‘Sand Chopin’ au théâtre Poche Montparnasse
« Qui suis-je ? » demande-t-elle à voix haute en entrant sur scène et c’est la toujours charmante Macha Méril qui prête ses pommettes slaves et ses yeux brillants à la bonne dame de Nohan, Aurore Dupin dite George Sand, qui, sa vie et son œuvre durant, ne cessa de s’auto-analyser avec autant de ferveur que d’angoisse.
« Qui suis-je ? Noble, libérale, hérétique, schismatique, pamphlétaire, jacobine, émigrée, partisan du despotisme, de la République, dévote, athée, et caetera. »
Elle fut un peu de tout cela, la conteuse berrichonne, dont on nous narre le parcours à partir de lettres et d’extraits d’Histoire de ma vie, et, plus particulièrement, la période durant laquelle elle fut la compagne du musicien Frédéric Chopin. Le récit est illustré et parsemé de pièces courtes signées Chopin et jouées au piano par le très talentueux Erik Berchot.
Rien pourtant ne prédestinait ces deux-là, Sand et Chopin, à vivre une passion amoureuse. Aurore Dupin,
Aurore Dupin, depuis bien des années, prend la défense des femmes, fustige le mariage, lutte contre les préjugés. Elle a fait scandale en se séparant de son mari pour être libre, en adoptant un pseudonyme masculin (avec toutefois le prénom Georges écrit sans S afin de conserver une part d’androgynie qui lui sied), elle s’habille en homme et elle multiplie les conquêtes amoureuses. Elle se dira elle-même « confuse et un peu consternée de l’effet que me produit ce petit être ».
Ils se rencontrent dans les tout derniers mois de 1836, dans un salon parisien où ils sont invités par Franz Liszt et Marie d’Agoult. Il n’a que vingt-six ans alors qu’elle en a déjà trente-deux. Et puis ils ne se plaisent pas mutuellement. Il faut dire qu’ils ont, à ce moment précis, le cœur ailleurs. Elle n’a pas encore réellement rompu avec l’avocat Michel de Bourges, et lui n’est pas remis de sa déception avec Maria Wodzinska, dont ses préludes portent la trace, peut-être surtout le numéro 7 de l’opus 28, à la fois si simple, techniquement, et si terriblement efficace : la basse régulière de la main gauche telle une marche funèbre sur laquelle la main droite vient distiller une mélodie des plus enchanteresses.
Mais comment ne pas être conquis par l’homme Chopin ? « Ce Chopin est un ange, écrira-t-elle à la comtesse Marliani, 28 avril 183, il ne sait pas bien lui-même dans quelle planète il existe ».
Comment ne pas être conquis par sa musique. Telle la grande Valse brillante de l’opus 18 avec ses trilles faussement joyeuses que viennent déchirer des cris de peur comme en une journée d’été, tout soleil plaisant, chants d’oiseaux et fleurs épanouies, s’en vient gronder le tonnerre.
Leur relation dura si peu, à peine un peu plus de neuf ans. Cela dura quoi donc ? Quelques étés, un peu trop d’hivers, quelques fêtes et quelques voyages, à peine un souffle, ce souffle qui manqua à Chopin pour poursuivre sa vie.
Ce ne fut pas un amour entre George Sand et celui qu’elle surnommait affectueusement « Chip-Chip », ce fut une passion. Une passion essentielle, déchirante, absolue, qui ne pardonnait rien et ne pouvait durer.
Macha Méril et Erik Berchot jouent pour nous avec délicatesse et ferveur cette partition inachevée pour deux coeurs qui s’éprirent l’un de l’autre et se brûlèrent d’amour.
L’affiche du spectacle reproduit une toile de Delacroix datant de 1838, l’artiste avait exécuté le double portrait de Sand et de Chopin, mais, étrangement, au décès du peintre, la toile fut découpée en deux et chaque partie vendue séparément : Sand d’un côté à Copenhague et Chopin de l’autre au Louvre. Il fallait la vertu de ce spectacle pour les réunir à nouveau.
Textes de George SAND réunis par Bruno VILLIEN
Musiques de Frédéric CHOPIN
Avec Macha MÉRIL
et Erik BERCHOT au piano
LES MARDIS, MERCREDIS ET JEUDIS À 21h, jusqu’au 30 avril 2026
Théâtre Poche Montparnasse – 75 boulevard du Montparnasse – 75006 Paris
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