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‘La vie rêvée’ de et avec Kelly Rivière, au théâtre Actuel la Bruyère

Quand le rideau se lève, le rideau est baissé ; quand le spectacle commence, le spectacle est terminé ; et Kelly Rivière, sanglée dans son petit tutu, un peu ridicule, de danse classique, salue par avance le public.

C’est que, tout à la fois et perpétuellement, la vie s’arrête et la vie continue, le spectacle s’achève mais le spectacle reprend, le grand spectacle de la vie, ou bien la vie, elle-même, vécue comme un spectacle. Ce n’est plus possible de faire de la danse ? Elle en a passé l’âge ? Peu importe, elle va faire autre chose, jouer du piano, chanter, jouer la comédie…

C’est à ce grand spectacle pour une femme seule que nous convie Kelly Rivière, le grand spectacle de la vie d’une femme qui se trouve se nommer Kelly Rivière, première étape d’un jeu de mise en abîme qui va se poursuivre sous nos yeux, et avec notre complicité de quatrième mur, une heure vingt durant.

La vie ne serait-elle qu’un rêve ? Le rêve devient-il parfois la vie ? Aller retour fascinant aux allures de pirouette de la pensée, d’autant plus évident dans l’univers des gens du spectacle.

Kelly Rivière va nous conter, par le menu, dans le détail, mais non sans ellipses habiles et force traits d’humour, les aléas de l’existence d’une intermittente du spectacle, la quarantaine passée, maman d’un petit Liam, et qui enchaîne les castings peu probants, les dates mal payées, les simili embauches s’avérant de redoutables pièges pour qui ne peut pas prétendre à la réussite exemplaire d’une Catherine Frot.

Tout en détaillant son cas particulier, Kelly Rivière rend hommage, de façon plus générale, à tous les petits, les sans grades, les stars à demi éteintes de la scène et du music-hall, tous ceux qui font ce métier sans en récolter vraiment les fruits, seulement parce qu’ils ne plus tout jeunes, ou pas assez résilients, ou qu’ils ont la malchance, tel Debronckart, cité dans le spectacle, de se prénommer Jacques à l’époque où triomphe Brel.

Kelly Rivière convoque sur la scène tous ceux qui, parmi ses proches, l’ont encouragée (la grand-mère paternelle, Mamie Nana, son meilleur ami, Max, son père, son fils) tous ceux qui l’ont franchement découragée (sa mère, sa belle-mère) et la foule des petits dictateurs du métier, directeurs de casting sans aucune indulgence, metteurs en scène mégalomanes, etc. Elle a réuni la grande foule de ceux qui s’étonnent qu’on puisse avoir envie de jouer la comédie, de danser, de chanter, de créer, alors que le succès n’est pas évident, pas immédiat, pas fulgurant.

Et ils sont, du coup, nombreux, sur la scène, ils sont nombreux dans sa tête à elle, Kelly Rivière, et elle nous les campe, tous, à elle toute seule, ceux qui lui ont fait un signe de la main comme ceux qui lui ont décoché des coups de pied en traître, avec une énergie, une vivacité et un enthousiasme communicatifs. On sent bien qu’elle n’en veut à personne et que tous, à leur manière, ont contribué à construire cette personnalité atypique et généreuse.

On sent bien que, décidément, pour Kelly Rivière, la vie n’est jamais que le rêve qu’on avait pu en faire, à l’avance, et que l’on a décidé de poursuivre. Une belle leçon d’optimisme et d’humanité.

Durée 1h20

Vendredi à 19h – Samedi à 18h30

Jusqu’au 27 juin 2026

De et avec Kelly Rivière
Collaboration à l’écriture/dramaturgie David Jungman
Collaboration artistique Maïa Sandoz
Regards complices Jalie Barcilon, Sarah Siré
Collaboration à la chorégraphie Gilles Nicolas
Travail piano-chant Susy Firth
Lumières Laurent Schneegans
Création son Vincent Hulot
Scénographie Estelle Gautier
Costumes Elisabeth Cerqueira

Théâtre Actuel La Bruyère – 5, rue La Bruyère – 75009 Paris

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