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‘Les travailleurs de la mer’ au théâtre Poche Montparnasse

Victor Hugo ne connaissait que trop bien l’île de Guernesey sur laquelle il situe Les travailleurs de la mer puisqu’il y vit en exil depuis presque vingt ans lorsque paraît le roman, en 1866. Il s’était également pris d’affection  pour les habitants de l’île, ces « travailleurs de la mer » dont fait partie son héros, Gilliatt.

Gilliatt est un solitaire, pêcheur de son état mais, en bon pêcheur  précisément, sachant tout faire ou presque ; un homme qui n’a plus d’âge tant il a été façonné, marqué, transformé par la mer et le vent ; un homme qui ne possède, pour seule et unique lueur d’espoir, dans son existence morose, que la silhouette frêle de la jeune Déruchette, à peine aperçue de loin comme on aperçoit une étoile entre deux déchirures de nuage ou de brume.

En ces temps rudes, Guernesey n’est desservie et approvisionnée que par la Durande, le premier bateau à vapeur à manœuvrer entre l’île et le continent, mais la Durande fait naufrage et il faut un homme, suffisamment courageux ou suffisamment fou, pour tenter de sauver la machinerie du bateau. Dans l’espoir dément de conquérir le cœur de Déruchette par un exploit, Gilliatt va se lancer dans l’aventure.

Tel est le thème de cette impressionnante odyssée de l’homme face aux éléments, de l’homme face à la fatalité, de l’homme face à l’impossible que Victor Hugo composa en forme de leçon philosophique et morale adressée à ses contemporains. L’homme peut-il lutter contre la nature, contre le destin, contre lui-même et que peut donc lui apporter l’amour lorsque sa vie n’est faite que de difficultés accumulées ?

Elya Birman et Clémentine Niewdanski avaient déjà réussi le bel exploit d’adapter pour la scène le roman de Virginie Despentes, Vernon Subutex, que nous avions chroniqué dans ces mêmes colonnes. Ils renouvellent la performance avec cette mise en espace d’un texte pourtant très littéraire et confirment leur savoir-faire et leur ingéniosité.

Sur la scène du Poche Montparnasse, Elya Birman est impressionnant de vitalité, d’énergie et de subtilité. Il est, tout à la fois, le narrateur omniscient bien caractéristique de la manière hugolienne, Gilliatt lui-même, aussi ogresque que tendre, les pêcheurs de Guernesey, la foule, le monde, et Déruchette, et le navire, et la pieuvre. Sous nos yeux, il bouge, bondit, danse, et puis il gronde, éructe, clame le texte comme on le ferait d’un pan de nature soudainement surgi devant ses pas. Durant une heure et quart de son parcours dramatique, il malmène hardiment le bric-à-brac du décor, escabeaux, planches de bois, soufflerie, morceaux de métal, et ne s’arrête que pour une corne de brume, quelques bribes d’une voix enregistrée, quelques notes de Gabriel Fauré, une ou deux mesures de Jean-Sébastien Bach.

C’est beau, fort, puissant, comme du Victor Hugo lui-même, et l’on est littéralement happé, captivé, fasciné, par ce combat titanesque que la langue hugolienne mène contre l’océan du temps et de la démesure.

Adaptation Elya BIRMAN et Clémentine NIEWDANSKI
Avec Elya BIRMAN
Voix : Clémentine NIEWDANSKI et Anthony ROULLIER
Création Sonore : Thibaut CHAMPAGNE
Lumières : Florent PÉNIDE
Décor : Estelle GAUTIER
Photographies : Filip FLATAU

Théâtre Poche Montparnasse – 75 boulevard du Montparnasse – 75006 Paris

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