bénéfices et les risques que leur usage génère, et ce pour chacun d’entre eux dans les indications thérapeutiques visées. Si les bénéfices l’emportent suffisamment sur les risques générés, alors l’usage du médicament est considéré comme favorable.

Aurélien Rousseau a voulu mettre en avant ce rapport bénéfice/risque qui est très favorable au vaccin contre le Covid, ancienne ou nouvelle génération, mais ses propos ont été trop « absolus » : on ne peut jamais dire qu’un médicament ne génère aucun effet indésirable. C’est particulièrement le cas pour les vaccins dont le principe est la stimulation du système immunitaire. Ainsi, en mimant l’effet d’une attaque par le virus combattu, le système immunitaire des personnes recevant le vaccin est stimulé et génère très souvent des effets atténués d’une réaction à l’attaque virale combattue : douleurs au site d’injection, fièvre, courbatures et autres effets ici à type de symptômes pseudo-grippaux.

Il est donc proscrit d’énoncer que tel ou tel vaccin, ou tel ou tel médicament ne génère aucun effet secondaire.

À la décharge d’Aurélien Rousseau, ce dernier n’est pas professionnel de santé. Si tel avait été le cas, il n’aurait pas, de façon quasi certaine et « réflexe », fait une telle erreur de communication. Emporté dans son laïus en support de la campagne de vaccination, il a fait l’erreur, une affirmation erronée.

L’erreur est humaine, elle a été relevée par nombre d’observateurs, dont le compte de veille de l’association Citizen4Science qui a immédiatement relevé : « Fâcheuse erreur de communication. Tout vaccin, comme tout médicament, présente des effets secondaires. »

Chez France Inter au moment de cette déclaration, les journalistes n’ont malheureusement pas relevé l’erreur qui aurait permis rectification immédiate, bien que beaucoup d’efforts sont faits du côté des professionnels de santé depuis 3 ans pour rappeler que le risque zéro n’existe pas en matière de médicaments.

Opportunisme des « anti-vaccins » et « anti-gouvernement »

En effet, les opposants aux vaccins exploitent particulièrement cet état de fait (l’existence de risques) incontournable. Les effets indésirables des vaccins anti-Covid existent, et sont répertoriés. Étant donné que sur la planète des centaines de millions de personnes ont été vaccinées contre le Covid une à plusieurs fois, des effets indésirables sont survenus. On estime ainsi que près de 60 % de la population mondiale à reçu une ou plusieurs injections de vaccin anti-Covid. En valeur absolue, cela fait énormément de cas. En valeur relative (par rapport au nombre de vaccinés), ces effets sont peu nombreux particulièrement pour ceux qui sont graves. Bien évidemment, cela ne retire rien du drame que les effets graves dont certains mortels, ont généré.

Par ailleurs, dans la plupart des cas, les militants anti-vaccin ont confondu de façon bien opportuniste les événements indésirables et effets indésirables ou secondaires, car ce n’est pas parce qu’un événement indésirables survient postérieurement à l’administration d’un vaccin que ce dernier en est la cause : le vaccin ne permet pas de se prémunir des accidents et maladies non liés au Covid… Cette illusion de corrélation a été largement exploitée pourtant. Citizen4Science a réalisé à cet effet une infographie en 2021 :

Copyright association Citizen4Science

Un internaute a réagi, résumant parfaitement la situation : « il a [plutôt] oublié de rajouter le mot « grave » à la fin de sa phrase. Mais le constat final est le même, il donne à manger aux trolls. »

Réaction d’Aurélien Rousseau à une action en justice

Le ministre de la santé a fait l’annonce suivante sur le réseau X (ex Twitter) le 8 octobre : « Le Pr. Perronne et France Soir m’attaquent devant la CJR. Le motif (si je comprends bien) : avoir dit que les vaccins à ARN messager contre le Covid sont sûrs et efficaces… Que dire ?, sinon que les vaccins à ARNm sont sûrs, efficaces et essentiels pour protéger les plus fragiles. »

Il réitère son message de défense des vaccins anti-Covid, les qualifiant de sûrs et efficaces. C’est en effet l’état de la science. Mais il ignore la faute de communication qui est très probablement en réalité l’objet de cette action. On peut d’ailleurs le vérifier directement chez France-Soir dans leur article du 6 octobre, qui est introduit comme suit : « Le professeur Perronne et Xavier Azalbert, directeur de la rédaction et de la publication de France-Soir ont déposé plainte à la CJR (Cour de justice de la République) contre le ministre de la Santé Aurélien Rousseau, à la suite de ses propos mensongers sur France-Inter selon lesquels il n’y aurait pas d’effets secondaires de la vaccination Covid-19. «  Il est ensuite invoqué une « escroquerie au consentement à la vaccination ».

Ces attaques ne reconnaissent pas la possibilité d’une erreur de communication « dans le feu de l’action » de santé publique, mais une faute intentionnelle, malveillante.

Il était pourtant facile de rectifier l’erreur pour éviter cela.

« Faute avouée est à moitié pardonner. Pourquoi s’en priver ? » s’étonnait dès lors sur le réseau social X le compte de veille de l’association Citizen4Science vis-à-vis du traitement de cette affaire par le ministère de la Santé et de la Prévention. Le mystère reste entier.

Image d’en-tête : Aurélien Rousseau chez France-Inter face à Léa Salamé le 3 octobre 2023 – capture d’écran

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