‘Moby Dick’ avec Brigitte Fossey au théâtre Poche Montparnasse
Tout le monde, ou presque, connaît le nom, Moby Dick, sans avoir forcément pris le temps de lire l’épais roman en deux tomes d’Herman Melville. Le narrateur du roman, Ismaël, jeune harponneur de son état, arrive à New Bedford et décide d’embarquer à bord d’une baleinière sous les ordres du capitaine Achab. Celui-ci a la réputation d’un homme intraitable et ne possède plus qu’une seule jambe, l’autre lui ayant été dévorée par une baleine géante de couleur blanche, Moby Dick.
Tel est le point de départ de ce roman d’aventures paru en 1851 et qui raconte l’effroyable course à la mort qu’engageaient certains téméraires, comme le fit d’ailleurs Melville lui-même, pour rapporter des cadavres du plus grand mammifère de la planète.
La baleine était la victime d’une pêche intensive, outre sa chair, fréquemment consommée, on utilisait ses fanons pour les parapluies et les corsets, son huile raffinée comme moyen d’éclairage, son spermaceti pour les cosmétiques et son ambre gris pour la parfumerie. Autrement dit cette pêche aussi dangereuse que sauvage n’avait pas un intérêt commercial des plus criants, mais l’on était à l’ère où l’homme épuisait les ressources naturelles de la planète comme si elles avaient été à sa disposition personnelle.
Cet affrontement terrifiant de l’homme contre la bête, cette corrida maritime, n’avait finalement pour objet que de prouver à l’homme, par lui-même, sa toute puissance.
Achab face à Moby Dick, c’est Nemo face au calamar géant dans Jules Verne, c’est Gilliath face à la pieuvre dans Victor Hugo. Mais c’est aussi, d’une certaine manière, Saint-Michel face au dragon version laïque : le vainqueur n’est pas forcément celui qu’on croit, et les forces du bien ou du mal ne sont pas forcément aussi simplement réparties qu’on pourrait le penser. Car ici, la baleine est blanche, immaculée, comme l’espoir, comme la vie, comme la pureté, tandis qu’Achab est neurasthénique, acharné, porteur d’une pulsion de mort et d’une soif pathologique de revanche personnelle. Cette tragédie des océans est peut-être le premier psychodrame écologique de l’histoire de la Littérature : Achab veut se faire Dieu quand Moby Dick, symbole du renouveau éternel de la nature, le méprise.
Et cette fable titanesque aux accents shakespeariens (bien rendus par l’impeccable traduction d’Henriette Guex-Rolle), cette légende des mers nous est, ici, racontée par une autre légende, de la scène et du cinéma : Brigitte Fossey.
Et la dame est si manifestement « habitée » par son sujet, elle brûle de manière si évidente d’une fièvre intérieure, elle est si merveilleusement et habilement « habillée de lumière » par l’art de Jacques Rouveyrollis, qu’on en vient à totalement oublier qu’il ne s’agit après tout que d’une « lecture théâtralisée ». La petite dame arpente la scène, portant son texte d’une main, et manipulant les éléments d’un décor sommaire (un drap tendu, tout à la fois grande voile que l’on cargue et linceul pour les morts de la mer), avec, en guise de bande son, quelques extraits de la symphonie fantastique d’Hector Berlioz. Et le musicien romantique est très bien venu pour donner le ton parfait à cette « lecture fantastique ».
Lecture adaptée et interprétée par Brigitte FOSSEY
Traduction Henriette GUEX-ROLLE
Lumière : Jacques ROUVEYROLLIS
TOUS LES LUNDIS À 19H
Jusqu’au 30 mars 2026
Théâtre Poche Montparnasse – 75 boulevard du Montparnasse – 75006 Paris
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