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Harcèlement : outils et profils de risque utilisés en criminologie

Ici, nous faisons la synthèse d’un travail collectif de professionnels de santé psychiatres et psychologues, qui sert de référence à des services de police et organismes ou société de sécurité

Le groupe de scientifiques cliniciens internationaux ayant mis au point l’évaluation dont nous dressons les grandes lignes s’intéresse au aussi bien aux harceleurs qu’à leurs victimes. Il est constitué des chercheurs Rachel MacKenzie, Troy McEwan, Michele Pathé, David James, James Ogloff et Paul Mullen.

Harcèlement

Le harcèlement c’est communiquer et établir des contacts répétés non sollicités et non désirés de telle sorte que cela suscite l’appréhension ou la peur chez la plupart des personnes visées. Cela passe par des appels téléphoniques, des e-mails, de SMS, de publications sur les réseaux sociaux, et puis pour les adeptes du papier, de lettres et des fax. Cela peut aussi aller plus loin : des objets envoyés en guise de cadeaux ou qui suscitent la peur. Et puis il y a la présence physique : rôder près du domicile ou des lieux de travail et de loisirs des cibles. Les experts mettent en garde : quand ce type de comportement persiste au-delà de quelques jours, il y a de fortes chances qu’il se poursuive pendant des semaines ou des mois.

Il y a aussi le cyberharcèlement, cela se passe sur internet : des messages ou des publications sur réseaux sociaux non désirés, voire la création de sites internet contenant des informations fausses ou calomnieuses sur la victime. Plus intrusif, des tentatives d’accès aux informations personnelles de la victime, qu’elle soient disponibles publiquement en faisant des recherche approfondies ou non. Rappelons à ce titre que publier de telles compilations de recherches pour nuire s’appelle du doxxing et que c’est puni par la loi.

On ne sait pas grand-chose de la relation entre le cyberharcèlement et le harcèlement physique, mais il est clair qu’à mesure que la technologie se banalise, elle devient une méthode de harcèlement de plus en plus courante pour les harceleurs. Publier des données de géolocalisation d’une cible sur les réseaux sociaux peut faire le lien.

Beaucoup de harceleurs deviennent violents et agressent leur victime principale ou une cible secondaire. Les recherches montrent que la plupart des harceleurs qui deviennent violents ne causent pas de dommages graves, mais les effets psychologiques du harcèlement et leur violence peuvent être importants.

SASH, un outil d’évaluation du risque

SASH, outil d’évaluation de dépistage pour la traque et le harcèlement (Screening Assessment for Stalking and Harassment) a été développé en 2010 et révisé en 2015, il assiste les professionnels de santé, organismes et entreprises de sécurité ainsi que les services de police comme aide à la décision dans certains pays.

C’est ainsi une grille d’évaluation disponibles pour ceux qui n’ont pas accès à des systèmes d’évaluation de risque plus spécialisées. Ce n’est pas un outil complet.

Le SASH demande à l’utilisateur de répondre à des questions sur la situation de harcèlement et sur les caractéristiques du harceleur et de la victime. Les réponses sont utilisées pour déterminer le degré d’inquiétude que doit susciter le cas de harcèlement, ce qui permet d’affecter les ressources en priorité aux cas les plus inquiétants. Le SASH comprend des questions relatives à toutes les situations de harcèlement et des questions supplémentaires spécifiques aux situations dans lesquelles le harceleur est un ancien partenaire (sexuel ou non).

Extraits du SASH

Le SASH n’est pas un outil complet d’évaluation des risques. Pour les personnes identifiées comme présentant un risque modéré ou élevé, une évaluation plus complète avec un instrument spécialisé est nécessaire.

Exemple de grille d’analyse du temps investi aux activités de traque/harcèlement
issu d’un rapport sur l’outil par la police du Sussex – Source : site du gouvernement britannique

Typologies du harcèlement

Si les cas de harcèlement se ressemblent souvent en apparence et impliquent les mêmes types de comportement, les raisons pour lesquelles les gens se livrent au harcèlement sont complexes et variées. Un certain nombre de typologies différentes ont été proposées pouraider à comprendre le comportement de harcèlement et les harceleurs. La plus simple d’entre elles consiste peut-être à décomposer le harcèlement en fonction du type de relation antérieure que la victime a entretenue avec le harceleur, classant les victimes comme d’anciens intimes sexuels (ex-intimes), des connaissances (y compris des amis et des membres de la famille) ou des étrangers (personnages publics ou inconnus du harceleur). La recherche montre de façon claire que des relations d’intimité sexuelle sont plus susceptibles de générer de la violence par le harceleur. De même, et les victimes peuvent être amenées à prendre des précautions différentes en cas de harcèlement par une personne qui les connaissent bien.

Utile également, la typologie développée par Paul Mullen, Michele Pathé et Rosemary Purcell qui classe les harceleurs en cinq types tels que décrits plus en détail ci-dessous. Cette typologie met l’accent sur le contexte dans lequel le harcèlement est apparu et sur la motivation initiale du harceleur à contacter la victime. Elle intègre ensuite la nature de la relation antérieure entre la victime et le harceleur, ainsi que le rôle de la maladie mentale dans la motivation du comportement de harcèlement. Cette typologie se concentre sur l’objet apparent du comportement du harceleur, et peut être utile pour la gestion du cas de harcèlement.

Le harceleur rejeté

Le harcèlement rejeté survient dans le contexte de la rupture d’une relation étroite. Les victimes sont généralement d’anciens partenaires sexuels, mais des membres de la famille, des amis proches ou d’autres personnes ayant une relation très étroite avec le harceleur peuvent également devenir la cible de ce type de harcèlement. La motivation initiale d’un harceleur rejeté est soit de tenter de réconcilier la relation, soit de se venger d’un rejet perçu. Dans de nombreux cas, les harceleurs rejetés se présentent comme ambivalents à l’égard de la victime et semblent parfois vouloir rétablir la relation, alors qu’à d’autres moments, ils sont clairement en colère et veulent se venger de la victime. Dans certains cas de harcèlement prolongé, le comportement est maintenu parce qu’il devient un substitut de la relation passée et qu’il permet au harceleur de continuer à se sentir proche de la victime. Dans d’autres cas, le comportement est maintenu parce qu’il permet au harceleur de sauver son estime de soi et de se sentir mieux dans sa peau.

Le harceleur rancunier

Le harcèlement avec ressentiment survient lorsque le harceleur a l’impression d’avoir été maltraité ou d’être la victime d’une forme d’injustice ou d’humiliation. Les victimes sont connues ou non du harceleur. Le harcèlement avec ressentiment peut résulter d’une maladie mentale grave, lorsque l’auteur développe des croyances paranoïaques à l’égard de la victime et utilise le harcèlement comme moyen de « se venger » de la victime. Le harcèlement est entretenu par le sentiment de pouvoir et de contrôle que le harceleur tire de la peur qu’il inspire à la victime. Souvent, les harceleurs rancuniers se présentent comme une victime qui a raison d’utiliser le harcèlement pour se défendre contre une personne ou une organisation qui l’opprime.

Le harceleur en quête d’intimité

Le harcèlement à la recherche d’intimité découle de la solitude et de l’absence de confident. Les victimes sont généralement des étrangers ou des connaissances qui deviennent la cible du harceleur désireux d’établir une relation. Souvent, il existe un trouble mental grave sous-jacent avec des croyances délirantes au sujet de la victime, comme la conviction qu’elle est déjà engagée dans une relation, même si elle n’existe pas : c’est ce que l’on appelle le délire érotomaniaque. La motivation initiale est d’établir un lien émotionnel et une relation intime. Le harcèlement est entretenu par la la conviction que la victime est, ou reste étroitement lié à une autre personne, rivale.

Le prétendant incompétent

Le prétendant incompétent cible de parfaites inconnus ou des personnes de son entourage, mais son objectif est un rendez-vous voire une relation sexuelle à court terme, pas un relation amoureuse. Le harcèlement est souvent par périodes brèves. Elles peuvent devenir plus longues en général par aveuglement ou indifférence quant à la détresse de la victime. Cette insensibilité est parfois associée à des limitations cognitives ou à des compétences sociales médiocres résultant de troubles du spectre autistique, ou encore d’une déficience intellectuelle.

Le harceleur prédateur

Le harcèlement prédateur s’inscrit dans le contexte de pratiques et d’intérêts sexuels déviants. Les auteurs sont le plus souvent des hommes qui s’intéressent à des femmes qu’ils ne connaissent par et pour lesquelles il développe un intérêt sexuel. Le comportement de traque (exemple voyeurisme) ou harcèlement vise à l’obtention d’une gratification sexuelle, ou bien à collecter des informations sur la victime comme prélude à une agression sexuelle. En ce sens, le harcèlement est à la fois instrumental et gratifiant pour les harceleurs leur donnant un sentiment de pouvoir et de contrôle sur une victime qui ne se doute de rien.

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