Cinéma : ‘Victor comme tout le monde’ et 100 % Luchini
Une fiction sur base d’ode à Fabrice Luchini, sa passion des mots, du théâtre et de Victor Hugo, confronté aux jeunes générations. Plaisant mais pas transcendant.
Synopsis : « Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France. »
Dans ce film qui porte le prénom d’un géant pour mieux en désacraliser l’ombre, Fabrice Luchini ne joue pas un rôle. Il s’y installe comme dans un théâtre personnel où les planches sont sa vie, et la vie un interminable monologue hugolien. Robert Zucchini est un acteur obsédé par Victor Hugo, au point que les vers du poète envahissent ses jours comme ses nuits, ses conversations avec le concierge comme ses retrouvailles avec une fille perdue de vue. Pascal Bonitzer, reprend le scénario posthume de Sophie Fillières, un biopic littéraire transformé en une subtile fantaisie où fiction et réel s’emboîtent avec mélancolie et autodérision. Fabrice Luchini, splendidement lui-même, cabotin sans excès, vulnérable sans pathos, y déploie un one-man-show permanent : sur scène il déclame Hugo avec la ferveur d’un converti, hors scène il le cite à la boulangerie, au volant, dans les silences d’un dîner familial recomposé. Le leitmotiv est clair : tout est représentation, même l’intime, même la paternité rattrapée in extremis. Marie Narbonne, en fille revenue d’un abandon qu’on devine ancien, apporte une fraîcheur piquante à ce duo improbable ; Chiara Mastroianni, en épouse discrète et physiquement à distance, observe ce mari envahi par un autre avec une tendresse ironique. Un voyage à Guernesey devient le climax symbolique : Hugo exilé y compose son œuvre, Zucchini-Luchini y cherche à reconquérir sa fille qui, elle, n’a pas besoin de vers pour exister. La réalisation de Pascal Bonitzer est assez plate, mais cela a l’avantage de mettre encore plus en valeur Lucchini. On sourit souvent, du début à la fin, et on s’émeut quand le cabotin cède la place à l’homme fissuré par le temps perdu. Le film ne révolutionne rien : il est confortable, prévisible dans ses méandres, taillé sur mesure pour son interprète principal. Mais qu’importe : Luchini y est magistral, non parce qu’il surprend, mais parce qu’il se laisse enfin surprendre par son propre double. Il fend l’armure sans la briser, oscille entre admiration et ironie. Au final, le film nous laisse la sensation de flotter comme une récitation inachevée, dans un one-man-show où l’acteur, pour une fois, ne domine pas seulement la scène, mais se laisse habiter et sauver par elle.

‘Victor comme tout le monde‘ de Pascal Bonitzer, avec Fabrice Luchini, Chiara Matroianni, Marie Narbonne, Suzanne de Baecque, Louise Orry-Diquéro, Iris Bry, Naidra Ayadi
durée 1h28
Sortie 11 mars 2026
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