‘Vous permettez’, au théâtre le Funambule Montmartre
Richard et Maureen sont attablés dans un restaurant et affichent un air mécontent : leur fille Laurène vient tout juste de leur apprendre, par texto, qu’elle avait un copain et que, ce soir-là justement, ce restaurant auquel elle les avait conviés était l’occasion de leur présenter tout à la fois Antoine, son copain, et les parents d’Antoine.
Un autre couple de même âge arrive : ce sont Paulo et Laura, les parents d’Antoine.
Quant au jeune couple, en revanche, il ne se présentera jamais : ils ont soigneusement organisé la soirée de façon à laisser les parents se débrouiller entre eux. Laurène et Antoine avait parfaitement anticipé que ce serait compliqué.
Tel est le point de départ, plaisant, de la comédie de Manon Rony, et l’on ne peut que songer, avec une telle intrigue, aux pièces et scénarios dont nous enchantèrent Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacry.
Les couples parentaux commencent à échanger, de manière un peu maladroite et gênée. Tout, absolument tout, les sépare : Richard est chirurgien dentiste, bien installé, à l’évidence, dans son petit confort bourgeois et Maureen n’a jamais travaillé à l’extérieur pour s’occuper de leurs trois filles, tandis que Paulo (Paul mais tout le monde dit Paulo), beaucoup plus familier, voire à la limite de la vulgarité, travaille dans l’informatique et que Laura est professeur de français en collège. On n’évolue pas dans les mêmes sphères, d’ailleurs on ne parle pas le même langage et l’on ne boit pas les mêmes alcools.
Les allusions perfides, les sous-entendus caustiques et les remarques un brin méprisantes se succèdent. Et plus la pesante (et parfaitement inutile) attente se poursuit, plus se creuse le fossé culturel, idéologique, philosophique entre les deux couples présents. On se bat, verbalement, à grand coups de « colonisation culturelles », de portefeuilles plus ou moins garnis, de misogynie implicite dans les Schtroumpf de Peyo et de soirées télés devant Cyril Hanounah.
L’Ouest parisien affronte l’Est, Neuilly attaque Belleville, la rue de Passy s’en prend au boulevard de Charonne. L’argument, sur le papier, est excellent, et les comédiens tous absolument irréprochables, mais si l’on songe à Jaoui-Bacry, c’est avec beaucoup de frustration et un peu de nostalgie.
L’affrontement entre les deux couples demeure, malgré tout, très « bon enfant » et se noie, finalement, dans une sorte de chamaillerie bien inoffensive. Les fleurets sont mouchetés et il s’en faut de beaucoup pour que l’aimable comédie satirique ne devienne une véritable analyse sociologique des enjeux de l’époque et des classes sociales.
C’est le « Vous permettez monsieur » de Salvatore Adamo, qui sera d’ailleurs diffusé en fin de spectacle, avec cette fameuse candeur douce-amère du chanteur belge : pas trop de piment dans la sauce, s’il vous plaît, de façon à ce que tout le monde puisse rire sans se sentir trop directement visé.
Un spectacle agréable mais qui n’échappe pas réellement aux clichés du boulevard le plus commun.
autrice Manon Rony
mise en scène Manon Rony
avec Pénélope Perdereau, Xavier Thiam, Julien Héteau, Salomé Mandelli
production Théâtre le Funambule Montmartre
durée 1h15
jusqu’au 26 avril 2026
Théâtre Le Funambule Montmartre, 53 rue des Saules- 75018 Paris
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