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Théâtre : « Les collectionnistes » de François Barluet au Théâtre Montparnasse

Une Chronique Culture d’Alain Girodet

1874, c’est la date d’une véritable révolution picturale qui fut, l’an dernier, le sujet d’une belle exposition du musée d’Orsay : un groupe de très jeunes peintres, lassés d’être les perpétuels refusés du Salon officiel, décidèrent d’organiser leur propre exposition en ayant recours aux services d’un artiste de renom, le photographe Nadar. Ils avaient pour
nom Renoir, Monet, Sisley, Pissarro, Cézanne, et bien d’autres encore. Si l’exposition se solda par un monstrueux échec, du scandale qu’elle provoqua naquit l’un des mouvements

Cette révolution de 1874, la pièce de François Barluet nous la fait vivre aux côtés de Paul Durand-Ruel et de son épouse. Paul est marchand d’art et depuis quelques années il achète systématiquement les œuvres d’Auguste et de Claude qui sont devenus ses amis et ses obligés. Il achète mais il ne vend rien, car, à l’époque, personne ne veut de ces
toiles jugées incomplètes, étranges, voire obscènes. De quoi, bien entendu, faire bondir l’épouse de Paul : un marchand qui ne vend pas, c’est un collectionneur. Ce que fait son mari, ce n’est pas du commerce mais de la « collectionnite ». Et à quoi bon ? L’entreprise est au bord de la faillite et les huissiers menacent de saisir les biens. Comment peut-on,
en 1874, croire en l’avenir de ces jeunes gens qui se défient de la ressemblance, qui modifient les couleurs de la réalité, qui ne peignent pas même les doigts des mains de leurs modèles ? Les critiques de l’époque, nous rappelle-t-on, sont cinglants : « Expliquez à M. Renoir que le torse d’une femme n’est pas un amas de chairs en décomposition
avec des taches violacées qui dénotent l’état de complète putréfaction d’un cadavre ! ». Ou bien : « Faites donc comprendre à M. Pissarro que les arbres ne sont pas violets, que le ciel n’est pas d’un ton beurre frais
et qu’aucune intelligence ne peut adopter de pareils égarements ! »

Et au nom de quoi ceux-là que l’on nomme ironiquement les « impressionnistes » (puisque Monet a nommé l’une de ses toiles « Impression soleil levant ») prétendent-ils ne plus vouloir suivre les traces de leurs glorieux ainés, académiques certes mais réputés ? D’ailleurs, la photographie, cet art nouveau, ne va-t-elle pas définitivement et à très court terme rendre vaine toute idée même de peinture ?

Autant de questions qui agitent les esprits en cette année 1874 : qu’est- ce qu’un art moderne ? Peut-on se passer de la reconnaissance de ses pairs ? De celle du public ? Comment doivent vivre, et survivre, les artistes ?

Sans compter la question finale de la pièce : comment juger la métamorphose financière insolente qui s’est produite entre la fin du XIXe siècle et notre actuel XXIe et qui fait qu’une œuvre d’un artiste parvenant tout juste à subsister se vend aujourd’hui une véritable fortune.

Autant de questions abordées au cours d’une pièce légère comme des bulles de champagne, enlevée, drôle, très bien mise en scène (Christophe Lidon) et excellement interprétée (Christelle Reboul, Christophe de Mareuil, Frédéric Imberty , Victor Bourigault ), comme une sorte de Vaudeville au pays de l’Impressionnisme et qui vient nous rappeler les convictions et la ferveur d’un marchand d’art un peu oublié par l’Histoire. « Ces gens sont fous, écrivait-on des peintres impressionnistes, mais il y a plus fou qu’eux, c’est Paul Durand-Ruel qui les achète ! »

Depuis le 15 janver – Durée: 1h20 – mardi à 19h – mardi, jeudi, vendredi et samedi à 21h – – matinée le dimanche à 15h
31 rue de la Gaîté – 75014 Paris

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