‘Enquête de famille’ (l’affaire Paul Chardin) d’après Jacques Attali, au théâtre de la Reine Blanche
Sophie est une jeune sculptrice qui, dans son atelier de Grignan, érige de bien énigmatiques statues faites de soie blanche sur une structure métallique : l’évanescence délicate du tissu masquant la rigidité amère de l’acier. Sophie, en outre, maintient vivante la mémoire familiale d’un grand-père, Paul Chardin, qui fut, dans les années quarante un violoniste virtuose, célébré sur toutes les scènes françaises.
Ce soir-là, à Grignan, l’orage menace et le tonnerre retentit de plus en plus violemment, lorsque Sophie reçoit la visite inattendue de Pierre-Abdul Khalzidi, un étrange journaliste qui se dit envoyé par le New-York Times. L’homme parle français parfaitement et sans une once d’accent, mais il faut dire qu’il est né d’une mère française et d’un père palestinien, ce qui le place à cheval entre plusieurs cultures différentes.
Pierre-Abdul est venu pour enquêter sur Paul Chardin, non pas le musicien, que tout le monde connaît à travers ses enregistrements, mais l’homme, qui est demeuré plus secret.
Dans un premier temps, Sophie et Pierre-Abdul vont se livrer à une sorte de duel à fleurets mouchetés, s’opposant très nettement sur les raisons et les buts de l’enquête : faut-il fouiller le passé à tout prix, comme le font si souvent les américains, ou le taire, comme le font trop souvent les français ?
Puis ils vont s’associer, s’entraider, travailler à chercher la vérité.
Paul Chardin, aux côtés de son ami et mentor Cortot, participa-t-il activement à « l’épuration de la musique » pendant les années de l’occupation ? Procéda-t-il réellement à la mise à l’index, l’arrestation et la déportation de musiciens juifs français ? Et, dans sa propre famille, fut-il l’instigateur de l’arrestation de son demi-frère, François, tout à la fois communiste et résistant, et à la déportation de sa belle sœur, juive, et de ses neveux ?
Tout au long de la minutieuse et palpitante enquête, les fantômes de la famille vont être convoqués, soit sous la forme incarnée de deux comédiens qui campent le père et le grand-père de Sophie, soit sous la forme fantasmatique de projections vidéos. C’est un peu comme si les sculptures de soie de Sophie prenaient ainsi formes humaines, celles des personnages du passé familial, et que la légèreté de la soie peu à peu se densifie de la pesanteur de la grande Histoire et des petites histoires emmêlées. Sophie créait des poupées désincarnées, Paul-Abdul va lui apporter de la matière charnelle pour que les fantômes puissent s’emparer de l’espace, le traverser, et, enfin, disparaître à jamais. On assiste ainsi à une sorte de séance analytique en œuvre ou à un exorcisme laïque dont la morale serait : il faut revisiter le passé pour permettre au présent d’exister totalement.
Tout dans ce spectacle est une profondeur émouvante : depuis le jeu des comédiens, tous remarquables, les apparitions fantomatiques très bien réalisées, la mise en scène brillante et jusqu’à la bande son frémissante d’émotion signée Mme Miniature.
↘ Production : Reine Blanche Productions
TEXTE=Élisabeth Bouchaud, adaptation du roman Le livre de raison de Jacques Attali (Ed. Fayard)
MISE EN SCÈNE=Élisabeth Bouchaud + Benoît Di Marco
JEU=Adrien Madinier + Matila Malliarakis + Isis Ravel + Nicolas Vial
AVEC LA PARTICIPATION DE=Élisabeth Bouchaud + Benoît Di Marco + Hervé Dubourjal + Clémentine Lebocey
SCÉNOGRAPHIE=Luca Antonucci
CRÉATION LUMIÈRES=Philippe Sazerat
CRÉATION VIDÉO=Thomas Bouvet
CRÉATION SON=Mme Miniature + Tom Beauseigneur
COSTUMES=Thelma Di Marco Bourgeon + Élise Massih Mevel
Du 16 avril au 17 mai 2026
Théâtre de la Reine Blanche,2 bis Pass. Ruelle- 75018 Paris
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