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Exposition ‘Les européens’ à la Fondation Cartier-Bresson

Lorsqu’au tout début des années 50, Henri Cartier-Bresson se lance dans l’aventure des Européens, il poursuit, en quelque sorte, le travail qu’il avait entrepris, trois ans plus tôt, avec son Images à la sauvette dont le succès avait été retentissant. C’est une sorte d’Images à la sauvette bis, mais à l’échelle européenne.

La mode à l’époque, pour les photographes, et ce qui fait leur succès et leur renom, c’est l’album de voyages. Le concept est vendeur car il permet de décider monsieur et madame tout le monde, en leur vantant les richesses du patrimoine des régions françaises et des pays étrangers, à céder aux sirènes de ce tout nouveau mode de consommation : le tourisme. Il faut partir, aller voir ailleurs, connaître le monde. Et, à la place de Cartier-Bresson, moult de ses confrères eussent enchaînés à n’en plus finir la Tour Eiffel, la porte de Brandebourg et le Pont des soupirs, Le moulin rouge, Big Ben et  le Colisée. Cartier-Bresson, lui, prend le contre-pied, il ne va pas montrer l’Europe, il va montrer Les européens. Il ne va pas montrer les lieux, il va montrer les gens.

Et il va demander à son grand ami, Joan Miro, de lui peindre une magnifique couverture.

Riche de tout son potentiel bien connu d’improvisation mise en scène et bardé de son humour de l’instantané, Henri Cartier-Bresson parcourt l’Europe.

L’Europe, en 1955, est encore profondément marquée par les cicatrices de la guerre : quelques boutiques, à Cologne, sont installées au rez-de-chaussée d’immeubles en reconstruction (Allemagne de l’ouest  1952 1953) tandis qu’à Hambourg, un unijambiste se tient péniblement debout en pleine rue devant une succession d’immeubles en ruines (Allemagne de l’ouest  1952 1953). Dans un village de montagne, près de l’Escurial, un mur est encore orné de l’insigne de la Phalange sous l’œil indifférent des chevaux (Espagne 1953)

Mais la guerre, ou ses conséquences, se lisent également dans les attitudes des personnages. Bien sûr dans cette photo d’un tout jeune homme, en Allemagne, portant autour du cou une pancarte « Je cherche du travail, n’importe lequel » (Allemagne de l’Ouest 1952 1953) mais aussi dans la façon mélancolique dont un jeune géorgien  joue d’un instrument traditionnel (Géorgie 1954)

ou encore les allures de conspirateurs malfaisants du vieillard et de la nonne à Scanno (Italie 1951). Et puis également ces deux vieux, attablés dans un café  de Ségovie, et qui observent le monde extérieur à travers la vitre dans le reflet de laquelle on devine l’orage à venir (Espagne 1953) ou bien dans l’apparence parfaitement blasée de ce parieur qui, entre deux courses, ne se lève même pas et se protège à peine le crâne de la pluie avec le programme des courses (Royaume-uni 1953, Ascot).

Certes, on tente de reprendre le cours d’une vie normale, d’activités habituelles, telle cette paysanne d’un sovkoze qui trie des feuilles de blé (Géorgie 1954) ou bien ces séminaristes qui se promènent et semblent si fort tout droit sortis d’un film de Luis Bunuel (Espagne 1953). Ou cette élégante dame qui essaye un chapeau dans un Univermag à Leningrad (URSS 1954).

Ou encore ce fort des Halles qui exhibe ses muscles (France 1952).

On sent bien, dans les regards, tout à la fois quelque chose de fier, être encore en vie, poser devant l’artiste, se montrer sous son meilleur jour, et de profondément triste. Tel ce garde civil, près de Saragosse, qui accompagne un groupe de jeunes gens à un pèlerinage (Espagne 1953).

On tente même de se distraire : à l’entracte d’une représentation d’Ariane à Naxos à Glyndibourne, les spectacteurs se mettent eux-mêmes en scène comme s’ils étaient en représentation (Royaume-uni 1953).

Mais la vie a repris son cours. La mort aussi à sa façon. A Trafalgar square, les passant rendent hommage à leur roi George VI pour ses funérailles (Royaume-uni 1952)

Et la vie se met à ressemble à ce qu’elle était avant la guerre. Les classes sociales sont les mêmes : un académicien monte à bord de son taxi sous l’œil un peu moqueur, un peu envieux, à coups sûr ébahi, des passants (France 1953). Les enfants jouent, mais on devine qu’ils ne font guère partie du grand monde (Irlande 1952 ; Dublin. Sur le quai Usher, le long de la rivière Liffey) ou bien ce gosse charmant qui est tout fier d’être allé chercher les réserves de vin pour son père (France 1952 ; Paris, les provisions le dimanche matin, rue Mouffetard).

Le regard d’Henri Cartier-Bresson est en permanence à la fois tendre et un peu cynique, comme avec cet enfant de chœur qui continue, en pleine rue, à faire balancer l’inutile encensoir pendant que le prêtre est allé donner les saints sacrements à un mourant. Beaucoup de fumée dans l’air, pour pas grand-chose. (Espagne 1953).

Les européens, une grande leçon d’humanité par Henri Cartier-Bresson.

Photos : Alain Girodet 2026 Fondation Cartier-Bresson

Du 28 janvier au 3 mai 2026

Fondation Cartier-Bresson
79 rue des Archives, 75003 Paris

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