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Chronique de Valencia (Espagne) 4/4 : Histoire de l’argent – Musée de la préhistoire 

Le musée de la préhistoire (couplé à l’ improbable et très pittoresque musée de l’ Ethnologie, un must incontournable) a la très bonne idée de consacrer l’une de ses ailes à l’ Histoire de l’ argent, ou, plus exactement, à l’Histoire de la monnaie.
On mesure sans doute mal à quel point ce concept, qui mit longtemps à voir le jour et qui est aujourd’hui sur le point de disparaître, a pu modeler notre imaginaire.
Il semblerait que les premières traces de fabrication de monnaie remontent à la fin du VII e siècle avant notre ère, sur les côtes d’Asie mineure, dans l’univers des grecs qui précédaient ainsi les Chinois (entre le VIIe et le IIIe siècle avant notre ère).
Avant, certes, il n’ y avait pas rien. On pratiquait le troc mais, comme le troc pouvait poser problème (les objets troqués de valeur inégale), on proposait, en compensation, un objet qui offrait une certaine valeur marchande ou technique ou gustative. Ce pouvait être, comme on le voit dans l’exposition, un lingot de sel en Ethiopie, une fève de cacao dans l’Amérique pré-colombienne, une barre de tabac en Indonésie, une brique de thé en Chine ou en Mongolie, des barrettes de métal en Sierra Leone (jusqu’au XIX et début XXe siècle).
Ce sont donc les Grecs qui, dès le IVe siècle avant notre ère, font circuler, sous forme de médailles circulaires valant paiement, les portraits d’Alexandre le Grand ou Ptolémée II. Mais, après eux, ce sont surtout les Romains qui envahissent tout le pourtour méditerranéen de leurs monnaies d’ or, d’argent ou de bronze.
Le concept n’ a rien d’une évidence. Pendant longtemps, il semble clair que l’objet monnaie représente un poids de métal exactement équivalent au prix annoncé : on est très loin du billet, du chèque, de la carte bancaire, de l’application sur smartphone. De plus, la pièce est fondue dans un moule (tel celui, marocain, de 1871 présenté), ce qui donne des pièces de qualité médiocre et facilement imitables. Tel est d’ ailleurs le contenu de l’une des vitrines les plus délectables, celle de la fausse monnaie : un Alexandre le Grand de 111 avant notre ère, un denier romain de 103 avant notre ère, un denier ibérique du IIe ou Ier siècle avant notre ère, 5 pesetas Alphonse XIII de 1889, 50 pesetas de 1957, une pièce de deux euros, tous faux ! D’ ailleurs, même pour la monnaie authentique, le poids pouvait être discutable, d’ où l’importance de la balance.
La pièce authentique d’ailleurs n’ est pas toujours ronde : on en trouve en forme de houe, de hallebarde, de poisson ou de couteau !
Il va falloir quelques siècles avant que l’ensemble ne connaisse enfin une certaine homogénéité et un semblant d’ efficacité.
De ce point de vue, le passage essentiel se situe à la fin XVIIIe pour la plupart des civilisations, avec l’arrivée de la monnaie symbolique, celle en papier. On est entré dans l’ ère du capital.
Les Chinois, cette fois-ci, nous ont précédés et l’exposition présente un billet de un yuan de la dynastie Ming (1368-1375) fabriqué en feuille de mûrier et qui comporte (déjà) un avertissement pour les faussaires.
L’argent se thésaurise depuis sa création puisqu’on a retrouvé, en 1999, une amphore brisée contenant 6 000 deniers, propriété probable de Plautilla, épouse de Caracalla (198-217) mais ensuite vinrent les banques et leurs coffres imposants tel celui de la Députation de Valencia, fabriqué à Marseille en France au XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, la monnaie est en passe de disparaitre et l’argent n’ est plus guère qu’une ligne de chiffres sur un exercice comptable. On ne pourra plus l’ exhiber sur soi comme ce bonnet garni du Yémen ou cette fibule marocaine montée sur une pièce. On ne pourra plus s’en servir d’amulettes comme faisaient les anciens chinois. On ne pourra plus, comme faisaient les Romains, glisser une pièce entre les dents d’un défunt afin que celui-ci puisse payer à Charron, le batelier des morts, son passage sur le fleuve des enfers. Pas certain que Charron prenne la carte bleue !



Exposition permanente

Museu de Prehistòria de València
La Beneficència
Carrer de la Corona, 36, 46003 Valènci
a

Image en-tête : Logo du Musée de la préhistoire de Valencia (1995) – Wikipédia

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