‘Colette au music-hall’ de et avec Geneviève de Kermabon au théâtre de Poche Montparnasse
À l’évidence, nous nous trouvons dans la loge d’un artiste : côté cour, un paravent tout scintillant de paillettes sur lequel est suspendu par un cintre un peignoir de soie rose, au mur un miroir coiffeuse, sur le guéridon un imposant vanity case, côté jardin sur un cintre une veste de lumière, plus près de nous un fauteuil confortable pour les pauses et les inévitables attentes de l’entrée en scène. Et puis au fond, tout un fond, un rideau rouge entrouvert qui symbolise le théâtre.
On n’attend plus que la comédienne, Geneviève de Kermabon, pour nous raconter ce que fut Colette.
Geneviève de Kermabon est circassienne, trapéziste et acrobate, autant que comédienne. Pas étonnant dès lors qu’elle ait pu se passionner pour cette période que passa Colette sur les planches de ce qu’on nommait alors « le music-hall ».
Les six années (à peine un peu plus) que connut Colette en tant que saltimbanque (c’était alors l’expression consacrée, très légèrement dédaigneuse) furent, pour elle, comme une parenthèse imposée par les circonstances, quelque part entre son mariage et son accès, lent, progressif, à la célébrité. Elle venait de quitter Willy qui, durant huit ans, lui avait dérobé sa vie, sa liberté, sa créativité et même son nom (la série des Claudine fut publiée sous le seul nom du mari) et elle devait trouver un moyen de survivre, de, comme elle le disait, « payer son loyer, sa robe, ses repas ». Ce furent les années music-hall dont elle racontera par la suite les péripéties dans différents textes dont L’envers du music-hall et La vagabonde, textes repris ici (avec d’autres) par Geneviève de Kermabon.
Le music-hall, au début du XXe siècle, surtout pour une femme divorcée de trente-trois ans, ce n’est guère qu’une forme atténuée de prostitution, ou, pour le moins, une existence placée sous le signe de la précarité et du scandale. Ce scandale, Colette le revendique et en fait, d’une certaine manière, l’étape obligée de sa libération personnelle, en tant que femme, en tant qu’être humain : elle sera celle qui danse nue, celle qui laisse paraître un sein au Moulin rouge, celle qui partage sa couche avec des femmes. « Je m’appelle Gabriel Sidonie Colette. Je veux faire ce que je veux… je veux danser nue, si le maillot me gêne et humilie ma plastique. » Colette écoute son corps, au moins autant que son esprit (« Moi c’est mon corps qui pense ») et elle écoute également les autres, cette galerie de personnages invraisemblables, tous plus grandiloquents et truculents les uns que les autres, qu’elle croise au gré des cabarets et des théâtres. Colette les aime même si elle se moque gentiment de leurs physiques ou de leurs manies ; elle a, déjà, si jeune, très jeune, la dent dure, le portrait acerbe et le croquis cinglant. Elle possède l’humour cynique et la justesse de l’analyse rapide. Quelque chose d’un Daumier de la plume. Ou bien d’un Balzac, qui est son modèle littéraire.
« Satie en liberté » : le titre paraît à la limite du pléonasme tant le délicat musicien des Morceaux en forme de poire fit preuve, sa vie durant, d’une liberté entière et totale de ton et de création. Il ne faisait pas pour rien l’admiration de ses proches amis que furent Debussy et Mallarmée.
Un spectacle conçu et interprété par
Geneviève DE KERMABON
À partir de textes de COLETTE dont La vagabonde, L’Envers du Music Hall…
Lumière : Dorian MJAHED-LUCAS
Collaboration au décor : Gianni VANRECHEM
Depuis le 10 novembre 2025, tous les lundis à 21h
Théâtre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse – 75006 Paris
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