‘Le bal des voleurs’ de Jean Anouilh, au théâtre le Funambule Montmartre
Le principe directeur de la Compagnie des allumeurs de réverbères est de revisiter certaines pièces du répertoire classique comme Les femmes savantes de Molière ou, ici, Le bal des voleurs de Jean Anouilh.
Pour ce faire, ils ont réduit l’intrigue de la pièce à une sorte de canevas permettant la fantaisie et l’improvisation de type Commedia dell’arte.
De fait, l’intrigue, dans la pièce d’Anouilh, est d’une minceur foisonnant le squelettique : Peterbono, Hector et Gustave sont trois voleurs, si peu doués dans leur activité qu’ils réussissent l’exploit de se voler les uns les autres. Ils finissent par trouver une comtesse richissime, Lady Hurf, et projettent de s’emparer de sa fortune, mais tout va tourner mal, ou bien, selon le point de vue.
Commedia dell’arte : donc les quatre comédiens, ou au moins certains, sont revêtus de masques à la vénitienne, nez crochu et proéminent et orbites démesurées figées sur une expression unique et facilement identifiable. Les costumes sont exagérément colorés, amples, bouffons. Et, une heure et demie durant, tous ânonnent le texte en adoptant des accents criards et burlesques. Le tout est entrecoupé de numéros de danse et de gags visuels.
Certes les comédiens font preuve d’une sympathique énergie. Certes, certains effets de mise en scène sont astucieux : la malle à costumes devant le proscenium qui s’avère, soudain, ne plus avoir de fond, ou bien ce personnage qui porte un masque de vieillard sur les cheveux et qui, pour faire vivre ce vieillard, n’a plus qu’à se pencher en avant. Certes, il y a beaucoup de bruits, de cris, de mouvement, de spontanéité cocasse.
Et certes, enfin, on éprouve quelque remords à rester parfaitement indifférent devant un vrai travail scénique. Mais que de bruits pour rien…
Le traitement effectué par la Compagnie ne fait qu’accentuer la vacuité de la trame dramatique de la pièce, son cruel manque de consistance et d’épaisseur ; la façon de jouer, loin de redonner de l’intérêt au texte d’Anouilh, insiste sur le fait qu’il ait terriblement vieilli, ce texte ; le tout, mise en scène, jeu des comédiens, scénographie, transforme une aimable comédie mi moliéresque mi absurde en blague tout juste digne de potaches.
Loin de redonner du piment à l’œuvre d’Anouilh, la compagnie des allumeurs de réverbères en accuse les faiblesses. C’est une pièce d’avant guerre (1938), et cela se sent cruellement.
Revisiter une pièce classique pouvait être une bonne idée : en revanche, il est discutable de l’achever.
auteur Jean Anouilh
mise en scène Timothée Grivet
avec Achille Aboulin en alternance avec Nicolas Le Guen, Fanny Fourme, Timothée Grivet, Camille Mammar
création lumières Matthieu Marques Duarte
production Compagnie Les Allumeurs de Réverbères
durée 85 minutes
jusqu’au 2 mai 2026
Théâtre Le Funambule Montmartre, 53 rue des Saules- 75018 Paris
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