Théâtre : ‘Des ombres et des armes’ de Yann Reuzeau au théâtre de la Manufacture des Abbesses
Quelques mois après les attentats de novembre 2015 qui ont marqué les esprits de leur empreinte, un groupe policier de la DGSI est sur le point d’arrêter un nommé Abderhamane, dangereux terroriste sur le point de procéder à une nouvelle action d’envergure.
Mais l’opération est un échec malgré la belle obstination dont fait preuve Niels, le policier le plus motivé du groupe: le terroriste parvient à s’enfuir, la brillante infiltration du policier Nourdine dans la faction islamiste se révèle inutile et une malheureuse civile innocente est tuée.
Pour le groupe, il faut reprendre la traque, par tous les moyens, remonter les pistes, chercher les convergences, découvrir des preuves ou des éléments de preuve, et cela dans l’urgence la plus absolue puisqu’une nouvelle action se prépare.
Au surplus, chacun des membres du groupe, porte avec lui, dans ses bagages psychologiques, sa charge personnelle d’humain, avec ses défaillances, ses erreurs et ses échecs : Niels s’occupe d’un jeune neveu profondément dépressif depuis qu’il a réchappé au Bataclan et il mène une relation sentimentale boiteuse avec Katia, sa chef de groupe. Cette dernière, Katia, se débat avec son passé sulfureux de militante nationaliste et suprématiste dont son fils semble bien suivre les traces. Nourdine semble perdre la femme qu’il aimait…
De la même manière, parmi les suspects, certains ne sont que des naïfs ou des humains ballottés par la vie, qui ont, parfois, commis des erreurs de jeunesse parfaitement compréhensibles.
Tel est le point de départ de la pièce Des ombres et des armes, nouvel opus de Yann Reuzeau. La pièce est menée tambour battant sur le rythme haletant d’une série télé. Yann Reuzeau appartient à cette génération d’auteurs et metteurs en scène, initiée par Alexis Michalik, qui pratiquent un théâtre très visuel, efficace, rythmé où les changements se font à vue et où le décor est réduit à son strict minimum pour permettre la multiplicité des lieux avec le maximum de rapidité. C’est fort, enthousiasmant, et force irrésistiblement l’adhésion.
Cependant, dans Des ombres et des armes, le travail de Yann Reuzeau possède quelques défauts. La parti-pris de « vraisemblance réaliste » en fait un spectacle très bruyant où l’on crie, on heurte, on vocifère beaucoup. Et même si les coups de feu sont traités de façon elliptique et esthétique, le spectateur subit une sorte de déchaînement de violence que le spectacle vivant supporte mal.
D’autre part, Reuzeau a voulu brasser énormément de thématiques autour de son concept, une immense quantité de destinées individuelles autour du fait collectif, et même si les sept comédiens font preuve d’ingéniosité et de talents, on est quelque peu submergé par les histoires des uns et des autres. Certes, il était intéressant de montrer que la réalité est complexe, qu’on a du mal à croire à une ligne claire séparant les bons et les méchants, mais on se retrouve face à un spectacle qui semble partir dans trop de directions à la fois et qui finit par lasser.
A trop vouloir embrasser, on n’étreint pas forcément.
Du 15 novembre 2025 au 1er février 2026 – samedi à 21h, dimanche à 17h
Texte et mise en scène : Yann Reuzeau
Avec : PCharif Ethan Al Ramlat, Aurélie Cuvelier Favier, Matěj Hofmann, Melki Izzouzi, Romain Julliand, Morgan Perez, Sophie Vonlanthen
Théâtre La Manufacture des Abbesses :- 7 rue Véron 75018 Paris
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