« Je suis un pur rationnel » : un mythe et un biais scientiste

« Je suis un pur rationnel » : un mythe et un biais scientiste

21 octobre 2021 0 Par e-Citizen

Pour mettre fin au mythe de la pure rationalité et de son culte…

La rationalité est l’apanage du scientifique. Le doute fait également partie de la science. Vous entendrez souvent, au détour d’un échange argumenté, un interlocuteur vous opposer un : « Oui mais moi, je suis un pur rationnel » vous reléguant à la catégorie des personnes peu rigoureuses quand vous faites tout simplement dans la nuance et dans l’humilité face à des questions non tranchées.
En cela, cette attitude est antinomique avec l’esprit scientifique car il suggère l’absence du doute, état d’esprit qui fonde la science et son approche en toute humilité. « Je suis un pur rationnel » s’avère au final souvent, l’expression d’un biais de confirmation ou d’un déni de ce qui ne relève pas de la méthode scientifique.

Nous sommes tous pétris de croyances et de biais, qui touchent à des domaines, des degrés divers et variés.
Tous, sans la moindre exception.
Les biais cognitifs nous assaillent à chaque instant – exemple avec cette célèbre illusion d’optique de Müller-Lyer :

La longueur des 2 lignes parallèles semble différente, pourtant elle est identique.

Il n’est pas de personnes ou groupes de personnes qui fassent exception en se targuant de l’habit de la « pure rationalité« . Le revêtir est en fait une attitude anti-scientifique car elle contredit la méthode scientifique qui postule justement que croyances et autres biais existent pleinement, même de la part de l’expérimentateur scientifique, et qu’il faut tenter de s’affranchir par des méthodologies variées .
Ainsi, croire qu’on est un pur rationnel est non seulement un mythe, mais également un danger, car cela empêche de voir les moments ou les occasions où on n’est pas rationnel puisque l’on ne se considère pas concerné.
C’est en fait, un excès de confiance. Attention : ça ne s’applique pas qu’à la connaissance mais aussi à nos relations sociales.

Prenons l’exemple de la croyance religieuse pour évoquer un autre problème des autoproclamés « purs rationnels » : certains d’entre eux peuvent s’étonner que des scientifiques puissent Croire, parce que l’existence de Dieu n’est pas démontrée. Or, la science est-elle censée répondre à tout ? La méthode scientifique s’applique-t-elle à tous les champs de questionnement ? Certainement pas. Tout simplement parce que la méthode scientifique teste la sphère des connaissances naturelles et reproductibles. Vouloir l’appliquer à tout comme moyen d’expliquer ou d’accepter/réfuter tout porte un nom : le scientisme. Ce mode de pensée tend à renier l’existence de ce qui n’est pas démontrable scientifiquement, y compris des entités « supérieures » n’a pas de sens et semble relever d’une forme de « terrorisme » dans l’appréhension du monde, reléguant tout ce qui n’est pas démontré/démontrable à un champ non encore exploré ou suffisamment exploré par une science, pour le coup, toute puissante. Et puis concernant la religion, il y a tout un aspect social: croire, c’est aussi appartenir à une communauté. Renoncer à sa croyance c’est renoncer à cette communauté. Idem pour certaines théories du complot et groupes complotistes.

Les croyances sont de différentes nature, réfutables ou irréfutables, et c’est ce dernier critère qui définit le champ d’utilisation de la science pour tester les croyances. On peut classer les croyances sont classées en 4 catégories, et celles qui concernent la religion fait partie des croyances surnaturelles, non réfutables, donc hors du champ de la science. Peu importe que vous soyez un « pur rationnel » ou pas, la science ne vous donnera pas la réponse.

Voilà pourquoi il apparaît comme naïf, binaire et dangereux de penser que la science serait à même de reléguer les croyances au rayon des oubliettes. La science permet au fur et à mesure qu’elle progresse, de réduire le champ des croyances. Cependant, science et croyance ne sont pas de même nature, les opposer est donc un non sens. les scientifiques qui croient en Dieu sont nombreux tout en étant très rationnels (mais pas « purement » !).

Pour lutter contre les croyances, finalement, il faut être sceptique. Et pour être « un pur rationnel », ou du moins ce qui s’en rapproche le plus, accepter que l’on ne l’est pas. C’est là de l’humilité, qui elle aussi fait partie de l‘attitude scientifique, et évite de tomber dans le scientisme et le dogmatisme.

Pour aller plus loin sur l’axe de la connaissance vs croyance :