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‘Antigone’ de Jean Anouilh, au théâtre Poche Montparnasse

L’histoire se déroule en Grèce, à Thèbes, dans la plus lointaine antiquité, mais son thème est devenu universel, tout particulièrement grâce à l’adaptation que réalisa Jean Anouilh en 1944 : le roi de Thèbes, Créon, a ordonné que le cadavre de son neveu, Polynice, accusé de trahison, ne soit pas enterré. Seule sa nièce, Antigone, va braver l’interdit et tenter de donner une sépulture à son frère, au nom du respect dû aux morts et pour le repos de son âme.

Telles sont donc les données de la tragédie : le pouvoir impose au peuple des lois ou des décrets, au nom d’une certaine rigueur morale ou d’une certaine nécessité politique, mais certains, parfois, parmi les plus chétifs, parmi les plus humbles, refusent d’appliquer ces lois ou ces décrets. Les valeurs humaines s’opposent aux diktats institutionnels, l’âme s’oppose au pouvoir, l’humanité à l’ordre.

On imagine sans mal la résonance que dût avoir la pièce d’Anouilh dans la France de 1944. L’œuvre est créée au Théâtre de l’Atelier, le 4 février 1944, dans un pays occupé depuis quatre années. La guerre prive Paris d’électricité, et, il a beau faire très froid cet hiver-là, le toit du théâtre est percé afin de pouvoir jouer à la lumière du jour. On raconte que Suzanne Flon, qui tenait le rôle d’Ismène, était obligée de porter un pantalon de ski sous sa robe de soirée pour résister au froid.

Dans ce contexte de l’occupation, l’appel à la désobéissance civile que professait Anouilh devait sonner comme un vrai coup de tonnerre. Difficile, pour les spectateurs, de ne pas songer à la situation politique du pays, devant ce récit édifiant d’une femme seule qui résiste aux ordres d’un Roi et à la passivité d’un pays.

Aujourd’hui encore, Antigone est une héroïne qui parle à tous, dans toutes les situations où des minorités opprimées tentent de faire entendre leur voix face aux mesures imposées par les puissants. Les Antigone, aujourd’hui, portent un gilet jaune.

En 2026, au Poche Montparnasse, Didier Long propose une mise en scène épurée à l’extrême. Les six comédiens présents en permanence sur la scène, soit « éteints » assis, en fond de scène, sur des cubes inégaux, soit « éveillés » à l’avant-scène, tiennent tous les rôles et se répartissent également celui du chœur antique, et, en plus, ils assurent la bande-son faite de mélopées, de chants traditionnels et de percussions.

Si Hermine Granville, dans le rôle d’Antigone, manque quelque peu de présence tragique, en revanche Eric Laugérias campe un Créon impressionnant, et, dans l’ensemble, ce spectacle est crédible et émouvant.

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Mise en scène Didier LONG

Avec Éric LAUGÉRIAS

Hermine GRANVILLE

Cassandre de KERRAOUL

Valérie VOGT ou Séverine VINCENT

Robin HAIRABIAN

Antony COCHIN ou Didier LONG

Jusqu’au 12 juillet 2026, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h

Théâtre Poche Montparnasse – 75 boulevard du Montparnasse – 75006 Paris

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