Covid-19 : la querelle de réseaux sociaux entre « rassuristes » et « alarmistes » racontée sans parti pris, et notre analyse

Vincent Glad, dans sa dernière chronique hebdomadaire dans le Journal du dimanche, offre au public une analyse journalistique intéressante. L’occasion de livrer notre point de vue.

Cette semaine est une bonne occasion de parler de la chronique hebdomadaire de Vincent Glad dédiée au suivi de la pandémie, car son dernier article touche à une controverse au sein de Twitter où Citizen4Science autrefois au front dans le débat RS a préféré devenir plus observateur et (relativement) discret en lien avec son nouveau statut d’éditeur de presse en ligne.


Avec recul, et en parvenant à ménager tout le monde, le journaliste évoque une évolution de certaines positions au sein du « Twitter médical », appellation qui regroupe les professionnels de santé et scientifiques rassemblés en groupes censés regarder dans la même direction mais qui finissent par s’opposer âprement. C’est là la loi des réseaux sociaux qui s’alimente de combats, et pousse les internautes à choisir des camps qui souvent, au fil du temps, se radicalisent. Heureusement, ce n’est pas la vraie vie et encore moins celle de la science qui évolue à son rythme et sans position dogmatique.

Naissance du « rassurisme » à l’été 2020

Vincent Glad nous raconte la naissance du néologisme juste avant la 2e vague qui se déploiera à l’automne 2020, avec le camp des « rassuristes » et celui des « alarmistes »

Les rassuristes d’origine ne changeront pas de positions, par exemple un an plus tard à l’été 2021, Citizen4Science en interpelle un ici en l’appelant « dénialiste rassuriste ».

Si au début, comme l’explique Vincent Glad, les « rassuristes » sont « quelque hurluberlus en marge du consensus scientifique », l’arrivée du variant omicron va modifier ce rapport de force déséquilibré, et à notre sens révéler des problèmes plus profonds au sein de certains groupes activistes des réseaux sociaux

« Schisme » à la faveur d’Omicron

Vincent Glad nous décrit un changement de position de « médecins hospitaliers » devenus « néo-rassuristes » pour avoir quitté le groupe des « alarmistes » décrits comme des « spécialistes de santé publique ».

Les premiers veulent « peu ou prou revenir à une activité normale », les seconds gardent leur « ligne dure sanitaire ».
Les premiers pensent qu’on va vers une sorte d’endémie, les seconds que le virus variant ou pas reste dangereux et que la vaccination de masse masque la gravité.
Au-delà des données de la science qui ne sont pas tranchées, le journaliste conclut son article en considérant que s’affrontent aujourd’hui « deux visions de la prévention », ce que nous voyons également comme le ressort de la compréhension de ces oppositions.

Notre analyse

Vincent Glad a ponctué son article des propos véhéments d' »alarmistes » appartenant à un collectif informel se décrivant comme « activistes de la santé publique ». Il ne lui a pas échappé que leur position « dure » est une question qui « divise en interne ».

:

Extrait de la chronique de Vincent Glad – Journal du Dimanche – 17/06/2022

On peut s’inquiéter ou sourire de cet amalgame entre la politique de partis et la politique de santé dans un discours apologétique du camp de ceux qui seraient du côté de la vraie gauche (et par assimilation de la science ?) contre ceux qui pencheraient égoïstement à droite pour oser ne pas tenir la ligne de l’alarmisme.


Confusion prévention et principe de précaution

Les extraits rapportés de cette tribune sont également significatifs, comme celui-ci :

Extrait de la tribune de Christian Lehmann – Libération – 23/05/2022 repris dans l’article du JDD

L’auteur se plaint d’un « rejet du principe de précaution ». Le rôle du médecin devrait être d’alarmer sans relâche, et donc aussi de pousser à prendre des mesures de santé publique maximalistes.

Pourtant, la santé publique est multifactorielle et ne saurait se confondre avec l’application d’un principe de précaution sanitaire systématique qui caractérise la démarche des activistes alarmistes.

Citizen4Science, dès sa naissance avait déjà pointé le problème du principe de précaution dévoyé et mal utilisé dans la crise sanitaire. L’association avait réagi à plusieurs reprises à propos de la mise de côté du vaccin Astra-Zeneca, avec un communiqué de presse, et plusieurs articles parlant du principe de précaution;

Le 17 mars 2021, l’association avait ainsi publié :

et deux jours plus tard :

C’est au même moment que le respectable Pr Anthony R. Cox de l’Université de Birmingham a publié un article que nous avons pu traduire et republier en français, portant précisément les mêmes interprétation et revendication que Citizen4Science sur l’inadéquation et la dangerosité du principe de précaution appliqué en mode aveugle, tel que le prônent des activistes alarmistes de réseaux sociaux depuis le début de la crise sanitaire

Cette assimilation, voire presque réduction du rôle santé publique à l’exercice du principe de précaution nous apparaît comme la clé du problème, au-delà du discours politisé de certains alarmistes, et bien sûr les excès typiques des réseaux sociaux.

Comme Citizen4Science le met souvent en avant depuis le début de la crise sanitaire, et c’est ce qui ressort des articles proposés ci-dessus : la notion de risque et de leur gestion est très peu développée dans la culture française, on l’a vu par exemple récemment aussi dans le rapport OPECST sur les effets indésirables des vaccins anti-Covid, tant chez le public que dans la population médicale.

Quant aux « néo-rassuristes » interrogés par Vincent Glad, ils ne se voient ni comme « néo » ni comme « rassuristes » : il n’ont pas l’impression d’avoir changé, ils pensent simplement être adaptatifs et adopter un discours plus nuancé avec le temps.

On conclura sur ces mots du Pr André Grimaldi l’an dernier : « On ne peut ni être alarmiste, ni rassuriste : on navigue à vue ».

Un discours sobre et plein d’humilité compatible avec la science mais pas du tout avec les fonds de commerce et les egos des réseaux sociaux.

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