‘Mystère à Silent Pool’ au théâtre du Lucernaire
En décembre 1926, la célébrissime romancière anglaise Agatha Christie est portée disparue durant onze jours. Sa voiture est retrouvée vide de tout occupant au bord de l’étang de Silent Pool, tout près de sa propriété. Pas mal de légendes locales circulent au sujet de cet étang et qui, fatalement, sont relancées par la disparition d’Agatha Christie. La romancière sera finalement retrouvée mais bien des ombres demeurent dans ce fait divers.
Tel est le point de départ du nouveau spectacle de la Compagnie Les ballons rouges (qui nous enchanta naguère avec sa version de Léocadia de Jean Anouilh) : un mystère dans la vie de la Reine des mystères, un polar bien réel dans l’existence de celle qui signa les plus ingénieux polars de l’histoire littéraire, et comme une sorte de fascinante mise en abîme du fictionnel qui s’en viendrait surgir au sein même de la réalité.
De quoi frétiller par avance, d’autant plus lorsqu’on dispose d’une troupe d’excellents comédiens tout à la fois dynamiques et inventifs.
La mise en scène de la pièce, d’ailleurs, est absolument irréprochable. Le décor est composé de trois panneaux mobiles sur roulettes aux façades interchangeables et qui représentent les différents lieux de l’action et ils sont, ces panneaux, ingénieusement déplacés, écartés, rapprochés, pour créer une sorte de foisonnant parcours tout à la fois simple et efficace.
La pièce, de plus, est baigné par un humour qui va de la réplique cinglante mais polie jusqu’au burlesque. Il est toujours élégant de ne pas (trop) se prendre au sérieux.
Pour autant l’ensemble ne fonctionne pas. Le texte sans relief recrée une sorte d’énigme « à la manière de » qui adhère totalement aux poncifs du genre polar début XXe : démultiplication des fausses pistes, personnages exagérés et grotesques afin d’être rapidement identifiés, duo d’enquêteur constitué du lourdaud prétentieux et de la fine mouche discrète, évocation systématiques des avancées de l’enquête pour ne pas égarer le spectateur, léger détail révélateur suffisamment évident pour que le dit spectateur se sente aussi malin que les enquêteurs, etc. Si bien que, très vite, on en vient à un sentiment de lassitude et de répétition : certains gags d’ailleurs ne se privent pas de revenir si souvent qu’ils n’en sont plus si drôles.
Quelle étrange idée que d’avoir récréé, ni plus ni moins, du Agatha Christie, avec une bribe de la vie de celle-ci ? La penserait-on, Agathe Christie, si dépourvue d’imagination qu’elle se soit contentée, toute son œuvre durant, de reproduire ce qui se produisait autour d’elle ? N’y aurait-il absolument aucune modification entre ce qui se déroule dans la réalité et la façon dont s’organise la fiction ? On suit, avec un peu d’ennui, les aventures du superintendant Kenward, de l’Inspectrice Hastings, de la vieille anglaise charmante mais quelque peu folle Nan Gardner, du snob éditeur Collins, du mari Archibald Christie qui ne succombe plus aux charmes de sa romancière d’épouse, et l’on a du mal à comprendre l’intérêt de cette pochade élégante. Ce n’est pas la très brève allusion à la condition des femmes dans l’Angleterre des années vingt qui va permettre de moderniser cette vieille chose un peu poussiéreuse (comme le sont par ailleurs devenues les histoires d’Agatha Christie) et que dire de cette évocation récurrente d’un pseudo ostracisme des anglais envers les écossais (les irlandais apprécieront) ? Un spectacle qui, manifestement, a été très travaillé pour un résultat, hélas, fastidieux et lassant.
De Carla Girod, Drys Penthier et Axel Stein-Kurdzielewicz
Mise en scène David Legras et Axel Stein-Kurdzielewicz
Avec La Compagnie des Ballons Rouges
Mercredi > samedi 21h| Dimanche 18h
Durée : 1h30
Jusqu’au 23 août 2026
Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs – 75006 Paris
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