ActualitésArtsChroniqueCritique théâtreCultureSociologie

Théâtre : ‘Les grandes illusions’ aux Plateaux sauvages

Au centre du dispositif scénique, sur une estrade octogonale de bois blanc, trône, un peu comme sur un piédestal, une large table symbole de repas, de quotidien, de maison, de famille.

Ce sera la table de la cuisine et, tout autour, trois chaises, alors que pourtant, lorsque le rideau se lève, ils ne sont que deux, la mère et le fils.

Comme si cette troisième chaise, forcément vide, n’était présente que pour évoquer le fantôme du père défunt, ce gynécologue qui se targuait de trop bien connaître les femmes. A moins que cette troisième chaise ne soit destinée à accueillir celle dont il va être question, quelque peu fantomatique elle aussi puisqu’elle apparaîtra pour mieux disparaître, l’invitée du fils, sa compagne de vie qu’il est venu, lui, le fils, présenter à sa mère.

« Une femme », telle sera la toute première réplique de la pièce, prononcée sur un ton tout à la fois interrogateur, étonné et suspicieux. C’est que, si le fils évoque la survenue dans sa vie de cette femme, Colette, l’interrogation, l’étonnement, la suspicion viennent du fait que, jusqu’à présent, dans la vie de ce fils artiste, écrivain, créateur, et puis perturbé, angoissé, traumatisé, il n’avait été question que d’hommes.

Alors ils s’en vont, la mère et le fils, détricoter l’intégralité de la grande tapisserie complexe de l’enfance, des heurts et malheurs, des jalousies et des peurs, des incidents et des maladresses qui ont fait sa vie à lui, à ce fils, qui font nos vies à tous.

Derrière les comédiens, l’espace est barré par un très long rideau de fils qui cache sans cacher, masque sans masquer, et derrière lequel ils vont, à tour de rôle, parfois même ensemble, s’évader, se réfugier, s’isoler : derrière ce rideau si peu rideau, c’est tout à la fois l’espace de la maison, les souvenirs, les lieux un peu abandonnés, là où se rangent les verres à vin qu’on n’a pas sorti depuis longtemps, et le passé qu’on n’a pas trop envie de sortir, et la larme qu’on n’a pas envie de voir couler, et l’inconscient, et le trop conscient…

Les grandes illusions, ce sont un peu toutes celles que ce fils a pu se faire durant sa vie, l’illusion d’avoir chassé les démons de l’enfance, l’illusion d’avoir pu se reconstruire, ou bien l’illusion de « normalité sociale » que peut représenter cette jeune fille présentée à la mère.

En composant ce dialogue incisif entre une mère et son fils, Arthur Dreyfus ne pouvait que l’interpréter lui-même tant ce texte comporte d’éléments autobiographique qui semblent encore fortement résonner en lui. C’est doux amer comme l’existence, tendre comme une lettre d’amour mais sévère comme un constat d’huissier : un très beau texte magnifiquement interprété par l’auteur et par la sublime Hélène Alexandridis.

Lundi-Vendredi à 19h30
Samedi 11 à 16h30
Samedi 18 à 16h30

Jusqu’au 18 avril 2026

Texte Arthur Dreyfus
Mise en scène Laurent Charpentier assisté par Yann Pichot 
Scénographie Gaspard Pinta
Création lumière Laïs Foulc
Création sonore Madame Miniature et Samuel Robineau

Durée : 1h15

Avec Hélène AlexandridisArthur DreyfusLouise Hardouin et Laurent Charpentier

Théâtre La Manufacture des Abbesses :- 7 rue Véron 75018 Paris

Science infused est un service de presse en ligne agréé (n° 0329 x 94873) piloté par Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.
Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également !.

ou via J’aime l’Info, partenaire de la presse en ligne indépendante

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
9 × 5 =