Le problème avec le fait de “faire ses propres recherches” – Partie I

Le problème avec le fait de “faire ses propres recherches” – Partie I

25 septembre 2021 1 Par e-Citizen

par Melanie Trecek-King et traduit par Citizen4Science, issu de son site internet anglophone Thinking is Power dédié à la pensée critique pour le grand public sur de nombreux aspects. Parcourez le blog pour retrouver de nombreuses productions de Melanie en version française sur le site de C4S.

Pour pouvoir contester de manière crédible les conclusions des experts, il faut en être un soi-même

Des participants au Programme de bourses de recherche médicale (Medical Research Scholars Program, MRSP) du National Institutes of Health (NIH) effectuent des recherches dans le Centre clinique. Le MRSP est un programme complet d’enrichissement de la recherche, d’une durée d’un an, conçu pour les citoyens américains et les résidents permanents actuellement inscrits dans un programme médical, dentaire ou vétérinaire accrédité et ayant terminé leurs stages cliniques de base. Photo : Clinical Center/National Institutes of Health

L’expression “Faites vos propres recherches” semble omniprésente de nos jours, souvent par ceux qui n’acceptent pas la science (ou les actualités) “mainstream”, les théoriciens du complot et beaucoup de ceux qui se présentent comme des penseurs indépendants. À première vue, cela semble légitime. Qu’y a-t-il de mal à vouloir rechercher des informations et se faire sa propre opinion ?

Les problèmes avec “faire ses propres recherches”

  1. Ce n’est pas ce qu’est la recherche

Les définitions sont importantes. Lorsque les scientifiques utilisent le mot “recherche”, ils entendent par là un processus systématique d’investigation. Les preuves sont collectées et évaluées de manière impartiale et objective, et ces méthodes doivent être accessibles à d’autres scientifiques pour être reproduites.

À l’inverse, lorsque quelqu’un dit de quelqu’un qu’il “fait ses propres recherches”, cela signifie qu’il utilise un moteur de recherche pour trouver des informations qui confirment ce qu’il pense déjà être vrai. Nous sommes tous enclins au biais de confirmation, et l’effet est particulièrement puissant lorsque nous voulons (ou ne voulons pas) accepter une conclusion.

La science, en tant que processus, est une tentative de comprendre la réalité et elle reconnaît à quel point le cerveau humain est biaisé et imparfait. C’est pourquoi la véritable recherche consiste à essayer de prouver que vous avez tort, et non raison.

Image 1 : J’ai entendu la rhétorique des deux côtés… il est temps que je fasse mes propres recherches sur la vérité vraie.
Image 2 Recherche Google – Le premier lien est littéralement ce lui qui vous conforte dans ce en quoi vous croyez déjà
soutient totalement votre point de vue sans le mettre au défi de quelque façon que ce soit

2. Vous n’êtes pas aussi malin que vous pensez l’être

Si vous n’êtes pas un expert dans le domaine dans lequel vous faites des “recherches”, vous ne serez certainement pas en mesure de comprendre pleinement les nuances et la complexité du sujet. Les experts sont titulaires de diplômes supérieurs, ont publié des recherches et ont des années d’expérience dans leur domaine. Ils connaissent l’ensemble des preuves et les méthodologies utilisées par les chercheurs. Et surtout, ils sont conscients de ce qu’ils ne savent pas.

Les experts peuvent-ils se tromper ? Bien sûr, mais ils ont BEAUCOUP moins de chances de se tromper qu’un non-expert.
Penser que l’on peut “faire ses recherches” sur des sujets scientifiques, comme le changement climatique ou les vaccins à ARNm, c’est se leurrer. C’est un exercice du syndrome de Dunning-Kruger : vous serez excessivement confiant(e) mais vous aurez tort.

C’est un fait : les informations sont largement disponibles. Mais cela ne signifie pas que vous avez les connaissances de base pour les comprendre. Alors apprenez à connaître vos limites.

Le processus de la science est complexe

La science est complexe. Par exemple, la recherche sur le changement climatique fait appel à des experts de différents domaines (par ex., les sciences de la terre, les sciences de la vie, les sciences physiques) et de différents milieux (par ex., les mondes académique, gouvernemental et industriel), de presque tous les pays du monde, qui étudient chacun la question à l’aide de méthodes différentes. Leurs conclusions doivent être soumises à un examen par les pairs, c’est-à-dire que d’autres experts évaluent leur travail avant qu’il ne puisse être publié.

La littérature est également complexe, car différentes études fournissent différents types et qualités de preuves. Des études différentes peuvent également aboutir à des conclusions légèrement différentes, notamment si elles utilisent des méthodologies différentes. Les conclusions qui sont reproduites ont une validité plus forte. Et lorsque les différentes lignes de recherche convergent vers une conclusion, nous pouvons être plus sûr que cette conclusion est digne de confiance.

Et puis il y a les actualités, qui ont tendance à faire état de découvertes nouvelles, uniques ou sensationnelles, généralement sans les détails et les nuances de la littérature.

Tout cette complexité peut amener le public à penser que les scientifiques “ne savent rien” et “changent toujours d’avis”. Ou que l’on peut croire ce que l’on veut, puisqu’il existe une “science”, une “étude” ou même un “expert” qui soutient ce que l’on veut croire.

Attendre des preuves

La plupart des personnes semblent comprendre que la science est digne de confiance. Après tout, nous pouvons remercier la science et la technologie qui en résulte pour notre qualité de vie moderne. Malheureusement, il y a beaucoup de choses que le public ne comprend pas à propos de la science, notamment le mythe tenace selon lequel la science prouve.

Les explications scientifiques ne sont jamais prouvées. La science est plutôt un processus visant à réduire l’incertitude. Les scientifiques s’efforcent de réfuter leurs explications et, lorsqu’ils n’y parviennent pas, ils les acceptent. D’autres scientifiques essaient de prouver qu’ils ont tort, eux aussi. (Et les scientifiques ADORENT ne pas être d’accord. Quiconque pense que les scientifiques sont capables de conspirer n’a jamais eu de conversation avec l’un d’eux). La meilleure façon pour un scientifique de se faire un nom est de découvrir quelque chose d’inconnu ou de réfuter une conclusion de longue date.

Le processus d’infirmation systématique est conçu pour éliminer le biais de confirmation. Ceux qui insistent sur la “preuve scientifique” avant d’accepter une science bien établie sont soit induits en erreur, soit utilisent délibérément une caractéristique fondamentale de la science pour éviter d’accepter la science.

Pourquoi nous devons faire confiance à la science et aux experts

Revenons à la “recherche”. Le danger est que des personnes mal informées ou malhonnêtes peuvent sélectionner des études individuelles, ou même un expert, pour soutenir une conclusion particulière ou pour faire croire que la science est plus incertaine qu’elle ne l’est… surtout si elles ne veulent pas l’accepter. Et si nous voulons être honnêtes, beaucoup de ceux qui “font leurs propres recherches” le font pour nier les connaissances scientifiques. Mais c’est le mélange parfait pour être trompé(e), et pour de nombreuses questions scientifiques, le prix à payer pour se tromper est tout simplement trop élevé.

En fin de compte, la connaissance est un effort communautaire. Nous ne pensons pas seuls…. et c’est ce qui fait de l’homme une espèce prospère. Le problème est que nous ne parvenons pas à reconnaître où s’arrête notre savoir et où commence celui de la communauté. C’est pourquoi, pour toute personne qui n’est pas un expert dans un domaine particulier, notre meilleure chance de savoir est de faire confiance à ce que la majorité des experts dans ce domaine disent être vrai. Cela n’implique aucune “recherche”.

Traduction : Citizen4Science – lien vers l’article original

Note : Cet article est le premier d’une série de 2 articles sur “faire ses propres recherches”. Pour lire la partie II, cliquez ici.